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Après le référendum sur le Brexit : Les Européens sont-ils correctement informés sur l’UE ?

Au lendemain du référendum du 23 juin, il s’est avéré que bon nombre d’électeurs britanniques méconnaissaient, voire ignoraient totalement, les informations de base sur l’Union européenne.

Certains leaders du camp Leave, favorables au Brexit, en ont profité et n’ont pas hésité à faire campagne en utilisant, entre autres, des arguments fallacieux ainsi que des mensonges éhontés, tout en bénéficiant de l’appui d’un grand nombre de journaux nationaux qui “ont noyé leurs lecteurs sous un flot d’histoires subjectives et trompeuses, quand elles n’étaient pas purement et simplement fallacieuses, sur Bruxelles”, comme on a pu récemment le lire dans The New York Times. Pour le “NYT”, l’image qu’ont présentée les journaux britanniques de l’Union européenne à l’approche du référendum du 23 juin a été tout aussi négative. Le Financial Times et le Guardian ont exprimé leur soutien à la campagne du Remain, mais ce sont des quotidiens à faible diffusion qui prêchent des convertis. The Times a été impartial, même s’il a fini par admettre, le 18 juin, qu’il préférait rester dans l’Union européenne. Mais le journal au plus grand tirage (The Telegraph), le journal le plus lu par la classe moyenne britannique (The Daily Mail) ainsi que le tabloïd le plus populaire (The Sun) ont affiché un soutien éhonté au camp du *Leave.

Mais quel rôle ont joué les experts ? Même si, d’après BuzzFeed, les pro-Remain accordaient plus de valeur à leur parole que ne le faisaient les pro-Brexit, les experts, qu’ils soient économistes ou scientifiques, n’ont presque pas été entendus, leur voix ayant été étouffée par les partisans du Leave, qui ont joué avec la peur et la colère des électeurs.

Sans compter qu’aucune campagne d’information sur l’Union européenne n’a été menée par le gouvernement britannique en amont du référendum : les résultats n’auraient pas dû nous surprendre. La recherche qu’ont frénétiquement entrée de nombreux Britanniques sur Google dans les heures qui ont suivi l’annonce des résultats, à savoir “qu’est-ce que l’UE, n’aurait pas non plus due nous surprendre. Et l’effet de surprise disparaît complètement si on s’intéresse au pourcentage du niveau d’information relatif à l’UE des citoyens du Royaume-Uni : ils sont tout simplement les moins bien informés, comme le montre l’Eurobaromètre que nous avons utilisé pour ce graphique.


presseurop.eu | 29-juin-2016 13:51

Brexit: l'UE en désordre de bataille

Et maintenant? Comme il fallait s’y attendre, les Etats membres et les institutions communautaires n’ont aucun plan B dans la poche, pas plus, d’ailleurs, que les partisans britanniques de la rupture avec l’Union. D’où le flottement actuel, tant à Bruxelles que dans les capitales européennes. Tout se passe comme si personne n’avait osé envisager le pire, pariant sur une vision idéalisée du fameux « pragmatisme » britannique. Faute de préparation, il ne faut donc pas s’attendre à ce que les chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunissent mardi et mercredi à Bruxelles, ou encore le Parlement européen, qui tient une session extraordinaire mardi, propose une réponse ambitieuse au séisme politique que vient de vivre l’Union. « On ne pas préparer un nouveau traité dans les 15 jours », a reconnu Emmanuel Macron, le ministre de l’économie, samedi, lors d’un débat à Sciences po.

Il est vrai que la réaction des Vingt-sept dépendra de l’analyse qu’ils feront des raisons du vote négatif des Anglais et des Gallois, mais aussi de la réaction de la classe politique britannique. Pour l’instant la poussière de la déflagration du « leave » est loin d’être retombée, à tel point qu’on ne sait pas encore si et quand Londres activera l’article 50 du traité sur l’Union qui enclenche le processus de sortie ! Outre que le référendum est consultatif, il faudra que le gouvernement de sa gracieuse majesté obtienne une majorité à la chambre des communes, où les « Bremain » sont largement majoritaires, mais aussi semble-t-il, au sein des parlements régionaux : or l’Ecosse n’a aucune intention de faciliter la tâche des « Brexiters »… Un beau casse-tête constitutionnel en perspective.

C’est pour cela qu’Angela Merkel, la chancelière allemande, appelle à répondre au Brexit « avec calme et détermination » en évitant « des solutions rapides et simples qui diviseraient encore davantage l’Europe ». Une prudence habituelle de sa part, mais qui, pour le coup, est justifiée : « c’est un échec britannique avant tout », approuve Emmanuel Macron, avant d’être un échec européen. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a renchéri de son côté dans Bild zeitung, samedi : « l’UE a des décennies d’expérience dans la gestion des crises et en est toujours sortie renforcée ».

Néanmoins, les vingt-sept capitales reconnaissent que le projet européen est en danger, l’euroscepticisme et le nationalisme ayant le vent en poupe partout en Europe. Il faut donc le remettre d’aplomb afin de répondre aux préoccupations des citoyens. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Décryptage des défis et des enjeux.

* Comment éviter que le poison du Brexit ne paralyse l’Union ?

C’est le cauchemar des Européens : que les négociations du Brexit durent plusieurs années et paralysent totalement l’Union. Car, tant que la Grande-Bretagne n’est pas sortie, elle continuera à siéger au sein des instances européennes et pourra poser son véto à toute réouverture des traités par exemple. Face aux hésitations londoniennes, David Cameron, le premier ministre britannique, laissant à son successeur le soin d’activer l’article 50, et Boris Johnson, le leader des « leave » au sein du parti conservateur considérant qu’il n’y a aucune urgence à le faire, les ministres des affaires étrangères des six pays fondateurs de l’UE (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), réunis samedi à Berlin, ont invité le Royaume-Uni à lancer « le plus vite possible » la procédure de sortie de l’UE. « Nous disons ici, ensemble, que ce processus doit commencer aussi vite que possible pour qu’on ne se retrouve pas embourbé », a martelé le ministre des affaires étrangères allemand, le social-démocrate, Frank-Walter Steinmeier. Le Parlement européen devrait adopter mardi une résolution allant dans le même sens : il faut couper les ponts au plus vite avec le Royaume-Uni pour éviter le pourrissement. A Bruxelles, on multiplie les gestes symboliques : les 27 Représentants permanents (ambassadeurs) des Etats membres se sont réunis hier sans le représentant britannique pour préparer le sommet de mardi et de mercredi et il est déjà prévu que les chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront mercredi sans David Cameron. Toujours pour accroitre la pression, le Polonais Donald Tusk, le président du Conseil européen, a désigné samedi le belge Didier Seeuws, un fonctionnaire européen, comme chef de la « Brexit task force » du Conseil, alors que la Commission mettait aussi en place un groupe équivalent pour préparer les futures négociations.

Reste à savoir si les Vingt-sept sont exactement sur la même longueur d’onde. A Paris, on reconnaît « que si le SPD ou Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, sont d’accord pour accélérer les choses, la Chancelière n’est pas encore parfaitement alignée. Comme dans le cas de la Grèce, elle veut se donner du temps ». D’autant que l’activation de l’article 50 recouvre une seconde question : comment éviter que Londres refuse de l’activer tant qu’elle n’a pas obtenu l’assurance d’un futur statut préférentiel qui ne la coupera pas du marché intérieur, un élément vital pour elle ? « L’article 50 n’a pas été conçu pour servir d’instrument de chantage. Un pays peut sortir, mais c’est seulement ensuite qu’on se mettra d’accord sur un futur statut », insiste un diplomate français. Or, plusieurs Etats membres pourraient accepter de se montrer conciliant : d’abord l’Allemagne et les Pays-Bas, qui réalisent à eux deux plus de la moitié de l’excédent commercial de l’UE avec le Royaume-Uni, mais aussi les pays d’Europe du nord dont l’anglophilie n’est plus à démontrer.

« Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, après avoir hésité, a admis que toute attitude trop conciliante serait utilisée par ses europhobes comme argument de campagne pour montrer qu’une rupture n’est pas si grave, explique-t-on à Paris. Nous avons le même problème, tout comme Matteo Renzi en Italie ». On se dit confiant qu’au final, Angela Merkel, qui n’est pas aussi menacée par les populistes de l’AfD que François Hollande par le FN, soutiendra le point de vue français. Mais l’attitude des autres pays n’est absolument pas garantie et ce sera l’un des principaux enjeux du sommet de mardi et de mercredi.

· Qui veut relancer ?

Si François Hollande a immédiatement affirmé que « l’Europe ne peut plus faire comme avant » et que Manuel Valls a appelé à « refonder, réinventer une autre Europe en écoutant les peuples », la prudence semble l’emporter dans la plupart des autres capitales, où l’appétence pour une remise à plat du projet européen est plus que limité. Surtout, Allemands et Français ne sont pas d’accord entre eux sur les contours d’une telle relance qui passerait nécessairement par une réforme des traités. Car expliquer que l’Europe ne fait pas assez pour les gens est pour le moins limité, les régions anglaises les plus aidées financièrement par l’Union européenne étant souvent celles qui ont le plus massivement voté pour le Brexit…

En fait, depuis l’élection de François Hollande, le couple franco-allemand se porte mal, en dépit des dénégations de Paris. En grande partie parce que Berlin n’a plus grande confiance en son partenaire qui s’inquiète de sa capacité à réformer son économie. Mais aussi parce que le chef de l’Etat n’a jamais formulé la moindre proposition concrète acceptable par l’Allemagne : en particulier, celle-ci refuse d’aller plus loin dans l’intégration politique sans une modification des traités qui permettrait de démocratiser la zone euro, celle-ci fonctionnant en dehors de tout contrôle parlementaire, européen ou national. De fait, Hollande craint par dessus-tout qu’une réforme des traités entraine ipso facto un référendum qu’il serait certain de perdre. Paris privilégie donc des changements « à traité constant », ce qui est inacceptable pour un gouvernement allemand soumis à la pression de sa Cour constitutionnelle : celle-ci a jugé à plusieurs reprises que l’Union est un trou noir démocratique, ce qui, selon elle, fait obstacle à tout partage de souveraineté supplémentaire, notamment dans le domaine financier. Pas question donc d’un budget de la zone euro ou d’un trésor capable de lever l’emprunt sans contrôle parlementaire. Une contradiction dans laquelle s’est empêtré le couple franco-allemand.

Cela étant, tout n’est pas de la faute de Paris : outre Rhin, la crise de la zone euro et la solidarité forcée à l’égard de la Grèce a laissé des traces profondes, tout comme la politique monétaire trop accommodante de la Banque centrale européenne qui a jeté par dessus bord tous les fondamentaux de la Bundesbank : « la Chancelière nous a dit qu’elle était épuisée par la crise grecque et qu’il ne fallait pas compter sur elle pour aller plus loin dans l’approfondissement de la zone euro », confie un responsable français.

Or, sans un couple franco-allemand en ligne, rien ne peut se faire en Europe, comme l’a rappelé dimanche le chef de l’Etat : « il est de la responsabilité de la France et de l’Allemagne de prendre l’initiative ». Matteo Renzi, le président du Conseil italien, conscient de ce blocage, a imaginé un nouveau moteur, celui que pourrait former les six Etats fondateurs. Son idée serait qu’ils accouchent d’une proposition de nouveau traité pour le soixantième anniversaire du traité de Rome, en mars 2017. Mais, là aussi, ça coince, plusieurs pays, dont l’Espagne, n’appréciant pas de se retrouver mis sur le côté… Et ce format n’a pour l’instant pas permis de surmonter les divergences franco-allemandes. Enfin, parmi les autres pays européens, aucun n’est demandeur d’un approfondissement de l’Union, et en particulier pas les pays nordiques et d’Europe centrale…

· Relancer pourquoi faire ?

Tirer les leçons du Brexit n’est pas simple, puisque la Grande-Bretagne avait un statut à part au sein de l’Union et ne participait pas aux politiques les plus intégrées : monnaie unique, union bancaire, Schengen, politique d’immigration et d’asile, police, etc. En outre, David Cameron avait obtenu de ses partenaires, en février dernier, de nouvelles clauses dérogatoires qui lui auraient notamment permis de discriminer les ressortissants européens sur le plan des prestations sociales… Mieux, les accusations de déficit démocratiques, en ce qui la concerne, tombaient totalement à plat : le marché intérieur et la politique agricole commune sont, depuis le traité de Lisbonne, totalement contrôlés par le Parlement européen et la Commission a commencé sa mue démocratique en mai 2014, son président étant désormais directement issu des élections européennes. Autrement dit, sauf à déconstruire totalement l’Union, on ne voit pas très bien l’enseignement qui pourrait être tiré de cette consultation, si ce n’est éventuellement en mettant au clair la répartition des compétences entre le niveau européen et le niveau national.

En revanche, personne ne peut nier la montée de l’euroscepticisme, notamment au sein des dix-neuf pays de la zone euro. C’est là le principal enjeu, comme l’a parfaitement compris François Hollande qui a appelé à un « renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique ». Ce qui passe par une réforme des traités afin d’instaurer un contrôle parlementaire, ce qui donnerait enfin aux citoyens leur mot à dire sur la gestion de la zone euro. A l’Elysée, on l’admet enfin, mais on renvoie cette réforme après 2017.

· Comment réformer ?

La tentation française est de négocier un nouveau traité entre Etats, comme d’habitude, à charge pour chacun de le faire ensuite ratifier. Une méthode qui échoue pourtant de plus en plus, comme le montre la succession de référendums négatifs sur l’Europe. « Il faut procéder autrement en lançant des conventions citoyennes à travers l’Europe », a donc plaidé, samedi, Emmanuel Macron : « un projet de refondation, ça doit se construire avec les gens, à partir d’un débat démocratique ». Et pour éviter 27 référendums nationaux, il plaide aussi pour « consultation transeuropéenne ». Les Etats seront-ils prêts à une telle révolution copernicienne ? De la réponse qu’ils apporteront à cette question dépend le futur de l’Union. Et les vingt dernières années n’incitent guère à l’optimisme.

N.B.: article paru dans Libération du 27 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 29-juin-2016 12:01

Après les législatives en Espagne : “Les Espagnols ont décidé de donner une autre possibilité à Rajoy”

Le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy est arrivé en tête le 26 juin, en obtenant 137 des 350 sièges de la chambre des députés. Le Parti socialiste (PSOE) est arrivé deuxième, avec 85 députés. Unidos Podemos, le mouvement mené par Pablo Iglesias, n’a pas ‘doublé’ le PSOE comme l’annonçaient les sondages et obtenu 71 sièges, alors que Ciudadanos, le mouvement de centre-droit d’Albert Rivera en a obtenu 32.

La priorité absolue, c’est de rendre possible un accord qui assure rapidement un gouvernement stable, corrigeant ainsi la pire des conséquences de la législature précédente”, récite l’éditorial d’El País. Qui poursuit :

le résultat du Parti populaire, clairement meilleur que celui de décembre, lui donne à nouveau l’initiative pour tenter de former le gouvernement. Espérons qu’il ne le refuse pas à nouveau. Son leader, Mariano Rajoy, peut se sentir raisonnablement récompensé en raison de la hausse des sièges obtenus, mais il est loin de pouvoir gouverner seul. Il doit tenter de former un gouvernement ample et pour cela, il doit entamer d’abord un dialogue responsable et sincère.

Le vrai vainqueur, c’est Mariano Rajoy, même s’il doit interpreter avec précaution les résultats, car il n’a pas la majorité nécessaire pour être certain d’obtenir l’investiture”, lit-on dans l’éditorial d’ABC. Pour le journal conservateur,

aujourd’hui commence une phase politique qui remet dans les mains du PP et de Rajoy la responsabilité de former le gouvernement au moyen d’accords et de négociations avec les autres partis. La corruption a coûté cher au PP et on ne doit pas l’oublier. Beaucoup de choses doivent changer. […] L’avenir immédiat sera complique, mais pas plus que la législature qui l’attend s’il sera à nouveau investi comme chef du gouvernement.

Mariano Rajoy est le grand vainqueur des élections”, établit l’éditorial d’El Mundo, selon lequel

les Espagnols ont décidé de donner une autre possibilité à Rajoy qui, bien qu’il soit loin d’avoir la majorité nécessaire pour gouverner, est le seul leader qui sort renforcé de ce vote. Il est évident que le PP est parvenu à attirer le vote utile, en réaction à la percée que les sondages attribuaient à Podemos, recueillant ainsi autour de lui le vote de centre-droit, au dépens de Ciudadanos. […] Ces élections n’ont pas provoqué de changement radical dans le scénario politique, mais elles ont apporté de légères différences qui permettent de penser qu’il n’y aura pas de nouveau vote et que les partis seront capables de tisser de nouveaux accords pour former un exécutif stable ou, du moins, laisser que la liste la plus votée gouverne.

Dans l’éditorial de La Razón, on peut lire que

le résultat du Brexit et de la désastreuse sortie du Royaume-Uni nous ont mis face à un miroir : nous avons besoin de dirigeants sérieux et Rajoy en est un. Il sait ce qu’il doit faire et il a un plan pour maintenir la reprise économique. […] Contrairement à il y a sept mois, nous savons à présent quels sont les temps et ce qu’il faut faire pour sortir de la situation de blocage. A partir d’aujourd’hui, les dirigeants qui placent les intérêts de l’Espagne avant ceux de leur parti doivent faire entendre leur voix. Les Espagnols le demandent et ils se doivent de répondre vite.

La répétition des élections a donné une photographie qui ressemble à celle d’il y a sept mois, avec la différence que certaines voix de Ciudadanos sont passées (ou revenues) au Pp”, écrit le directeur de La Vanguardia Màrius Carol, selon lequel

les électeurs espagnols sont partagés en deux entre droite et gauche, de sorte qu’il ne sera pas facile de former un nouveau gouvernement. […] Ces élections ont également permi à Mariano Rajoy de renforcer sa position et ont démenti le doublement du PSOE par Podemos. […] Il ne sera pas facile d’obtenir un accord de gouvernement mais personne ne veut d’une troisième élection, qui ne résoudrait rien et qui affaiblirait la démocratie. Les prochaines semaines s’annoncent intenses.

Pour Ramón Gorriarán, “la photo ressemble à celle du 20 décembre, même si elle est un peu décalée à droite.” L’éditorialiste du Correo estime en effet que

ce qui ressort le jour après le rendez-vous électoral, c’est un scénario dans lequel les accords sont à nouveaux les protagonistes, et ils sont difficiles également, car aucune coalition naturelle n’atteint la majorité au Congrès. […] La grande coalition, dans certaines variantes – avec le soutien ou l’abstention des Socialistes – se profile au loin, mais le PSOE a déjà dit non. Les options sont claires : soit l’abstention permet à Rajoy de former un gouvernement de minorité, soit on forme une alliance avec les indépendentistes, soit l’Espagne ira vers un troisième vote.

Le grand vainqueur du 26 juin est Mariano Rajoy ; le grand perdent, sans concessions, est Pablo Iglesias, qui n’a pas mis à profit l’alliance avec Izquierda unida et n’est pas parvenu à ‘doubler’ le PSOE”, écrit le directeur d’El Periódico, Enric Hernández. Qui ajoute :

le centre-droit sort renforcé de la répétition électorale ; la gauche, décimée. Le verdict des urnes met en exergue l’erreur commise par le leader de Podemos après le 20 décembre, en utilisant l’alibi de l’entente préventive entre le chef du PSOE Pedro Sánchez et celui de Ciudadanos Albert Rivera pour rejeter l’accord entre les forces politique qui s’étaient dites prêtes, malgré leurs différences, à déloger le PP du pouvoir.


presseurop.eu | 28-juin-2016 13:34

Brexit: le divorce, une autre paire de Manche

Le général de Gaulle a posé deux fois son véto à l’adhésion de la Grande-Bretagne à la CEE de l’époque, en 1963 et en 1967, en expliquant que ce pays ne parviendrait pas à renoncer à ses spécificités pour s’intégrer dans un ensemble plus grand. Il estimait qu’il fallait mieux lui proposer un « accord d’association » purement commercial. Son avertissement, lancé le 27 novembre 1967, prend, aujourd’hui, des allures prémonitoires : « Faire entrer l’Angleterre », ce serait « donner d’avance (notre) consentement à tous les artifices, délais et faux-semblants qui tendraient à dissimuler la destruction d’un édifice qui a été bâti au prix de tant de peine et au milieu de tant d’espoir ». L’Europe en est là : elle doit éviter que le départ fracassant de la Grande-Bretagne ne fasse s’effondrer l’Union et gérer sans casse le divorce entre ce pays, qui a décidé de quitter unilatéralement la maison commune, et l’Union, qui ne voulait pas le voir partir. La séparation ne se faisant pas par consentement mutuel, on risque d’assister à quelques belles bagarres entre les deux anciens conjoints. Décryptage.

· À quel moment vont commencer les négociations de rupture ?

L’article 50 du traité européen, introduit par Lisbonne entré en vigueur en décembre 2009, prévoit qu’un Etat qui veut quitter l’Union « notifie son intention » au Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. À partir de là, les États membres ont deux ans pour parvenir à « un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union ». Faute d’accord, les traités cessent purement et simplement de s’appliquer à ce pays, sauf si la période de négociation est prolongée à l’unanimité des États membres. Il ne dit absolument rien d’autre. Profitant de ce flou juridique, David Cameron, le Premier ministre britannique, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne déposera aucune demande lors du sommet de mardi et mercredi prochain. Il laissera ce soin à son successeur, sans doute Boris Johnson, lorsqu’il aura démissionné à l’automne. Mais même là, rien n’est certain : Londres pourrait même faire indéfiniment durer le plaisir afin d’essayer de négocier avec chaque capitale européenne le meilleur des arrangements possibles, partant du principe qu’il est plus facile de parler avec une Union divisée qu’unie. Pour Guy Verhofstadt, le patron du groupe libéral au Parlement européen, il faut absolument éviter de tomber dans ce piège : « il faut obliger le Royaume-Uni à déposer sa demande le plus vite possible ». « Je voudrais que pour tout le monde il soit très clair, évident, nécessaire, que le processus d’incertitudes dans lequel nous sommes entrés ne dure pas trop longtemps. Il faut accélérer les choses », a plaidé se son côté Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Avec Donald Tusk, le président du Conseil européen, et Martin Schulz, le président du Parlement européen, il a demandé « que le gouvernement du Royaume-Uni rende effective cette décision du peuple britannique dès que possible ».

· Comment vont se dérouler les négociations ?

Là aussi, l’article 50 est silencieux : seront-elles menées par le Polonais Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui craint qu’un Brexit « marque le début de la destruction de l’Union européenne, mais aussi de la civilisation occidentale », la Commission ou par des représentants des trois institutions (Parlement, Conseil, Commission) ? Le choix que feront les chefs d’État et de gouvernement ne sera évidemment pas neutre sur la façon dont les Vingt-sept (qui se réuniront mardi pendant quelques heures sans le Royaume-Uni) envisagent la suite des négociations. En effet, deux questions différentes se posent : les conditions de la rupture elle-même, et le futur statut qui liera la Grande-Bretagne à l’Union. La tentation des plus anglophiles, en réalité ceux qui réalisent une partie non négligeable de leurs échanges avec le Royaume-Uni, sera de rendre la sortie la moins douloureuse possible en évitant un vide entre la fin de l’application des traités européens et l’accès au marché unique que veulent obtenir les Britanniques pour continuer à exporter leurs biens et leurs services. Le problème est qu’un tel schéma va se heurter aux impératifs de politique intérieure de plusieurs États membres, dont l’Allemagne, la France ou encore l’Italie. Si la rupture se passe sans aucune conséquence économique pour la Grande-Bretagne, cela fournira des arguments aux populistes locaux pour réclamer à leur tour un référendum de sortie. Même si la situation de la zone euro est spécifique, puisqu’il faudrait alors abandonner la monnaie unique, le FN ou Alternativ für Deutschland (AfD) ne se gêneront pour invoquer le caractère indolore d’une séparation à l’amiable. C’est pourquoi tant Angela Merkel, la chancelière allemande, que François Hollande, le Président français, ont clamé en cœur : « dehors, c’est dehors » : « quand c’est non, c’est non, et il n’y a pas de statut intermédiaire, il y aurait donc à en tirer toutes les conclusions », a martelé le chef de l’Etat jeudi. Autrement dit, plusieurs batailles vont se dérouler en même temps : l’une vis-à-vis de la Grande-Bretagne pour l’obliger à déposer sa demande, l’autre entre les Européens pour déterminer s’ils utilisent la méthode douce au risque de donner des arguments à leurs populistes, ou la méthode brutale afin d’éviter un effet domino.

· Quelle place pour la Grande-Bretagne dans l’Union avant la rupture définitive ?

Là aussi, l’article 50 est muet. A priori, la Grande-Bretagne présidera l’Union au second semestre 2017, David Cameron et son successeur continueront à siéger au Conseil européen, les ministres britanniques à voter au Conseil des ministres, les députés européens britanniques à adopter les textes européens, le commissaire britannique à proposer des législations, les juges britanniques de la Cour de justice européenne à rendre des jugements. Ce qui est extrêmement étrange alors que toutes les décisions qui seront prises durant cette période n’auront pas vocation à s’appliquer outre-Manche. La logique voudrait que les Britanniques s’abstiennent de participer aux votes, mais on peut douter qu’ils se comportent ainsi en parfaits gentlemen… Quant aux fonctionnaires britanniques des institutions communautaires (1400 en tout), ils resteront en place au moins jusqu’au Brexit effectif. Ils devraient ensuite conserver leur job, puisqu’ils n’ont pas été recrutés en fonction de leur nationalité, mais n’occuperont plus aucun poste politique (directeurs généraux, directeurs généraux adjoints, directeurs). C’est pourquoi la plupart d’entre eux vont chercher à acquérir la nationalité d’un État membre (soit par naturalisation, ce qui profitera aux Belges, soit grâce à leur conjoint).

· Quel statut pour la Grande-Bretagne ?

En réalité, il est fort probable que le Royaume-Uni soit simplement traité comme un pays tiers, sans accès privilégié au marché unique. Non pas du fait des Européens, qui seront demandeurs d’une relation renforcée pour des raisons commerciales et financières, mais du fait de Londres qui ne pourra sans doute faire aucune concession qui s’apparentera à un abandon de souveraineté. Ainsi, il est hors de question que le pays intègre l’Espace Economique Européen comme la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein : en effet, toute la législation concernant le marché unique continuerait à lui être applicable, y compris la libre circulation, le droit de l’environnement ou la politique sociale, sans qu’elle ait son mot à dire. Pis, elle devrait contribuer au budget communautaire : sa contribution, par rapport à son niveau actuel, ne diminuerait que de 9 %. Un statut à la Suisse, qui a négocié 120 accords bilatéraux avec l’Union, se heurterait aux mêmes obstacles : outre que les services financiers en seraient exclus, cela l’obligerait à accepter la libre circulation et elle devrait contribuer au budget européen (mais avec une diminution de 55 % de sa contribution). Entrer dans l’Union douanière, comme l’a fait la Turquie, ne serait pas très intéressant pour elle, puisque, là aussi, les services financiers ne sont pas concernés. Enfin, il y aurait la possibilité de conclure un simple accord de libre-échange avec l’Union. Mais, comme dans les cas précédents, elle n’aurait qu’un accès très partiel au marché unique et elle serait obligée de respecter l’ensemble des normes européennes, celles-là mêmes que les europhobes britanniques ont dénoncées pendant la campagne. Bref, trouver un statut ad hoc va prendre du temps, énormément de temps et pendant ce temps-là, la Grande-Bretagne n’aura qu’un accès limité au marché unique. Et son commerce avec le reste du monde va souffrir : l’Union a conclu 200 accords de libre-échange que Londres va devoir renégocier pour son propre compte. Et là, elle ne sera pas en position de force.

· Comment consolider l’Union européenne ?

C’est sans doute l’enjeu le plus important : le départ de Londres souligne les insuffisances de l’intégration communautaire, son caractère inachevé, l’insatisfaction qu’elle suscite dans les opinions publiques, souvent pour des raisons opposées. Ainsi, si les Français la jugent « ultra libérale », les Anglais l’estiment trop réglementaire. Il faut donc remettre l’ouvrage sur la table et seul le couple franco-allemand, pour l’instant en coma profond, peut le faire, en s’appuyant sur les autres pays fondateurs. Jean-Claude Juncker attend Paris et de Berlin « des prises de positions très claires », comme il l’a dit vendredi, et Paris affirme y travailler d’arrache-pied depuis…4 ans. Sauf surprise, cela ne devrait pas être pour le sommet de mardi : « on va dans un premier temps essayer de limiter l’onde de choc », dit-on à Paris. Le second temps sera celui de la relance, mais sans doute pas avant les échéances électorales franco-allemandes de 2017.

N.B.: version longue de l’article paru dans Libération du 25 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 28-juin-2016 10:27

Après le Brexit : Keep calm and carry on, Europe
Les Echos, Paris – Les pays qui veulent continuer le projet européen doivent se ressaisir et poursuivre l’intégration, autour d’un noyau dur qui partagerait la souveraineté fiscale, budgétaire et militaire. Voir en entier .
presseurop.eu | 28-juin-2016 10:07

Après le Brexit : Serrer les rangs et avancer
Les Echos, Paris – Les pays qui veulent continuer le projet européen doivent se ressaisir et poursuivre l’intégration, autour d’un noyau dur qui partagerait la souveraineté fiscale, budgétaire et militaire. Voir en entier .
presseurop.eu | 28-juin-2016 10:07

Elections législatives en Espagne : La victoire de l’idéologie et de la peur de l’incertitude

Le résultat de la deuxième élection législative en sept mois, organisée faute d’accord entre les principaux partis pour former un gouvernement après les élections du 20 décembre dernier, ne laisse pas de doutes estime Ramón González-Ferriz, directeur de Ahora Semanal : “C’est l’idéologie qui a fait pencher la balance en faveur du premier parti en termes de voix, le Parti populaire (PP) du chef du gouvernement sortant Mariano Rajoy.” Celui-ci, “malgré toutes ses limites apparentes”, s’est révélé comme “un stratège très talentueux” :

La stratégie du PP lors de la campagne, qui visait à obtenir la polarisation maximale, lui a réussi. Il a augmenté son nombre de sièges et a remporté les élections, en creusant l’écart par rapport au Parti socialiste (PSOE). Grâce à son efficace message basé sur la peur, le PP a obtenu le retour de nombreux électeurs . Il est possible que le Brexit et la demande de stabilité qui a suivi le chaos qu’il a provoqué y aient également contribué. Mais c’est la fidélité quasi religieuse de ses électeurs qui semble constituer par-dessus tout la clé. La peur d’un gouvernement de gauchistes menés par Podemos a été suffisante.

Le pourcentage de voix obtenues par les conservateurs (33 %) ne leur permet pas de gouverner seuls cette fois, et une nouvelle série de négociations sur la formation d’une coalition avec les libéraux de Ciudadanos (13 %) avec les socialistes (22 %) s’annonce. Faute d’accord, une nouvelle élection devra être convoquée. Mais les élections, poursuit González-Ferriz, ont révélé un double sentiment :

La première certitude qui remonte de ces élections, c’est que l’électeur de Rajoy est de marbre. Mais la seconde, c’est que le maximum des voix auquel Podemos peut aspirer est dans les environs de ce qu’il a obtenu le 20 décembre [21 %]. Même s’il s’agit d’un exploit pour un parti aussi jeune, cela apaise les craintes qu’une partie de la gauche et probablement toute la droite ont partagées ces derniers mois : que Podemos puisse non seulement dépasser le PSOE comme premier parti de la gauche, mais qu’il puisse aller au gouvernement et y appliquer des politiques proches du bolivarisme, la racine idéologique, aujourd’hui abandonnée au sein du programme de Podemos, mais encore présente dans son discours. Non, il n’y a pas aujourd’hui de menace d’une vénézuelisation de l’Espagne. [Les deux certitudes] ont une explication : elle sont le fruit de la persistante importance des idéologies, de la fracture gauche/droite. Les préférences des électeurs conservateurs continuent à avoir un caractère basiquement idéologique, et non de rejet de la corruption ou de punition pour le peu de charisme de leur leader. Et les limites de Podemos résident dans une appréciable, mais limitée, quantité d’électeurs, car son idéologie, malgré ses changements, continue à susciter la méfiance de la majorité de la gauche.


presseurop.eu | 27-juin-2016 18:24

Une "nouvelle frontière" pour l'Europe après le Brexit

In ou out, plus rien ne sera comme avant : la succession de référendums perdus sur les questions européennes, le fait qu’un pays s’interroge sur son maintien dans l’Union, montre que le rêve européen est, sinon brisé, du moins sérieusement ébréché. Comment redonner du sens à une construction qui a pourtant réussi à maintenir la paix sur le vieux continent depuis 1950 ? Deux europhiles convaincus, Sylvie Goulard, députée européenne libérale - qui vient de publier « Goodbye Europe » (Flammarion)-, et son ancien collègue écologiste, Daniel Cohn-Bendit, député européen entre 1994 et 2014, livrent leur diagnostic croisésur l’état de l’Union et sur la meilleure façon de rebondir. En résumé, « soyez réalistes, demandez l’impossible »...

Ce référendum marque-t-il un tournant dans l’histoire de l’Union européenne ?

DCB : Absolument ! Quel que soit le résultat, même si le « remain » l’emporte, l’Europe a failli sombrer et elle sombrera si l’on continue comme avant : l’Union n’est plus désirable, car elle n’est pas à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés.

SG : Ce référendum est un événement majeur qui n’a pas été traité comme il le méritait. Jusqu’à présent, le processus d’élargissement et d’approfondissement de l’Union, quoique chaotique, a été continu. Personne ne l’a jamais remis en cause au point de vouloir quitter l’Union. Si c’est un non extrêmement clair, ce sera la première dislocation de l’Union. On pourra peut-être l’endiguer car le Royaume-Uni a une relation spéciale avec l’UE. Mais on peut se retrouver dans un scénario intermédiaire avec un petit « oui » qui rencontrerait des résistances extrêmement fortes, notamment au sein du Parlement britannique ou un petit « non », incitant Londres à négocier des dérogations supplémentaires. David Cameron y sera d’autant plus enclin que nous sommes déjà tombés dans le piège du chantage : la sortie de l’Union prévue par les traités ne doit pas être un instrument de menace qui permet d’obtenir un statut privilégié. Si on sort, on sort.

Y a-t-il un risque d’effet domino ?

SG : Oui, on ne peut pas l’exclure.

DCB : Si la Hongrie veut suivre, grand bien lui fasse ! Il y a des limites au bashing européen : si on pense que l’Union, comme l’affirme Viktor Orban, c’est l’URSS, il vaut mieux en partir. Et là, pas de risque que l’Europe envoie ses chars, ce qui n’est pas mal pour un espace prétendument dictatorial…

Pourquoi assiste-t-on à une telle montée de l’euroscepticisme ?

DCB : Le projet européen est en rupture avec trois siècles d’histoire conflictuelle entre États : il ne peut donc pas se faire sans douleur et sans va-et-vient. Après les deux guerres mondiales, les élites européennes se sont demandé comment éviter que cela se reproduise. La réponse a été la construction communautaire. Mais elle ne pouvait être lancée avec l’accord des peuples. Si en 1950, on avait demandé aux Français s’ils voulaient se réconcilier avec les Allemands, le non l’aurait emporté très largement. Mais il a fallu attendre l’effondrement des empires coloniaux qui rendait impossible toute tentation hégémonique pour que le projet européen soit véritablement lancé. Trente ans après, l’Union a été confrontée à la chute du communisme et au désir des États d’Europe centrale et orientale de participer au bien-être européen. L’Union a été prise dans un piège politique exactement comme l’Allemagne après l’unification, lorsque Helmut Kohl a décidé de la parité entre le mark de l’ouest et le mark de l’est. C’était une aberration économique, mais il ne pouvait pas faire autrement sinon des millions d’Allemands de l’Est seraient passés à l’ouest. Et on n’allait pas construire un mur ! L’Europe n’a pas pu faire autrement avec l’Est et a dû accepter l’élargissement. Mais ce faisant, la nature de l’Europe a changé et les Européens ne comprennent plus pourquoi on fait l’Europe. On est resté au milieu du gué en n’achevant pas la construction communautaire ce qui la laisse démunie face aux crises que nous affrontons : certains croient donc que la souveraineté nationale nous protègera mieux contre les crises. C’est l’indécision des États qui fait le lit des populismes.

SG : En Europe, beaucoup a été promis, peu a été tenu et, dans le même temps, le monde a changé.

Les citoyens qui votent contre l’Europe ont à peu près le même profil dans tous les pays : des hommes, plutôt âgés, peu formés, vivant hors des grands centres urbains et qui se sentent oubliés du progrès économique. N’est-ce pas inquiétant pour le projet européen ?

SG : C’est surtout inquiétant pour nos sociétés Les États peinent à produire de la cohésion. Rappelons nous que ce sont eux qui restent responsables des politiques économiques, sociales, d’éducation et de formation, qu’ils soient dans la zone euro ou non. Ainsi, le Royaume-Uni dont les performances agrégées sont bonnes connaît de fortes inégalités, que ce soit en termes de revenus, de territoires, d’accès à la culture, de formation. En France, il y a infiniment trop de jeunes sans formation, livrés à eux-mêmes sans outils de compréhension du monde. Ca, c’est la faillite des États, pas de l’Europe. C’est tout le problème : le projet européen est pris en tenaille entre les niveaux nationaux et le niveau mondial. Même sans l’Europe, l’incapacité des États à assurer l’égalité des chances demeurerait et la mondialisation continuerait à produire ses effets.

N’y a-t-il pas une ambiguïté du projet européen qui a longtemps dissimulé ses objectifs politiques derrière des objectifs purement économiques.

DCB : L’idée était effectivement d’unifier le continent par l’économie, le charbon et l’acier, puis le marché unique, en évitant les grands projets politiques qui risquaient de crisper les États. D’ailleurs, l’armée européenne a échoué en 1954… Il fallait donc d’abord apprendre à vivre en commun avant toute intégration politique. C’est au moment de la création de l’euro, en 1991, qu’on est totalement passé à côté du momentum politique. C’est à ce moment-là qu’on aurait du clarifier le projet : d’un côté, un marché, de l’autre une Europe politico-économico-sociale. Car il ne faut pas s’y tromper : la justification de l’euro n’était pas du tout économique, mais politique, tout comme la parité entre le mark de l’est et de l’ouest était politique. Pour éviter l’hégémonisme d’une Allemagne unifiée au centre du continent, il fallait renforcer l’intégration européenne. Mais, à Maastricht, les chefs d’État et de gouvernement ont fait du marxisme basique : ils ont posé les bases d’une Europe économique et financière en pensant que le politique, c’est-à-dire la structure, suivrait automatiquement. C’est le type même de pensée magique. Résultat : le projet politique qui doit gouverner l’Europe économique et financière n’a jamais été mis en place. On en est resté à une addition d’États souverains qui, même avec la monnaie unique, sont toujours aussi jaloux de leur souveraineté alors même qu’ils auraient dû en transférer une bonne partie à un espace commun qui s’appelle l’Union européenne.

SG : Les Français doivent se souvenir que leur Parlement a rejeté la Communauté de défense en 1954 et que Mitterrand a refusé le projet d’union politique proposé à Maastricht par la Présidence néerlandaise, en accord avec l’Allemagne. Ceci dit, il faut regarder devant. Il pourrait y avoir dans le référendum britannique un aspect positif : inciter à mettre au clair le projet européen et à répondre aux inquiétudes et interrogations des citoyens. L’UE n’est pas une entité abstraite : elle est ce que nous en faisons. Personne n’est satisfait mais aucun État ne propose des changements. En France, où est pourtant né le projet européen, le gouvernement ne cherche pas à perfectionner la démocratie au sein de la zone euro alors même que les Européens sont avides d’avoir leur mot à dire. Nous avons besoin d’une « nouvelle frontière », d’un projet, d’un nouveau rêve, comme, en son temps, le défi américain d’aller sur la lune : un projet touchant aux nouvelles technologies, à la culture, une grande avancée scientifique, comme par exemple la création de nouveaux antibiotiques. L’Europe mérite mieux que d’être vendue par la peur ou le coût de sa dislocation.

L’Union est faite par les États : or, plus aucun responsable politique national n’est prêt à aller plus loin.

SG : De fait, le projet européen est en déshérence. Mais attention au piège ! Si l’Union s’effondrait, les États européens qui se sépareraient n’en sortiraient pas grandis. Il est illusoire croire que nous avons le choix entre d’un côté, une voie européenne et, de l’autre une voie nationale. Sur bien des sujets, la voie nationale est une escroquerie ou, au mieux, une nostalgie. Et la chute de l’UE entraînerait les Etats à sa suite car il y a une interaction entre les deux. Le comportement des générations au pouvoir rappelle celui des enfants gâtés de familles fortunées: le grand-père bâtit la maison, le fils l’entretient, le petit-fils, en se laissant vivre, dilapide le patrimoine.

DCB : On le voit notamment en France avec François Hollande qui se tient totalement en retrait du débat européen. Quand j’entends les ministres de l’Intérieur affirmer que l’Europe est un échec en matière de la lutte antiterroriste alors que les États refusent de lui donner des compétences dans le domaine de la police et du renseignement, c’est fort de café. Il faut sortir de ce cercle vicieux. Aujourd’hui, on est dans la situation de ceux qui ont lancé l’Europe dans les années 50 : ils n’étaient pas majoritaires, mais ils ont tenu le coup, ils sont partis à la conquête idéologique des sociétés. Il ne faut pas reculer, il faut briser cette armure d’illusions sur la capacité des États à agir dans un monde qui n’est plus celui des années 20.

N’est-on pas à la fin d’un cycle historique, celui de la construction communautaire, et au début d’un autre, le retour des États défendant leurs intérêts nationaux.

SG : Le repli national, comme avant 45 ? Cela mérite d’y réfléchir deux minutes. D’abord, la mondialisation, vous pouvez la nier, elle peut se rappeler à vous, à une terrasse de café du 11ème arrondissement de Paris, quand un fanatique entraîné en Syrie vient vous tirer dessus. Notre devoir est de dire que le monde actuel est inhospitalier et que nous ne répondrons pas aux défis qui se posent à nous, que ce soit dans le domaine du commerce, du changement climatique ou du terrorisme, en s’enfermant dans le pré carré national. Ensuite, « le monde d’avant » 1950 n’était pas terrible. Le nationalisme des uns exacerbait celui des autres, d’où la confrontation et la haine. Nous ne devrions pas nous croire plus malins que ceux qui, par le passé, ont payé l’illusion nationale au prix fort. Des millions d’Européens en sont morts. Enfin et surtout, pourquoi désespérer ? Pourquoi ne pas croire que la majorité des êtres humains veut vivre libre et en paix ?

DCB : Il faut prendre le risque de se projeter dans l’avenir, imaginer une renaissance du projet européen autour d’une constitution créant une fédération, ce qui ne veut absolument pas dire un super Etat, mais tout simplement une meilleure organisation des compétences et de leur contrôle démocratique. Seule une Europe forte nous permettra d’affronter la mondialisation, une mondialisation qui change complètement la donne : qui peut décemment croire que les Etats européens peuvent peser sur l’avenir du monde s’ils sont divisés ?

N.B.: Version longue de l’entretien paru dans Libération du 24 juin avant que l’on connaisse les résultats du référendum.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 27-juin-2016 15:57

Brexit : “Un immense camouflet pour le projet européen”

À l’issue du référendum, 52 % des électeurs ont voté Leave, alors que 48 % d’entre eux (majoritairement à Londres, en Écosse et en Irlande du Nord) ont voté Remain. La grande majorité des 18-44 ans ont d’ailleurs choisi la deuxième option. Le 24 juin, David Cameron a annoncé son intention de démissionner de ses fonctions de Premier ministre et de leader du Parti conservateur, alors que la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon a déclaré que la possibilité d’un “second référendum” sur l’indépendance écossaise “était remise sur la table”.

"Personne, en dehors des nationalistes de tous les pays, ne peut accueillir ce résultat avec satisfaction.", écrit Laurent Joffrin. Pour le directeur de Libération,

Les forces de l’ouverture, de l’échange, de la tolérance, ont été sévèrement battues par les partisans de la méfiance et de la souveraineté solitaire. La peur de l’étranger, qui contamine les plus démocratiques des opinions, a joué son rôle délétère dans ce résultat dirigé contre les immigrés autant que contre l’Europe.[...] Pour l’Union européenne, la défaite est cinglante. La Commission, la Banque centrale, les gouvernements, les partis de gouvernement, tout ce que le continent compte d’esprits raisonnables et ouverts ont eu beau multiplier les mises en garde, et parfois les menaces, rien n’y a fait. Il est même probable que cette unanimité bienséante ait joué pour le Brexit en exaspérant le rejet de ceux d’en haut.

L’UE rendra peut-être le processus de sortie si dur pour le Royaume-Uni qu’aucun autre pays membre ne voudra emprunter le même chemin”, écrit Patrick Bernau, chroniqueur de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il affirme que d’autres pays comme le Danemark, les Pays-Bas ou encore la Slovaquie pourraient désormais être tentés de “prendre la porte” :

Maintenant que les Britanniques, généralement favorables au marché, font défection, l’Allemagne devra donc y réfléchir à deux fois avant de prendre des positions au sein de l’UE. L’UE présente de nombreux avantages et de nombreux inconvénients : ils doivent être discutés de façon rationnelle. L’Union n’a eu de cesse d’aider à tempérer les luttes de pouvoir, assurant du même coup le maintien de la paix, et elle a permis à l’Europe de tenir tête à d’autres régions du monde, notamment en ce qui concerne les négociations commerciales. D’un autre côté, voilà bien longtemps que l’on ne s’est pas soucié de l’attractivité de l’UE. Des pays différents les uns des autres ont été regroupés et mis dans le même panier, les partisans de l’UE sont allés trop vite en voulant créer une union politique alors qu’il n’existe pas de sphère publique européenne à proprement parler. Une chose est sûre : une UE qui aurait tendance à agir selon les règles de l’Europe du Nord n’est pas forcément l’option qui serait la plus conforme aux intérêts allemands.

José Ignacio Torreblanca, le responsable de la rubrique “opinion” du journal El País, pense que “la victoire du camp du Brexit est un immense camouflet pour le projet européen” et se demande “ce qu’il va se passer maintenant” :

De façon paradoxale, l’assurance dont font preuve la majorité des Britanniques dans leur choix de quitter l’UE coïncide avec le sentiment de découragement qu’a fait naître leur décision chez les Européens, ainsi qu’avec l’enthousiasme exprimé par les partis europhobes des autres pays de l’Union qui se sont félicités de la décision des Britanniques et qui souhaitent les imiter. Depuis la tenue de ce référendum, l’UE ressemble au Royaume-Uni en 1973 : elle est perdue et désorientée, dépassée par les évènements et n’a plus aucune carte en main. Après des années passées à renflouer les caisses des pays membres frappés par la crise financière, sauver le projet européen devient urgent. Cela suppose que les leaders de l’Europe élaborent un plan auquel ils accordent un soutien politique inébranlable.

Les Britanniques ont voté leur sortie de l’Union européenne et sont ainsi allés à l’encontre de la volonté de leur propre gouvernement, du leadership politique et économique, tout en ignorant les souhaits de leurs alliés”, écrit Peter Wolodarski dans le Dagens Nyheter. Il poursuit en expliquant que l’Europe “est en proie à un véritable tremblement de terre politique dont on ne peut prévoir les conséquences.” Il ajoute :

Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que les politique britannique et européenne vont connaître un changement radical. Le Royaume-Uni va abandonner le projet qui avait été créé après la guerre pour installer la paix et la stabilité. Sa sortie de l’Union sera extrêmement compliquée et ne manquera pas de soulever des questions quant à l’avenir de l’UE. Est-ce que d’autres pays partiront ? Un coup a été porté à l’UE et elle en est fragilisée. De plus, l’avenir du Royaume-Uni est lui-même très incertain : en Écosse, où la majorité des électeurs était favorable à un maintien dans l’UE, des plans prévoyant une sortie du Royaume-Uni sont en préparation. La situation est dramatique pour tous ceux qui voulaient que l’Europe reste ouverte et démocratique et que la cohésion soit son ciment. Le pire est arrivé. Pourvu que les répercussions de cette décision sur le reste du monde soient les plus minimes possibles.

Annamari Sipilä, la correspondante à Londres du Helsingin Sanomat, écrit que “le choc des résultats vendredi matin a montré que la décision du leader du Parti conservateur, David Cameron, de tenir un référendum avait marqué le début de la fin”:

Cameron a promis le référendum dans le but de consolider son pouvoir ainsi que celui de son parti. Il savait que l’eurosceptisme est un sentiment répandu au Royaume-Uni et que le plébiscite n’était pas toujours le meilleur moyen pour prendre une telle décision. Cela ne l’a pourtant pas empêché de promettre un référendum. Il est maintenant temps d’en assumer les conséquences. [...] L’enjeu était de taille, et Cameron, tout comme le Royaume-Uni et l’Union européenne, est le grand perdant de l’histoire. However one looks at this sad affair, it is a defeat for the EU, which leaves it weakened within its borders and whose image abroad is of an actor in decline.

Dans les jours et les semaines à venir, les forces centrifuges qui s’exercent déjà dans l’UE tenteront doucement mais surement de compromettre cette dernière”, prévient Tomasz Bielecki, le correspondant à Londres de Gazeta Wyborcza, en affirmant :

L’intégration dans l’Union européenne n’est plus irréversible et tout nous pousse à croire que le Brexit produira une réaction en chaîne. Le Brexit va renforcer les partis populistes des autres pays membres. Les partis traditionnels devront tout faire pour surmonter la peur dévorante de perdre leur électorat et ainsi prendre les décisions nécessaires à la survie de l’Union. Aux yeux de la Russie, de la Chine et des États-Unis, le poids de l’Europe a considérablement diminué, de façon littérale, mais aussi économiquement et géopolitiquement parlant.


presseurop.eu | 27-juin-2016 13:40

Brexit: dearest English friends, thank you!

And now, Ladies and Gentlemen, the English version of my column!

My heartfelt thanks to you, my English and Welsh friends. You have managed to resist all argumentations - from the rational to the apocalyptic - of those who backed ‘REMAIN’. You have chosen to disregard the risks of your glorious country exploding - the Scots and the Northern Irish, two of the remaining four countries of your Empire, having voted massively – and shamefully– in favour of the Union. You have risked dividing your society in the long term between, on the one hand, the young, educated urban youth who are massively in favour of ‘REMAIN’, and on the other hand the older, less-qualified country dwellers supporting ‘LEAVE’, resulting in what amounts to a long-lasting social fracture. An incredibly brave choice because it has politically devastated and will economically weaken your country, for which Europe will be eternally grateful to you.

This demonstrates your sense of sacrifice which has already benefited the continent on several occasions, for instance when you saved it from the grasp of Napoleon, and subsequently twice from German hegemony. You have finally come to the conclusion that the place of your island is not within the Union. Even if you were already well and truly ‘outside’ (budget, euro, Schengen, security and immigration policies, banking union, etc.), the mere fact that you were there was always enough to block all attempts at further integration - not only in fear of displeasing you - but because each time we had to create extra unnecessarily complex procedures to enable you to keep your ‘special status’. The result of this is that the reforms have always ended up, thanks to you, in making this very Union more and more unreadable in the eyes of its citizens and thereby distancing them from it. Once again, despite all our efforts you continued to consider this European Union ultra dogmatic and over-controlled : we were not fortunate enough to have experienced Thatcherism and we remained for the most part attached to the welfare state, state interventionism, regulated markets – all of which horrified you. We also had to accept a watering down of the vision of the founding nations and adoption of short-term policies which, in the end, please no one : Europe has accomplished the amazing feat of inventing regulatory ultraliberalism.

You witnessed the successive crises which have shaken the Union since 2008 and you understood that it was doomed to perish beneath its contradictions, its paralyses, its compromises and the mediocrity of its national leaders who encourage ever greater scepticism of a European project held responsible for all national issues. You have therefore decided to give us a monumental kick up the backside: if the shock of the departure of one of the four largest countries in the Union does not wake us up, if we do not mobilise ourselves in order to revitalise the construction of the European Union, which has ensured peace on our continent for 70 years, then we no longer deserve to exist. Your Churchillian gesture will go down in history! So you know what awaits you : after World War II you descended into such economic depression that the IMF had to come to your aid, almost as if you were like petty Greece! When you joined in 1973 your GDP was one of the lowest in the EEC, and this is why you adhered to a project you despised. If Churchill believed in the United States of Europe, it had to be with the United Kingdom occupying the role of super power and certainly not a simple member with no more importance than France!

As always, I am amazed by your sense of sacrifice and general interest. When I think what lies ahead of you, both in cutting the links between you and us (200 commercial deals safeguarded by the Union and which you will need to renegotiate, 80,000 pages of community based laws which you will need to sort through to avoid legal loopholes, the many transactions in euros which will desert you for the Continent) and your need to maintain access to the single market, in particular for your banks and financial services, I can only salute your courage! Ahead of you are years of uncertainty, torment and heartrending moments! I salute you, my English friends ! I hope we will be seen as worthy of your sacrifice! In any case, bonne chance for the lonely journey which awaits you!

Traduction: team Vadot (Gordes-Bruxelles-Canberra). Merci à elles et eux!


bruxelles.blogs.liberation.fr | 26-juin-2016 17:14

Brexit: amis Anglais, merci pour votre sacrifice !

Amis Anglais et Gallois, merci, du fond du cœur. Vous avez su résister à tous les arguments, des plus rationnels aux plus apocalyptiques, de ceux qui militaient pour le remain. Vous avez choisi d’ignorer les risques d’explosion de votre glorieux pays, les Écossais et les Irlandais du nord, deux des quatre nations de ce qui reste de votre Empire, ayant massivement -et honteusement- voté en faveur de l’Union. Vous avez pris le risque de diviser pour longtemps votre société entre, d’une part, jeunes, diplômés et urbains, massivement remain, et, d’autre part, vieux, peu diplômés et ruraux, massivement leave, une fracture sociétale pour longtemps béante. Un vote d’un courage inouï puisqu’il a politiquement dévasté et va économiquement affaiblir votre pays dont l’Europe ne peut que vous être reconnaissante.

Car il manifeste votre sens du sacrifice dont le continent a bénéficié à plusieurs reprises, lorsque vous l’avez sauvé des griffes de Napoléon, puis de l’hégémonisme allemand à deux reprises. Vous avez enfin compris que la place de votre île n’était pas au sein de l’Union. Bien que vous ayez un grand pied en dehors (budget, euro, Schengen, politique de sécurité et d’immigration, union bancaire, etc.), votre seule présence suffit à bloquer toute tentative d’intégration supplémentaire non seulement par peur de vous déplaire, mais parce qu’il fallait à chaque fois imaginer une usine à gaz supplémentaire pour que vous conserviez votre « statut spécial ». Résultat : les réformes de l’Union ont toujours abouti, à cause de vous, à la rendre de plus en plus illisible aux yeux des citoyens et donc à les en éloigner. En dépit de tous nos efforts, vous continuiez à trouver cette Europe ultra-réglementaire et dirigiste, alors que la majorité des Européens la trouvent bien trop libérale : nous n’avons pas eu la chance de connaître Margaret Thatcher et nous sommes resté, globalement, attaché à l’État providence, à l’interventionnisme étatique, au marché régulé, toutes choses qui vous font horreur. Aussi, nous avons du accepter d’affadir le projet des pères fondateurs et pratiquer une politique du moyen terme qui, au final, déplait à tout le monde: l’Europe a réussi l’exploit d’inventer l’ultralibéralisme réglementaire !

Vous avez assisté aux chocs qui ont secoué l’Union depuis 2008 et vous avez compris que l’Union risquait de mourir sous le poids de ses contradictions, de ses paralysies, de ses compromis et de la médiocrité de ses dirigeants nationaux qui alimentent un scepticisme de plus en plus fort à l’égard d’un projet européen rendu responsable de toutes les difficultés nationales. Vous avez donc décidé de nous donner un grand coup de pied au derrière : si le choc du départ de l’un des quatre grands pays de l’Union ne nous réveille pas, si nous ne mobilisons pas pour relancer une construction qui a assuré la paix sur le continent depuis 70 ans, c’est que vraiment nous méritons de disparaître. Votre sursaut churchillien restera dans l’histoire ! Car vous savez ce qui vous attend : après la Seconde Guerre mondiale, vous vous êtes enfoncé dans la dépression économique au point que le FMI a dû voler à votre secours, comme une vulgaire Grèce. Votre PIB, lors de votre adhésion en 1973, était l’un des plus bas de la CEE, et c’est pour cela que vous avez rejoint un projet qui vous répugnait. Si Churchill était pour les États-Unis d’Europe, c’était évidemment avec un Royaume-Uni qui en serait la puissance tutélaire et non un simple membre, pas plus important que la France !

Je suis impressionné, comme toujours, par votre sens du sacrifice et de l’intérêt collectif. Quand je pense à ce qui vous attend, tant pour couper les liens entre vous et nous (200 accords commerciaux signés en votre nom par l’Union que vous allez devoir renégocier, 80000 pages de lois communautaires qu’il va falloir trier pour éviter les vides juridiques, les opérations en euros qui vont partir pour le vieux continent) que pour essayer de conserver un accès au marché unique, notamment pour vos banques et vos services financiers, je ne peux que saluer votre courage ! Ce sont des années d’incertitudes, de tourmentes, de déchirements qui vous attendent. Chapeau bas, messieurs les Anglais ! Espérons que nous serons nous montrer digne de votre sacrifice. En tous les cas, good luck pour votre aventure solitaire.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 24-juin-2016 12:08

Brexit: qui est in? Qui est out?

Aujourd’hui, un numéro spécial de Libération consacré au Brexit. Superbe mise en page. D’un côté, les arguments du «in», de l’autre, ceux du «out», le tout vu tant d’un point de vue britannique qu’européen. Mes articles sont ici: pour le remain , pour le leave.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 23-juin-2016 17:02

Référendum britannique : Je suis une fondamentaliste européenne
The Independent, Londres – La chroniqueuse Mary Dejevski explique pourquoi elle estime faire partie de cette génération d’Européens qui fait les frais de la guerre dont nos parents ont fait l’expérience. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-juin-2016 14:21

Remain !

Blog

Si les arguments du « remain » et du leave sont bien connus, il s’avère qu’un Brexit serait désastreux pour l’Union Européenne. Le choc tant annoncé, prétendant qu’un Brexit créerait une onde de choc qui relancerait la construction européenne, aura lieu en cas de Brexit. Mais les conséquences en sont tellement incertaines qu’il est plus probable qu’un Brexit entraine de réelles difficultés pour l’Europe, même si cela ne la tuera pas.

Restez ! Le Royaume-Uni, aujourd’hui, n’a aucun intérêt à quitter l’Union Européenne. D’un point de vue économique, un Brexit serait dévastateur pour l’économie britannique. Une longue récession, voire une dépression, s’en suivrait, et l’incertitude des marchés financiers ferait vaciller les institutions, accentuant la pression sur le taux de change de la livre sterling et sur les taux d’intérêts britanniques sur le marché obligataire.

Il faut bien évidemment ajouter que les pays du Sud, en cas de Brexit, ne seraient absolument pas prêts à faire des concessions aux Britanniques dans le cadre d’un traité de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’UE. Si les britanniques ne voudront pas participer au budget de l’UE (qui leur coûte actuellement bien moins que cela ne leur rapporte), l’instauration de tarifs douaniers et l’établissement de normes plus dures amoindriront la capacité de pénétration des produits britanniques dans l’espace commun européen.

Néanmoins, la force du vote leave réside dans le fait que les pro-européens n’avancent que des arguments négatifs : exposant une sortie avec des termes péjoratifs, sans montrer les bienfaits d’une Europe avec le Royaume-Uni. Exactement le type d’argument exposé ci-dessus. Ils sont nécessaires, cependant, il faut un projet pour le Royaume-Uni, et plus globalement pour l’Europe.

Les britanniques critiquent aujourd’hui une Europe qu’ils ont eux-mêmes promue. Cette Europe très libérale, voulant à tout prix s’élargir. En critiquant l’immigration « trop importante » des ressortissants européens vers le Royaume-Uni, les britanniques ne font que remettre en cause ce qu’ils ont eux-mêmes voulu mettre en place : un espace le plus large possible, pour toucher un maximum de consommateurs et faire de l’Union Européenne un espace plus économique que politique. Il est néanmoins plus simple de changer un système de l’intérieur (surtout quand on en est à l’origine) plutôt que le quitter. Restez donc et prenez vos responsabilités.

Restez ! L’Europe reste encore à inventer. L’Europe puissance pourra se faire avec vous. Le Royaume-Uni n’a jamais voulu faire partie d’un « super-Etat » européen. Soit, qu’il n’en fasse pas partie. L’avenir de l’Europe se joue avec le Royaume-Uni, parce que son avenir réside dans l’Europe à deux vitesses. Vous, britanniques, devez rester, non pas parce que ce serait désastreux pour l’économie britannique (elle s’en remettra forcément un jour) mais parce que vous avez une carte à jouer dans l’Europe. L’Europe doit pouvoir représenter tout le monde, même ceux qui refusent d’y jouer un rôle actif. Même si cela est réellement dommageable, on ne pourra jamais prendre une décision à 28 !

On accuse souvent David Cameron (et ses prédécesseurs, quelle que soit leur couleur politique) de bloquer l’Europe. Mais qui ne la bloque pas ! Je vous le demande bien, la France bloque les compromis sur les réfugiés, l’Allemagne bloque toutes les issues en matière de solidarité budgétaire. Le Royaume-Uni n’a jamais rien apporté politiquement à l’Europe, il ne l’a jamais voulu et à vrai dire, nous non plus. Le Royaume-Uni n’a jamais souhaité une intégration plus poussée. Mais il doit rester car l’Europe est une garantie face aux incertitudes de ce monde, tout comme le Royaume-Uni est une garantie face à une Europe pouvant devenir trop technocratique.

Restez ! Restez car vous ne pouvez rien faire seuls. Où voyez-vous une once de volonté d’alliance chez les américains, les chinois ? Vous n’êtes rien sans l’Europe et l’Europe mettra des années (voire des décennies dans le calendrier bureaucratique) pour se remettre de votre départ !

L’Europe doit se renouveler, et elle doit le faire avec le Royaume-Uni. Il faut de tout pour faire un monde, et le Royaume-Uni fait aussi avancer l’Europe, à sa manière. Le Royaume-Uni doit pouvoir donner son avis, être le chef de file des pays les moins europhiles, tout comme il doit se plier au vote de la majorité, c’est ça la démocratie. Si l’Europe plus intégrée doit se faire sans le Royaume-Uni, qu’elle se fasse.

Prenons un exemple : dans tout ce qu’il a de mauvais et nauséabond, l’accord entre l’UE et le Royaume-Uni apporte une (seule) évolution : la possibilité pour les parlementaires nationaux de refuser certaines dispositions règlementaires ou directives européennes (il faut que cette disposition enfreigne le principe de subsidiarité, rencontre l'opposition de plus de 55% des parlementaires nationaux et fasse l'objet d'un examen du Conseil de l'Union européenne, qui peut le modifier pour prendre en compte ces oppositions). Qui se plaindrait d’une telle disposition, même pour les fédéralistes, comme moi.

Habitants du Royaume-Uni, ne votez pas leave aujourd’hui. Non pas « parce qu’il ne faut que vous partiez » mais parce qu’il faut que vous restiez. Le Royaume-Uni peut encore apporter sa pierre à l’édifice européen, même s’il n’en est pas une pièce maîtresse. Laissons les pays les plus volontaires développer l’Europe politique. N’abandonnons pas pour autant ceux avec qui on peut construire une coopération, plus aboutie qu’un simple traité de libre-échange.

Enfin, ne nous mentons pas. Un Brexit n’arrangerait que peu l’UE. Qui a vraiment envie de se retrouver à négocier un nouveau traité avec les Britanniques pendant deux ans ? Pendant ce temps, des sujets bien plus importants que le Royaume-Uni doivent être traités. Et qui nierait l’apport économique (et potentiellement militaire) du Royaume-Uni à l’Europe ?

Restez, chers amis britanniques. Vous vous rendrez vite compte que votre départ est plus votre affaire que la nôtre. Votre présence dans l’Europe est souhaitable, voire même indispensable, n’ayez pas non plus l’orgueil de penser que l’Europe n’est rien sans vous. Elle vous est tout autant indispensable. La relation entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne sera toujours compliquée, mais elle le sera toujours moins si le Royaume-Uni reste. Si les britanniques ne veulent plus jouer un rôle actif dans l’Europe, et bien qu’on lui accorde ce rôle. Cela ne changera rien dans la construction politique de l'UE.

Avec deux cercles, l’Union Européenne pourrait développer en amont une Europe très intégrée, c’est-à-dire une fédération d’Etats-nations, et pourrait, en aval, coopérer étroitement avec un cercle moins volontaire, qui ne pourrait s’opposer à l’UE que sur des sujets qui les concernent (sans tout bloquer comme peut le faire le Royaume-Uni) et donc participer à la construction européenne selon leurs volonté, en ayant des droits et des devoirs.

Cartoon : Dr Meddy


presseurop.eu | 23-juin-2016 12:16

Référendum sur le Brexit : Punk spirit
L’Echo, Bruxelles – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-juin-2016 11:04

“Croquer l’UE”…littéralement

Blog

Demain, ce mot, croquer, sera peut être appliqué ad litteram par une poignée d’européens : le 23 juin de l’année 2016, après une campagne entachée du sang d’une députée britannique, le Royaume Uni aura croqué une partie de cette Union européenne déjà passablement fragmentée. Comme tous les sujets européens, sensibles ou pas, compliqués à souhait ou simples et positifs, ce referendum a encore été un sujet maltraité. Mal aimé aussi. Mal senti.

Au moment où nous nous préparons tous, les autres Européens, à vivre une journée fébrile, quel sera donc jeudi soir le verdict des Britanniques ?

Je me souviens que la plus belle manière de parler de ce sujet, je l’ai rencontrée au Mans. Non pas à travers la presse régionale, même pas à travers la presse tout court – qui à mon avis n’est toujours pas capable de parler sérieusement de l’Europe. Mais à travers les dessins réalisés par les étudiants mannois : ceux du lycée Saint-Charles- Sainte-Croix et ceux du lycée Sainte-Catherine. Lors de deux séances, le 28 avril, sur le processus de création d’un dessin de presse sous la direction d’un dessinateur d’un medium européen (Nicolas Vadot), et le 12 mai, sur la lecture iconographique de faits européens en présence de ce dessinateur et de journalistes de VoxEurop (Gian Paolo Accardo et moi même).

Regardez : simples, directes, disant en image tout ce que nous n’osons pas dire tout haut. Pour le Royaume-Uni, du moins pour une grande partie des Britanniques (nous n’aurons les résultats officiels que vendredi matin), ce mariage avec l’UE, tant désirée apparemment et par le passé, n’a représenté rien de plus qu’un boulet duquel on voudrait se débarrasser. Une fois partie, l’UE restera veuve. Veuve d’une de ses étoiles, d’un de ses membres importants, l’UE cherchera à se refaire une santé, digne (espérons), mais aussi occupée à préparer cette sortie qui sera peut être actée le 23 juin, au soir, mais qui ne sera pas effective avant au moins deux ans (comme tout divorce qui se respecte).

Ce fut, au Mans une occasion de comprendre que les sujets européens ne font plus partie des thèmes qui ne concernent que les adultes : l’heure est si grave que désormais le futur de l’UE concerne aussi nos enfants. Les classiques, par temps de crise, reviennent au galop, à leur manière (Albert Camus : “cette histoire nous concerne tous”, dans La Peste). Le projet a été imaginé par le professeur Luc Foucault-Gini (professeur d’histoire, chargé de mission auprès de la Maison de l’Europe/ Europe direct, du Mans), qui a proposé une collaboration entre la Maison de l’Europe du Mans, et VoxEurop.

Le “deal” était lui aussi simple et précis : montrer ou démontrer aux enfants pourquoi parler de l’Europe est plus simple (souvent) au travers des dessins ; inviter un dessinateur de presse (un vrai) qui puisse expliquer aux enfants que parler de l’UE par les dessins est une chose facile. Pari tenu : l’Européen Nicolas Vadot, membre de l’organisation Cartooning for Peace, a joué le jeu et il est venu.

J’avais invité les élèves à essayer de dessiner par eux-mêmes, suite aux conseils et aux recommandations de Nicolas Vadot, quelque chose, n’importe quoi, mais en liaison avec une réalité européenne. Ils ont joué le jeu, pour notre plus grande joie à tous. Nous avons récolté lors de notre dernière rencontre plus d’une trentaine de dessins. Mais la surprise aussi à été présente. L’Europe préoccupe et fait réfléchir. Si nos dirigeants ne semblent pas être trop attentifs aux signaux qui viennent des limites de l’UE (comme jadis les barbares) le seront-ils un jour, bientôt, aux signaux donnés par leurs enfants ?

**PROJET 2016 MAISON DE L’EUROPE/ EUROPE DIRECT DU MANS :

Le système éducatif se conçoit dans un contexte européen et international en mouvement. Ses objectifs sont de former des citoyens, de faciliter la poursuite d'études dans un autre pays et de permettre une recherche d'emploi sur un marché du travail élargi. L'ouverture des esprits à la connaissance et à la compréhension de la diversité des cultures et des sociétés est ainsi une composante des programmes d'enseignement. Décoder et participer permettent de mieux connaitre les média et les moyens de communication utilisés en tant que destinataire, usager ou producteur, de maitriser les représentations et les stéréotypes.

Thématique choisie : la représentation de l’Union européenne par le dessin de presse

Disciplines impliquées : Arts Plastiques, Economie, Histoire-géographie, Lettres.

Cadre pédagogique : Enseignement civique et moral.

Production attendue : Dessin sur une problématique européenne.**

Photo:Nolwen Le Barre, Le Mans.


presseurop.eu | 22-juin-2016 12:16

Le référendum écossais était plus digne

Blog

Un vote moins ouvert qu'en Ecosse

Le référendum sur le Brexit pose question du point de vue démocratique : les habitants britanniques et du Commonwealth peuvent voter, mais pas les Européens du continent. Ce n'était pas le cas en Ecosse où les Européens non Britanniques (vivant sur le continent) pouvaient également s'exprimer. Cette ouverture a été jusqu'à l'abaissement de l'âge légal pour voter à 16 ans. Cela n'a pas empêché les « Ecossais » de décider de rester au sein du Royaume-Uni. Il est donc très paradoxal (ou hypocrite, suivant le point de vue) que les citoyens européens aient pu voter dans un cas, mais pas dans l'autre. D'autant plus que cette fois, l'enjeu est clairement européen.

Deux référendums peu clairs sur l'avenir du pays avec l'UE

C'était une des grosses faiblesses du référendum écossais : on ne savait pas clairement si l'Ecosse et ses citoyens seraient dans l'Union européenne ou pas en cas d'indépendance. Les dirigeants nationaux européens semblaient très frileux sur le sujet. Avec le vote sur le Brexit, c'est un poil plus clair. Là, il s'agit d'un vote sur l'appartenance à l'UE... mais on ne sait pas qu'elle sera son statut futur non plus : à la norvégienne, à la suisse, à l'anglaise... Les négociations sur les deux prochaines années s'annoncent longues et tendues avec les partenaires européens. Ces derniers seront tentés de faire un exemple au cas où certains auraient l'idée de faire la même chose que les Britanniques...

De plus, les électeurs britanniques vont s'exprimer sur leur relation avec un partenaire promis à de gros changements dans les prochains mois avec la fédéralisation de la zone euro et peut-être la mise en place d'une Europe à deux vitesses. Dès lors, peut-être que les Britanniques votant pour le Brexit de cette Europe-là s'arrangeraient d'être dans un second cercle plus tourné vers l'économie que vers l'intégration politique ?

Une campagne où l'hystérie l'a emporté

L'affiche polémique et odieuse de la campagne de Nigel Farage sur les hordes de migrants du continent prêts à envahir le Royaume-Uni résume assez bien le niveau de cette campagne. Dans les deux camps, les arguments les plus gros ont été utilisés: fin du monde en cas de Brexit, fin de la culture (blanche) britannique en cas de Remain.

Pour le référendum en Ecosse aussi, la fin de la campagne a été plus dure dans les dernières semaines. Cependant, le niveau était beaucoup plus élevé, centré sur les arguments raisonnés. Il était frappant de constater qu'il y avait très peu de sentiment anti-Anglais durant la campagne écossaise. On était bien loin de l'animosité portée par des productions cinématographiques du type « Braveheart » ou « Outlander ». On était du reste sur une affirmation de sa différence, pas sur le rejet de l'autre.

La campagne du Brexit a été fortement marquée par le fantasme d'une perte d'identité. La peur n'élève pas le débat et les citoyens.


presseurop.eu | 22-juin-2016 02:59

Référendum au Royaume-Uni : Quelle Europe après le Brexit ?

En juin 1944, Winston Churchill déclarait au Général de Gaulle ‘Sachez-le ! Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large’”, rappelle Christian Chavagneux sur Alteréco Plus. Un choix qui, note-t-il, il n’est absolument pas exclu que les Britanniques fassent le 23 juin. “*Si cela devait s’avérer”, ajoute-t-il, il n’y aura ni le nirvana promis par les partisans du Leave, ni l’Armageddon craint par ceux du Remain.

Ce qui est certain, c’est qu’

un vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ouvrirait immédiatement une période d’incertitude financière, politique et commerciale pour l’économie britannique quant à ses futures relations avec l’Europe.

D’abord, “la livre sterling devrait être chahutée sur les marchés des changes et connaître une dépréciation importante”, face à laquelle “la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne ont déjà annoncé qu’elles donneront aux banques britanniques tout l’argent dont elles ont besoin, le temps que la tempête se calme”, pour pouvoir fonctionner.

Du point de vue politique, nous serions face à un “imbroglio dont il est impossible de prédire l’issue”, car il n’est pas certain que le Premier ministre David Cameron, soit encore à son poste pour faire jouer l’article 50 du traité sur l’Union européenne “qui engage le retrait d’un pays”, tandis que les tenants du Brexit

ont déclaré vouloir passer immédiatement des lois réfrénant la libre circulation des personnes et le pouvoir de la Cour de justice européenne, tout en engageant des négociations sur l’avenir des relations de commerce et d’investissement avec l’Union avant d’entamer la procédure de retrait, ce que refusent les autres pays européens.

Et même si ces aspects sont réglés, “plusieurs possibilités s’ouvrent pour les futures relations avec l’Europe : Le Royaume-Uni pourrait intégrer l’Espace économique européen”, ce qui ne provoquerait pas de grands changements :

il y aurait alors libre circulation des biens, des services et des capitaux et les institutions financières installées à Londres pourraient continuer à bénéficier du ‘passeport européen’, c’est-à-dire de la possibilité de commercialiser leurs produits financiers dans l’ensemble de la zone, avec des coûts douaniers un peu plus élevés.

Si le Royaume-Uni voulait continuer à participer à des programmes européens comme Erasmus (échanges d’étudiants), Galileo (GPS européen) ou autres, “il devrait y contribuer budgétairement”, comme le fait la Norvège, note Chavagneux, ce qui limiterait fortement la baisse de sa participation au budget européen. D’autres formules sont possibles, d’un ensemble d’accord bilatéraux (comme avec la Suisse), à un’ union douanière (comme avec la Turquie), d’un accord de libre-échange (comme avec le Canada) à l’application des règles générales de l’OMC. Dans ce dernier cas, "le business avec l’Europe serait beaucoup moins facile, ce qui se traduirait par des fuites d’entreprises et de moindres investissements." La seule à tirer son épingle du jeu serait la City, car elle dispose d’

un système juridique favorable aux créanciers, de la langue anglaise, d’un environnement réglementaire accommodant, d’une expertise forte, des infrastructures de marché capables de traiter d’importants volumes financiers et un réseau de paradis fiscaux.

Au niveau politique encore, “le Brexit mettrait en position de pouvoir la partie la plus extrême et la plus raciste de la classe politique. Nul doute que les autres partis européens du même genre en sortiraient plus forts à court terme”, met en garde Chavagneux. De plus, “si un référendum était tenu dans d’autres pays, le résultat pourrait être négatif.” En effet, estime Chavagneux,

l’Europe d’aujourd’hui, c’est une zone qui prône l’austérité permanente, qui obéit aux ordres des lobbys du privé, un désert numérique, une zone qui n’engage pas franchement sa transition écologique, qui accepte des paradis fiscaux en son sein, un nain politique, technocratique, une zone qui transforme la Méditerranée en fosse commune.

Enfin, note-t-il, “un Brexit serait le sale révélateur d’une Europe en train de mourir par la faute de ses dirigeants.” Ceux-ci,

n’ont plus rien à nous proposer pour que l’Europe attire, séduise et mobilise les énergies. Ils s’étonnent ensuite de se trouver confrontés à une montée des populismes et des nationalismes. Ils en sont responsables et même un Brexit ne semble pas devoir se traduire par un sursaut. Si cela se produisait, la France et l’Allemagne annonceraient une plus grande proximité en matière de défense et de sécurité, dit-on. Cela ne suffirait pourtant pas à définir un projet. Nous sommes la génération européenne perdue.


presseurop.eu | 22-juin-2016 02:34

On mérite mieux que ça

Éditorial

Le 23 juin, les Britanniques vont faire un des choix les plus importants de leur histoire récente. Appelés à voter pour ou contre le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, ils vont déterminer l’avenir de leur pays – et de l’UE – pendant au moins une génération.

C’est pour cela qu’ils étaient en droit de s’attendre à une campagne électorale à la hauteur de l’enjeu, avec un effort de pédagogie de la part des partisans du “Remain” – le maintien dans l’UE – comme de ceux du Brexit . Chacune de ces positions est légitime et les arguments en faveur de l’une ou l’autre ne manquent pas.

Pour notre part, nous préfèrerions que le “Remain” l’emporte, et avec une marge importante, à la fois pour des raisons symboliques (un Brexit serait un rude coup pour une construction européenne déjà passablement mise à mal et un terrible signal politique à l’extérieur) et parce que le Brexit entraînerait une série de conséquences négatives tant du point de vue économique que des libertés pour les Britanniques et les Européens.

Loin d’assister à un débat digne de ce nom, nous avons assisté à un déchaînement de passions qui a frôlé l’irrationnel, notamment dans le camp du “Leave”, dominé par la figure et l’ambition politique de l’ancien maire de Londres Boris Johnson. Les “Brexiters” n’ont pas hésité à utiliser des arguments fallacieux ou mensongers – comme la contribution du Royaume-Uni au budget de l’UE ou l’immigration intra-communautaire ou encore la promesse d’une indépendance et d’une grandeur retrouvées – pour faire prise sur une opinion publique et une presse globalement peu ou mal informées.

Face à cela, le camp du “Remain”, qui voyait le Premier ministre David Cameron – jadis grand pourfendeur de Bruxelles – et le chef de l’opposition Jeremy Corbyn réunis (un argument de plus pour ceux qui accusent l’UE d’être “au service des élites”), n’a pas été capable de dicter l’agenda de la campagne, d’insuffler un élan qui aille au-delà du pur pragmatisme, de défendre la vocation européenne du Royaume-Uni et le destin commun qui le lie à l’Europe. De là à affirmer que c’est justement la preuve du peu d’attachement des Britanniques, toutes couleurs politiques confondues, il n’y a qu’un pas.

Ce climat délétère a culminé dans l’assassinat, le 16 juin, de la députée travailliste Jo Cox, 41 ans, devant sa permanence de Birstall, dans le Yorkshire. Elle avait fait campagne activement pour le maintien de son pays dans l’Union. Son meurtrier présumé, un militant d’extrême droite, a revendiqué le caractère politique de son geste.

Après le meurtre de Jo Cox, les deux camps ont suspendu leur campagne pendant trois jours et ont semblé se ressaisir. On peut espérer qu’ils vont mettre à profit les quelques jours qui restent pour être à la hauteur de l’enjeu et des attentes. Les Britanniques et les Européens méritent en effet mieux que le spectacle indigne auquel nous avons assisté jusqu’à présent. Comme l’ont souligné certains twittos britanniques, “Come on, Britain. We’re better than that.

Dessin de Mohr (Süddeutsche Zeitung, Munich).


presseurop.eu | 21-juin-2016 09:30

Référendum sur le Brexit : Chers compatriotes, vous devriez être fiers de cette Europe !
, – Pour Alex Taylor, journaliste européen au passeport britannique, sortir de l’UE serait non seulement une grave erreur pour les expatriés britanniques qui vivent sur le continent, mais cela ternirait à jamais la réputation du Royaume-Uni. Voir en entier .
presseurop.eu | 20-juin-2016 16:18

Jo Cox: qui sème la haine?

Ce dessin de mon ami Pierre Kroll, paru au lendemain du meurtre de la députée travailliste Jo Cox, résume parfaitement l’état du débat britannique . Son assassin l’a tué en criant «Britain first», un cri qu’il a répété devant le juge: «mort aux traitres, liberté pour le Royaume-Uni». Exactement comme le font les islamistes qui hurlent «Allahou akbar» en commettant leurs horreurs... Certains expliqueront qu’il s’agit d’un fou, que les pro-leave n’y sont pour rien, les mêmes d’ailleurs qui refusent toutes circonstances atténuantes aux tueurs se revendiquant de Daesh...

Car il faut le dire clairement: ceux qui font campagne en prônant le nationalisme, en stigmatisant l’immigré, en accusant les «élites» d’être inféodées à une Union européenne qui ne serait autre qu’un «IV Reich» ou une nouvelle «UESSR», ceux-là poussent les esprits faibles à la violence. Quand ils ne la justifient pas par avance. Ainsi, Nigel Farage, le leader europhobe de UKIP, expliquait le 17 mai dernier: «il est légitime de dire que si le peuple sent qu’il perd complètement le contrôle, et nous avons perdu complètement le contrôle de nos frontières comme membre de l’Union européenne, et si le peuple sent que son vote ne change rien, alors la violence est le prochain pas». Marine Le Pen, la patronne du FN, n’a pas dit autre chose le 17 juin à Vienne en retrouvant ses amis de l’alliance brune européenne: «méprisés par leurs élites inféodées à Bruxelles, les classes populaires ont parfois recours elles-aussi à une forme de violence» (1). Mais il suffit de lire ce qui circule sur le net pour se rendre compte de la violence que véhicule la campagne des europhobes. Une violence certes verbale, mais qui a fini, comme toujours, par se traduire par des actes.

On n’a encore jamais vu un pro-européen, un démocrate-chrétien ou un social-démocrate commettre un attentat ou tuer son voisin: certaines idéologies, totalitaires en ce qu’elles désignent toujours des boucs-émissaires, sont mortelles et le nationalisme haineux en est une. Son retour, en Europe, au XXIème siècle, est aussi inquiétant que la montée de l’islamisme.

(1) Ces deux perles ont été dénichées par un citoyen européen franco-britannique, Evan O’Connel.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 19-juin-2016 23:20

La loi "travail" a-t-elle été recommandée par Bruxelles?

REUTERS/Stephane Mahe

Le projet de loi El Khomri a-t-il été préparé dans le secret des bureaux de la Commission de Bruxelles et imposé à la France ? C’est en tout cas ce qu’affirme tout ce que la France compte de souverainistes, du Front de gauche jusqu’à l’extrême droite de Marine Le Pen, sans doute la première à avoir fait le lien entre la loi travail et l’Europe. Le 9 mars, elle affirme qu’il «suffit de se plonger dans les innombrables textes de la Commission européenne sur le droit du travail en France pour comprendre que la loi El Khomri n’est que le nom donné à une exigence de l’Union européenne». Le 25 mai, sur son blog, elle remet le couvert en dénonçant «cette mainmise de l’Union européenne sur la démocratie française». Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de Gauche, a, lui aussi, enfourché ce prometteur cheval de bataille. Sur son blog, le 7 avril, dans une note intitulée «la loi El Khomri, c’est la faute à l’Europe»,il accuse la Commission de l’avoir «presque» écrite : «La loi dite El Khomri n’est pas tant une proposition émanant du gouvernement qu’une réponse aux injonctions» de Bruxelles. Une antienne même reprise par Philippe Noguès, député frondeur (qui a quitté le PS), dans Marianne du 25 mai : «Que reste-t-il de la souveraineté populaire quand une loi, inspirée par la technocratie européenne, est adoptée sans le vote de la représentation nationale ?» Allusion à l’utilisation du 49-3.

Programme de stabilité

Alors, le gouvernement français s’est-il fait dicter la réforme par Bruxelles ? Après tout, lorsqu’on lit la «recommandation du Conseil concernant le programme national de réforme de la France pour 2015 et portant avis du Conseil sur le programme de stabilité de la France pour 2015», proposée par la Commission le 13 mai 2015, on a bien l’impression de lire ce qui allait devenir quelques mois plus tard le projet de loi travail, et plus précisément son article 2 si contesté sur les accords d’entreprise : pour réduire la «segmentation» entre CDI et CDD, l’exécutif européen préconise de «réviser les cadres juridiques régissant les contrats de travail» et de permettre aux sociétés de «déroger aux accords de branche»pour «adapter les salaires et le temps de travail à leur situation économique». N’est-ce pas là la preuve du diktat européen ?

En réalité, ceux qui dénoncent l’ingérence de Bruxelles inversent la causalité : «Ce n’est pas la Commission qui décide de quoi que ce soit dans ce domaine, mais les Etats membres qui proposent des réformes destinées à faire converger leurs économies afin d’éviter qu’un pays devienne un problème pour tous les autres, comme on l’a vu lors de la crise de la zone euro», explique un responsable français. De fait, afin de renforcer la «gouvernance économique»de la zone et éviter une répétition du cauchemar grec, les gouvernements ont décidé, en 2010, de passer des molles «grandes orientations de politique économique» (Gope), prévues dans le traité de Maastricht et qui n’engageaient à rien, au «semestre européen» (issu de six textes connus sous le nom de «six pack»), un rien plus contraignant. L’idée était de faire prendre conscience à chaque pays que sa politique économique entraîne des conséquences pour ses voisins et sur la stabilité de l’ensemble de la zone euro et qu’il faut dès lors mieux se coordonner.

Dorénavant, chaque année, tout commence en novembre, avec des rapports de la Commission examinant les politiques économiques et budgétaires menées par les Etats l’année écoulée, pointant les déséquilibres macroéconomiques de telle ou telle capitale («rapport annuel de croissance»). Sur la base de ces textes, le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement adopte, à l’unanimité, en mars des «recommandations de politique économique» : «Par exemple, en mars, nous avons appelé à une relance de l’investissement public», souligne un diplomate français. A partir de là, chaque pays présente ensuite son «programme national de réformes» et la Commission l’intègre dans ses «recommandations pays par pays» qui seront adoptées, en juin, par le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement (par consensus) et, en juillet, par le conseil des ministres des Finances (à la majorité qualifiée si nécessaire). Tout ce processus est parallèle à la surveillance budgétaire (le fameux objectif des 3 % de PIB), les réformes structurelles, comme on les appelle, crédibilisant les objectifs des Etats en termes de dépenses et de recettes publiques.

«On leur a dit de se calmer»

Cette coordination renforcée des politiques économiques n’a pas été évidente à mettre en place. La faute principalement à la Commission qui s’est prise pour le Fonds monétaire international et a voulu prescrire des réformes précises à chaque pays : «Certains fonctionnaires de la direction générale des affaires économiques et financières [Ecfin] parlaient au directeur du Trésor français comme s’il était un simple exécutant, c’était sidérant, se souvient un proche de José Manuel Barroso, président de la Commission jusqu’en 2014. On leur a dit de se calmer, mais avec la crise grecque, ils ne se sentaient plus.» «On a eu de gros ratés, reconnaît un fonctionnaire européen, comme dans l’affaire des retraites en mai 2013, alors que Pierre Moscovici était encore ministre des Finances : on a carrément écrit dans nos recommandations la réforme que nous préconisions sans l’accord de Paris.»

Le 29 mai 2013, François Hollande a piqué une grosse colère : «La Commission n’a pas à dicter ce que nous avons à faire.» «Les pays veulent demeurer maîtres de leur agenda de réformes et ne veulent en aucun cas être soumis à une Commission dont la légitimité sur ces affaires est pour le moins fragile»,admet un fonctionnaire européen, qui assure que la leçon a été apprise : «Désormais, on dialogue, on n’est plus prescripteur, on n’entre plus dans le détail des réformes : on identifie le problème […] et on fournit des comparaisons pays par pays.» Ce qui ne veut pas dire que la Commission ne rentre pas dans les détails : «Par exemple, dans le cas de la France, on a souligné l’absence de concurrence dans les taxis et les bus et la loi Macron I a été la réponse», poursuit ce même fonctionnaire.

Rencontres à Bruxelles

Les responsables gouvernementaux ont pris l’habitude, depuis 2011, de venir à Bruxelles pour discuter avec la direction générale Ecfin de leurs projets de réforme et les fonctionnaires de la Commission se rendent dans les capitales pour rencontrer les directeurs d’administration centrale et les syndicats. Ne figurent dans les «recommandations par pays» que les réformes que les Etats sont prêts à effectuer, pas celles dont rêve l’exécutif européen. Ce qui est logique, puisqu’elles doivent passer par le Conseil européen où les décisions se prennent à l’unanimité. «Il arrive que des gouvernements nous demandent de proposer telle ou telle réforme dans nos recommandations en nous avertissant qu’ils nous en feront porter la responsabilité», ironise un fonctionnaire de la Commission, avant d’ajouter, «mais ce n’est pas le cas de la France, qui assume».

De fait, la réforme El Khomri (alors que celle-ci n’était pas encore ministre du Travail) était déjà en germe dans le «programme national de réformes» présenté le 15 avril 2015, un pavé de 171 pages. «Parmi bien d’autres sujets», comme on le rappelle à Matignon, il est précisé, dans le chapitre consacré à la «lutte contre les rigidités du marché du travail», que le gouvernement veut harmoniser les indemnités de licenciement et qu’une «place accrue» sera donnée «aux accords de branche et d’entreprise», ce qui allait devenir le fameux article 2. «L’ambition n’est pas de se limiter à des aménagements techniques du cadre législatif actuel,peut-on lire dans le texte européen, mais d’ouvrir des perspectives ambitieuses visant à moderniser en profondeur notre système de relations sociales et sa pratique, [notamment] au niveau des branches et des entreprises».

Après discussion avec le gouvernement français, la Commission a intégré, avec l’accord de Paris, ce projet dans sa recommandation qui a été adoptée à l’unanimité du Conseil européen de juin 2015 et du Conseil des ministres des Finances de juillet 2015. «Fin 2015, Myriam El Khomri [qui était devenue ministre du Travail le 2 septembre] est venue à Bruxelles rencontrer Pierre Moscovici, le commissaire chargé des Affaires économiques et financières, et Marianne Thiessen, sa collègue chargée de l’Emploi, pour expliquer les détails de sa réforme avant qu’elle ne soit présentée en Conseil des ministres à Paris», raconte un fonctionnaire de la Commission.

Une idée française

Même s’il préexistait dans ses grands principes, avant même la nomination de la ministre, le projet El Khomri est bien une idée française. Certes, il satisfait la Commission et les partenaires européens de Paris inquiets de la dégradation du marché du travail en France. Mais ceux qui dénoncent l’ingérence de Bruxelles font en réalité comme si la France ne partageait pas une monnaie commune avec 18 autres pays, ce qui implique une coordination des politiques. «C’est ce qu’on appelle la gouvernance économique»,justifie un haut fonctionnaire européen. Paris est la capitale qui réclame le plus fermement la création d’un véritable «gouvernement économique», notamment en créant un poste de ministre des Finances pour la zone euro, afin de contraindre davantage chaque Etat à se plier aux politiques décidées en commun.

Reste que cette coordination pose un problème de «légitimité démocratique», comme le reconnaît Pierre Moscovici, puisqu’elle se fait uniquement entre la Commission, les ministres des Finances et les chefs d’Etat et de gouvernement : le Parlement européen n’a pas voix au chapitre et beaucoup de Parlements nationaux ne sont saisis qu’en bout de chaîne des textes mettant en musique ce qui a été décidé à Bruxelles. Mais pour introduire un contrôle démocratique, il faut changer les traités et, de cela, François Hollande ne veut pas entendre parler. Ce qui permet aux eurosceptiques de dénoncer un «complot».

REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Pervenche Béres : « le déficit démocratique et le déficit du dialogue social français s’ajoutent au déficit démocratique de la zone euro»

Pour la députée européenne socialiste Pervenche Berès (photo DR), le projet de loi El Khomri est un projet français, même s’il satisfait les instances de la zone euro. Selon la membre de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, et auteure d’un projet de rapport sur «la capacité budgétaire de la zone euro», le déficit social et démocratique hexagonal explique en grande partie l’opposition à la loi travail.

Selon la gauche radicale et l’extrême droite, c’est Bruxelles qui a dicté la loi El Khomri…

Accuser l’Europe, c’est un peu fort de café alors que François Hollande a toujours dit qu’il engagerait des réformes qui seraient dans l’intérêt de la France. Tout le monde sait très bien que nous n’avons pas su gérer notre perte de compétitivité après le passage à l’euro et que nous devons agir. Mais, pour le coup, la France aurait été bien inspirée de copier le modèle allemand de démocratie sociale : si on avait eu un vrai dialogue avec les syndicats très en amont du projet de loi travail, on aurait pu désamorcer une partie des oppositions.

Le malaise est aussi démocratique, puisque le Parlement français est tenu à l’écart de la préparation des réformes…

De fait, la loi El Khomri, quel que soit par ailleurs le débat sur son contenu, n’est pas un engagement que le gouvernement a pris à Bruxelles, mais qui se trouve dans le programme national de réforme envoyé chaque mois d’avril à la Commission en même temps que le programme de stabilité budgétaire. Ces deux textes, préparés par le gouvernement français, devraient faire l’objet d’un débat et d’un vote à l’Assemblée nationale, puisqu’ils vont servir de base à la Commission pour rédiger ses recommandations par pays - ces dernières seront ensuite adoptées par le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement et par le Conseil des ministres des Finances. Or, à aucun moment, les députés ne sont intégrés dans ce processus. En clair, le déficit démocratique et le déficit du dialogue social français s’ajoutent au déficit démocratique de la zone euro. Indépendamment du problème purement européen, la France aurait les moyens de combler son propre déficit démocratique, ce qu’elle ne fait pas. Dans le système français, il y a un autre problème : c’est le Premier ministre qui sera chargé de mettre en œuvre les engagements pris par le chef de l’Etat au sein du Conseil européen et par le ministre des Finances au sein de l’Eurogroupe. Or, il n’est jamais en situation de peser sur des sujets qui le concernent au premier chef, puisqu’il n’est pas dans la négociation ! Pourtant, ce sont ces engagements qui vont déterminer la politique économique qu’il va appliquer. L’efficacité de notre modèle pour peser sur les orientations européennes et les mettre en œuvre est une question centrale dont personne ne parle.

La dénonciation d’un complot européen en matière de politique économique, est-ce le refus de la monnaie unique ?

Bien sûr ! Je rappelle que c’est la France qui a inventé l’expression de «gouvernement économique», et il est incroyable de voir que certains ne comprennent manifestement pas ce que cela implique en termes de coordination. Le gouvernement économique, ça n’est pas seulement pour les autres !

Comment faire pour éviter ces procès en complotisme ?

Il faut impliquer les partenaires sociaux et le Parlement national dans la préparation du programme de réforme. Ensuite, il faudrait par exemple que, quatre fois par an, les commissions des finances des Parlements nationaux et les membres de la zone euro du Parlement européen se réunissent pour qu’il y ait un comité de pilotage de la zone. Les élus du Parlement européen qui appartiennent à cette dernière devraient aussi avoir un vrai pouvoir de codécision pour tout ce qui la concerne. C’est par la démocratie qu’il y aura une appropriation des engagements européens.

N.B. : articles parus dans Libération du 12 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 18-juin-2016 18:17

Sécurité : La carte de la diffusion des armes à feu en Europe

Chaque fois qu'une tuerie de masse a lieu quelque part dans le monde, et en particulier aux Etats-Unis, comme celle récente à Orlando, en Floride, les médias pointe du doigt – à raison – la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes dans ce pays.

Si en effet les Etats-Unis détiennent le record en la matière, avec 88,8 armes à feu pour 100 habitants (le Yémen est deuxième, avec 54,8 armes pour 100 habitants), les Européens tendent à croire qu'ils sont très loin de ces chiffres. Ce qui n'est pas complètement vrai, comme le montre cette carte, basée sur des données recueillies par The Guardian en 2012 : Il y a 45,7 armes pour chaque 100 Suisses, dont le pays est le plus "armé" d'Europe. A l'opposé, se trouvent la Roumanie et la Lituanie, avec 0,7 armes à feu pour 100 habitants.


presseurop.eu | 16-juin-2016 19:18

Les Européens et le monde : Une Union plus active pour des pays moins influents et moins solidaires

Le résultat de l’enquête d’opinion menée au mois de mai sur plus de 10 000 personnes dans une dizaine de pays (Allemagne, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Suède) est consigné dans un rapport publié le 13 juin. Celui-ci indique que les Européens souhaitent se concentrer sur les questions intérieures et remettent en question les engagements envers leur alliés. Tout en critiquant la manière dont l’Union européenne a géré la crise des réfugiés, ils souhaitent tout de même que celle-ci joue un rôle plus important dans le monde.

Ainsi, la majorité des habitants de sept des dix pays dans lesquels l’enquête a été menée, Grèce, Hongrie et Italie en tête, souhaitent que leur pays “se concentre sur ses propres problèmes et que les autres pays gèrent les leurs du mieux qu’ils le peuvent”. A l’opposé, Espagnols, Allemands et Suédois estiment que leur pays doit “aider les autres à résoudre leurs problèmes”. Sans surprise, les pays du premier groupe sont également ceux qui “sont le plus susceptibles de poursuivre leurs intérêts nationaux sans tenir compte de l’opinion de leurs partenaires internationaux.”

De même, s’ils “sont très critiques quant à la manière dont l’Union européenne a géré la crise des réfugiés, l’économie et les relations avec la Russie, ils reconnaissent la place toujours plus importante occupée sur la scène internationale par l’institution basée à Bruxelles” et veulent tous, Espagnols, Français et Italiens en tête, qu’elle joue un rôle plus important”, note le rapport. Ces derniers figurent également en haut du classement de ceux qui estiment que leur pays a perdu de son influence dans le monde au cours des dix dernières années. A l’opposé, les Britanniques et les Néerlandais estiment que leur pays joue un rôle plus important et que l’UE devrait être moins active.

L’enquête se penche également sur les menaces qui, selon les Européens, pèsent le plus sur l’Europe. L’organisation Etat islamique, bien qu’en perte de vitesse au Moyen-Orient figure en tête dans tous les pays, suivie du réchauffement climatique et de l’”instabilité économique mondiale”. A noter que cette dernière est vue comme le phénomène le plus menaçant en Grèce, alors qu’en Pologne, on craint “l’arrivée d’un grand nombre de réfugiés syriens” par-dessus tout. Seule une minorité, menée par la Pologne, l’Italie et la Hongrie, estime toutefois que “la force militaire est le meilleur moyen de vaincre le terrorisme.”

Enfin, l’enquête montre une tendance au désengagement des pays européens quant à la promotion des droits humains sur le plan international: dans seuls quatre des dix pays objet de l’enquête (l’Espagne, l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas) une majorité des personnes interrogées estime que les droits humains devraient figurer en tête des priorités de la politique étrangère de leur pays.


presseurop.eu | 14-juin-2016 14:45

Référendum au Royaume-Uni : Seul un miracle nous évitera le Brexit
, – A dix jours du référendum sur le maintien du pays dans l’Union européenne, la campagne pour le “Out” et ses outrages ont le vent en poupe. Et l’hypothèse d’une sortie du Royaume-Uni et de son éclatement devient probable, regrette un avocat britannique spécialisé dans les droits de l’homme. Voir en entier .
presseurop.eu | 14-juin-2016 12:15

Euro 2016 : Le gardien
Il Manifesto, Rome – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 11-juin-2016 12:15

Intégrité publique : Une nouvelle carte d’Europe de la corruption

Depuis 1995, lorsqu’il a été calculé pour la première fois, l’Indice de la corruption perçue (ICP) de Transparency International est devenu la référence en matière de niveaux de corruption. La Norvège y figure en cinquième position parmi les pays les moins corrompus.

Un nouveau classement, où elle figure en première position, a été récemment établi par le nouvel Index de l’intégrité publique (IPI) calculé par le projet ANTICORRP, un groupe de recherche financé par l’Union européenne. Selon ses auteurs, l’Index mesure le degré de corruption d’un pays sur la base de variables objectives, au lieu de se fonder sur la perception de ce degré par les habitants.

La nouvelle mesure est pour l’essentiel en accord avec celle traditionnelle établie par l’Indice de corruption perçue et les données de la Banque mondiale sur la répression de la corruption. Mais elle montre également qu’en Europe, les Italiens jugent leur gouvernement plus corrompu qu’il ne l’est réellement, alors que les Allemands ont une image légèrement trop favorable de leur administration.

En effet, l’Italie n’est que vingt-septième selon l’ICP, mais vingtième selon l’IPI, parmi les 28 pays de l’Union européenne. L’Allemagne occupe la sixième place selon l’ICP, mais la huitième selon l’indice d’ANTICORRP. L’Autriche passe de la dixième à la quatorzième position, la Belgique de la neuvième à la onzième et la Croatie de la vingtième à la vingt-huitième. La République tchèque progresse quant à alle, en passant e la dix-neuvième place à la quinzième.

L’IPI exploite les données disponibles publiquement dans six domaines-clé identifiés par les chercheurs pour mesurer la corruption : l’indépendance des juges, la lourdeur des démarches administratives, l’ouverture au commerce, la transparence budgétaire, la citoyenneté électronique et la liberté de la presse.

Ces critères se basent sur le cadre théorique mis en place par Alina Mungiu-Pippidi, professeure à la Hertie School of Governance, et une équipe de l’European Research Centre for Anti-Corruption and State-Building (Centre européen de rercherche sur l’anti-corruption et l’établissement de l’Etat de droit, ERCAS). Les chercheurs d’ANTICORRP se sont également servis d’une définition plus large de la corruption, qui comprend entre autres aussi l’attribution de marchés publics ou de fonds à des “amis” politiques.

La corruption reste un problème en Europe, a affirmé récemment Mungiu-Pippidi lors d’une récente conférence sur l’anti-corruption qui s’est déroulée au centre de réflexion Bruegel, à Bruxelles. Elle est responsable pour moitié de la perte de confiace dans les institutions de l’UE constatée lors des dernières élections européennes. “Si tous les pays de l’UE pouvaient contrôler la corruption comme le font les Etats les plus avancés, nous économiserions d’un coup la moitié du budget de l’UE pour cette année”, notamment grâce à de nouvelle rentrées fiscales, a-t-elle déclaré.

Pourtant, l’Europe “est en train d’agir plus que jamais auparavant” pour combattre la corruption, a ajouté Carl Dolan, directeur du bureau de Transparency International pour l’Europe, à Bruxelles, “même si le cadre juridique européen est faible et qu’il reste encore beaucoup à faire.


presseurop.eu | 09-juin-2016 13:34

Grèce : Pourquoi les réfugiés ne veulent pas être transférés
, – Un grand nombre de réfugiés qui ont été évacués du camp de fortune d’Idomeni, près de la frontière avec la Macédoine, ont refusé d’être relogés dans les centres mis en place par le gouvernement grec. Et ils ont au moins huit bonnes raisons. Voir en entier .
presseurop.eu | 08-juin-2016 19:36

L’Europe doit changer, et il n’y a que deux voies

Blog

L’Europe n’a le choix qu’entre deux voies : la rupture ou la fédéralisation. Cela doit vous paraître bien manichéen. Pourtant, le raisonnement de “il faut plus d’Europe” que les progressistes annoncent sans avoir rien à proposer ou le raisonnement “un peu moins d’Europe mais quand même encore un petit peu” d’une gauche ou d’une droite conservatrices n’ont aucun sens. Il n’est pas possible de réformer a minima l’Europe, en relevant ou abaissant le principe de subsidiarité.

L’absence d’autres possibilités

Institutionnellement, il apparaît que l'on ne peut plus revenir en arrière sous peine de déséquilibrer l'équilibre (peu stable) établi par les traités. Dans ce cas, par un effet domino, la solution du “moins d’Europe” rejoindra le chemin de la rupture. Si on fait “plus d’Europe”, les problèmes de démocratie resteront inchangés, l’Europe gardera son aspect technocratique et uniquement économique, engendrant la victoire des nationalismes et donc une autre rupture (bien pire et bien plus violente celle-ci).

On peut avoir l’impression que ce point de vue est radical voire clivant, une sorte de chantage avec “l’Europe fédérale ou rien”. Ce n’est pas mon avis, il reste encore du temps. La rupture pourrait aujourd’hui être immédiate, la fédéralisation ne se fera pas en un jour. Ceux qui veulent la précipiter se trompent aussi. Je parle ici d’un projet à long terme, où tout le monde pourra avoir connaissance des enjeux, de l’histoire et des raisons d’un tel projet. Néanmoins, pour moi, la différence ultime, celle qui finira toujours par apparaître, sera “l’opposition” entre fédéralisme et rupture.

Il faut un nouveau traité pour l’Europe, et particulièrement pour la zone euro. Car la voie de la rupture ne peut être la bonne. La mort de l’Europe signifierait un choc politico-financier désastreux pour le monde entier, un choc inévitable, malheureux et si régressif en termes social et économique que l’on ne peut en imaginer les conséquences à long terme.

Les eurosceptiques pointent parfois les vrais problèmes de l’Europe : manques de transparence et de démocratie, l’approbation d’une politique économique “unique” sans concertation populaire. Cette opacité est insupportable pour tous les citoyens européens. Les dirigeants ne faisant rien pour aider et les représentants européens ayant parfois une inexistence médiatique, à la fois justifiée (un manque criant de charisme) et injustifiée (qui, sérieusement, connait Donald Tusk ?)ne trouvent pas de réponses à ces critiques, agrémentant le mécontentement général.

Nous ne voyons plus que dans l’Europe un monstre sans tête et sans légitimité, à la fois imposant et faible, alliant puissance économique et nihilisme politique.

Tout cela parce que l'on a détourné l’Europe de son objectif initial, à en vouloir faire une machine économique.

Pourtant les solutions divergent. Tout d’abord, la fin de l’Europe n’a pas de sens, aux sens philosophique, économique, social, culturel et politique, la fin de la construction européenne résulterait d’un échec criant de la démocratie et d’un retour à une gêne, telle une mauvaise graine se propageant, celle du nationalisme populiste et extrémiste. L’Europe l’a déjà connu, cela a mené à deux guerres mondiales. Les eurosceptiques en veulent-ils ? Je ne suis pas sûr qu’ils en aient conscience. En tout cas il faut tout faire pour l’empêcher.

La solution fédérale, victime de préjugés

Les racines de la construction européenne ne doivent pas être oubliées : guerres, meurtres mais aussi l'humanisme, la renaissance et l’ensemble de la culture partagée par les pays d’Europe. Il n’y pas que la guerre qui est à l’origine de la construction européenne, il y a aussi des actes de civilisations qui découlent de multiples événements créant une certaine unité, unité théorisée dès le XVII siècle. Alors non, l’Europe n’est pas qu’une construction de technocrates.

La fédéralisation ne doit pas être un choix par défaut, et ce n’est pas comme tel que je l’envisage. Le problème de la fédéralisation est qu’elle fait penser à des épisodes de l’Histoire où certains ont prôné la formation d’une Europe unie, mais une Europe homogénéisée. Ils ont dû le faire par la conquête, non par le compromis, car les valeurs qu'ils promouvaient n'étaient pas celles que promeut aujourd'hui l'Union Européenne. Ils ont eu recours à la violence, d’où un rejet, légitime, de la solution “homo-génique”. Dès l’Empire Romain, en passant par Napoléon, et les régimes totalitaires et fascistes, ces “empires” n’ont, au bout du compte (voire complètement pour les derniers), qu’apporté désastre et destruction.

Pourtant la formation de cette Europe homogénéisée est bien plus probable si on défait l’Europe. Les crises politique et économique que subiront les États seront tellement fortes que le ressentiment contre le voisin, coupable parfait d’une faiblesse inévitable dans un monde mondialisé, deviendra inaltérable, provoquant à terme conflits et malheurs. On voit souvent la fédéralisation comme l’objectif d’une technocratie qui se fait sans le peuple. On a fini par ne plus en parler, mais la fédéralisation n’est pas “une absurdité” ou “un vertige” :

Fédéraliser, ce n’est pas perdre sa souveraineté, c’est la gagner en la partageant.

Fédéraliser, ce n’est pas perdre sa fierté, c’est l’émergence d’un sentiment européen novateur et source de progrès sans supprimer l’État-nation ou la culture nationale, ce sont des attributs indélébiles, une fédéralisation des États-membres n'aurait pas pour objectif de les supprimer. Fédéraliser, ce n’est pas perdre son indépendance, c’est faire apparaître plus de démocratie en contrôlant les dirigeants, le tout dans un État de droit où un peuple est protégé par une constitution. Fédéraliser, ce n’est pas niveler la protection sociale par le bas. C’est l’harmoniser au plus haut, en faisant converger des protections “de base”.

L'épouvantail des “États-Unis” d’Europe n’en est pas un. Tout d’abord parce que le modèle des États-Unis n’est pas le seul existant. La fédération d’États-nations, dont on parle peu, proche du “modèle” d’Hegel, serait sûrement plus adaptée à l’UE. Dans le respect de vieux États souverains aux passés glorieux. Ensuite parce qu’une fédéralisation n’induit pas un transfert total de souveraineté des États-membres vers l'UE. On ne pourra pas appliquer le modèle américain, tout simplement parce que les circonstances sont différentes. Cela n'empêche pas de réinventer un modèle (en reprenant, par exemple, l'ouvrage de Gaëtane Ricard-Nihoul, auteure de Pour une fédération européenne d’États-nations – La vision de Jacques Delors revisitée.)

Le passage au modèle fédéral, une nécessité

Aujourd’hui, l’Europe ne peut plus rester comme telle. Nous faisons face à un semi-modèle à la fois fédéral et confédéral, mélangeant bonnes intentions et bâtons dans les roues des institutions européennes. Les politiques européennes ne sont construites qu’à moitié (et pourtant, elles restent souvent plus efficaces que les politiques nationales), cela suppose donc de passer une étape d’intégration supplémentaire pour les achever et donc les rendre efficientes.

L'espace Schengen est un progrès, il est indispensable à nos sociétés, nos économies et parachève la liberté de circulation en Europe. Un Schengen sans politique migratoire commune n’est pas complet. La coopération anti-terroriste est pragmatique et il est normal d'échanger des informations mais sans échanges d’information et un transfert de compétence à Europol, c'est peu utile. La monnaie commune, c’est le fondement de l’intégration européenne et c’est nécessaire, sans politique budgétaire commune ça ne peut pas marcher, et la convergence des économies sera alors impossible. Une Europe de l’énergie est une volonté novatrice, mais sans budget européen important, c’est irréalisable. Prôner la démocratie dans le monde, c’est culturel, c’est l’Europe, encore faudrait-il que nous élisions les (vrais) dirigeants européens.

Seule une fédéralisation peut permettre de passer ces étapes et de les associer. C’est un raisonnement logique. Même les eurosceptiques en conviendront. On peut tout détruire. Ou alors on peut avancer. Et je n’ai pas cité d ‘autres projets, comme l’Europe sociale, l’Europe de la défense, l’Europe diplomatique, qui sont des objectifs qui seront pleinement accomplis à l’occasion d’un processus démocratique amenant doucement à la fédéralisation.

Il ne faut pas s’étonner que le bateau tangue quand sa construction est faussée. Les architectes du système européen ont oublié d’intégrer tous les matelots dans la construction. Ils ne l’ont construit qu’à moitié rendant le bateau lent et fragile. Ils ne le contrôlent plus. Le capitaine n’en est pas vraiment pas un, de quoi se faire détester par l’équipage. Face à la tempête à laquelle il fait face il coule, et c’est inévitable.

Enfin, tous les États-membres ne seraient pas tenus d’y participer. Si un travail de campagne clair et long est fait en faveur de la fédéralisation, en informant les citoyens, et en respectant les arguments des opposants et de leur propre campagne, le choix d’un peuple, par référendum, est souverain. Une Europe à deux vitesses pourrait être créée en aval de cette fédéralisation, intégrant les pays les moins approbateurs d’une union politique et ceux ne respectant pas les critères de convergence pour bénéficier de la monnaie unique. Le problème ici est de faire en sorte que ce référendum sorte des intérêts nationaux, il faut qu’il soit mobilisateur, sinon il sera faussé. C’est pourquoi son envergure doit être européenne.

Nous n’agissons pas ou presque, nous ne faisons rien pour aller de l’avant en Europe, nous sommes victimes d’un immobilisme permanent, d’un blocage intellectuel. Les populismes et nationalismes s’installent pourtant, annonçant destruction et jours heureux, mettant en avant les clichés les plus sombres, servant des discours anxiogènes à la pelle.

Malgré cet acharnement, le projet européen ne perd pas de sa superbe, il lui manque juste un vrai destin politique, la fédéralisation. L’Europe, qu’au fond nous voulons tous, est l’Europe démocratique, où nous élisons, dans une circonscription unique, une tête de liste qui nous représentera, qui ne sera plus un pion.

Insatisfaits et incrédules, certains habillent l’Europe d’un voile noir, la recouvrant de leur scepticisme, en lui creusant déjà une tombe. Ils ont pourtant oublié ce qu’avait apporté l’Europe, la paix de la blanche colombe. Et ce que pourrait apporter un futur plus intégré : une fédération d’États-nations européens.

Dessin de Tjeerd Royaards


presseurop.eu | 08-juin-2016 11:32

Elargissement: un échec politique

Agencja Gazeta/Slawomir Kaminski/via

Mon éditorial sur l’échec politique de l’élargissement est ici.

L’ambassadeur de Hongrie en France y a répondu aujourd’hui (). Une réponse qui ne me convainc absolument pas, vous vous en doutez.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 06-juin-2016 17:44

Brexit: partez les premiers messieurs les Anglais !

REUTERS/Darren Staples

Mon éditorial sur le Brexit se trouve ici en version française et en version anglaise: oui, moi, en anglais, ce qui prouve que tous les coups sont permis dans cette campagne référendaire...


bruxelles.blogs.liberation.fr | 01-juin-2016 17:30

La Belgique divisée par les grèves

Quand les deux régions francophones, Bruxelles et Wallonie, sont confrontées à une série de grèves sectorielles, successives ou concomitantes, depuis plusieurs mois, la Région flamande (60 % de la population) n’est que marginalement touchée.

La caricature de Kroll ci-dessus, parue dans le Soir, résume à merveille la profonde et inquiétante division du pays : alors que les deux régions francophones, Bruxelles et Wallonie, sont confrontées à une série de grèves sectorielles, successives ou concomitantes, depuis plusieurs mois (routiers, gardiens de prison, transports publics, contrôle aérien, police et bagagistes de l’aéroport de Bruxelles, magistrature), la Région flamande (60 % de la population), elle, n’est touchée que marginalement. Même la « grève générale » des services publics d’aujourd’hui n’a été suivie que très partiellement par les Flamands (par exemple aucun train à Bruxelles et en Wallonie, 50 % du trafic en Flandre).

La grève la plus dure est celle du personnel pénitentiaire (qui, à la différence de la France, dispose du droit de grève), uniquement suivie par les Francophones, pourtant confrontés aux mêmes réformes que les Néerlandophones. Elle a commencé le 25 avril et a des conséquences dramatiques pour les détenus qui voient leurs droits les plus élémentaires bafoués. Confinés dans leur cellule surpeuplée, ils sont privés de douche, de linge de rechange, de sortie, de visite, de contact avec la justice, d’une nourriture décente (trois repas froids livrés en vrac le matin). Au point que le gouvernement a dû faire appel à l’armée et à la police, qui ne sont pourtant pas formées à ces tâches, pour assurer un service minimum. Le Royaume, déjà condamné à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme pour l’état déplorable de son système pénitentiaire, risque de connaître une explosion dans ses prisons : déjà, un détenu est mort à la suite d’une bagarre qu’aucun gardien n’a pu stopper... Or, rien n’indique un retour prochain à la normale, un nouveau protocole d’accord ayant été rejeté hier par la base. Les raisons de la grève : une rationalisation de la gestion du personnel qui va aboutir à une diminution des primes et du nombre de fonctionnaires.

Sur le rail, la situation s’est brutalement tendue mercredi dernier, avec la grève « au finish » déclenchée sans préavis par la base francophone. Le motif du mécontentement est particulièrement obscur : la direction de la SNCB veut supprimer un jour de récupération (sur les 13 jours consentis en 1996 en compensation d’une baisse de rémunération depuis compensée) après 18 jours d’absence pour congé ou maladie… Les syndicats expliquent qu’il s’agit là de la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, la majorité actuelle ayant programmé des coupes sombres (2 milliards d’euros) dans le budget de la SNCB. Mais le résultat est là : les trains roulent au nord, alors qu’il est aussi concerné par la réforme, mais pas au sud. Ce qui fournit la preuve que la scission du rail entre la Flandre et la Wallonie est tout à fait possible comme le réclament depuis longtemps les nationalistes flamands de la N-VA, le premier parti de Flandre, mais aussi de la majorité fédérale.

Et c’est là que réside le danger du jusqu’au-boutisme des branches francophones des syndicats, en partie noyautée par le PTB, un parti communiste stalinien qui fait une percée remarquable dans les sondages en Wallonie, qui sont pourtant les dernières organisations à ne pas être totalement scindées entre communautés linguistiques (alors que les partis le sont). Il donne en effet raison aux libéraux de la N-VA qui soutiennent que la chienlit est francophone, le sud du pays étant dominé par un PS, accusé d’être corrompu, clientéliste et allergique à la réforme, et sa courroie de transmission, la FGTB, majoritaire à Bruxelles et en Wallonie (alors que la CSC, chrétienne-démocrate, est majoritaire en Flandre). Cet écueil avait été évité au dernier trimestre 2014, lorsque les syndicats du nord et du sud avaient su rester unis pour protester contre les réformes lancées par le gouvernement libéral de Charles Michel.

Cette fois-ci, cela n’est pas le cas et la N-VA a le plus grand mal à cacher sa satisfaction face à la situation « révolutionnaire » du sud du pays, selon le mot du député flamand du CD&V, Hendrick Bogaert : la Belgique est bien constituée de deux pays dont la réalité politique et sociale se différencie chaque jour davantage. D’un côté, une Flandre libérale, travailleuse, soucieuse de concertation sociale, de l’autre une communauté francophone dominée par les socialistes et les communistes staliniens du PTB, figée dans la défense de ses droits acquis, bref un boulet aux pieds du lion flamand. Sonnée par les attentats du 22 mars, la Belgique démontre qu’elle a été incapable d’un sursaut collectif et qu’elle se laisse emporter dans une spirale mortifère qui pourrait se traduire par une scission du pays.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 31-mai-2016 22:01

Référendum sur le Brexit : On joue à se faire peur

Que va-t-il se passer une fois que les électeurs britanniques auront choisi de quitter l’Union européenne, lors du référendum du 23 juin ? Des experts, les économistes, les célébrités et mêmes des politiques font campagne pour éviter ce scénario, quitte à jouer à se faire peur. Dans ce filon, le dessinateur Nicolas Vadot et le président du directoire d’Euronews Philippe Cayla ont réalisé un court film d'animation dans laquelle ils décrivent “Le sombre lendemain du Brexit” : après que le Royaume-Uni a voté sa sortie de l’UE et que le pays fait voile vers le large avec son chargement de capitaux en fuite, les dirigeants européens décident de “sauver” l’Ecosse. “Nous pensons que la caricature des leaders européens est un bon moyen de les faire connaître par un public élargi, de même que les ‘Guignols de l'info’ en France ont popularisé les leaders politiques et autres français”, nous explique Philippe Cayla, pour qui “il nous fallait pour ce faire un excellent caricaturiste des leaders européens, ce que nous avons eu la chance de trouver en la personne de Nicolas.” En ce qui concerne le scénario du Brexit proprement dit, ajoute-t-il, “j'ai voulu mettre en évidence les deux risques principaux encourus par les Britanniques : la sécession de l'Ecosse et la fuite des capitaux de la City. J'ai voulu y mettre de nombreux clichés et clins d'œil pour rendre la chose humoristique, tout en montrant que les 27 seront sans pitié si le Brexit est voté.*”

L’analyse réalisée par le Trésor britannique sur l’”Impact économique immédiat de l’abandon de l’UE” est encore plus sombre : “un vote pour la sortie représenterait un choc immédiat et profond pour notre économie”, récite le préambule. Le Royaume-Uni serait confronté à une récession pendant la première année qui va suivre le Brexit, avec la perte d’un demi-million d’emplois, le PIB chuterait de 3,6 %, les salaires de 3 % et la livre sterling perdrait 12 % face à l’euro. Et ça, c’est le scénario “light”. Selon le scénario “choc grave”, le PIB chuterait de 6 %, 820 000 emplois seraient perdus, les salaires chuteraient de 4 % et la livre sterling reculerait de 15 % face à l’euro.

Les deux parties jouent à se faire peur, mais les arguments économiques en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE semblent faire mouche auprès de l’opinion publique, comme l’indiquent les derniers sondages, qui donnent le vote “In” en tête ; des données confortées par les bookmakers. Les experts affirment quant à eux que le taux de participation des moins de 35 ans, les plus susceptibles de voter pour le maintien dans l’UE, sera décisif.


presseurop.eu | 31-mai-2016 15:01

Le CETA, un accord commercial en sursis

REUTERS/Nigel Treblin

Vous trouverez ici et ici, les deux articles que j’ai consacré à l’accord commercial conclu entre le Canada et l’Union européenne. Je vous conseille aussi la lecture du papier de mon confrère Vitorio De Filippis.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 30-mai-2016 22:35

Réfugiés syriens : Un nouveau chez soi en Turquie
, – Comment le plan de renvoi des réfugiés fonctionne-t-il, quelques semaines après l’entrée en vigueur de l’accord entre l’UE et la Turquie censé régler la question ? Un reportage depuis la côte turque de la mer Egée montre qu’un nombre croissant de migrants ont finalement choisi de s’y installer. Voir en entier .
presseurop.eu | 29-mai-2016 13:38

Elections présidentielles en Autriche : Un avertissement pour toute l’Europe
, – A quelques voix près, le candidat indépendant soutenu par les Verts Alexander Van der Bellen a battu celui de l’extrême droite Norbert Hofer. Le pays est à présent plus polarisé que jamais et le système politique qui a régi l’Autriche depuis la guerre a volé en éclats. Voir en entier .
presseurop.eu | 24-mai-2016 00:18

Crise des réfugiés : Les citoyens plus accueillants que leurs gouvernements

La grande majorité des gens (80 %) est prête à accueillir les réfugiés à bras ouverts, et le même pourcentage est même prêt à les accueillir chez eux, révèle une enquête menée par Amnesty International.

Le nouvel Refugees Welcome Index (Indice d’accueil des réfugiés) se base sur une enquête menée par l’institut GlobalScan auprès de 27 000 personnes dans 27 pays de tous les continents et se base sur la volonté des personnes d’accueillir les réfugiés dans leur pays, leur ville, leur quartier et leur maison.

Les Chinois apparaissent comme les plus accueillants, suivis par les Britanniques et les Allemands. Les Espagnols et les Grecs figurent parmi les dix premiers et la Russie ferme la marche.

En Allemagne, où près d’1,1 million de réfugiés ont été accueillis en 2015, “quasiment toutes les personnes interrogées (96 %) ont déclaré qu’elles accepteraient des réfugiés dans leur pays, alors que seuls 3 % ont déclaré que les réfugiés ne devraient pas y être admis. Et 76 % des Allemands interrogés ont déclaré que leur gouvernement devrait faire davantage pour aider les réfugiés”, note The Guardian.

Seuls neuf des 27 pays couverts par notre enquête ont accepté d’accueillir certains des 4,8 millions de réfugiés syriens. Mais ils ne se sont engagés à en accepter moins de 174 000 au total”, affirme Amnesty. Selon l’organisation pour les droits humains,

quatre autres pays concernés par notre enquête – la Turquie, la Jordanie, la Grèce et l’Allemagne – accueillent à eux seuls des millions de réfugiés, pratiquement sans aide extérieure. Car de nombreux gouvernement estiment que la protection des réfugiés n’est pas leur problème. Leur attitude contraste nettement avec la mobilisation solidaire de leurs citoyens. Notre enquête montre que les politiciens n’ont plus d’excuses pour prendre leurs responsabilités : au lieu de chercher à faire les gros titres avec des déclarations anti-réfugiés, ils devraient prendre des décisions courageuses.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes”, a déclaré Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty International :

Les gens sont prêts à accueillir les réfugiés, mais les réponses inhumaines des gouvernements à la crise des réfugiés sont déconnectées de leurs propres citoyens. Le Refugee Welcome Index met à nu la manière honteuse dont les dirigeants ont mené une politique de court terme sur la vie de gens qui fuyaient la guerre et la répression. La réponse des autorités à la crise des réfugiés ne doit pas être l'otage des gros titres. Trop souvent, ils utilisent un discours xénophobe anti-réfugiés pour faire monter leur cote de popularité. Cette enquête indique qu’ils n’écoutent pas la majorité silencieuse des citoyens accueillants qui prennent leurs responsabilités dans la crise des réfugiés.

Les dirigeants du monde entier sont en ce moment réunis à Istanbul sous l’égide de l’ONU pour un Sommet mondial humanitaire dont les participant sont censés s’engager à accueillir davantage de réfugiés, à commencer par ceux qui fuyent les conflits au Moyen-Orient. A cette occasion, la chancelière allemande Angela Merkel devait rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdoğan pour tenter de sauver l’accord controversé entre l’UE et Ankara sur le retour des réfugiés qui ont transité par la Turquie.


presseurop.eu | 23-mai-2016 19:01

Crise de la dette grecque : Le retour du spectre du Grexit
Internazionale, Rome – Les nouvelles mesures d'austérité adoptées par le Parlement grec vont permettre de débloquer une nouvelle tranche d'aide internationale, mais elles ne vont pas résoudre les problèmes de fond du pays et aggraver les tensions sociales. Voir en entier .
presseurop.eu | 19-mai-2016 10:05

Sommet de Londres contre la corruption : Pourquoi il ne faut pas avoir peur de dénoncer les pays corrompus
, – La chercheuse spécialisée dans l’étude de la corruption Alina Mungiu-Pippidi s’interroge sur les idées politiquement correctes véhiculées pendant le récent sommet organisé par le gouvernement britannique. Voir en entier .
presseurop.eu | 15-mai-2016 01:23

Interruption momentanée des programmes

Je prends quelques jours de vacances, loin, très loin du vieux continent, laissant le Brexit (en photo Margaret Thatcher lors de la campagne référendaire de 1975), le Grexit, le Nederxit, la crise des réfugiés, l’effondrement belge, le terrorisme, etc, derrière moi. Retour aux manettes de ce blog fin mai. A bientôt: vous avez quinze jours pour tout remettre d’aplomb ;-)


bruxelles.blogs.liberation.fr | 13-mai-2016 15:56

La tentation d’union transatlantique, une mauvaise idée ?

Blog

Face aux crises multiples que traverse l’Union Européenne, plusieurs tentations refont surface. Si le rapprochement avec la Russie reste heureusement hors de question avec Vladimir Poutine au pouvoir, le rapprochement des États-membres avec les États-Unis redevient actuel. Cela prouve bien la faiblesse du projet européen aujourd’hui, dont les États-membres se détournent de plus en plus : fermeture des frontières, négociations bilatérales (avec la Turquie) sans intégrer l’exécutif européen, certes peu légitime, comme à Hanovre.

Un combat entre une intégration plus aboutie et une union transatlantique

Pourtant, une plus forte intégration européenne devrait être privilégiée à une union transatlantique. Contrairement à ce que disent tous les eurosceptiques, une plus grande intégration ne signifie pas une perte de souveraineté. La souveraineté économique, la plupart des États l’ont déjà vu fortement diminuée, même si les politiques économiques restent du ressort de l’État, elles n’ont plus le même impact qu’autrefois. L’indépendance diplomatique et militaire des États est aussi contestable.

L’influence des marchés financiers, la dépendance au pétrole du Moyen-Orient et au gaz Russe, la mondialisation des échanges et le changement de l’équilibre géopolitique (une part significative de la dette européenne est détenue par la Chine) vont dans le sens d’une intégration toujours plus aboutie. Mais comme les États-membres s’en détournent, ils préfèrent regarder de l’autre côté de l’Atlantique.

La volonté de coopérer entre l’Europe et les États-Unis perdurera, car elle existe depuis longtemps. Mais un traité de libre-échange comme le TAFTA, qui pousse de plus en plus vers une union transatlantique (entre l’ALENA et l’UE), ne procurera pas un gain économique suffisant comparé à la perte de souveraineté engendrée. La souveraineté des États-nations en Europe est déjà fortement amoindrie, et le rejet d’un transfert de ce qui l’en reste vers l’UE est compréhensible, mais une union transatlantique aurait des effets dévastateurs. Ce serait une perte de souveraineté pour tous, y compris pour l’Europe, qui devrait rester unie plus que jamais.

Si une Europe unie économiquement les intéresse, les États-Unis n’ont aucun intérêt à voir une Europe forte (qui semblait déjà bien loin), concurrent premier dans le village global qu’est le monde. Être le pilier des États-Unis (tout comme être son ennemi) n’a jamais été le premier but de la construction européenne, au contraire animée par une volonté d’indépendance. Pourtant, les États-membres, rejetant parfois cette union qu’ils ont créée avec leurs peuples, cherchent un allié dans la mondialisation économique, en pensant sûrement que cela leur permettra de “retrouver” leur souveraineté tout en développant leur économie.

Les effets pernicieux d’une Union Transatlantique

Mais il s’avère qu’une union transatlantique aurait plusieurs effets dévastateurs (pour bien préciser, je ne parle pas ici du TAFTA particulièrement, mais plus généralement d’une potentielle union plus aboutie avec l’Amérique du nord).

Tout d’abord, au niveau économique. Il ne faut jamais oublier que l’UE est le refuge de mesures plutôt libérales. Mais ces mesures libérales s’inscrivent à l’intérieur du marché commun. Deux tiers des échanges réalisés par l'UE se font entre ses États-membres, l’Union Européenne n’a jamais eu intérêt à ouvrir complètement ses frontières, et elle ne l’a d’ailleurs jamais fait. Le principe de précaution, les taxes douanières sur certains produits importés (produits agricoles, multiples produits faisant l’objet de dumping comme les panneaux photovoltaïques chinois) et les subventions (agricoles notamment) le prouvent.

Une union transatlantique serait dévastatrice de ce point de vue. Ce que les eurosceptiques n’ont pas compris, c’est que les économies nationales sont trop fragiles. On y a remédié avec l’euro, ce qui n’est pas suffisant puisque les politiques économiques ne sont pas accordées. Les États-Unis ont une politique économique unique, axée sur des ressources naturelles nombreuses, une monnaie mondiale, une puissance géopolitique et diplomatique cohérente et forte, le tout protégé par un protectionnisme “à l’américaine”, notamment sur les marchés publics. L’UE est faible, une union transatlantique ne ferait que l’affaiblir, et affaiblirait encore plus les États-membres.

Ensuite, au niveau politique et diplomatique. Une union transatlantique serait une manière d’affaiblir une potentielle convergence des intérêts diplomatiques européens, contraire aux volontés de Washington. Une Europe diplomatique, forte, cohérente et unique serait à contre-courant de la suprématie américaine sur les affaires mondiales. Le pays de l’Oncle Sam ne veut pas d’une Europe politique unie, qui pourrait étendre son influence sur le pourtour méditerranéen, en devenant, par exemple, l’interlocuteur numéro un du conflit israélo-palestinien ou des conflits en Afrique, tout en restant un allié des États-Unis.

En cela, le discours d’Obama sur le Brexit est un peu hypocrite. La volonté britannique de toujours vouloir élargir l’UE, de rester un partenaire particulier des États-Unis et de refuser l’Europe politique a toujours permis d’affaiblir l’union des pays du Vieux Continent. Si une Europe à deux vitesses n’est pas créée et que le Royaume-Uni reste dans l’UE, l’union transatlantique sera une solution pour les États-membres, ne voyant pourtant pas que leur influence diplomatique s’érode, telle une falaise s’affaissant sous les assauts de vagues déferlantes, celles de la mondialisation, à la fois bénéfique et handicapante pour notre développement.

Enfin, du point de vue idéologique. Une union transatlantique ne serait pas tournée vers le futur. Une nostalgie de la guerre froide anime, d’une certaine manière, la perspective d’une union transatlantique. Une alliance avec les États-Unis, dans un monde dangereux face à un ennemi russe. Si la Russie et ses positions anti-démocratiques peuvent inquiéter, ce n’est plus l’URSS d’autrefois.

Les pays d’Europe doivent prendre leur indépendance, ce qui peut paraitre incompréhensible pour les détracteurs de l’Union Européenne, reprochant justement à la construction européenne de « voler » leur souveraineté. Sauf que cette dernière, sans perdre l’identité culturelle des pays, permet de mettre nos forces en commun pour nous développer dans un monde mondialisé. Une indépendance totale est aujourd’hui impossible. Je préfère une Union Européenne indépendante avec des États-membres respectés mais avec moins de souveraineté qu’une Europe dépendante des États-Unis et des États-membres étouffés par une puissance économique américaine trop forte voire envahissante.

L’étape du TAFTA et la particularité de la construction européenne

Le TAFTA pourrait être la première étape dans la voie menant vers une union transatlantique. Si on en est encore loin et même si ce traité ne sera probablement jamais ratifié par tous dans sa mouture actuelle, la perspective d’union transatlantique demeure toujours un espoir pour certains. Elle amènera forcément un gain de croissance, mais les avantages sont trop peu nombreux par rapport aux inconvénients d’une telle union.

L’Europe et l’Union Européenne doivent rester indépendantes. Une Union transatlantique (déjà un peu en vigueur sur le plan militaire avec l'OTAN) ne doit pas se faire au détriment de la construction européenne, qui pourrait, elle, être garante de cette indépendance, tout en laissant la possibilité aux États-membres de s’exprimer (sur leur appartenance à l’UE par exemple), en informant les citoyens, en laissant du pouvoir aux parlements nationaux.

Il ne faut pas tomber dans l’anti-américanisme. Et il me semble logique de faire perdurer des liens étroits entre nos deux continents. Mais il s’agit ici de comprendre le débat qui anime les pays depuis si longtemps. Depuis l’après-guerre, le monde est marqué par une mondialisation, à la fois heureuse (diversité, progrès), et féroce (concurrence âpre). La réaction des pays fut de s’allier dans des organisations régionales.

Mais la construction européenne va plus loin, elle est particulière, elle est différente des autres organisations régionales, des autres pays. La construction européenne a pour objectif de rallier les peuples derrière des valeurs. Valeurs de démocratie, de paix et de liberté, amenées par des impératifs historiques et une culture commune. Culture commune de la diversité, respectant l’autre, tout en assurant un respect des règles et une solidarité à l’égard de tous. Solidarité qui doit se manifester même dans les moments les plus durs, ne laissant personne au bord de la route, ne laissant personne démunis. Démunis, voilà ce que seront ceux qui veulent partir, ceux qui pensent qu’une alliance transatlantique les préservera.

Qui est satisfait de l’Europe d'aujourd’hui ? Personne. Tout le monde fait le même diagnostic. Pourtant les solutions divergent. Ceux qui ont peur des défis de demain, ceux qui ont peur de l’autre, ceux qui pensent réussir seuls, ceux qui rejettent les racines de l’humanisme européen préféreront partir (ou dénigrer l’UE sans en sortir), mais ils se retrouveront bien seuls.

Faisons l’Europe avant d’envisager une union transatlantique. Notre incapacité à négocier avec les États-Unis comme pour les arbitrages privés ou l’ouverture des marchés publics dans le cadre du TAFTA montre bien que personne n’est prêt. Personne n’est prêt à donner plus de puissance et d’indépendance à l’UE, personne n’est prêt à passer à une intégration plus poussée, personne n’est prêt à être tenu d’être solidaire avec son voisin européen. Mais personne n’est prêt non plus à subir la mondialisation, ni à donner les clefs de son économie, de son agriculture, de son environnement aux États-Unis, personne n’est prêt à abandonner sa souveraineté aux autre pays du monde. Je préfère que nous la donnions à l’Union Européenne, pour le peu qu’il nous en reste.

Cartoon : Alex Falco Chang


presseurop.eu | 11-mai-2016 18:49

Europe: demandez le programme des candidats LR!

REUTERS/Eric Vidal

En ce 9 mai, fête de l’Europe, les quatre grands candidats à la primaire des Républicains (LR) ont livré leur vision de l’avenir de l’Union et les principaux éléments de leur programme. Classique, Nicolas Sarkozy a donné une interview au Figaro dont le lectorat est son cœur de cible, Alain Juppé, plus œcuménique, une tribune au Monde, François Fillon, plus racines régionales, a prononcé un discours à Schiltigheim, en Alsace, et, enfin, Bruno Le Maire, le seul germanophone de la bande des quatre, a livré sa vision à la Hertie School of Governance de Berlin, tout un symbole. On aurait aimé que François Hollande profite aussi de cette date pour enfin donner sa vision de l’avenir de l’Union à un an de la fin de son mandat, mais, sur le sujet, la procrastination semble être décidément son mantra… La droite semble plus assurée que la gauche sur la question européenne et, au sein des conservateurs, Bruno Le Maire se détache par un projet plus construit que celui de ses rivaux et qui, plus est, évite globalement les récriminations habituelles contre « Bruxelles ».

«Grimace de dégoût»

Globalement, la bande des quatre est d’accord sur le diagnostic : l’Union va mal. « Dans dix ans, l’UE existera-t-elle encore ? », se demande ainsi François Fillon, qui estime qu’elle « fonctionne comme une bureaucratie », « un vieux corps malade ». Alain Juppé insiste davantage sur les dangers du retour des nationalismes qui ronge l’Europe de l’intérieur, tout comme Bruno Le Maire : outre l’inquiétante Autriche qui dérive à nouveau vers le fascisme, « en Pologne, en Hongrie, en République tchèque, en Finlande, mais aussi en France et en Allemagne, le populisme progresse, sous des masques différents, mais avec la même grimace de dégoût devant la construction européenne ». Le Maire est le seul à reconnaître la responsabilité du personnel politique dans le désamour à l’égard du projet européen : « qui pour pleurer sur cette Europe ? Personne. Qui pour crier contre cette Europe ? Tout le monde ».

Tous partagent le même avis sur le bilan européen de François Hollande : « où est la France en Europe ? Nulle part », constate Le Marie. « La France manque à son rôle européen historique », renchérit Juppé. « La France est encalminée et l’Europe, la pauvre Europe, n’y est pourtant pour rien », constate Fillon : « la France de Hollande étant à la traine, c’est l’Allemagne qui a pris les rênes de l’Union pour le meilleur comme pour le moins bon ».

Les quatre candidats LR sont aussi d’accord sur la nécessité de poursuivre la construction européenne. « Qui pourrait rêver de revenir à une Europe des conflits et des espaces bornés ? » se demande Bruno Le Maire. « Si toute intégration européenne supplémentaire est désormais compliquée, une sortie de la construction européenne est encore plus hasardeuse », poursuit l’ancien ministre de l’Agriculture. « Il n’y a pas de réponse efficace en dehors du cadre commun européen », confirme Alain Juppé. François Fillon, lui, pour mieux justifier la construction communautaire, renoue avec le vieux discours gaulliste de l’Europe multiplicateur de la puissance de la France : « on ne relancera pas la France en défaisant l’Europe ». Au contraire, « l’intérêt national commande d’être européen (…) Lorsque la France est faible, elle subit l’Europe, lorsqu’elle est puissante, elle la conduit et l’Europe existe ».

Référendum en France

Ces constats posés, comment relancer le projet européen ? Le discours de la méthode de Bruno Le Maire, est le plus abouti pour que le « renouveau européen » qu’il appelle de ses vœux se réalise : d’abord relancer l’axe franco-allemand (via une « structure de dialogue permanente » portant sur l’immigration, la défense et l’approfondissement de la zone euro) puis réunir les six pays fondateurs afin de préparer un nouveau traité qui sera soumis aux Vingt-huit. Il souhaite consulter les Français par référendum sur le projet qui émergera de ces travaux « pour refermer la blessure de 2005 » : « ce sera un référendum pour un projet, pas contre notre appartenance à la construction européenne ». Si l’ancien Président de la République veut aussi un « traité de refondation », il reste, tout comme son ancien Premier ministre, dans le « je » oubliant ainsi la méthode pour convaincre leurs partenaires de les suivre. Or, la France seule ne peut rien. C’est pourquoi Alain Juppé prend la précaution d’évoquer l’axe franco-allemand qu’il ne juge plus dépassé du tout, comme il le pensait il y a vingt ans...

Mais quelle Europe construire ? Tout le monde est d’accord là aussi : l’élargissement politique a échoué, et il faut geler les nouvelles adhésions, même si c’est un succès économique : « l’Europe à 28 membres a rendu caduc l’objectif d’une Europe fédérale (…) et elle a déréglé le fonctionnement de l’Europe communautaire », analyse Fillon. Pour les quatre, il y a deux Europe, l’Europe des 28 et celle de la zone euro : « nous avons une Europe du marché et une Europe des valeurs. Nous avons une Europe du libre-échange et une Europe de la politique économique. Nous avons une Europe à 28 et une Europe à 19 », résume Bruno Le Maire.

Ce dernier propose, pour l’Europe à Vingt-huit, la mise en place d’une « Commission réduite et plus transparente, des élections différentes au Parlement européen avec des groupes politiques plus clairs, la suppression de la Présidence tournante ». Si Sarkozy ne formule aucune proposition institutionnelle précise, il estime que « l’Europe s’occupe de beaucoup trop de choses » : il veut recentrer son action sur une « dizaine de politiques communes prioritaires », sans dire lesquels. Au passage, il s’attaque à l’obscure « comitologie », certes un problème, mais qui mériterait une explication à elle seule, sachant que son extension doit beaucoup à la France de Sarkozy… Fillon, qui n’oublie pas qu’il a voté « non » à Maastricht, ne peut s’empêcher de s’en prendre au passage à cette Europe qui veut passer « la toise sur tous les sujets », mélangeant un peu tout dans cette attaque largement infondée. Il rejoint Sarkozy en exigeant une remise à plat de la politique européenne de concurrence qui devrait permettre l’émergence de monopoles européens comme aux États-Unis. Bref, les deux hommes veulent d’une grande Europe réduite aux acquêts, ce qui n’est le cas ni d’Alain Juppé, ni de Bruno Le Maire qui semblent vouloir en rester à ce qui existe, sans aller plus loin.

Noyau dur

En revanche, tout le monde se retrouve sur l’approfondissement de la zone euro, la base de la « refondation », le « noyau dur » de la future Union, selon l’expression de Juppé. Comme le note Fillon, tant à propos de Schengen que de la monnaie unique, « les gouvernements ne sont pas allés au bout de la logique de leurs ambitions affichées ». Fillon propose, pour la zone euro, la mise en place d’un « directoire politique (…) avec des parlementaires nationaux désignés pour encadrer démocratiquement cette zone monétaire ». Un parlement de la zone euro sur le modèle proposé en son temps par Joschka Fischer, le ministre vert des affaires étrangères allemand. Une idée que partage aussi Bruno Le Maire qui estime que le Parlement européen n’a pas la légitimité nécessaire pour exercer ce rôle. Outre l’harmonisation budgétaire, fiscale et économique souhaitait par la bande des quatre, Juppé ajoute l’harmonisation sociale. Sarkozy, lui, veut aussi créer un « Fonds monétaire européen et un secrétaire général du gouvernement économique qui agisse commun un véritable directeur du trésor » (donc avec la possibilité de lever des emprunts).

Autre élément de ce noyau dur, Schengen qu’il « ne faut pas renier », comme le dit Fillon : le contrôle des frontières extérieures doit devenir une politique communautaire. Juppé propose même d’aller plus loin et de transformer Europol et Eurojust en une « police et une justice directement compétente pour traiter de la grande criminalité internationale », une proposition très fédéraliste. Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire sont d’accord pour créer, selon les mots du maire de Bordeaux, une « vraie politique européenne de l’asile et de l’immigration ». Sarkozy et Fillon clouent au pilori l’accord UE-Turquie sur les migrants : « c’est une humiliation de se laisser manipuler par les autorités turques », juge l’ancien Président.

Une défense française financée par l’Union

Enfin, si tous constatent qu’une défense européenne est pour l’instant une chimère, Sarkozy et Fillon aimeraient bien que leurs partenaires (lesquels ? Les Vingt-Huit ou les Dix-neuf ?) financent les efforts français. Fillon propose la création d’un fonds européen permanent alors que Sarkozy évoque une « participation financière de l’Europe » lorsque « les intérêts de l’Europe sont en jeu ». Sarkozy est aussi favorable à une mutualisation du « renseignement » ainsi que « des satellites de surveillance financés par des fonds européens ». Bref, sur ce chapitre, c’est la souveraineté nationale sur fonds européens, un rien contradictoire…

Parmi les quatre, Fillon se distingue par une tonalité très anti-américaines (« où sont les armées européennes ? Planquées sous le sigle de l’OTAN, aux ordres de l’allié et ami américain », dénonciation de l’unilatéralisme américain et du TTIP) et pro-russe : « avec la crise ukrainienne, l’Europe s’est inutilement brouillée avec la Russie », ce qui, selon Fillon, a entrainé une crise agricole… Un intéressant dégradé entre les quatre candidats, Bruno Le Maire et Alain Juppé se montrant les plus conséquents sur leur engagement européen.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 09-mai-2016 22:54

Un appel pour le 9 mai, journée de l'Europe : Sauvons notre Europe !
, – Alors que les valeurs fondamentales de l’Union sont menacées, la fête de l’Europe est l’occasion pour les réaffirmer et défendre l’idée d’une intégration plus profonde. Voir en entier .
presseurop.eu | 09-mai-2016 01:03

Un appel pour une politique migratoire humaine et une Europe fédérale

Blog

Des êtres humains continuent à mourir dans la mer Méditerranée – il y a seulement deux semaines, 500 personnes, selon le HRC, ont rencontré la mort alors qu’elles essayaient de traverser la mer entre la Libye et l’Italie. Pendant ce temps, les réponses des décideurs européens ne semblent pas évoluer : un mélange d'égoïsme et de refus de prendre ses responsabilités ; une obsession sécuritaire, une mesquinerie bureaucratique et une volonté de reconstruire les barrières, en contradiction avec le véritable fondement sur lequel les Européens disaient vouloir reconstruire leurs politiques et bâtir leur maison commune après la nouvelle Guerre de Trente ans au XX° siècle.

L’Accord UE-Turquie est un parfait exemple. Il a été sévèrement critiqué avant même son entrée en vigueur parce qu’il garantit à la Turquie le statut de "premier pays d’asile" et de "pays tiers sûr" face aux violences répétées à l’égard des droits des réfugiés de la part des autorités turques. Cinquante-neuf députés européens tous partis confondus ont remis en cause la complaisance de l’Accord avec le principe de non-refoulement, et l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a soulevé des questions de droits de l'homme sur l’Accord UE-Turquie. Le rapporteur de la résolution de l'APCE Tineke Strik a statué que l’Accord "au mieux met à l’épreuve et au pire dépasse les limites de ce que permet le droit européen et international".

En tant que citoyens européens nous sommes préoccupés par l’approche que les politiques européens ont adopté sur les migrants et les réfugiés et nous voudrions attirer l'attention sur un appel intitulé "Sans une politique migratoire humaine et une Europe fédérale, il n’y a pas d’avenir", qui a été rédigé au début du mois d’avril par les Jeunes Fédéralistes Européens de Pescara en collaboration avec le groupe "Europa in Movimento".

Nous demandons, entre autres, la suspension de tous les accords concernant les questions migratoires récemment signés avec la Turquie et un changement radical de politique. Les détails de nos propositions se trouvent dans le texte de l’appel. Naturellement, nous n’avons pas simplement l’intention de corriger l'attitude européenne. En promouvant cet appel, nous visons aussi à contribuer à reconstruire le projet européen ensemble, avec les migrants et les réfugiés.

Après un bon retour en Italie où nous avons collecté en quelques jours plus de 500 signatures individuelles et reçu le soutien de 50 associations, nous sommes prêts à promouvoir l’appel au niveau européen avec les signatures des 130 premiers signataires de 18 pays européens représentant une variété d’organisations et d’ONG travaillant sur les problèmes des réfugiés et des migrants.

Signez la petition online!


presseurop.eu | 07-mai-2016 12:15

Révélations sur le TTIP : L’Europe ne doit rien céder sur la transparence et les principes

Les promoteurs du Partenariat transatlantique sur le commerce et les investissements (TTIP) entre l’Ue et les Etats-Unis ont commis une grossière erreur. Peut-être qu’ils ne se rendent compte qu’à présent que l’ébauche de l’accord a été révélée par Greenpeace”, écrit ainsi Alexander Hagelüken dans la Süddeutsche Zeitung. Pour l’éditorialiste, “L’obsession de Washington pour le secret a projeté sur les négociations l’ombre d’un complot contre les Européens”, et en effet, “certaines demandes des Etats-Unis vont contre les intérêts des citoyens de l’Union”, comme l’abandon du principe de précaution. Si les Européens sauront défendre des principes essentiels, comme la protection des consommateurs, “la souveraineté de ses règles sanitaires et environnementales” et “la protection des investissements.” Seulement à ces conditions, ajoute Hagelücken,

le TTIP peut devenir avantageux pour les citoyens. Le libre échange est le cœur de l’économie de marche et il a contribué au bien-être de l’Europe. L’objectif du TTIP doit être de faciliter les échanges avec les Etats-Unis, mais sans renoncer à nos valeurs. Tout compromis comporte des concessions, mais elles ne peuvent aller à l’encontre des intérêts des citoyens. Si Washington s’obstine à faire des demandes inacceptables, l’Europe ne doit pas se plier. Au prix de renoncer à l’accord.

L'UE et les Etats-Unis doivent éviter l'opacité pour sauver l'accord commercialaffirme pour sa part El País dans un éditorial non signé. Le quotidien rappelle que “le protectionnisme est un obstacle à la prospérité et un mauvais présage pour la stabilité politique générale”, et donc que “l'objectif global [du TTIP] est raisonnable : l'intensification des relations commerciales et financières pourrait apporter une meilleure chance d'augmenter le bien-être des citoyens, principalement par le biais de la création d'emplois. *” Toutefois, ajoute-t-il “ni l'excessif blackout dans lequel les négociations ont été menées ni les pressions des groupes d'intérêt afin de réduire les garanties des échanges commerciaux ne vont dans la bonne direction.*”

Les documents révélés par Greenpeace confirment pour El País

certaines des craintes mis en avant dès le début : les intentions d’abaisser les niveaux de la réglementation européenne sur les aspects essentiels du traité. […] La volonté de Washington, apparemment acceptée par la chancelière Angela Merkel lors de la récente visite du président Obama en Europe, de clore les négociations avant la fin de cette année pourrait conduire à un mauvais accord. […] Par souci de sauver le projet , les autorités européennes seraient bien avisées de lever l'opacité jusqu'ici prédominante. […] Dans le cas contraire, le spectre du protectionnisme se conjuguera avec le pire moment depuis la naissance de ses institutions.


presseurop.eu | 06-mai-2016 12:16

Visas : voyage en absurdie européenne

Mon analyse sur la politique des visas de l’Union européenne est ici. Bonne lecture !


bruxelles.blogs.liberation.fr | 03-mai-2016 19:37

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