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Actualité

Moins de rigueur pour contrer le populisme?

Mon article sur le référendum italien et l’UE est ici. Samedi, j’ai publié une autre analyse qui est . Bonne lecture !


bruxelles.blogs.liberation.fr | 06-déc.-2016 16:11

Rencontre avec Guillaume Duval : “L’Europe va mal”

Guillaume Duval a entamé la rencontre et lancé la discussion – qui a duré plus de deux heures – en fournissant son analyse de la situation politique, économique et sociale de l'Europe. Il a abordé les crises que traverse l'Europe, à partir du chômage de masse en passant par celle de l'euro, dont il défend le maintien, le Brexit et le blocage institutionnel actuel – et les solutions possibles, à commencer par la transition énergétique.


presseurop.eu | 06-déc.-2016 13:31

Election présidentielle en Autriche : Une victoire pour la gauche, mais pas une défaite de l’extrême droite
, – Le candidat soutenu par les Verts Alexander Van der Bellen a été élu dimanche lors d’un ballottage historique avec le candidat populiste Norbert Hofer. Si son élection marque un espoir pour la gauche européenne, près de la moitié des Autrichiens sont aujourd’hui en accord avec les idées nationalistes de Hofer. Voir en entier .
presseurop.eu | 06-déc.-2016 09:44

Pierre Moscovici: Union libre

REUTERS/Francois Lenoir

L’homme paraît apaisé et fend enfin l’armure. Pierre Moscovici s’est construit une muraille derrière laquelle il s’est longtemps dissimulé. Toujours sous contrôle, calculant chacun de ses mots, cultivant une certaine morgue et une distance certaine, ne faisant rien pour se rendre aimable, mais supportant mal la critique, cet écorché vif qui vient de fêter ses 59 ans semble réconcilié avec lui-même. Sa parole s’est libérée, il se montre plus avenant, plus humain, se livre davantage et assume enfin sans complexe son engagement européen construit au long de son parcours de trente ans en politique : « député national et européen pendant 20 ans, ministre durant 7 ans, commissaire chargé des affaires économiques et monétaires depuis 2 ans. À ces divers titres, j’ai été membre des trois institutions communautaires (Commission, Parlement européen, Conseil des ministres) », se rengorge-t-il.

Pour ceux qui le connaissent depuis longtemps, sa métamorphose saute aux yeux. Est-ce la mort d’un père à l’écrasante personnalité, le psychologue social Serge Moscovici, le 15 novembre 2014, à 90 ans, quinze jours après sa prise de fonction à Bruxelles, qui a été le déclic ? Le choc est rude et il l’encaisse péniblement, même s’il entretenait une relation complexe avec ce père physiquement absent, mais intellectuellement envahissant, entremêlant amour passionnel et ressentiment. L’histoire familiale est heurtée : Serge Moscovici et son épouse, la psychanalyste Marie Bromberg, faisaient passer leur carrière et leurs amours contingentes bien avant leurs enfants, Pierre l’ainé et Denis, son cadet de 4 ans et demi. À tel point qu’après leur séparation, dans les années 70, les deux adolescents se retrouvent seuls dans l’appartement familial du 17e arrondissement de Paris, Serge et Marie passant les voir par intermittence. Une autre époque. Ce quasi abandon familial n’a pas empêché les enfants de tracer leur route professionnelle : Pierre est passé par Science po et l’ENA avant d’intégrer la Cour des comptes et Denis par Centrale.

Pierre Moscovici qui a longtemps dit craindre une seule chose, la mort de son père, est sonné. Alors qu’il n’est pas croyant, il se laisse pousser la barbe, qu’il a depuis gardée, comme le veut la tradition juive. Et il se lance dans la lecture de « Chronique d’un enfant égaré », le livre que son père a publié en 1997, l’année où son fils devient ministre de Jospin, dans lequel ce juif roumain, victime des persécutions antisémites du nazisme et qui a fui son pays pour la France en 1947, raconte une vie qu’il a toujours dissimulé à ses enfants. Le commissaire reconnaît n’avoir jamais pu le lire jusque-là, car il était « en colère contre son silence ». Sa mort lui permet enfin de tourner la page. Lui, le célibataire endurci, franchit un cap qui marque en général l’entrée dans la vie adulte : le 13 juin 2015, il épouse, en présence de Lionel Jospin, son mentor en politique, Anne-Michelle Basteri, une inspectrice des finances de 37 ans qui fut sa conseillère lorsqu’il était ministre des Finances de François Hollande. « Un changement fondamental », reconnaît Pierre Moscovici.

Il reconnaît avec réticence que la disparition du père (suivi de celle de sa mère en octobre 2015) est un moment important dans sa vie, mais il a du mal à admettre qu’elle l’ait changé. Pour lui, c’est son arrivée à Bruxelles qui a été « une vraie libération ». Il ne veut voir dans ces deux évènements concomitants qu’une coïncidence. « Je suis enfin sorti du système cloisonné et vertical de la politique française. Pendant 20 ans, j’ai été un rouage du système politique ». C’est à Bruxelles qu’il a enfin pu assumer son « mantra », son « européisme » : « je ne pouvais pas le faire dans mon parti, car il faut avant tout préserver son unité. Or le PS est divisé sur l’Europe : il n’assume pas son européïsme et se laisse tarauder par le souverainisme. Je n’ai pas choisi d’être ministre des Affaires européennes ou des Finances, mais commissaire si. Maintenant, je peux dire ce que je veux. Et la Commission, qui est une institution très collégiale, me donne une marge de manœuvre que je n’ai jamais eue ».

Son chemin de Damas vers l’Europe, Moscovici le débute en 1997 lorsqu’il est nommé par Lionel Jospin (il fut son conseiller au ministère de l’Éducation nationale entre 88 et 90) au ministère délégué aux Affaires européennes. Même s’il affirme aujourd’hui que son « fil rouge a toujours été l’Europe », cela reste sujet à caution. Député européen inexistant entre 1994 et 1997, il s’est fait surtout élire pour remplir la gamelle et s’occuper des affaires internes du PS. Il ne se fait pas remarquer par ses positions européennes et d’ailleurs ne demande pas le portefeuille que lui confie Jospin : il visait le budget. À son arrivée au Quai d’Orsay, il montre d’abord sa méconnaissance totale de l’Allemagne, un pays dont son histoire familiale lui a appris à se méfier. Mais il apprendra des coups qu’il reçoit, en particulier du désastreux traité de Nice de 2000 qu’il devra assumer presque seul, celui-ci s’expliquant par la profonde mésentente franco-allemande à laquelle il a concouru. Hubert Védrine, son supérieur en tant que ministre des Affaires étrangères, ne le ménage pas durant leurs cinq de cohabitation dans la cohabitation et n’hésite pas à lui faire porter le chapeau des échecs européens de la période.

Moscovici laissera dire : « je suis loyal. De ce point de vue, je suis chevènementiste : un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Mon père avait l’habitude de citer de Gaulle pour qui la discipline était la force principale des armées ». Une discipline qui a sans doute empêché celui qui se définit comme « un fils d’intellectuel étranger qui a fait de la politique » d’atteindre le sommet : « pour moi, la politique n’est pas l’école du meurtre. Je vais avoir 60 ans, je suis locataire, je n’ai pas accumulé. Le pouvoir suprême n’est pas mon mantra ».

L’Europe, à la différence de Védrine, Moscovici continuera de s’y consacrer après le traumatisme de 2002, montrant ainsi qu’il n’était pas le « mauvais européen » que son ministre de tutelle décrivait. Il se fait réélire comme député européen en 2004 et cette fois il fait le job. Mais il ne peut résister à l’appel national en rejoignant l’Assemblée nationale en 2007 pour mieux devenir ministre en 2012. « Ça n’a pas été facile d’être le ministre des Finances de Hollande. C’est un job où on prend des coups. Heureusement, 40 % de mon travail, c’était l’Europe. C’est la partie du travail que j’ai réussi. Le reste, c’était plus compliqué, je n’avais pas les mains libres ».

Hasard littéraire : au moment où Pierre Moscovici publie un plaidoyer fédéraliste, « S’il est minuit en Europe », son ancien patron sort un opuscule plaidant pour une Europe confédérale (« Sauver l’Europe », aux éditions Liana Levi), celle des États qui pourtant dysfonctionne. Le moment pour dire certaines vérités : « Védrine n’a jamais cru à l’Europe. On vit sur deux planètes différentes. J’ai toujours accepté les institutions communautaires, alors que Védrine voulait les squeezer. Je récuse la pensée des Védrine ou des Montebourg ». Il ne manque pas une occasion d’exprimer sa vision des choses dans les médias français. Il estime que c’est une partie de son boulot : réconcilier les Français et la gauche avec l’idée européenne. « François Hollande a un ADN d’Européen, mais il n’a pas affirmé ses idées. Il a été trop tactique », regrette-t-il.

Depuis qu’il est à la Commission, on ne peut lui reprocher d’être resté inactif, même si certains lui reprochent de rentrer quasiment tous les soirs à Paris pour retrouver son épouse qui n’a aucune intention de s’installer à Bruxelles. En l’espace de deux ans, l’exécutif européen a totalement changé sur fusil d’épaule sur la question de l’austérité au grand dam des gardiens de l’orthodoxie, notamment allemands : désormais, il ne se comporte plus en garde-chiourme des budgets nationaux, comme le voudrait la lettre du Pacte de stabilité, mais se montre au contraire extrêmement politique. La France a obtenu de nouveaux délais pour revenir sous les 3 % de PIB de déficit, l’Espagne et le Portugal n’ont pas été sanctionnés alors qu’ils n’ont pas tenu leurs engagements en raison de la situation de politique intérieure. La Grèce, que l’Allemagne était tentée d’éjecter de l’euro, est sauvée de justesse en juillet 2015, Pierre Moscovici agissant de conserve avec Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, pour emporter le morceau. Mieux : l’Allemagne et son équilibre budgétaire ne sont plus un modèle et, le 16 novembre, Pierre Moscovici a même appelé Berlin à relancer le moteur de l’investissement public pour jouer son rôle de locomotive de la zone euro. Dans le même élan, il a appelé tous les États de la zone euro à augmenter leurs dépenses de 0,5 % du PIB pour relancer la croissance. Bref, tout comme Mario Draghi à la BCE, Pierre Moscovici a réussi à balancer très discrètement par dessus bord l’héritage ordo-libéral allemand. Pas mal pour quelqu’un qu’on a longtemps soupçonné de dilettantisme…

N.B.: version longue de mon article paru le 1er décembre dans Libération.

N.B. 2: Pierre Moscovici vient de publier: «S’il est minuit en Europe», chez Grasset, 266 p, 19€


bruxelles.blogs.liberation.fr | 04-déc.-2016 18:48

Négociations autour du CETA : Plus de démocratie et une nouvelle étoile pour la gauche européenne
, – Les discussions sur l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada et les amendements imposés par la Wallonie changent peut-être pour longtemps la manière dont seront négociés les traités commerciaux. La personnalité et les convictions du président de la région belge Paul Magnette ont joué un rôle clé. Voir en entier .
presseurop.eu | 30-nov.-2016 07:13

Boris Johnson, un clown qui a uni l'Union européenne contre le Royaume-Uni

The Guardian m’a demandé d’écrire un article sur Boris Johnson, l’ancien journaliste et ancien maire de Londres, leader du «Brexit» devenu ministre des affaires étrangères de Theresa May. Il a été publié ici samedi et a connu un beau succès: plus de 22.000 partages et plus de 6000 commentaires. Samedi, il a même été l’article le plus lu du site du Guardian. Le voici donc en français. Enjoy !

La Grande-Bretagne peut-être fière d’elle-même. Encore une fois, elle a montré l’exemple au monde ! En portant en triomphe Boris Johnson et Nigel Farage, lors du référendum du 23 juin, elle a montré que Donal Trump, le président élu des États-Unis, n’avait strictement rien inventé. En réalité, la bêtise, la vulgarité, l’inconséquence, l’irresponsabilité sont des inventions britanniques encore une fois laborieusement copiées par les Américains. Fini le temps des tristes figures à la Margareth Thatcher ou à la David Cameron, terminée l’époque des dirigeants dotés d’un cerveau et d’un sens de l’intérêt commun, l’heure des clowns politiques a sonné.

L’ancien journaliste pour qui les faits n’ont jamais constitué un obstacle à une bonne histoire a réussi, en quelques semaines seulement, à dilapider le peu de capital de sympathie et de compréhension qui restait en Europe à l’égard d’une Grande-Bretagne qui s’est pris les pieds dans le tapis du référendum. C’est une contre-performance diplomatique hors du commun que d’avoir réussi à souder comme jamais les vingt-sept États membres de l’Union, y compris l’Allemagne et les Pays-Bas, qui désormais sont décidés à ne faire aucun cadeau à Londres. Ce sera un « hard Brexit », non pas parce que Theresa May le veut, mais parce que ses futurs ex-partenaires estiment ne pas avoir le choix face à une Grande-Bretagne irrésolue.

BoJo a profondément agacé ses partenaires en affichant sa méconnaissance totale de ce qu’est l’Union (ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on l’a connu comme « journaliste » à Bruxelles, ce qui est mon cas). Selon son interprétation toute personnelle des traités européens, il qualifie de « bollock » le fait de considérer que les quatre libertés (libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux) forment un tout indissociable : « chacun croit maintenant que chaque être humain a le droit fondamental donné par dieu d’aller là où il veut. Ca n’est pas vrai, cela n’a jamais été le cas. Cela n’a jamais été un principe fondateur de l’Union européenne. C’est un mythe total ». Pour lui, il y aura une « relation commerciale dynamique (entre la Grande-Bretagne et l’Union) et nous reprendrons le contrôle de nos frontières, mais nous resterons une société ouverte et accueillante ».

Pourtant, Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances, l’avait averti dès le mois de septembre : « nous serons heureux d’envoyer au secrétaire au Foreign office de sa majesté une copie du traité de Lisbonne. Il pourra y lire qu’il y a un lien certain entre le marché unique et les quatre libertés. Je peux aussi le dire en anglais, si nécessaire ». Il a répété le 18 novembre qu’il « n’y aura pas de menu à la carte. C’est le menu complet ou rien du tout ». Son collègue néerlandais, Jeroen Dijsselbloem a enfoncé le clou : BoJo « dit des choses qui sont intellectuellement impossibles, politiquement inimaginables » comme lorsqu’il explique que la Grande-Bretagne « devra probablement quitter l’union douanière, mais c’est une question que nous négocierons, j’en suis sûr ». Or, c’est tout simplement impossible : marché unique et union douanière, c’est-à-dire des tarifs douaniers extérieurs communs, sont indissolublement liés. Qu’importe, BoJo répète son mantra à l’infini : il a raison, les autres ont tort. Le problème est que ce sont les autres qui décideront. Et si on veut obtenir quelque chose, il vaut mieux éviter d’expliquer à l’acheteur qu’il est un crétin…

Le secrétaire au Foreign Office ajoute la lourdeur à l’ignorance. Lui qui a pourtant écrit une biographie de Winston Churchill ne semble pas comprendre qu’il faut posséder un esprit d’une rare finesse lorsqu’on se risque à mélanger humour et diplomatie. Ainsi sa blague sur le fait que les Italiens vendraient moins de « prosecco » en Grande-Bretagne si elle ne gardait pas l’accès au marché unique a non seulement créé un incident diplomatique, mais à souligné la faiblesse de l’argumentation britannique : si l’UE risque de perdre l’accès à un marché de 64 millions de Britanniques, à l’inverse le Royaume-Uni sera privé d’un marché de 440 millions de personnes… Last but not least, Boris Johnson, qui a agité le spectre d’un déferlement de Turcs en Grande-Bretagne en cas de maintien dans l’Union, se fait maintenant l’ardent défenseur d’une adhésion d’Ankara, même si elle rétablissait la peine de mort. « Je ne plus respecter ça. Quand vous voulez quitter le club, vous n’avez plus votre mot à dire sur l’avenir à long terme de ce club », s’est emporté le pourtant très placide Manfred Weber, le président du groupe conservateur (PPE) au Parlement européen.

Un célèbre scénariste français, Michel Audiard, a écrit cette sentence au début des années 60 qui s’applique parfaitement à Boris Johnson : « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Le secrétaire au Foreign Office, qui n’aime pas la langue de bois à l’image de Trump, me pardonnera cette familiarité. Ou pas.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 29-nov.-2016 20:37

Angela Merkel se représente : “Le seul dirigeant européen capable de stopper l’avancée du populisme”

La version intégrale de cette revue de presse est à lire sur Alteréco Plus.

Robert Misik de la Zeit est partagé quant à la nouvelle candidature d’Angela Merkel qu’il juge en majeure partie responsable de la crise économique globale actuelle. Mais, pense-t-il, c’est précisément pour cela qu’elle a un grand défi historique à relever pendant son éventuel quatrième mandat :

Avec l’élection de Trump, en plein milieu du chaos qui nous a saisi avec Poutine, le Brexit, la guerre […], Merkel doit remplir un nouveau rôle tout à fait inespéré : le New York Times l’avait appelée "la dernière à défendre l’occident libéral" (...) Mais c’est tout de même paradoxal que ce soit justement cette Merkel qui doive sauver le monde occidental. Car la chancelière allemande […] est une des principaux responsables de la situation actuelle, situation dans laquelle nous devons véritablement défendre la démocratie pluraliste. Car la politique d’austérité en Europe, exécutée par l’Allemagne, cette politique de l’Allemagne qui consiste à réduire les revenus des gens normaux […] est une des causes du malaise dans laquelle on se retrouve aujourd’hui […]. Merkel sait qu’on l’identifie avec cette politique. Et qu’un changement de cap devrait aller de pair avec un mea culpa : celui d’avoir commis une grosse erreur. Et, comme on le sait bien, ceci n’est pas chose facile pour les hommes politiques. Mais s’il y a bien quelqu’un qui maîtrise l’art de changer la politique lentement et successivement, de l’adapter de manière pragmatique et de faire le contraire de ce que l’on avait proclamé avant, sans faire de geste dramatique, comme si de rien n’était, c’est bien Angela Merkel.

Angela Merkel en veut encore, constate Anja Maier, mais, rappelle l’éditorialiste de la Tageszeitung, l’Allemagne a changé pendant les 11 ans de sa gouvernance et c’est avant tout l’Alternative für Deutschland qui s’opposera à sa réélection.

La révolution n’a donc pas lieu. Angela Merkel veut encore candidater en tant que chancelière […]. Ce n’est pas vraiment étonnant. Toute personne l’ayant vu travailler pendant ces derniers mois pouvait bien s’en rendre compte : non seulement cette femme aime être chancelière mais elle a encore beaucoup de projets. Ce ne sont pas les idées qui lui manquent. Et pourtant ce n’est pas du tout gagné pour elle. […] Les stratèges de l’AfD sont probablement déjà en train de pondre leurs premiers slogans: "Renouvellement au lieu d’immobilisme" — quelque chose dans ce genre. […] Du coup les partis de l’establishment et leurs représentants peuvent désormais montrer ce que la politique veut dire pour eux. Ils doivent faire des propositions, dire ce qu’ils veulent changer à partir de 2017. L’emploi, les impôts, l’éducation le commerce, l’écologie et le développement – tout cela ce sont des thèmes qui finalement concernent tout le monde. Mais nombreux sont ceux qui l’ont perdu de vue.


presseurop.eu | 28-nov.-2016 15:40

L'Ukraine, si seule

REUTERS/Francois Lenoir

Que reste-t-il de « Maïdan », trois ans après, presque jour pour jour ? L’enthousiasme mondial autour de ce mouvement démocratique pro-européen, qui a débuté le 21 novembre 2013, à Kiev, Place (Maïdan) de l’indépendance, à la suite du refus du président ukrainien de l’époque, Viktor Ianoukovytch, de signer un accord d’association avec l’Union européenne pour rester dans l’orbite de Moscou, n’est plus qu’un lointain souvenir. Son successeur, Petro Porochenko, qui s’est rendu jeudi à Bruxelles, pour un sommet annuel avec les représentants de l’Union, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, et Donald Tusk, le président du Conseil des chefs d’État et de gouvernement, va constater que ses interlocuteurs n’ont pas grand-chose à lui offrir, alors que l’environnement international vient brutalement de se dégrader pour son pays avec l’élection d’un Donald Trump isolationniste qui proclame son admiration pour Vladimir Poutine.

En effet, l’avenir de l’accord d’association UE-Ukraine, qui est à la fois à l’origine de la révolution orange de 2013, mais aussi de l’intervention de Moscou en Crimée et dans l’est du pays, ce traité ayant été perçu comme les prémices d’une extension de l’Union – et donc de l’OTAN- dans « l’arrière-cour » de la Russie, est toujours aussi incertain. Finalement signé le 27 juin 2014, il s’applique provisoirement depuis janvier 2016. Mais, pour une entrée en vigueur définitive, il doit être ratifié par le Parlement européen et les 28 parlements nationaux. Or, les Pays-Bas ne l’ont pas fait, car ils se sont pris les pieds dans le tapis du référendum d’initiative populaire qu’ils venaient d’introduire. Une constellation de groupes et de partis anti-européens ont réussi à convaincre les Néerlandais, le 6 avril dernier, de rejeter la loi autorisant la ratification de cet accord par 61 % des voix, mais seulement 32 % de participation.

Depuis, le gouvernement de Mark Rutte cherche une solution pour sortir de ce piège. Certes, la consultation n’est que consultative, mais il doit réunir une majorité de son parlement autour d’une solution qui prenne en compte les préoccupations de son peuple. Le 31 octobre, il a finalement envoyé une lettre à Bruxelles dans laquelle il demande une « déclaration juridiquement contraignante » écartant, notamment, toute perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’Union et toute libre circulation des travailleurs ou encore affirmant solennellement que les Européens ne sont pas garants de la sécurité de l’Ukraine. « Comme nous n’avons pas le choix, puisque sans cette déclaration on peut dire adieu à l’accord d’association, nous allons la rédiger et l’adopter lors du sommet européen de mi-décembre », explique un diplomate européen. « On devrait réussir à obtenir l’unanimité ».

La Pologne va devoir se mordre la langue en signant ce texte : depuis 2004, elle bataille pour que la « vocation européenne » de l’Ukraine soit reconnue, ce qui ouvrirait la porte à son adhésion. Une perspective dont la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, la France en particulier, ne veulent pas entendre parler, car cela serait quasiment une déclaration de guerre à la Russie. De là à dire que beaucoup voit d’un bon œil que l’on ferme définitivement la porte au nez des Ukrainiens, il n’y a qu’un pas. Sans compter Poutine qui voit ainsi un supposé danger s’éloigner. Mais, par contrecoup, cela ne va pas pousser Porochenko à relancer les réformes internes, puisqu’il perd dans l’affaire l’un de ses arguments de vente, lui qui passe son temps à hanter les coulisses de tous les sommets européens depuis deux ans pour plaider sa cause… Reste que cette déclaration ne garantit pas le vote positif du Parlement néerlandais : « si ça ne passe pas, c’est le saut dans l’inconnu », s’inquiète un diplomate.

Or, l’élection de Donald Trump aux États-Unis va aussi changer la donne dans la région. Le président élu a, en effet, l’intention de fumer le calumet de la paix avec Poutine, une détente dont l’Ukraine pourrait faire les frais. Trump ne semblant pas considérer que la garantie de sécurité collective prévue par le traité de l’Atlantique nord joue automatiquement pour les pays d’Europe de l’Est même membres de l’OTAN, Poutine pourrait dès lors considérer qu’il a les mains libres pour continuer à déstabiliser son ancienne République afin de la faire retomber dans son giron. Autant dire que Porochenko risque de se retrouver bien seul face au Kremlin…

Seul lot de consolation pour Kiev : l’Union a donné son feu vert pour supprimer les visas pour les Ukrainiens détenteurs d’un passeport biométrique (ils sont 1,5 millions) désireux de se rendre en Europe pour moins de 3 mois. Ça ne sera pas une révolution, moins de 2 % des demandes étant refusées. Cette levée des visas ne sera effective que lorsque le Parlement européen et le Conseil des ministres auront adopté, dans doute d’ici la fin de l’année, un « mécanisme de frein d’urgence » permettant de les rétablir en cas de risque sécuritaire ou migratoire.

N.B.: version longue de mon article paru dans Libération du 24 novembre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 25-nov.-2016 11:24

Justice sociale en Europe : “La reprise n’est pas pour tous”
SGI news, Gütersloh – Selon le dernier Indice de la justice sociale de la fondation Bertelsmann (IJS), l’inclusion sociale augmente en Europe, au fur et à mesure que le marché de l’emploi se remet. Mais de nombreuses personnes sont encore menacées par la pauvreté, mettent en garde les auteurs du SJI pour 2016. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-nov.-2016 07:31

Urgent – cherche une âme pour l’Europe

Blog

Le titre ne pouvait être mieux choisi pour exprimer le moment que traversent l'Europe et le projet européen, sous le coup de plusieurs menaces, comme une crise de l'euro irrésolue, des désertions comme celle du Brexit, avec des désaccords sur des questions globales, comme l'a révélé au grand jour la signature après moult discussions du traité de libre échange avec le Canada et, au final, la victoire de Donald Trump à la présidentielle aux Etats-Unis et son intention de réviser les rapports transatlantiques. Un ensemble d'incertitudes qui nous interpellent sur l'actualité du projet européen, de sa perception et sur les réponses que ces menaces appellent.

C'est dans ce but que s'est déroulée à Berlin la conférence A Soul for Europe, les 8 et 9 novembre derniers, à l'initiative de la Fondation Allianz et la Fondation Berlin Zukunft. Elle a réuni des responsables politiques, des acteurs de la société civile, des journalistes et des experts afin de discuter du projet européen et sur quels axes le relancer. La première journée était entièrement consacrée au débat sur la position des villes, ces acteurs-clé de la construction européenne. Trois débats ont émaillé la segonde : la culture comme facteur d'intégration, le phénomène de l'immigration et la manière dont il affecte la construction européenne et la construction de l'Europe des citoyens à partir de ces derniers. Des participants comme Ivan Krastev ou Ulrike Guerot ont conclu que la participation des citoyens est fondamentale pour la formation d'un "démos" européen et pour revitaliser le projet européen. Pour cela, il faut renforcer ces moyens de participation, à partir des institution. Un point de vue soutenu également par des blogueurs comme Jon Worth.

Plusieurs projets allant dans ce sens étaient présenté dans l'espace Marketplace Europe, tels vonkiezzukiez.eu (“De quartier à quartier"), qui vise à mettre en relation les problèmes qu'affrontent les quartiers et les villes européens à travers une discussion collective entre citoyens et représentants des institutions. Le projet Migration Matters vise à montrer au grand public la réalité des migrations à travers des enquêtes rigoureuses. European Alternatives, s'active pour l'"émergence d'un espace politique transnational qui attribue aux citoyens la capacité de décision."

La journée a été clôturée par l'intervention du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avec un discours sur l'état de l'Europe, avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer. Juncker, qui de près apparaît plus humain et moins médiatisé que son image publique laisse entendre, a insisté sur un point essentiel pour tous ceux qui sont impliqués ou affectés par le projet européen : "je lis souvent que l'Union européenne est le problème principal du contient européen. Je pense au contraire que c'est la seule solution possible afin que l'Europe soit capable de survivre dans le monde de demain."


presseurop.eu | 20-nov.-2016 20:35

L'UE ne claquera pas la porte au nez d'Erdogan

REUTERS/Kemal Aslan

La Turquie n’est pas une dictature, mais elle n’est plus une démocratie. Le président Racep Tayyip Erdogan, profitant du coup d’État manqué de juillet dernier, a purgé massivement, et bien au-delà des supposés putschistes, l’armée, la police, la justice, l’université et plus généralement l’administration, muselé l’opposition, notamment le HDP pro-kurde, et les médias, emprisonné 35.000 personnes, dont des députés et des journalistes, pris le contrôle d’entreprises déclarées « hostiles », renforcé les pouvoirs de la police, etc.. Pour couronner le tout, l’homme fort du pays a annoncé sa ferme intention de rétablir la peine de mort, abolie en 2004, en violation de la Convention européenne des droits de l’homme que la Turquie a pourtant ratifiée. Au rythme où se déploie la répression, il n’y aura bientôt plus guère de monde pour s’opposer au référendum que le leader de l’AKP, en qui la plupart des Occidentaux ont longtemps voulu voir une sorte de « musulman-démocrate », comme il existe des « chrétiens-démocrates », veut organiser au printemps prochain pour instaurer un régime présidentiel concentrant entre ses mains l’essentiel des leviers du pouvoir. Dès lors, l’Union européenne peut-elle continuer les négociations d’adhésion avec Ankara comme si de rient n’était ? Alors que les opinions publiques européennes sont déjà majoritairement opposées à l’adhésion de ce pays perçu comme non européen, l’Union peut-elle se payer le luxe d’ignorer la dérive autoritaire de l’État turc ?

En un mot, oui. En dehors de l’Autriche, « le consensus est plutôt de laisser les Turcs décider eux-mêmes s’ils veulent poursuivre ou pas les négociations, car nous n’avons aucun intérêt à les interrompre », explique un diplomate. Les capitales européennes estiment que la diplomatie s’accommode mal des indignations morales : « si nous claquons la porte au nez des Turcs, qui peut croire que cela dissuadera Erdogan d’agir comme il le fait ? Maintenir le processus sous respiration artificielle nous permet de faire pression pour un retour à l’État de droit », poursuit un autre diplomate. Autrement dit, l’Union estime qu’isoler la Turquie, en dehors de la brève satisfaction morale que cela procurera, ne servira ni la cause des opposants d’Erdogan, qui se retrouveront seuls, ni ses intérêts économiques (énergie, transport) et politiques.

En effet, Ankara, qui reste un membre historique de l’OTAN et donc du camp occidental, joue un rôle important dans la lutte contre Daech, même si les « ambiguïtés », comme on le dit avec componction à Bruxelles, demeurent nombreuses. De même, la Turquie s’est engagée à retenir sur son sol les réfugiés syriens à la suite d’un accord conclu avec l’Union au printemps dernier, accord qu’elle respecte à la lettre. Enfin, le processus de réunification de Chypre, dont elle occupe le nord depuis 1974, semble sur la bonne voie. Autant d’éléments de « real politik » qui poussent les Européens à ménager Erdogan.

Même le rétablissement de la peine de mort ne signerait sans doute pas la fin du processus d’adhésion, mais son « gel ». L’Allemagne, qui accueille 2,5 millions de personnes d’origine turque, dont un million ont acquis la nationalité allemande, ne cache pas qu’elle craint que cette communauté très politisée et très attachée à son pays d’origine ne lui crée des problèmes en cas de rupture avec Ankara. « Six pays européens sont dans le même cas que nous », souligne un diplomate allemand. Plus pragmatiquement, le SPD, partenaire de la grande coalition au pouvoir à Berlin, voudra maintenir les canaux ouverts, car les Allemands d’origine turque votent principalement pour les socio-démocrates… Boris Johnson, le ministre des affaires étrangères britannique, va encore plus loin en considérant que la peine de mort n’est pas un problème puisque la Grande-Bretagne, lors de son adhésion en 1973, en disposait encore comme la majorité des pays européens de l’époque. Une position isolée, certes, mais qui montre la détermination de l’Union à laisser la Turquie décider elle-même de l’avenir de ses relations avec elle afin de ne pas porter le chapeau, ce qu’elle pourrait faire rapidement si le président turc organise un référendum sur le sujet, comme il l’a annoncé lundi. « Soyons sérieux : ni Erdogan ni nous ne croyons que la Turquie adhérera un jour d’autant qu’il faudra un référendum en France », tranche un diplomate français qui reconnaît que « notre politique turque est subtile et ne se prête pas à un résumé en 140 caractères ». Les citoyens européens qui aimeraient être rassurés sur les frontières exactes d’une Union en expansion continue devront sans doute s’accommoder longtemps, pour la bonne cause, de cette subtilité…

N.B.: version longue de mon analyse parue dans Libération du17 novembre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 20-nov.-2016 15:50

Répression en Turquie : L’Europe peut-elle encore soutenir Erdoğan ?
openDemocracy, London – La répression féroce engagée par le gouvernement contre les proches du commanditaire présumé du coup d’Etat manqué de juillet dernier tourne à la dérive autoritaire. Les dirigeants européens devraient arrêter de soutenir le président turc, à commencer par le trop complaisant ministre des Affaires étrangères suédois Carl Bildt, estime un universitaire turc établi en Suède. Voir en entier .
presseurop.eu | 15-nov.-2016 15:12

Trump: l'UE sonnée

C’est un choc sans précédent pour l’Union, un « Brexit puissance trois » pour reprendre l’expression du président élu. Au-delà de la personnalité même de Donald Trump, dont l’idéologie n’est pas très éloignée de celle de l’extrême droite européenne, c’est la première fois de son histoire qu’elle va être confrontée à un chef de l’État américain farouchement isolationniste, tant sur le plan commercial que militaire, et hostile à la construction communautaire. Ainsi, le 24 juin, au lendemain du référendum britannique, Trump s’était félicité d’un résultat qualifié « d’extraordinaire » et de « fantastique ». Un changement de paradigme dont les conséquences n’ont pas fini de se faire sentir sur le vieux continent, non seulement pour sa sécurité face à une Russie agressive, mais aussi pour l’existence même du projet européen : « il faut éviter que l’Union, infiniment plus fragile que les États, ne soit, après le Brexit et la victoire de Trump, la future victime de ce rejet des élites et du système », dit-on dans l’entourage de François Hollande, « car elle n’y résisterait pas ».

Les causes qui ont conduit à l’élection du candidat républicain existent aussi en Europe et pourraient produire les mêmes effets, comme le constate Paul Magnette, le ministre-président de la Région wallonne, qui a mené le combat de la résistance au CETA, l’accord de libre-échange avec le Canada. L’Europe est, elle aussi, confrontée à une désindustrialisation, certes variable selon les pays, mais réels dans ceux où l’extrême-droite progresse. « C’est l’échec d’une idéologie, celle du libéralisme », assure José Bové, député européen EELV : « Trump l’a bien compris. Quand il allait dans l’Iowa où les usines ont fermé, il balançait son discours protectionniste et ça a marché. Car, depuis les années 80, la logique de la supériorité du commerce l’a emporté, aux États-Unis comme chez nous, sur toute préoccupation sociale ou environnementale. Pire : la gauche ne s’est pas distinguée sur ce plan de la droite ». « Même si seulement 15 % de la désindustrialisation est causée par le libre échange, le reste étant dû aux progrès technologiques et aux gains de productivité, il est plus facile de dénoncer les produits chinois, car le discours raciste est infiniment plus compréhensible pour les gens », estime Paul Magnette.

D’ailleurs, en Grande-Bretagne, c’est la classe moyenne, oubliée de la « mondialisation heureuse », qui a donné la victoire au Brexit, le rejet du libre-échange passant, comme aux États-Unis, par celui de l’immigration. C’est là qu’est le danger pour l’Europe. « Il y a une réapparition d’un discours de haine dans tous nos pays », se désole le député européen Alain Lamassoure, proche d’Alain Juppé (LR), un constat partagé par José Bové : « la logique de haine se développe. On est vraiment dans les années 30 où les fascistes surfaient sur une vague protectionniste en reprenant le discours social de la gauche ». « Ce que l’on croyait exclu, un risque démocratique chez nous ou des conflits internes, n’est plus très éloigné », s’alarme un conseiller du chef de l’État français : « il n’y a plus d’espace pour un projet confédéral en Europe comme le voulait Séguin ou Chevènement : aujourd’hui, on voit clairement, avec la Pologne ou la Hongrie, que la logique de fermeture des frontières conduit à un risque démocratique ».

Il faut donc d’urgence revoir le logiciel européen afin de le relégitimer « Ca n’est pas pour rien qu’une libérale comme Theresa May a promis une politique industrielle afin de renouer avec cette classe moyenne déclassée ou en voie de déclassement », constate-t-on à Paris : « il faut donc que l’Europe montre d’urgence qu’elle protège et qu’elle est capable de mieux défendre ses intérêts unis que désunis. De ce point de vue, la réforme des instruments de défense commerciale proposée hier par la Commission va dans le bon sens ». Il faut aussi qu’elle renoue avec la politique industrielle de ses débuts, abandonnée sous l’influence de Londres, et remette en cause son idéologie libre-échangiste : « il faut clairement abandonner le TAFTA, l’accord de libre-échange avec les États-Unis. Si la Commission ne change pas de cap, elle fera le lit du populisme » met en garde Paul Magnette et, ajoute José Bové, « elle se suicidera ». De même, l’Union devrait tirer officiellement un trait sur son élargissement permanent et dire à la Turquie qu’elle n’entrera jamais dans l’Union.

Enfin, bien sûr, l’Union va devoir démontrer qu’elle est capable de se défendre militairement: avec Trump, « le couplage entre la défense américaine et européenne est terminé », constate Alain Lamassoure, et il ne faudra plus compter sur une aide militaire gratuite et inconditionnelle comme il l’a lui-même annoncé. « C’est une menace, mais cela peut aussi être une chance, car Trump va nous obliger à bouger », espère Paul Magnette. Et là, les pays d’Europe de l’Est, déjà en partie aux mains des populistes, seront demandeurs. Bref, l’avenir est sombre, mais pas totalement désespéré.

N.B.: version longue de mon article paru le 10 novembre dans Libération.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 11-nov.-2016 18:24

Après l'élection de Donald Trump : Nouvelle tendance droite
De Groene Amsterdammer, Amsterdam – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 11-nov.-2016 09:46

Médias et changement climatique : Un sujet à ne pas rater
, – Un an après la signature de l’Accord de Paris sur le climat, et alors que les discussions sur sa mise en œuvre se poursuivent à Marrakech, la couverture médiatique des enjeux liés au réchauffement planétaire n’est pas à la hauteur de l’enjeu, dénonce un des acteurs de la COP21. Voir en entier .
presseurop.eu | 11-nov.-2016 08:52

Jean-Claude Juncker absout et promeut Günther Oettinger après ses propos racistes et sexistes

Qualifier les Chinois de « bridés sournois » tous « peignés de gauche à droite avec du cirage noir », du racisme ? Vous n’y pensez pas ? C’est une simple « maladresse » foi de Jean-Claude Juncker. Et d’ailleurs, l’auteur de cette saillie, le conservateur allemand Günther Oettinger, ci-devant commissaire à l’économie numérique, s’est « excusé », ce qui prouve « que ses propos n’ont pas traduit sa pensée », poursuit benoitement le président de l’exécutif européen dans un entretien au quotidien belge francophone Le Soir (payant).

Bon d’accord, il s’en est aussi pris, entre autres, au mariage gay, aux femmes qui ne sont dans les conseils d’administrations des entreprises que grâce à la politique des quotas, à la Wallonie, une « micro-région gouvernée par des communistes » qui a osé retarder de trois jours la signature du CETA… « Je n’aurais pas dit ce qu’il a dit, car il donne l’impression de ne pas aimer les Chinois, les homosexuels, les Wallons et d’autres », explique Juncker : « j’ai particulièrement été choqué par ce qu’il a dit au sujet des homosexuels » (les femmes et les Chinois, c’est moins grave manifestement). « Un commissaire ne peut pas tenir des propos pareil. Je lui ai dit qu’il devait s’excuser auprès de ceux qui ont pu se sentir visés ». Notez le « pu ». Et ? Et rien. Circulez, il n’y a rien à voir. Oettinger ne sera non seulement pas viré (car on ne vire pas un commissaire allemand), mais il va être promu vice-président de la Commission chargé du budget, un poste clef alors que vont bientôt s’ouvrir les discussions sur les prochaines perspectives budgétaires.

On se demande dès lors quelles sont les limites de l’acceptable pour Jean-Claude Juncker ? Qualifier les Israéliens de « youpins cupides », les Congolais de « nègres voleurs », les Algériens de « crouilles islamistes », les homosexuels de « folles dégénérées » ou les femmes, de « connasses qui nous brisent les burnes », ça passerait ? Où commence l’abjection qui appelle une sanction politique dans l’esprit du président de la Commission ? Le racisme anti-chinois, le sexisme ou le mépris à l’égard de la démocratie ne sont-ils pas l’exact contraire des « valeurs européennes » que Jean-Claude Juncker prétend défendre ? Surtout que Oettinger n’avait même pas l’excuse de s’exprimer dans un bar ou dans un vestiaire : il donnait un discours en tant que commissaire européen devant des patrons allemands. En clair, il incarnait son institution et l’Europe, il engageait la parole de son institution.

Juncker blanchit donc plus vite que son ombre un commissaire habitué de ce genre de propos. Mais comment s’en étonner, lui qui n’a pas su condamner fermement l’embauche de José Manuel Durao Barroso par Goldman Sachs, une condamnation sans aucun risque politique et qui aurait été tout bénéfice pour son institution ? Il confirme ainsi que la Commission, et ça n’est pas nouveau, a structurellement des difficultés à assumer un minimum de responsabilité politique. On l’avait vu dès 1996, avec l’affaire de la vache folle, où personne n’avait été sanctionné en dépit des graves manquements mis à jour par une commission d’enquête du parlement européen. Et ce n’est que sous la pression des eurodéputés que la Commission Santer avait finalement démissionnée en 1999, faute d’avoir su virer à temps Édith Cresson, la commissaire française impliquée dans une affaire d’emplois fictifs. Rien ne change : Juncker voulait une Commission politique, elle reste désespérément technocratique, incapable de sortir de sa bulle.

PS: lire ici le coup de gueule de Politico contre la com’ de la Commission.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 08-nov.-2016 20:52

Donald Trump secoue le Parlement européen

Il faut aller chercher à l’extrême droite et chez les europhobes (les deux familles ne se recoupant pas totalement) pour trouver des députés européens souhaitant la victoire de Donald Trump. En dehors de cette grosse centaine d’élus, sur 751 membres du Parlement européen, le candidat républicain provoque une répulsion unanime sans précédent. Même au sein du groupe PPE (conservateur), l’équivalent européen du Parti républicain, «personne ne le soutient», affirment en chœur Cristian Dan Preda (PPE, Roumanie) et Andreas Schwab (PPE, Allemagne), rencontrés à Bruxelles. «En tous les cas, assure ce dernier, je n’ai rencontré personne qui s’en vante.» Dan Preda ironise : «Les supporters de Trump ce sont Nigel Farage, l’ex-patron du Ukip, le parti europhobe britannique et Marine Le Pen, la présidente du FN. Tout est dit. Pour la première fois dans une élection américaine, les valeurs de centre droit que je défends ne sont pas représentées par un candidat républicain.»

Autant dire que les quatre cinquièmes de l’hémicycle votent des deux mains pour la démocrate Hillary Clinton, des écologistes aux conservateurs en passant par les socialistes et les libéraux : «J’espère que l’on vit un cauchemar et que l’on va se réveiller», soupire Sylvie Goulard (libérale, France). «On espère tous la défaite de Trump, même si Clinton est trop liée au monde des affaires, aux grandes banques d’affaires», reconnaît, résigné, Ernest Urtasun, de la gauche verte catalane. Après toutes les critiques sur les insuffisances d’Obama, «on va vite s’apercevoir qu’on l’a sous-estimé», prédit encore Andreas Schwab.

L’élection américaine passionne au sein du Parlement européen car elle est le reflet de la crise que traverse l’ensemble de l’Occident. Pour Esteban González Pons (PPE, Espagne), qui a assisté à la convention républicaine, «la campagne américaine est un parfait résumé de la confrontation idéologique occidentale entre l’émergence d’un populisme, due à une mondialisation que les citoyens ne comprennent plus, et des partis politiques classiques, incapables d’expliquer ce qu’ils font. L’affrontement est désormais entre la démocratie représentative et le populisme, et non plus entre la gauche et la droite.» Une analyse que partage Martin Schulz (socialiste, Allemagne), le président du Parlement européen : «L’avenir de la politique, c’est la démocratie contre le populisme.»

Que Trump soit l’incarnation du «populisme pur et dur», comme le dit le député Jo Leinen (socialiste, Allemagne), ou «une star populiste folle», selon l’expression de Cristian Dan Preda, personne ne le conteste. Mais «il ne faut pas se moquer du candidat républicain, on a déjà les mêmes chez nous», souligne la libérale Sylvie Goulard. «Cette radicalisation et cette vulgarisation du débat politique sont déjà présentes en Europe», renchérit Jo Leinen, pour qui «le Premier ministre hongrois Viktor Orbán n’est pas très éloigné de Trump». L’émergence de ce populisme est due «à un fort sentiment d’insécurité créé par la crise financière de 2007 qui touche les classes moyennes, analyse le social-démocrate allemand. Elles ont le sentiment qu’elles en sont les principales victimes et elles recherchent de la sécurité que le populisme semble leur offrir. Trump, c’est l’incarnation de la révolte contre l’establishment».

«C’est une catharsis, approuve Sylvie Goulard. Les classes moyennes américaines exorcisent les conséquences de la crise qui a été infiniment plus brutale chez eux que chez nous. Des gens ont tout perdu, leur emploi, leur maison, alors qu’il n’y a pas de filet social. Les élites américaines n’ont pas pris au sérieux le Tea Party : or, il faut écouter les gens qui disent des horreurs.» Elle aussi pointe le malaise face à la mondialisation qui ne touche pas que les États-Unis, mais l’ensemble de l’Occident : «Tout le monde est secoué par la globalisation. C’est le rapport au reste du monde et à la solidarité qui est questionné». «Les 90% de la croissance du PIB depuis la crise ont profité à seulement 1% des Américains les plus riches, renchérit Ernest Urtasun. C’est tout le modèle néolibéral qui est en crise.» Pour Andreas Schwab, la résistance au pouvoir fédéral explique aussi le succès de Trump : «Le phénomène est plus prononcé aux États-Unis que dans l’Union européenne, contrairement à ce qu’on croit de l’extérieur. Il y a une vraie allergie à tout ce qui vient de Washington alors qu’en Europe les citoyens comprennent encore la nécessité d’une collaboration entre les Etats».

Hélas, pour Ernest Urtasun, «les Américains semblent préférer le modèle autoritaire incarné par Trump, qui rejette la faute de la crise sur les Noirs ou les Mexicains, au modèle alternatif proche des valeurs européennes qu’incarnait Bernie Sanders. Clinton, elle, est le choix de la continuité.» C’est bien tout le danger : «Même si c’est une femme, elle n’incarne pas le renouveau à la différence d’Obama», souligne Sylvie Goulard pour qui «un système sain doit générer du renouveau». C’est bien la crainte des eurodéputés : que Trump parvienne in extremis à l’emporter, car porteur d’un changement qui sera gros de dangers, pour les Etats-Unis, mais aussi pour le reste du monde. «Si Trump est élu, on va vivre l’équivalent d’un Brexit gigantesque», met en garde Esteban González Pons.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 08-nov.-2016 10:52

Pantouflage des anciens commissaires : Barroso et Kroes poursuivent la tradition néo-libérale
Libération, Paris – Loin d’être exceptionnelle, l’embauche récente de l’ancien président de la Commission José Manuel Barroso et de l’ancienne commissaire à la concurrence Neelie Kroes rappellent au contraire que l’Europe est le laboratoire d’un nouveau type d’Etat, où les frontières du public et du privé sont structurellement poreuses. Voir en entier .
presseurop.eu | 07-nov.-2016 22:08

La Bulgarie aux urnes : Trois référendums et une présidentielle
Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa, Rovereto – Le 6 novembre, les Bulgares doivent choisir le nouveau chef de l'Etat. La présidente du Parlement et un général de l'armée de l'air à la retraite sont les favoris. Les électeurs vont également s'exprimer par référendum sur trois questions très sérieuses posées à l'initiative du plus célèbre animateur de télévision du pays. Voir en entier .
presseurop.eu | 03-nov.-2016 16:38

Oettinger, Barroso : Il y a quelque chose de pourri au royaume de la Commission européenne

REUTERS/Heinz-Peter Bader

Entre un commissaire européen, l’Allemand Günther Oettinger, qui tient à la tribune des propos racistes, flirtant avec l’homophobie et méprisants à l’égard de la démocratie, et un « comité d’éthique » qui estime que l’ancien président de la Commission, José Manuel Durao Barroso, n’a pas violé son devoir « d’intégrité et de réserve » en se faisant embaucher par la banque d’affaires américaine, Goldman Sachs, l’image de l’exécutif communautaire est une nouvelle fois écornée.

Le chrétien-démocrate Oettinger, ancien patron du Bade-Wurtemberg, envoyé à Bruxelles en 2009 par la Chancelière Angela Merkel qui voulait s’en débarrasser, s’est lâché mercredi soir, à Hambourg, devant une fédération de chefs d’entreprises. Ses propos, qui ont été en partie filmés, ont été révélés par l’hebdomadaire Der Spiegel. Qualifiant les Chinois de « malins sournois » et de « bridés » (« Schlizhoren und Schlizaugen »), le commissaire chargé du numérique raconte que, lors du sommet UE-Chine, il a rencontré une délégation de « neuf hommes » («du même parti, pas de démocratie») qui étaient « tous peignés de gauche à droite avec du cirage noir »… Puis, il s’indigne que l’on puisse verser une retraite aux mères de famille et s’en prend au mariage homosexuel qui sera « bientôt imposé » en Allemagne. Enfin, selon un témoin, Frank Compernolle, attaché économique et commercial pour la Wallonie et Bruxelles, il a taclé la Wallonie, « une micro-région gérée par des communistes, qui bloque toute l’Europe » en l’empêchant de signer le CETA, ce qui « n’est pas acceptable ». Le Belge s’est alors levé et a quitté la salle, tout comme le consul honoraire de Belgique.

Des saillies populistes dignes d’un Donald Trump qui ont mis en émoi une partie de la classe politique allemande et wallonne. Ainsi, Katherina Barley, la secrétaire générale du SPD, a estimé que « quelqu’un qui répand ouvertement des opinions racistes et homophobes se disqualifie pour les plus hautes fonctions politiques ». Le porte-parole de Paul Magnette, le ministre-président wallon, a jugé que ces « propos scandaleux témoignent d’un mépris total vis-à-vis de notre région, de ses élus, de ses citoyens et de la société civile qui s’est mobilisée. Cet élan démocratique devrait être encouragé plutôt qu’être traité avec mépris ou par l’injure ». Le président du CdH, le parti centriste francophone, Benoit Lutgen, demande même à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, d’avoir « un peu de courage » et « de faire démissionner Günther Oettinger ».

Il faut dire qu’Oettinger n’en est pas à son coup d’essai. En septembre 2011, en pleine crise grecque, celui qui était alors responsable de l’énergie dans la Commission Barroso avait proposé « de mettre en berne, devant les bâtiments de l’Union européenne, les drapeaux des mauvais élèves en matière de dette. Cela serait certes un symbole, mais cela aurait un effet dissuasif »… Athènes avait apprécié, on s’en doute. Puis,en septembre 2014, il avait semé la consternation parmi les députés européens, lors de son audition de confirmation comme commissaire chargé du numérique, en montrant l’étendue de son ignorance du domaine qu’il allait gérer : « Avec la technologie, vous ne pouvez pas exclure tous les risques. Je vais vous donner un exemple. Cela peut paraître un peu, hum… à demi-sérieux. Il y a eu récemment de nombreuses célébrités qui se sont plaintes que des photos dénudées apparaissent sur Internet. Je ne peux juste pas le croire! Si une star est assez stupide pour faire une photo d’elle nue et l’envoyer sur le web, elle ne peut pas attendre de nous qu’on la protège. On ne peut pas protéger entièrement les gens de leur bêtise.» Avis d’expert ! Une sortie qui ne l’a pas empêché d’être confirmé par un Parlement peu regardant dès lors qu’il s’agit d’un ami politique de la chancelière.

Jean-Claude Juncker va-t-il sévir après la sortie hambourgeoise de son commissaire qu’il envisageait de nommer vice-président chargé du budget et de l’administration après le départ annoncé de la commissaire bulgare pour la Banque Mondiale ? On peut sérieusement en douter quand on voit ses tergiversations face au bras d’honneur que son prédécesseur a adressé à l’Europe en se faisant embaucher par Goldman Sachs, une banque d’affaires qui a joué un rôle important dans la crise des subprimes et la crise grecque. Trop humain, il a hésité à le condamner, alors que politiquement cela aurait été tout bénéfice pour lui, parce que l’épouse de Barroso venait de mourir d’un cancer (ce qui, au passage, n’a pas empêché l’ex de négocier son contrat). Et ce n’est pas l’avis du « comité d’éthique » de la Commission qui va le pousser à durcir le ton. Composé d’un ancien juge néerlandais à la Cour européenne de justice, d’un ancien directeur général autrichien de la Commission et d’une ancienne députée européenne allemande,le comité estime que Barroso n’a pas violé les règles « d’intégrité et de réserve » imposées par les traités européens et par le Code de conduite interne aux anciens commissaires, même s’il « aurait dû être conscient et informé qu’en agissant ainsi, il déclencherait des critiques et risquerait de nuire à la réputation de la Commission et de l’Union en général » et s’il « n’a pas fait preuve du bon jugement que l’on pourrait attendre de quelqu’un qui a occupé un poste à haute responsabilité pendant de si longues années ».

Dès lors, on se demande bien dans quels cas un commissaire pourrait violer les règles « d’intégrité et de réserve », une question qui se pose aussi pour Oettinger qui, lui, est encore en fonction. Si les exemples d’anciens responsables politiques se reconvertissant dans de lucratives activités privées sont légion dans les États membres, il est rare qu’un ministre national survive à des propos tels que ceux tenus par le commissaire chargé du numérique. Mais on peut d’ores et déjà parier qu’il restera en place : Juncker n’a aucune intention de se fâcher avec la chancelière et le Parlement européen, qui pourrait le contraindre à la démission, est dominé de la tête et des épaules par l’Allemagne. Et tant pis pour l’image de l’Europe.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 31-oct.-2016 21:14

CETA: la Wallonie donne son accord sous réserve

Mes articles consacrés à la résolution temporaire de la crise du CETA sont ici et . Comme je le disais depuis le début de cette affaire, un compromis était plus que probable. Ceux qui ont hurlé à la fin du libre échange ou à l’échec de l’Union (comme le MEDEF) sont Gros-Jean comme devant... Quelques avis de juristes de talent qui partagent mon analyse sur ce qui vient de se passer: Olivier Beaud ou Nicolas de Sadeleer.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 28-oct.-2016 16:03

Accord commercial UE-Canada : Le CETA peut attendre
Süddeutsche Zeitung, Munich – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 27-oct.-2016 21:55

CETA: "L'enjeu, c'est la façon dont on va façonner la mondialisation au XXIème siècle"

Paul Magnette, le ministre président de la région wallone, répond en exclusivité aux questions de Libération. Ce socialiste, ancien professeur de sciences politiques et, à ce titre, l’un des meilleurs spécialistes de l’Union européenne, estime ne pas sortir de ses compétences en s’opposant à la signature du CETA, l’accord de libre échange avec le Canada.

La Wallonie est-elle le vilain petit canard de l’Union européenne ?

Parce que nous faisons notre devoir démocratique ? Soyons sérieux ! Le parlement et le gouvernement wallon ont simplement analysé, comme ils en ont l’obligation constitutionnelle, puisqu’ils ont les mêmes droits qu’un parlement national, le CETA, ce qui nous a conduits à observer qu’un certain nombre de ses dispositions nous posent problème et que nous ne pouvons l’accepter en l’état. Nous n’avons aucune volonté de bloquer l’Union : nous sommes désolés de constater que nos réserves aient conduit à une petite crise institutionnelle.

La Commission semble avoir pris tardivement la mesure du problème wallon…

Nous avons commencé à examiner le traité avant même qu’il ne soit définitif : j’ai déposé moi-même à la Commission la résolution votée par le Parlement wallon qui énumérait nos réserves le 2 octobre 2015. Malheureusement, elle n’a commencé à discuter avec nous que le 4 octobre 2016. Et maintenant, on nous presse, on nous dit que le temps de la discussion est passé…

Les défenseurs du CETA affirment qu’il est peu démocratique qu’une région représentant moins de 1 % de la population européenne ait un tel droit de vie ou de mort sur un traité.

C’est un raisonnement curieux quand on sait que ce qui fonde l’Union, c’est le respect des États, quelle que soit leur taille et le refus de tout hégémonisme ou domination des grands. Je rappelle au passage qu’il y a sept États membres qui sont plus petits que la Wallonie : eux aussi n’auraient qu’un droit, celui de se taire ? Il faut être clair : certaines parties de cet accord relèvent des compétences nationales et régionales et donc le contrôle parlementaire doit s’exercer là où sont les compétences. C’est la logique normale dans tout système fédéral.

Comment sortir de ce blocage si ce n’est pas une réouverture du CETA ?

On préfèrerait le renégocier sur le fond, c’est clair. Mais, à défaut, nous sommes prêts à accepter un instrument interprétatif juridiquement contraignant, ce qui reviendrait de facto à amender le CETA. La difficulté de ce type de traité est que, pour composer avec les divergences politiques entre les 28 États membres et entre les 28 États membres et le pays tiers avec lequel on négocie, on écrit des phrases ambigües à charge pour le juge de les interpréter. C’est cela qui ne nous va pas : si on laisse des zones crises ouvertes à une interprétation laissée à un tribunal arbitral qui ne présente pas toutes les garanties d’indépendance juridictionnelle, c’est la porte ouverte à des dérives qui pourraient être préjudiciables à notre modèle de société, à l’action de l’État. Donc il faut clarifier ces zones grises, par exemple, en disant clairement ce que veut dire un service public, un service de santé, ou encore qu’une entreprise ne pourra jamais demander une indemnisation lorsqu’un pays modifie sa législation environnementale. Par ailleurs, le tribunal arbitral prévu par le CETA et qui sera chargé de cette interprétation ne présente pas toutes les garanties d’indépendance offertes par les ordres juridictionnels européens et canadiens. Or, c’est par ce biais que les multinationales pourraient contraindre l’action publique des États. Je préfèrerais franchement que cette instance disparaisse purement et simplement et que l’on se repose sur nos tribunaux. À tout le moins, si on veut un tribunal arbitral, il doit donner des garanties équivalentes à celles existantes dans les ordres internes.

Les Canadiens sont-ils prêts à revoir ce mécanisme?

Le Canada est extrêmement vigilant sur cet aspect, car ils ont été les premières victimes de l’ALENA qui instaurait un tel mécanisme. Il est donc d’accord avec nous. En réalité, c’est un débat purement interne à l’Union.

Avez-vous reçu des pressions d’autres pays afin de vous faire plier ?

Disons que les pressions, plus ou moins amicales, viennent de plusieurs directions. Je n’en dirais pas plus.

La Wallonie est-elle isolée dans cette affaire ?

Les questions que nous posons sont très largement partagées, en particulier sur l’instance arbitrale. Soyons clairs : je ne suis pas un héraut de l’altermondialisme, je veux un accord. La mondialisation a lieu et la question est de savoir avec quel type de règles elle se fera. Car il ne faut pas s’y tromper : il ne s’agit pas seulement du CETA, mais de fixer les standards européens pour toutes les futures négociations avec les pays qui ont le même niveau de développement que nous, et notamment avec les États-Unis. L’enjeu est de déterminer comment on va façonner la mondialisation au cours des 20 ou 30 prochaines années.

Si le PS avait été au gouvernement fédéral belge, aurait-il eu la même attitude ?

On a commencé cette discussion il y a pratiquement deux ans au parlement wallon. Il est donc un peu facile d’en faire un jeu électoraliste… Certains ne semblent pas comprendre que l’on puisse se battre pour des principes. Un ami m’a rappelé un article que j’ai écrit il y a 15 ans, lorsque j’étais professeur de sciences politique, dans lequel je dis exactement ce que je dis aujourd’hui. Il faut accepter que de temps en temps les femmes et les hommes politiques aient des principes et des convictions et se battent pour eux. Mais je ne me fais pas d’illusions : beaucoup de ceux qui me soutiennent aujourd’hui me critiqueront si on aboutit à un compromis. Croire que c’est un calcul électoraliste, c’est très mal comprendre ce que nous sommes en train d’essayer de faire.

N.B.: version longue de l’ITW publiée dans Libération du 25 octobre.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 26-oct.-2016 16:02

Elections législatives en Lituanie : L’heure de l’alternance

Les élections législatives ont été marquées par la volonté de changement des Lituaniens : l'Union lituanienne agraire et des verts (Lvžs) a en effet remporté à la surprise générale le second tour, le 23 octobre, en obtenant 54 des 141 sièges du Parlement. Elle n'en n'avait qu'un seul dans l'assemblée sortante

Le vote représente également une lourde défaite pour les Sociaux-démocrates, qui n'ont obtenu que 17 sièges (ils en perdent 21), alors que les conservateurs de l'Union de la Patrie, qui étaient arrivés en tête du premier tour, le 9 octobre, en ont obtenus 31 (ils en perdent 2). Le Mouvement libéral a obtenu 14 sièges et Ordre et justice huit (ils en perdent trois).

Le chef du Lvžs, Ramūnas Karbauskis, un riche propriétaire foncier et un industriel de l'agro-alimentaire, "a annoncé qu'il entamera des négociations avec l'Union de la Patrie et les Sociaux-démocrates pour former une coalition, et exclu de discuter avec les Libéraux et les autres partis", rapporte *Veidas. Le nouveau chef du gouvernement devrait être le populaire ministre de l'Intérieur sortant et ex commissaire de police Saulius Skvernelis.


presseurop.eu | 26-oct.-2016 16:01

CETA: le refus wallon n'est pas la catastrophe annoncée

REUTERS/Fabian Bimme

L’opposition wallons au CETA n’affaiblira pas l’Union européenne. Pour savoir pourquoi, lisez mon analyse publiée ce matin sur le site de Libération. Une réponse à l’éditorial du Monde daté de dimanche-lundi qui nous la joue Apocalypse now.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 24-oct.-2016 14:17

Libre-échange: Waterloo pour le CETA

Reuters/Eric Vidal

Mon article sur le véto wallon est ici. Bonne lecture !


bruxelles.blogs.liberation.fr | 22-oct.-2016 18:23

Interview avec Mateusz Kijovski : “En Pologne, on a créé des outils pour préparer un Etat totalitaire”
, – Depuis son accession au pouvoir, le parti Droit et Justice sape les fondements de l’Etat de droit, estime Mateusz Kijowski, président du Comité de défense de la démocratie (KOD), à l’origine des protestations qui ont marqué l’accession au pouvoir du parti Droit et Justice et qui vient d’obtenir le Prix du citoyen européen décerné par le Parlement européen. Voir en entier .
presseurop.eu | 21-oct.-2016 17:57

CETA: aux limites du libre échange

Les 4,5 millions de francophones belges vont-ils faire capoter le Ceta, l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Canada ? Le Parlement de la Wallonie a posé, vendredi, son veto à sa signature par le gouvernement belge. Mercredi, un autre Parlement (il y en a sept), celui de la Communauté française de Belgique, a fait de même et le Parlement de la région bruxelloise devrait suivre. Ce triple veto compromet l’adoption du traité, prévue mardi, par l’Europe, puisqu’elle doit se faire à l’unanimité, et rend sans objet le sommet UE-Canada des 27 et 28 octobre au cours duquel il devait être paraphé par Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Certes, les dimensions de politique intérieure ne doivent pas être sous-estimées dans cette bronca parlementaire qui, comme toujours en Belgique, n’a rien d’irréversible : Bruxelles, la Wallonie et la Communauté française sont largement dominées par le PS, les centristes du CDH et les écologistes, alors que le gouvernement fédéral est le plus à droite qu’ait connu le petit royaume. Mais la réduire à cette dimension serait un peu court.

Il est difficile de nier qu’il y a un épuisement des opinions publiques européennes face à une mondialisation qui n’est pas heureuse pour tout le monde. On peut s’en désoler, mais c’est une réalité dont les gouvernements et l’Union européenne doivent tenir compte, sauf à nourrir le nationalisme et le rejet de l’autre. Cette montée brutale du protectionnisme, curieusement, touche surtout les pays dont les élites ont été les plus ferventes libre-échangistes : au Royaume-Uni, le vote en faveur du Brexit s’explique largement par la révolte des oubliés de la mondialisation. De même, aux Pays-Bas, Etat commerçant s’il en est, les citoyens ont rejeté au printemps l’accord d’association UE-Ukraine, qui est d’abord un accord de libre-échange. Ce phénomène touche aussi les pays riches et en plein-emploi, comme l’Allemagne, où l’opposition au Ceta ou au Tafta, projet de traité avec les Etats-Unis, est bien plus forte qu’en France, qu’en Italie, en Espagne ou au Portugal.

Ce décrochage des opinions publiques, qui se manifeste aussi aux Etats-Unis, comme le montre le phénomène Trump, est simple à expliquer : les pertes d’emplois liées à l’ouverture des frontières sont immédiates et touchent d’abord les plus fragiles, alors que les gains sont différés dans le temps et bénéficient aux plus diplômés et aux plus riches. On a beaucoup promis, en particulier de l’emploi et de l’enrichissement pour tous (le Tafta, c’est 900 euros de plus par ménage, a longtemps affirmé la Commission), et peu tenu. Enfin, les accords de nouvelle génération, qui harmonisent les normes, sont perçus comme un affaiblissement de l’autorité de l’Etat, et donc des citoyens, au profit du big business. On peut certes faire remarquer que la mondialisation a largement profité au reste de la planète. Mais les citoyens européens ne votent pas en Inde ou au Brésil, mais ici et maintenant, et l’égoïsme est la valeur du monde la mieux partagé. L’Union, ontologiquement persuadée des vertus du libre-échange, tout comme les gouvernements dont elle n’est que le reflet, doit prendre garde : le rejet de la mondialisation va de pair avec le rejet de l’Europe, perçue comme son cheval de Troie. La course en avant vers le libre-échange se terminera dans le mur du nationalisme.

N.B.: éditorial paru dans Libération du 15 octobre.

Pour rappel, à la suite de quelques messages agressifs et particulièrement désagréables (du style: et la Wallonie, ça ne vous intéresse pas?), je publie dans Libération (papier et numérique), sur Twitter (@quatremer), sur mes pages Facebook (deux au nom de Jean Quatremer, l’autre au nom de Coulisses de Bruxelles) et sur ce blog. Pour savoir ce que j’ai écrit sur ce blog, vous avez un très pratique moteur de recherche.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 19-oct.-2016 11:05

Intégration européenne : Retrouver le peuple européen derrière le mythe des “pères fondateurs”
Libération, Paris – En 1941, le résistant antifasciste Altiero Spinelli, depuis son exil sur l'île de Ventotene, en appelait à l'unité du peuple européen. Quand Angela Merkel, François Hollande et Matteo Renzi se sont retrouvés au même endroit 75 ans plus tard, ils ont évoqué rituellement le récit traditionnel du "projet européen" technocratique devenu la seule alternative aux rejet des souverainistes. Voir en entier .
presseurop.eu | 19-oct.-2016 10:18

Après le référendum au Royaume-Uni : Les leçons du Brexit qui peuvent renforcer l’Union
, – Après la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union, l’UE à 27 doit trouver un moyen de retrouver popularité et prospérité. La résilience peut-elle partir d’une coopération plus poussée dans le secteur de la défense et d’un Parlement de la zone euro ? Voir en entier .
presseurop.eu | 18-oct.-2016 11:31

CETA: Bové expulsé, Bové humilié, mais Bové libéré!

REUTERS/Benoit Tessier

« J’étais manifestement attendu. Dès que le garde-frontière de l’aéroport de Montréal a vu mon nom, il m’a emmené dans les locaux des services de l’immigration. Il était 17 heures mardi. J’en suis ressorti six heures plus tard sans mon passeport et avec un ordre de quitter le territoire mercredi après-midi », raconte José Bové, que j’ai joint par téléphone. « J’ai loupé mon meeting sur le CETA, l’accord de libre-échange entre l’Union et le Canada, mais j’ai pu au moins dormir à l’hôtel ». Le gouvernement canadien ne voulait manifestement pas que le député européen participe à une série de rencontres sur le CETA avec la société civile et les syndicats agricoles québécois, à quinze jours de sa signature en grande pompe à Bruxelles par Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, et les responsables européens. Devant la bronca suscitée par cette expulsion, Ottawa a finalement décidé, mercredi à 18 heures, de laisser José Bové entrer au Québec. Il faut dire que Manuel Valls, le Premier ministre français, rencontre à Ottawa, jeudi, le chef du gouvernement canadien, et qu’il valait mieux éteindre ce qui menaçait de dégénérer en incendie. « Le gouvernement canadien est dingue : s’il avait voulu se tirer une balle dans le pied, il ne s’y serait pas pris autrement. Au moins c’est clair, ce qui compte pour lui, ce sont les marchandises, pas les hommes », s’indigne José Bové.

Il faut dire que cet incident diplomatique, en dépit du rétropédalage du gouvernement Trudeau, est une première avec une démocratie avancée, comme on l’explique au Parlement européen : « certes, Israël a déjà bloqué des eurodéputés qui voulaient se rendre dans les territoires occupés, mais à part ce pays un peu particulier, les seuls autres problèmes ont eu lieu avec la Russie de Poutine ou le Maroc… » Le groupe des Verts et plusieurs socialistes français se sont d’ailleurs immédiatement indignés de cette expulsion : « médusé par cet acte absolument antidémocratique », a tweeté le socialiste français Guillaume Balas, « hallucinant » a gazouillé son collègue Emmanuel Maurel. Auditionné, par hasard, au même moment par la commission commerce international du Parlement, l’ambassadeur canadien auprès de l’UE a été interpellé par la verte allemande Ska Kelle : il n’a pas su quoi répondre, ses autorités ayant manifestement oublié de le prévenir…

La décision du gouvernement fédéral canadien, le contrôle des frontières extérieures ne relevant pas des provinces, a été motivée, selon José Bové, par ses condamnations pénales, notamment pour le démontage du MacDo de Millau et une série d’actes anti-OGM. L’Agence des services frontaliers du Canada, saisi par Libération via l’ambassade canadienne à Bruxelles, a reconnu, tout en refusant de donner les motivations de sa décision, que « plusieurs facteurs servent à déterminer l’admissibilité, comme la participation à des activités criminelles, la santé et la situation financière ».

Le problème est que le député européen s’est rendu à plusieurs reprises au Canada depuis ses condamnations sans jamais être inquiété : « j’y ai même été un an après avoir été incarcéré pour l’affaire du MacDo », rappelle-t-il. En outre, comme il le remarque, Alain Juppé, après sa condamnation en 2004 dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris à 14 mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité, a pu enseigner en 2005-2006 à Montréal sans que les autorités fédérales trouvent à y redire. De là à penser que, pour Ottawa, le détournement d’argent public est moins grave que les préjudices subis par Mac Donald ou Mosanto, il n’y a qu’un pas qui ne plaide pas précisément en faveur d’un CETA perçu comme un cheval de Troie du TAFTA ou TTIP. « Si le Canada avait refoulé Marine Le Pen, il aurait gagné une centaine de voix. En s’attaquant à José Bové, il vient d’en perdre le même nombre », se marre un haut fonctionnaire du Parlement européen sidéré par l’amateurisme canadien. Ottawa semble avoir oublié que le CETA doit être ratifié non seulement par les 28 parlements nationaux de l’Union (ainsi que par les parlements régionaux dans les pays fédéraux), mais aussi par le Parlement de Strasbourg. Que l’on malmène ainsi l’un de ses membres ne va pas le mettre dans les meilleures dispositions d’esprit…


bruxelles.blogs.liberation.fr | 12-oct.-2016 18:58

Les mensonges de Marine Le Pen sur la PAC

REUTERS/Jacky Naegelen

Samedi, Marine Le Pen s’est une nouvelle fois lâchée sur l’Europe, son punching-ball favori avec l’immigration. « On sait très bien que la politique agricole commune (PAC) répond à des considérations idéologiques ultralibérales », a clamé la patronne du FN. Il faut donc « renationaliser la politique agricole », ce qui ne coutera strictement rien à la France, dixit la présidente du parti d’extrême droite, puisque la PAC est financée par « l’argent des Français qui transite par l’Union européenne ». Une accusation délirante, une apparence de solution, une ferme promesse de lendemain qui chante, l’immuable recette du succès électoral du FN.

Délirante, car accuser la PAC d’être « ultralibérale », c’est comme accuser les plans quinquennaux soviétiques d’avoir été inspirés par les « Chicago boys » de Milton Friedman. Car s’il y a une politique de l’Union qui n’est pas « ultralibérale », et même pas « libérale » du tout, c’est bien l’agriculture qui est l’exemple même du marché organisé et régulé par la puissance publique. Ce n’est pas un hasard si la PAC est une invention française, contrepartie négociée lors du traité de Rome de 1957 à l’abaissement des frontières douanières. Marine Le Pen semble ignorer que la Grande-Bretagne, le pays de « l’ultralibéralisme » depuis l’élection de Margareth Thatcher en 1979, a toujours eu en horreur cette PAC trop française. D’ailleurs, durant la campagne référendaire sur ce Brexit qui fait rêver la patronne du FN, la PAC a été brandie comme exemple même du dirigisme et du bureaucratisme de l’UE, ce « IVe Reich » dixit Boris Johnson.

Il faudrait que la députée européenne, dont les rares présences à Bruxelles expliquent sans doute autant d’ignorance, dise en quoi les 7 milliards d’euros de paiements directs versés aux agriculteurs français chaque année pour soutenir leur revenu sont « ultralibéraux » ? En quoi l’organisation des marchés agricoles est « ultralibérale » ? En quoi la protection du marché européen contre la concurrence internationale est « ultralibérale » ? En quoi les appellations d’origine destinées à protéger les produits européens sont « ultralibérales » ? En quoi le soutien à une agriculture de qualité est ultralibéral ? En quoi la protection des espèces de poissons en voie d’extinction est ultralibérale ? Etc., etc., etc..

La réalité, c’est que la PAC a contribué à protéger une agriculture française qui aurait disparu sans elle et à en faire un acteur mondial. Lors de sa création, l’Europe, encore affaiblie par la guerre, n’était absolument pas autosuffisante. Aujourd’hui, elle est non seulement devenue capable de se nourrir seule (y compris l’Allemagne pour la première fois de son histoire), mais elle est l’une des principales puissances agricoles du monde. Jacques Chirac avait coutume de parler de « l’arme verte » que représentent à la fois l’indépendance alimentaire et les exportations agricoles, une arme qui permet de peser dans le monde. Dans l’Union, la France est le premier producteur agricole européen, le premier exportateur vers les pays tiers (troisième intra UE) et affiche un excédent commercial de 10 milliards d’euros.

Renationaliser la PAC ? Pourquoi pas ? Ça serait égoïste, car, après avoir vu son agriculture financée pendant cinquante ans par l’Allemagne, elle claquerait la porte au nez des pays d’Europe de l’Est qu’elle doit aujourd’hui davantage aider qu’elle ne l’est. Mais après tout qu’importe, la solidarité avec des étrangers n’étant pas une valeur lepéniste. Le problème est que cela aura un prix : pourquoi la Pologne, qui aura moins les moyens d’aider ses agriculteurs que la France, accepterait-elle des produits français subventionnés qui feraient concurrence aux siens ? De même, la France pourra-t-elle demeurer sans réagir face aux aides allemandes, évidemment plus généreuses ? Le démantèlement du marché intérieur aura un coût énorme pour la puissance agricole hexagonale qui se retrouvera vite cantonnée dans ses frontières. Sans compter que, seule, la France ne pèsera plus grand-chose à l’OMC où elle devra faire face aux attaques en règle des États-Unis, de la Russie, de la Chine, du Brésil, etc., contre son système de subventions agricoles, ses protections aux frontières ou ses appellations d’origine contrôlées. Les paysans français regretteront vite « l’ultralibéralisme » de la PAC…

N.B. : version longue de mon éditorial paru dans Libération du 10 octobre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 11-oct.-2016 20:39

La social-démocratie victime de son époque

Blog

C’est un moment difficile pour le centre-gauche en Europe. Au Royaume-Uni, en proie à une crise de leadership, le Parti travailliste gère difficilement les conséquences du vote pour le Brexit. Jeremy Corbyn, son chef, a été réélu lors du récent congrès du parti. Ce dernier a été marqué par la guerre interne qui a éclaté après la victoire du “Leave”, les adversaires de M. Corbyn lui reprochant d’avoir été inexistant face à l’irruption des partis populistes comme le UKIP, qui a soutiré de nombreuses voix au sein d’une classe ouvrière apeurée.

En Espagne, la crise de gouvernance qui traverse le pays depuis maintenant neuf mois, avec la perspective de troisièmes et nouvelles élections législatives si un accord entre les partis ne devait pas être conclu, s’est accompagnée d’une crise, voire d’une guerre ouverte au sein du Parti socialiste (PSOE), entre l’ancien chef Pedro Sánchez et ses adversaires. Ce dernier s’est toujours opposé à ce que son parti s’abstienne, en facilitant la formation d’un gouvernement minoritaire mené par le Premier ministre sortant, le conservateur Mariano Rajoy, et soutenait la formation d’une coalition alternative avec Podemos et d’autres partis. Une partie du PSOE estimait pour sa part que la priorité, c’était la formation d’un gouvernement. Elle a fini par s’imposer, en contraignant Sánchez à la démission.

En France, François Hollande assiste impuissant à l’érosion continue de sa popularité auprès des électeurs, tandis que ses collaborateurs quittent l’un après l’autre un navire privé de cap. Dernier en date, Emmanuel Macron, son ministre des Finances. En même temps, l’ex-président Nicolas Sarkozy ressurgit avec force, et promet aux électeurs sécurité et identité, face à la fragilité perçue en France après les attentats terroristes des derniers mois et la crise migratoire. Ailleurs, la situation des gauches n’est pas meilleure : en Italie, le Premier ministre Matteo Renzi risque de voir son étoile s’effacer s’il n’emporte pas le référendum constitutionnel du 4 décembre.

La social-démocratie européenne est décapitée. Les raisons, qui s’ajoutent aux difficultés internes, sont imputables à une tendance qui s’est manifestée ces dernières années et qui estreliée à la crise politique des partis qui ont occupé le centre politique en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. La crise économique y est pour beaucoup, à laquelle se sont greffées les crises de l’euro, de l’UE et de l’idée européenne. L’émergence des partis alternatifs, à gauche et à droite, populistes, xénophobes et dans tous les cas, radicalement opposés à l’establishment, a porté un dur coup aux partis sociaux-démocrates, qui restent solidement ancrés dans la dichotomie centre-gauche/centre-droite caractéristique de l’Europe depuis la fin de la guerre.

L’Union européenne et les décennies de paix qu’elle a assurées à l’Europe sont le fruit de l’accord tacite entre les forces conservatrices et les sociaux-démocrates. C’est donc avec ironie que l’on constate que la social-démocratie est “morte victime de son succès”, une fois que le “pacte pour le bien-être” a été accepté par la plupart des pays d’Europe occidentale. Avec la nouveauté, pour les partis sociaux-démocrates, de se voir obligés à présent de se battre pour conquérir leurs électeurs traditionnels de la classe moyenne et ouvrière, attirés par les mouvements émergents à droite et à gauche. A ce sujet, l’essayiste Paul Mason écrit dans le Guardian que

la social-démocratie paraît privée des ressources intellectuelles pour se rénover. Et c’est là le produit d’une incohérence encore plus profonde : […] l’historien américano-hongrois Karl Polanyi estimait que le capitalisme était composé d’un “double mouvement” : la poussée vers le marché et une force contraire qui s’y oppose. Les réguler est dans l’intérêt de la société. Le beauté de l’idée de Polany était qu’elle permettait au centre-gauche dans les années 1980 de trouver une justification à son existence qui survive à la disparition de la classe ouvrière. A la place de “protéger la classe ouvrière”, l’objectif de la social-démocratie était devenu de “réglementer le capitalisme dans son propre intérêt”. La racine de tous les problèmes de la social-démocratie depuis 2008, c’est que la manière dont cet objectif peut être atteint n’est plus très claire. […] A présent que l’élan primaire du néo-libéralisme est brisé, la social-démocratie devrait se concentrer sur l’invention de quelque chose de différent. Mais elle n’en a pas les ressources nécessaires. . La majorité des élites socialistes et des bureaucraties européennes sont habituées à gérer un capitalisme qui ne fonctionne pas et semblent incapables d’imaginer un autre avenir.

L’urgence à présent pour les partis traditionnels, c’est de recomposer la carte politique et d’occuper à nouveau un rôle prépondérant en son sein. Pour les partis conservateurs, c’est plus simple, car ils sont davantage dans l’air du temps. Le repli identitaire et national et la mise en place de politiques de continuité avec le passé sont rassurantes pour de nombreux électeurs. Pour les partis sociaux-démocrates, le paysage n’est pas si clair que cela. Face aux partis qui émergent avec force à sa gauche, en particulier au sud de l’Europe (Podemos, Syriza,…), il faut repenser le compromis avec le capitalisme “soft” avec lequel ils ont cohabité (et ils se sont accordés) depuis l’après-guerre, à une époque où le néolibéralisme et le capitalisme financier sont décomplexés par rapport au passé.

Mais la violence de la crise a frappé au sein des électeurs, qui ne veulent plus de ce produit électoral. Alors, les Sociaux-démocrates doivent choisir, et concourir : renouveler le compromis historique ou diviser la gauche. D’où la crise permanente des derniers temps.

Dessin de Malagón


presseurop.eu | 11-oct.-2016 09:15

Brexit: la guerre des Rose

Ceux, notamment au sein de la Commission, qui se faisaient de douces illusions sur un « soft Brexit » en sont pour leurs frais : ce sera un « hard Brexit », c’est-à-dire une rupture claire et nette entre l’Union et le Royaume-Uni. Theresa May, la Première ministre britannique, a rejeté, dimanche 2 octobre, tout modèle qui contraindrait son pays à appliquer tout ou partie du droit européen ainsi que la libre circulation des travailleurs, même si le prix à payer est la fermeture du marché unique pour ses entreprises. Autrement dit, la Grande-Bretagne se retrouvera d’ici à 2019, date de la fin des négociations, dans la position du Mexique vis-à-vis de l’Union, c’est-à-dire un simple État tiers.

Mars 2017, début du Brexit

« La seule bonne nouvelle du discours de May, c’est l’activation de la procédure de sortie de l’article 50 du traité sur l’Union avant la fin mars 2017. Ce qui est logique si la Grande-Bretagne veut être partie avant les élections européennes du mois de juin, les négociations devant durer deux ans maximum », analyse un diplomate européen. Depuis le référendum du 23 juin, les partenaires de Londres la pressaient d’annoncer une date afin de sortir de l’incertitude. C’est fait.

Mais Theresa May est allé plus loin en tranchant en faveur des Brexiters les plus durs : « elle a tiré les conséquences politiques du référendum », souligne-t-on dans l’entourage du chef de l’État français, « il n’y aura donc pas de moyen terme ». « Le peuple a voté pour quitter l’Union. Ce qui signifie que nous allons quitter l’Union », a ainsi martelé May. Elle a écarté expressément le « modèle norvégien » ou « le modèle suisse » comme cadre des futures relations de son pays avec l’Union Le premier, c’est en fait l’Espace Economique Européen (EEE) qui intègre totalement la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein au marché unique : en contrepartie, ils doivent appliquer l’ensemble de la législation communautaire sans la voter, respecter les « quatre libertés » (libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux), se soumettre à la jurisprudence de la Cour de justice européenne et contribuer au budget européen dans des proportions proches de celle d’un État membre. Le second fait référence à la vingtaine d’accords bilatéraux signés entre la Suisse et l’Union qui lui permettent d’avoir accès à une grande partie du marché unique (mais pas aux services financiers): contrepartie, là aussi, Berne doit respecter la libre circulation et contribuer au budget.

Pour la Première ministre, la question posée au référendum écarte tout compromis qui pourrait entamer la souveraineté pleine et entière de son pays : « certains ont évoqué un échange entre le contrôle de l’immigration et le commerce avec l’Europe. C’est une voie sans issue (…) Nous déciderons nous-mêmes de l’immigration ». Un avant-goût de ce qui attend les Européens a été donné cette semaine par les membres de son gouvernement : le ministre de l’Intérieur, Amber Ruud, a ainsi annoncé que les entreprise devront fournir la liste des non-Britanniques travaillant pour eux et expliquer pourquoi elles n’ont pas fait appel à des Britanniques pur jus. Son collègue à la santé, le bien nommé Jeremy Hunt, veut expulser tout le personnel soignant étranger et imposer des amendes aux médecins britanniques travaillant à l’étranger… Rappelons quand même que le pays est en plein emploi et que sans les étrangers, le NHS, le service de santé, ne pourrait pas fonctionner. De son côté, le Foreign Office a demandé à la London School of Economics (LES) de ne plus faire travailler de non-Britanniques ou des binationaux sur les études sur le Brexit qu’il lui commande pour des raisons de sécurité nationale. Et last but not least, le ministre du Commerce, Liam Fox, estime que les Européens résidants en Grande-Bretagne sont une « monnaie d’échange » dans les négociations avec l’Union… (lire l’éditorial de notre correspondante à Londres)

«Il faut qu’il y ait un prix»

Or, pour l’Union, les quatre libertés sont totalement indissociables : sans libre circulation, pas d’accès au marché unique. Et même en imaginant que l’Union accepte de transiger sur ce point, il faudrait, pour que les entreprises britanniques puissent avoir accès au marché unique, que le Royaume-Uni ait une législation totalement équivalente à celle de l’Union. Or, le référendum « signifie que nous devons avoir la liberté d’adopter nos propres lois dans tous les domaines, de la façon dont nous labellisons notre nourriture à celle dont nous contrôlons l’immigration », a insisté Theresa May. « Au début, les législations resteront proches, puisque l’acquis communautaire déjà transcrit dans le droit anglais ne sera pas remis en cause comme l’a annoncé la Première ministre », décrypte un fonctionnaire européen : « Mais ce sera de moins en moins vrai au fur et à mesure que Londres et l’Union adopteront de nouvelles lois ». Dans ces conditions, le seul moyen d’offrir aux entreprises britanniques, et notamment aux banques, un accès au marché intérieur est que l’Union accepte que la Grande-Bretagne n’applique ni la libre circulation ni aucune règle européenne. Londres, tout à son délire souverainiste, ne désespère pas d’y arriver en jouant sur la peur des Européens de laisser dans l’affaire quelques pourcentages de croissance.

Le problème, pour Theresa Mays, est que l’Union a beaucoup plus à perdre qu’à gagner si elle fait la démonstration que le Brexit pourrait être indolore, voire bénéfique, en permettant à un pays de n’appliquer que les règles qu’il souhaite. Une brèche dans laquelle s’engouffreraient tous les europhobes et les Vingt-sept en ont conscience. François Hollande, dans un discours prononcé jeudi 6 octobre à l’occasion du vingtième anniversaire de l’Institut Jacques Delors, a été d’une clarté parfaite sur ce point : « il faut aller jusqu’au bout de la volonté des Britanniques de sortir de l’Union européenne. Nous devons avoir cette fermeté. Si nous ne l’avons pas, nous mettrons en cause les principes mêmes de l’Union européenne. C’est-à-dire qu’il viendra à l’esprit d’autres pays ou d’autres partis de vouloir sortir de l’Union européenne pour en avoir les avantages supposés et aucun inconvénient et aucune règle. La fermeté, c’est en fait l’assurance que l’Europe pourra préserver ses principes et notamment les quatre libertés ». Et d’ajouter, pour bien se faire comprendre : « il faut qu’il y ait une menace, il faut qu’il y ait un risque, il faut qu’il ait un prix ».

La livre plonge

Une ligne dure, fixée dès le Sommet post-Brexit du mois de juin, qui n’est contestée par personne, contrairement à ce qu’on aurait pu craindre. Ainsi, Robert Fico, le Premier ministre slovaque, dont le pays exerce actuellement la présidence tournante de l’Union, a lui aussi été carré dans un entretien au Financial Times : « l’Union va utiliser cette opportunité pour dire aux gens : écoutez, maintenant vous allez voir pourquoi il est important de rester dans l’UE (…) Même si c’est la cinquième économie mondiale, ce sera très douloureux pour le Royaume-Uni ». Pour lui, l’optimisme affiché par le gouvernement britannique n’est qu’un « bluff » : on souligne d’ailleurs à Bruxelles que l’économie britannique évitera de justesse la récession l’année prochaine, soit une perte de croissance de près de deux points et tous les signaux économiques et financiers sont en train de virer au rouge vif, comme en témoigne la chute accélérée de la livre sterling, au lendemain du discours de May et surtout de Hollande.

Désormais, chacun sait que la rupture, en 2019, sera claire et nette et les acteurs économiques vont devoir s’y préparer. Ce qui ne veut pas dire qu’ensuite un accord de libre-échange, ainsi que divers accords de coopération, ne pourront pas être conclus. Mais, il faudra que Londres donne des gages sérieux durant les deux ans qui viennent sur sa bonne volonté si elle ne veut pas se retrouver avec des tarifs douaniers pendant la période transitoire, la négociation de tels accords prenant plusieurs années. Ce qui est sur, désormais, c’est que Londres ne retrouvera jamais un libre accès au marché intérieur : « même avec le CETA (le traité entre l’UE et le Canada), il y a des conditions à respecter : les produits doivent respecter la législation communautaire », souligne-t-on à Paris. Et, surtout, l’accès au marché financier n’est rien moins que garanti, d’autant que ce n’est pas forcément l’intérêt des Européens de le permettre… Michel Barnier, le négociateur de la Commission, qui a pris ses fonctions le 1er octobre, se prépare de longues nuits blanches et des lendemains migraineux.

N.B.: version allongée et mise à jour de l’article paru dans Libération du 5 octobre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 08-oct.-2016 17:53

Hollande, le Brutus de Delors

REUTERS/Michel Euler/Pool

Mon éditorial sur le discours prononcé par François Hollande, jeudi soir, à l’occasion des 20 ans de l’Institut Jacques Delors, est ici. Si vous voulez voir le discours pour vous faire une idée complète, c’est . Bonne lecture !


bruxelles.blogs.liberation.fr | 08-oct.-2016 16:13

Référendum sur les réfugiés en Hongrie : Première défaite pour Viktor Orbán
Népszabadság, Budapest – Faute d’avoir atteint le quorum suffisant, la consultation du 2 octobre est invalide. Même si les “non” aux quotas de réfugiés décidés par l’UE l’ont largement remporté, pour la première fois depuis 2006, le Premier ministre a été désavoué. Voir en entier .
presseurop.eu | 07-oct.-2016 14:59

Manifestations anti-gouvernementales en Pologne : Une bataille qui va au-delà de l’IVG
, – Le projet de durcissement de la déjà très restrictive loi sur l’interruption volontaire de grossesse et les protestations qui en ont émaillé le parcours marquent une nouvel affrontement entre le pouvoir clérico-nationaliste et ses adversaires, qui l’accusent de vouloir diviser le pays entre “bons” et “mauvais” polonais." Voir en entier .
presseurop.eu | 06-oct.-2016 08:57

Hongrie: la solidarité n'est pas à sens unique

REUTERS/Laszlo Balogh

Mon éditorial sur le référendum hongrois est ici.

Il a été écrit avant le résultat final qui est intéressant : comme les votes exprimés ne dépassent pas 39,9 % (avec une participation de 45 %), la consultation n’a aucune force légale (il fallait atteindre 50% des votes exprimés ). Tout le monde est donc soulagé à Bruxelles et dans les capitales européennes puisqu’on évite le clash juridique entre une norme européenne et une norme adoptée par un référendum national.

Néanmoins, est-ce vraiment une défaite politique pour Viktor Orban? C’est aller un peu vite en besogne, lorsque l’on sait que le vote négatif a atteint 93,8% des suffrages exprimés et qu’il ne faut pas oublier que le référendum d’adhésion à l’UE n’avait mobilisé que 45,5% des électeurs (le oui l’avait emporté à 84%)... Je pense donc plutôt que le bras de fer entre Orban et l’Union va repartir de plus belle: d’ailleurs, il a déjà annoncé qu’il allait modifier la constitution hongroise afin d’affirmer la prééminence du droit national sur le droit européen dans le domaine de l’immigration, ce qui serait une violation pure et simple des traités...


bruxelles.blogs.liberation.fr | 03-oct.-2016 20:12

Après le sommet de Bratislava : Une parodie d’Europe
Les Echos, Paris – Le récent Conseil européen à 27 a été un naufrage pour l’UE. Il est temps de former une Europe resserrée avec des Etats qui veulent avancer. Voir en entier .
presseurop.eu | 30-sept.-2016 10:03

Brexit: que les Anglais payent la facture !

Qui va payer les frais du divorce entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne ? Londres ayant décidé de claquer la porte du domicile conjugal en dépit des suppliques de ses partenaires qui voulaient qu’elle reste, il n’y a aucune raison qu’ils assument de près ou de loin les coûts de la procédure. D’autant que le moindre euro du budget communautaire est compté, Londres ayant bataillé et obtenu (avec le soutien de l’Allemagne, il est vrai) pour que la programmation financière 2014-2020 soit en diminution pour la première fois de l’histoire européenne… Or le Brexit va coûter cher.

La Commission a engagé l’ancien commissaire Michel Barnier comme chef de file de ses négociateurs avec rang de directeur général, qui émargera, à partir du 1er octobre, autour de 17.000 euros par mois. Il peut déjà compter sur une adjointe (allemande) qui sera payée à peu près au même tarif et, dans un premier temps, sur une équipe d’une vingtaine de fonctionnaires. Soit une masse salariale minimale de 540.000 euros sur deux ans, durée minimale de la négociation une fois que l’article 50 du traité sur l’Union européenne aura été activé par le Royaume-Uni. Plus il tarde à présenter sa demande de divorce, plus la facture augmente. Mais le personnel impliqué ira bien au-delà : on estime à la Commission qu’environ 200 personnes travailleront, au moins à temps partiel, sur le Brexit, soit une masse salariale d’environ (on est à la louche : j’ai retenu un salaire moyen brut de 7000 euros mensuels) de 34 millions, des eurocrates distraits d’autres tâches bien plus importantes. Surtout, l’exécutif européen ne sera pas seul mobilisé par cette négociation : le Conseil des ministres et le Parlement européen ont aussi leurs équipes, toutes les institutions communautaires étant concernés par cette grande première qu’est le départ d’un État membre. Il en ira de même dans les Etats membres où des diplomates seront chargés de surveiller les négociations afin de s’assurer qu’elles ne nuisent pas à leurs intérêts. Las but not least : il faut ajouter à ces salaires tous les frais : téléphones, déplacements à Londres et dans les capitales européennes, hôtels, restaurants, etc. Une affaire qui coutera donc au bas mot 50 millions d’euros, sans doute plus, aux contribuables européens. En Grande-Bretagne, la facture de la préparation du Brexit, encore plus complexe de ce côté de la Manche, est estimée à 75 millions d’euros par an par le think tank «The Institute for government».

Certes, on peut faire valoir qu’il en va de même des négociations d’élargissement qui, elles aussi, mobilisent des moyens. Mais là, c’est très différent : les deux parties étant désireuses de s’unir, il est normal que l’Union supporte une partie des coûts. « I want my money back » clamait en son temps Margaret Thatcher, l’ex Première ministre britannique. Il est temps de lui rendre la monnaie de sa pièce : faisons payer à la Grande-Bretagne l’ensemble des frais de la procédure d’un divorce qu’elle seule a voulu et que cet argent soit affecté, par exemple, au programme Erasmus qui en a bien besoin !

N.B.: version mise à jour de mon éditorial paru le 26 septembre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 29-sept.-2016 15:51

Neelie Kroes, symbole de la corruption morale des Etats

REUTERS/Thierry Roge THR/THI Barroso et Kroes en 2004

Y aurait-il quelque chose de pourri dans l’Union européenne ? Après José Manuel Durao Barroso, président de la Commission entre 2004 et 2014, prit la main dans le Sachs de la cupidité, c’est au tour de l’une de ses commissaires d’être épinglée par la presse : la Néerlandaise Neelie Kroes a présidé une société offshore établie aux Bahamas, un paradis fiscal réputé, entre juillet 2000 et octobre 2009, une fonction qu’elle a « oublié » de déclarer lorsque la libérale batave a été nommée, en novembre 2004, commissaire à la concurrence. Un mensonge qui se double d’une faute morale, vu les fonctions qu’elle a exercées. Si on ajoute à cela les nombreux cas de « pantouflages », ces recasages d’anciens commissaires ou hauts fonctionnaires européens dans le privé, ou le Luxleaks, qui a montré comment Jean-Claude Juncker, l’ancien premier ministre luxembourgeois et président de la Commission depuis 2014, a offert un traitement fiscal préférentiel à des multinationales pour les attirer chez lui, c’est un tableau peu reluisant qu’offre l’exécutif européen. Le cœur des outragés se fait donc entendre : vraiment, l’Europe, ça n’est plus ça si ce fut jamais !

Avant de joindre sa voix à celle des indignés de service, rappelons quelques faits. Neelie Kroes n’est pas le produit du système européen, mais de son pays : politicienne madrée, elle a été désignée par son gouvernement comme commissaire en 2004 et renommée par le même gouvernement en 2009 (au sein de la Commission Barroso II, de 2009 à 2014, où elle a été chargée de la société numérique). Ancienne ministre des Transports, sa proximité avec le monde des affaires (elle siégeait dans une douzaine de conseils d’administration : (Volvo, Lucent, Thales, MMO2, Nederlandse Spoorwegen NV, Ballast Nedam, Royal P & O Nedlloyd NV, etc.) et même mafieux (via son proche ami, Jan-Dirk Paarlberg, un promoteur immobilier sulfureux), et son goût pour l’argent étaient parfaitement connus des Néerlandais et n’embarrassaient manifestement pas ce peuple à la morale si sourcilleuse.

Le Parlement européen, qui devait entériner cette nomination, a bien tenté d’obtenir le remplacement de Kroes, en vain. Barroso, déjà affaibli par la censure du démocrate-chrétien italien Rocco Buttiglione, écarté pour ses propos jugés homophobes et misogynes, et de la Lettone eurosceptique Ingrida Udre, impliquée dans une affaire de financement occulte de parti politique, a refusé tout net, soutenu par la majorité de droite. Le Parlement et la Commission auraient-ils dû enquêter plus avant ? Sans doute, sauf qu’ils n’ont aucun pouvoir d’investigation de quelque nature que ce soit, les États y ont veillé. « Bruxelles » ne peut pas laver plus blanc que blanc et n’a d’autre choix que de s’en remettre aux États membres. D’ailleurs, les Pays-Bas n’ont jamais mis en cause politiquement ou pénalement Neelie Kroes : ils n’ont même pas été capables de découvrir l’existence de la fameuse offshore.

Ce qui ne dédouane pas les dirigeants communautaires : informé des liens troubles qu’entretenait Kroes avec le monde de l’argent, Barroso aurait pu la nommer à un poste moins exposé que la concurrence et le Parlement n’aurait pas dû relâcher la pression. Mais c’était prendre le risque de se fâcher avec un pays supplémentaire (Silvio Berlusconi a défendu jusqu’au bout son ami Buttiglione) et surtout offrir une victoire supplémentaire à la gauche… L’Union, c’est aussi de la politique.

Ce que montre en réalité l’affaire Kroes, qui n’a pas failli dans ses fonctions de commissaire jusqu’à preuve du contraire, placée qu’elle était sous haute surveillance de l’administration communautaire, est que la corruption morale est dans les États membres, la classe politique européenne n’étant que son émanation. Bruxelles n’est pas Washington, c’est-à-dire un État fédéral qui génère sa propre classe politique. Si Jérôme Cahuzac avait été nommé commissaire, accuserait-on la Commission Juncker de ses fraudes fiscales alors que l’Etat français a été incapable de les mettre à jour au point de le nommer ministre du budget ? Alors oui, il faut s’indigner, mais ne pas se tromper de cible. C’est l’avidité des élites étatiques qui abîme la politique en général, le projet européen par voie de conséquence. Et il faut savoir gré à l’Union d’avoir généré des règles visant à limiter les conflits d’intérêts ou, dans un autre domaine, à identifier les lobbyistes dont on cherche en vain l’équivalent dans les Etats membres.

N.B.: Quelques articles parus à l’époque: en 2004 (ici, ici ou encore ici) ou en 2006 (ici et ici).

N.B.: version rallongée de mon article paru dans Libération du 24 septembre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 26-sept.-2016 18:48

Référendum en Hongrie sur la relocalisation des réfugiés : Le gouvernement fait rase campagne
, – A quelques jours du référendum du 2 octobre sur les quotas de réfugiés décidés par l’UE, la campagne anti-immigration du gouvernement s’amplifie et s’appuie de plus en plus sur un langage agressif, des exagérations, voire des mensonges. Voir en entier .
presseurop.eu | 26-sept.-2016 08:32

Le péril catalan

J.Q.

Après le « Brexit », le possible « Scotin », le maintien de l’Écosse dans l’Union après le Brexit, l’Europe va-t-elle affronter un prochain« Cat-exit-remain » ? Autrement dit l’indépendance unilatérale d’une Catalogne farouchement décidée à rester dans l’Union ? Tel est bien le but des dirigeants indépendantistes catalans, au pouvoir depuis septembre 2015, qui espèrent se séparer de l’Espagne d’ici l’été 2017 ou 2018 sans que cela affecte l’appartenance de la Catalogne à l’Union. Dimanche 11 septembre, pour la cinquième année consécutive, une partie des Catalans a manifesté en faveur de l’indépendance: à l’occasion de la Diada, la fête nationale locale, 800.000 personnes sont descendues dans la rue (pour une population de 7,5 millions d’habitants), selon les autorités, un chiffre équivalent à celui de l’année dernière, mais nettement inférieur aux éditions de 2012 à 2014 (entre 1,5 et 2 millions de manifestants), l’opinion publique se lassant des déchirements internes du camp indépendantiste.

Droit historique

«Nous avons un droit historique à être reconnus comme une nation et un État. D’ailleurs, nous sommes en train de devenir un État indépendant et nous sommes déterminés à tout faire pour parvenir à ce but», martèle Carles Puigdemont, le président de la Généralité de Catalogne qui a succédé à Arthur Mas en janvier dernier, devant un groupe de journalistes français. «L’indépendance est inévitable, impossible à stopper et sans alternative. Nous irons jusqu’au bout», surenchérit Raül Romeva, le ministre «des affaires étrangères» catalan à qui le Tribunal constitutionnel de Madrid, le cerbère veillant à l’unité espagnole, a interdit de porter ce titre... Même si les élections de 2015, auxquels les partis indépendantistes avaient donné un caractère plébiscitaire, ont été un demi-échec (48 % des voix seulement, contre 39 % aux partis unionistes, mais une majorité absolue en sièges), le gouvernement de la Generalitat estime malgré tout avoir reçu un mandat pour organiser un référendum d’autodétermination afin de trancher une bonne foi pour toute la question catalane. «80 % des Catalans sont pour un référendum et plus de 50 % sont pour l’indépendance», estime le journaliste et philosophe Joseph Ramoneda. «Alors qu’historiquement l’indépendantisme a toujours été minoritaire», rappelle Joan Culla, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Barcelone, désormais, ajoute Joseph Ramoneda, philosophe et journaliste, «il n’est plus tabou, surtout parmi les jeunes».

«Il y a deux voies pour parvenir à l’indépendance», explique Carles Puigdemont. «Soit nous organisons un référendum à l’été 2017 ou 2018 avec l’accord de Madrid, comme cela a été le cas en Écosse. Ce serait la résolution idéale du conflit. Mais, en dehors de Podemos, aucun autre parti espagnol ne veut parvenir à un tel accord: le pouvoir central nous menace même de nous déclarer illégaux, car, selon lui, nous violons la Constitution espagnole. Nous sommes donc prêts à nous passer de son accord : les Catalans veulent décider de leur avenir. Tout a commencé dans les urnes avec notre élection, cela se terminera donc dans les urnes». Autant dire que la détermination de la majorité au pouvoir (Ensemble pour le oui -Juns pel Si, 62 sièges sur 135 au sein du Parlement de Catalogne- appuyé par la gauche radicale de Candidature d’unité populaire, 10 sièges) est totale, même si Joan Culla ne croit guère à une «proclamation unilatérale, très difficile à imaginer », pas plus que les diplomates européens en poste à Barcelone : «il n’y a aucun moyen d’obliger Madrid à appliquer l’indépendance», juge l’un d’eux.

Confrontation

Côté indépendantiste, on la joue bravache: « On en passera si nécessaire par une confrontation avec un État qui ne nous a jamais considérés«, tranche Lluis Llach, député du parti Juns pel Si, et chanteur légendaire, réfugié en France sous la dictature franquiste. »Avant la fin de la législature, on votera les lois de déconnexion qui nous permettront de nous couper du système juridique de l’État central et d’organiser un référendum d’autodétermination«, annonce Carles Puigdemont. Un »coup d’État« dénoncé par les unionistes qui estiment que »le parlement catalan n’a aucune légitimité pour organiser une telle consultation«, comme l’affirme Ferran Predet, député du parti socialiste espagnol (PSOE).

De fait, un référendum unilatéral sera considéré comme nul et non avenu par Madrid : »en 2014, le tribunal constitutionnel espagnol a déjà annulé une loi permettant d’organiser un référendum. Il a quand même eu lieu le 9 novembre de la même année à titre consultatif et sans cadre légal: la moitié du corps électoral y a pris part et 80 % a voté en faveur de l’indépendance«, explique un diplomate européen. »On en est resté là, car les Catalans sont très attachés, quoi qu’ils en disent, à l’État de droit«. Ce diplomate explique que, « dès qu’un projet de loi dépassant le cadre de l’autonomie assez large prévue par la Constitution de 1978 est déposé, voire simplement si une commission parlementaire est créée pour l’examiner, le Tribunal, saisi par les unioniste, l’annule».

Mais les circonstances ont évolué depuis cette date. «On a tout essayé, mais on a échoué», martèle Carles Puigdemont. «Nous ne sommes pas responsables de la situation de blocage» créée, en juin 2010, par le Tribunal constitutionnel, composé de juges désignés par le Parti populaire (PP) et le PSOE. De fait, celui-ci a profondément édulcoré la réforme du statut d’autonomie adopté par les Cortès et par référendum en Catalogne, en 2006, et qui donnait largement satisfaction aux revendications catalanes. Tous les partis catalans, sauf les conservateurs du PP, dénoncent d’ailleurs l’incapacité de l’Espagne à se transformer en un véritable État fédéral à l’allemande. « L’Espagne, c’est en réalité une Suisse en plus grande. Mais le pouvoir central refuse de reconnaître cette réalité », estime Marti Anglada, représentant de la Catalogne en France et en Suisse. « Il y a un épuisement du système hérité de la transition, comme le montre la crise politique madrilène qui dure depuis plus d’un an«, analyse Lluis Llach : »c’est d’ailleurs dans la rue, en 2010, qu’a commencé le chemin vers l’indépendance. C’est un mouvement social très puissant«. Ce qui est exact tant du côté des syndicats que du patronat qui souligne que 63% des PME sont en faveur de l’indépendance.

Guerre civile?

La »confrontation« aura-t-elle lieu? Rien de moins certain, les camps en présence cherchant surtout à créer un rapport de force afin de faire triompher ses thèses sans en passer par là. Madrid fait notamment valoir qu’une Catalogne indépendante serait automatiquement exclue de l’Union européenne, une catastrophe économique pour la région. « D’une part, rien n’est prévu par les traités européens dans un tel cas », rétorque Carles Puigdemont. « D’autre part, si Madrid estime qu’une Catalogne indépendante doit sortir de l’Union et renégocier une adhésion à laquelle elle pourrait poser son véto, il faudrait d’abord qu’elle nous reconnaisse! Or, elle a annoncé qu’il n’en était pas question ». Surtout, « personne au sein de l’Union ne voudra se priver de l’économie catalane qui pèse 2 % de son PIB. Je suis persuadé que la realpolitik finira pas l’emporter et que nous resterons membre de l’Union ». Pour Puigdemont, « il ne s’agit pas de créer un État nation du XIXe siècle, mais du XXIe siècle: ce ne sera pas une déclaration d’indépendance, mais d’interdépendance ».

Jouer avec les frontières n’est, en tout cas, pas sans danger comme l’a montré la guerre dans l’ex-Yougoslavie: « il n’y aura pas de guerre civile en Catalogne, il n’y a pas de tradition de violence comme au Pays basque », affirme, sûr de lui, Puigdemont. « J’exclus un scénario violent : ici, nous arrivons à faire des coalitions avec des gens avec qui nous sommes en désaccord profond ». Un scénario idyllique auquel ne croit pas Chantal Moll de Alba, professeur de droit civil et membre de Ciutadanos: « il y a de la haine entre les indépendantistes et les unionistes qui ont peur de s’exprimer ». Pour Josep Lluis Rabell, député de « Catalunya si que es Pot », qui comprend notamment la branche catalane de Podemos, « nous nous croyons l’exception, mais nous n’échapperons pas à la violence »: « si nous nous déclarons indépendants, une bonne partie de la société catalane ne reconnaitra pas le référendum ». Les indépendantistes sont-ils prêts à prendre un tel risque pour la Catalogne, l’Espagne et l’Europe?

N.B.: Version longue de l’article paru dans Libération du 20 septembre.

Les journalistes français ont été invité par le gouvernement catalan qui ont pu rencontrer l’ensemble des acteurs politiques, sociaux, économiques, pro ou anti indépendance. Seul le Parti Populaire a refusé de nous rencontrer.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 22-sept.-2016 19:21

«L'esprit de Bratislava», une mascarade

Le sommet de Bratislava qui a eu lieu vendredi a été une véritable mascarade qui a montré une nouvelle fois la réalité de l’Europe des Etats. Mon analyse est ici. Mercredi, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission a pourtant tenté de repartir à l’offensive en accord avec Berlin et Paris. Mes articles sont ici et ici.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 17-sept.-2016 17:59

Jean-Claude Juncker, verre de rage

Mon portrait de Jean-Claude Juncker est ici. Objet d’une campagne de dénigrement virulente de la presse anglaise, américaine et allemande sur le thème de son alcoolisme, de son absentéisme, de ses maladies, et j’en passe, le président de la Commission a accepté de me rencontrer pour répondre à ces attaques très personnelles.

Il en ressort ce portrait qui a fortement déplu (on peut dire ça comme ça) à ses portes-paroles qui auraient voulu que je n’écrive pas, en particulier, qu’il avait bu quatre coupes de champagne pendant le déjeuner, montrant ainsi qu’ils n’ont pas vraiment compris ce qu’était le journalisme... Le mérite de Juncker est justement qu’il ne dissimule pas et refuse de rentrer dans le cadre technocratique dont rêve pour lui un entourage pas toujours très inspiré ou plutôt un peu trop centré sur ce que pense une presse anglo-saxons hygiéniste et politiquement correcte (et d’une rare hypocrisie quand on connait le rapport des Britanniques à l’alcool...).


bruxelles.blogs.liberation.fr | 16-sept.-2016 11:59

Barroso, droit dans ses « Texas boots »

Photo Yves Herman. Reuters

L’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, n’a décidément pas changé : arrogant, dominateur et sûr de lui, voici l’ancien premier ministre portugais tel qu’en lui-même. Dans un courrier glacé adressé à son successeur, Jean-Claude Juncker, et révélé par l’AFP, il estime « sans fondement et complètement imméritées » les critiques qui ont suivi son recrutement par la sulfureuse banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

Pour lui, les décisions de la Commission de le traiter comme un simple lobbyiste, et non comme un ancien président, ainsi que de saisir le comité d’éthique « sont discriminatoires à mon égard et contre Goldman Sachs ». Pas moins. Au passage, on apprend qu’il n’a pas été embauché (à quel plantureux salaire ? Mystère) pour s’occuper du Brexit, mais pour donner «des conseils liés aux affaires de la banque avec ses clients», une fonction qui est donc bien plus large et donc potentiellement génératrice de nombreux conflits d’intérêts.

L’occasion de lire mon éditorial paru dans Libération de ce matin: «Barroso, la Commission de l’émotion».


bruxelles.blogs.liberation.fr | 13-sept.-2016 19:49

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