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Actualité

Après le sommet de Bratislava : Une parodie d’Europe
Les Echos, Paris – Le récent Conseil européen à 27 a été un naufrage pour l’UE. Il est temps de former une Europe resserrée avec des Etats qui veulent avancer. Voir en entier .
presseurop.eu | 30-sept.-2016 10:03

Brexit: que les Anglais payent la facture !

Qui va payer les frais du divorce entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne ? Londres ayant décidé de claquer la porte du domicile conjugal en dépit des suppliques de ses partenaires qui voulaient qu’elle reste, il n’y a aucune raison qu’ils assument de près ou de loin les coûts de la procédure. D’autant que le moindre euro du budget communautaire est compté, Londres ayant bataillé et obtenu (avec le soutien de l’Allemagne, il est vrai) pour que la programmation financière 2014-2020 soit en diminution pour la première fois de l’histoire européenne… Or le Brexit va coûter cher.

La Commission a engagé l’ancien commissaire Michel Barnier comme chef de file de ses négociateurs avec rang de directeur général, qui émargera, à partir du 1er octobre, autour de 17.000 euros par mois. Il peut déjà compter sur une adjointe (allemande) qui sera payée à peu près au même tarif et, dans un premier temps, sur une équipe d’une vingtaine de fonctionnaires. Soit une masse salariale minimale de 540.000 euros sur deux ans, durée minimale de la négociation une fois que l’article 50 du traité sur l’Union européenne aura été activé par le Royaume-Uni. Plus il tarde à présenter sa demande de divorce, plus la facture augmente. Mais le personnel impliqué ira bien au-delà : on estime à la Commission qu’environ 200 personnes travailleront, au moins à temps partiel, sur le Brexit, soit une masse salariale d’environ (on est à la louche : j’ai retenu un salaire moyen brut de 7000 euros mensuels) de 34 millions, des eurocrates distraits d’autres tâches bien plus importantes. Surtout, l’exécutif européen ne sera pas seul mobilisé par cette négociation : le Conseil des ministres et le Parlement européen ont aussi leurs équipes, toutes les institutions communautaires étant concernés par cette grande première qu’est le départ d’un État membre. Il en ira de même dans les Etats membres où des diplomates seront chargés de surveiller les négociations afin de s’assurer qu’elles ne nuisent pas à leurs intérêts. Las but not least : il faut ajouter à ces salaires tous les frais : téléphones, déplacements à Londres et dans les capitales européennes, hôtels, restaurants, etc. Une affaire qui coutera donc au bas mot 50 millions d’euros, sans doute plus, aux contribuables européens. En Grande-Bretagne, la facture de la préparation du Brexit, encore plus complexe de ce côté de la Manche, est estimée à 75 millions d’euros par an par le think tank «The Institute for government».

Certes, on peut faire valoir qu’il en va de même des négociations d’élargissement qui, elles aussi, mobilisent des moyens. Mais là, c’est très différent : les deux parties étant désireuses de s’unir, il est normal que l’Union supporte une partie des coûts. « I want my money back » clamait en son temps Margaret Thatcher, l’ex Première ministre britannique. Il est temps de lui rendre la monnaie de sa pièce : faisons payer à la Grande-Bretagne l’ensemble des frais de la procédure d’un divorce qu’elle seule a voulu et que cet argent soit affecté, par exemple, au programme Erasmus qui en a bien besoin !

N.B.: version mise à jour de mon éditorial paru le 26 septembre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 29-sept.-2016 15:51

Neelie Kroes, symbole de la corruption morale des Etats

REUTERS/Thierry Roge THR/THI Barroso et Kroes en 2004

Y aurait-il quelque chose de pourri dans l’Union européenne ? Après José Manuel Durao Barroso, président de la Commission entre 2004 et 2014, prit la main dans le Sachs de la cupidité, c’est au tour de l’une de ses commissaires d’être épinglée par la presse : la Néerlandaise Neelie Kroes a présidé une société offshore établie aux Bahamas, un paradis fiscal réputé, entre juillet 2000 et octobre 2009, une fonction qu’elle a « oublié » de déclarer lorsque la libérale batave a été nommée, en novembre 2004, commissaire à la concurrence. Un mensonge qui se double d’une faute morale, vu les fonctions qu’elle a exercées. Si on ajoute à cela les nombreux cas de « pantouflages », ces recasages d’anciens commissaires ou hauts fonctionnaires européens dans le privé, ou le Luxleaks, qui a montré comment Jean-Claude Juncker, l’ancien premier ministre luxembourgeois et président de la Commission depuis 2014, a offert un traitement fiscal préférentiel à des multinationales pour les attirer chez lui, c’est un tableau peu reluisant qu’offre l’exécutif européen. Le cœur des outragés se fait donc entendre : vraiment, l’Europe, ça n’est plus ça si ce fut jamais !

Avant de joindre sa voix à celle des indignés de service, rappelons quelques faits. Neelie Kroes n’est pas le produit du système européen, mais de son pays : politicienne madrée, elle a été désignée par son gouvernement comme commissaire en 2004 et renommée par le même gouvernement en 2009 (au sein de la Commission Barroso II, de 2009 à 2014, où elle a été chargée de la société numérique). Ancienne ministre des Transports, sa proximité avec le monde des affaires (elle siégeait dans une douzaine de conseils d’administration : (Volvo, Lucent, Thales, MMO2, Nederlandse Spoorwegen NV, Ballast Nedam, Royal P & O Nedlloyd NV, etc.) et même mafieux (via son proche ami, Jan-Dirk Paarlberg, un promoteur immobilier sulfureux), et son goût pour l’argent étaient parfaitement connus des Néerlandais et n’embarrassaient manifestement pas ce peuple à la morale si sourcilleuse.

Le Parlement européen, qui devait entériner cette nomination, a bien tenté d’obtenir le remplacement de Kroes, en vain. Barroso, déjà affaibli par la censure du démocrate-chrétien italien Rocco Buttiglione, écarté pour ses propos jugés homophobes et misogynes, et de la Lettone eurosceptique Ingrida Udre, impliquée dans une affaire de financement occulte de parti politique, a refusé tout net, soutenu par la majorité de droite. Le Parlement et la Commission auraient-ils dû enquêter plus avant ? Sans doute, sauf qu’ils n’ont aucun pouvoir d’investigation de quelque nature que ce soit, les États y ont veillé. « Bruxelles » ne peut pas laver plus blanc que blanc et n’a d’autre choix que de s’en remettre aux États membres. D’ailleurs, les Pays-Bas n’ont jamais mis en cause politiquement ou pénalement Neelie Kroes : ils n’ont même pas été capables de découvrir l’existence de la fameuse offshore.

Ce qui ne dédouane pas les dirigeants communautaires : informé des liens troubles qu’entretenait Kroes avec le monde de l’argent, Barroso aurait pu la nommer à un poste moins exposé que la concurrence et le Parlement n’aurait pas dû relâcher la pression. Mais c’était prendre le risque de se fâcher avec un pays supplémentaire (Silvio Berlusconi a défendu jusqu’au bout son ami Buttiglione) et surtout offrir une victoire supplémentaire à la gauche… L’Union, c’est aussi de la politique.

Ce que montre en réalité l’affaire Kroes, qui n’a pas failli dans ses fonctions de commissaire jusqu’à preuve du contraire, placée qu’elle était sous haute surveillance de l’administration communautaire, est que la corruption morale est dans les États membres, la classe politique européenne n’étant que son émanation. Bruxelles n’est pas Washington, c’est-à-dire un État fédéral qui génère sa propre classe politique. Si Jérôme Cahuzac avait été nommé commissaire, accuserait-on la Commission Juncker de ses fraudes fiscales alors que l’Etat français a été incapable de les mettre à jour au point de le nommer ministre du budget ? Alors oui, il faut s’indigner, mais ne pas se tromper de cible. C’est l’avidité des élites étatiques qui abîme la politique en général, le projet européen par voie de conséquence. Et il faut savoir gré à l’Union d’avoir généré des règles visant à limiter les conflits d’intérêts ou, dans un autre domaine, à identifier les lobbyistes dont on cherche en vain l’équivalent dans les Etats membres.

N.B.: Quelques articles parus à l’époque: en 2004 (ici, ici ou encore ici) ou en 2006 (ici et ici).

N.B.: version rallongée de mon article paru dans Libération du 24 septembre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 26-sept.-2016 18:48

Référendum en Hongrie sur la relocalisation des réfugiés : Le gouvernement fait rase campagne
, – A quelques jours du référendum du 2 octobre sur les quotas de réfugiés décidés par l’UE, la campagne anti-immigration du gouvernement s’amplifie et s’appuie de plus en plus sur un langage agressif, des exagérations, voire des mensonges. Voir en entier .
presseurop.eu | 26-sept.-2016 08:32

Le péril catalan

J.Q.

Après le « Brexit », le possible « Scotin », le maintien de l’Écosse dans l’Union après le Brexit, l’Europe va-t-elle affronter un prochain« Cat-exit-remain » ? Autrement dit l’indépendance unilatérale d’une Catalogne farouchement décidée à rester dans l’Union ? Tel est bien le but des dirigeants indépendantistes catalans, au pouvoir depuis septembre 2015, qui espèrent se séparer de l’Espagne d’ici l’été 2017 ou 2018 sans que cela affecte l’appartenance de la Catalogne à l’Union. Dimanche 11 septembre, pour la cinquième année consécutive, une partie des Catalans a manifesté en faveur de l’indépendance: à l’occasion de la Diada, la fête nationale locale, 800.000 personnes sont descendues dans la rue (pour une population de 7,5 millions d’habitants), selon les autorités, un chiffre équivalent à celui de l’année dernière, mais nettement inférieur aux éditions de 2012 à 2014 (entre 1,5 et 2 millions de manifestants), l’opinion publique se lassant des déchirements internes du camp indépendantiste.

Droit historique

«Nous avons un droit historique à être reconnus comme une nation et un État. D’ailleurs, nous sommes en train de devenir un État indépendant et nous sommes déterminés à tout faire pour parvenir à ce but», martèle Carles Puigdemont, le président de la Généralité de Catalogne qui a succédé à Arthur Mas en janvier dernier, devant un groupe de journalistes français. «L’indépendance est inévitable, impossible à stopper et sans alternative. Nous irons jusqu’au bout», surenchérit Raül Romeva, le ministre «des affaires étrangères» catalan à qui le Tribunal constitutionnel de Madrid, le cerbère veillant à l’unité espagnole, a interdit de porter ce titre... Même si les élections de 2015, auxquels les partis indépendantistes avaient donné un caractère plébiscitaire, ont été un demi-échec (48 % des voix seulement, contre 39 % aux partis unionistes, mais une majorité absolue en sièges), le gouvernement de la Generalitat estime malgré tout avoir reçu un mandat pour organiser un référendum d’autodétermination afin de trancher une bonne foi pour toute la question catalane. «80 % des Catalans sont pour un référendum et plus de 50 % sont pour l’indépendance», estime le journaliste et philosophe Joseph Ramoneda. «Alors qu’historiquement l’indépendantisme a toujours été minoritaire», rappelle Joan Culla, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Barcelone, désormais, ajoute Joseph Ramoneda, philosophe et journaliste, «il n’est plus tabou, surtout parmi les jeunes».

«Il y a deux voies pour parvenir à l’indépendance», explique Carles Puigdemont. «Soit nous organisons un référendum à l’été 2017 ou 2018 avec l’accord de Madrid, comme cela a été le cas en Écosse. Ce serait la résolution idéale du conflit. Mais, en dehors de Podemos, aucun autre parti espagnol ne veut parvenir à un tel accord: le pouvoir central nous menace même de nous déclarer illégaux, car, selon lui, nous violons la Constitution espagnole. Nous sommes donc prêts à nous passer de son accord : les Catalans veulent décider de leur avenir. Tout a commencé dans les urnes avec notre élection, cela se terminera donc dans les urnes». Autant dire que la détermination de la majorité au pouvoir (Ensemble pour le oui -Juns pel Si, 62 sièges sur 135 au sein du Parlement de Catalogne- appuyé par la gauche radicale de Candidature d’unité populaire, 10 sièges) est totale, même si Joan Culla ne croit guère à une «proclamation unilatérale, très difficile à imaginer », pas plus que les diplomates européens en poste à Barcelone : «il n’y a aucun moyen d’obliger Madrid à appliquer l’indépendance», juge l’un d’eux.

Confrontation

Côté indépendantiste, on la joue bravache: « On en passera si nécessaire par une confrontation avec un État qui ne nous a jamais considérés«, tranche Lluis Llach, député du parti Juns pel Si, et chanteur légendaire, réfugié en France sous la dictature franquiste. »Avant la fin de la législature, on votera les lois de déconnexion qui nous permettront de nous couper du système juridique de l’État central et d’organiser un référendum d’autodétermination«, annonce Carles Puigdemont. Un »coup d’État« dénoncé par les unionistes qui estiment que »le parlement catalan n’a aucune légitimité pour organiser une telle consultation«, comme l’affirme Ferran Predet, député du parti socialiste espagnol (PSOE).

De fait, un référendum unilatéral sera considéré comme nul et non avenu par Madrid : »en 2014, le tribunal constitutionnel espagnol a déjà annulé une loi permettant d’organiser un référendum. Il a quand même eu lieu le 9 novembre de la même année à titre consultatif et sans cadre légal: la moitié du corps électoral y a pris part et 80 % a voté en faveur de l’indépendance«, explique un diplomate européen. »On en est resté là, car les Catalans sont très attachés, quoi qu’ils en disent, à l’État de droit«. Ce diplomate explique que, « dès qu’un projet de loi dépassant le cadre de l’autonomie assez large prévue par la Constitution de 1978 est déposé, voire simplement si une commission parlementaire est créée pour l’examiner, le Tribunal, saisi par les unioniste, l’annule».

Mais les circonstances ont évolué depuis cette date. «On a tout essayé, mais on a échoué», martèle Carles Puigdemont. «Nous ne sommes pas responsables de la situation de blocage» créée, en juin 2010, par le Tribunal constitutionnel, composé de juges désignés par le Parti populaire (PP) et le PSOE. De fait, celui-ci a profondément édulcoré la réforme du statut d’autonomie adopté par les Cortès et par référendum en Catalogne, en 2006, et qui donnait largement satisfaction aux revendications catalanes. Tous les partis catalans, sauf les conservateurs du PP, dénoncent d’ailleurs l’incapacité de l’Espagne à se transformer en un véritable État fédéral à l’allemande. « L’Espagne, c’est en réalité une Suisse en plus grande. Mais le pouvoir central refuse de reconnaître cette réalité », estime Marti Anglada, représentant de la Catalogne en France et en Suisse. « Il y a un épuisement du système hérité de la transition, comme le montre la crise politique madrilène qui dure depuis plus d’un an«, analyse Lluis Llach : »c’est d’ailleurs dans la rue, en 2010, qu’a commencé le chemin vers l’indépendance. C’est un mouvement social très puissant«. Ce qui est exact tant du côté des syndicats que du patronat qui souligne que 63% des PME sont en faveur de l’indépendance.

Guerre civile?

La »confrontation« aura-t-elle lieu? Rien de moins certain, les camps en présence cherchant surtout à créer un rapport de force afin de faire triompher ses thèses sans en passer par là. Madrid fait notamment valoir qu’une Catalogne indépendante serait automatiquement exclue de l’Union européenne, une catastrophe économique pour la région. « D’une part, rien n’est prévu par les traités européens dans un tel cas », rétorque Carles Puigdemont. « D’autre part, si Madrid estime qu’une Catalogne indépendante doit sortir de l’Union et renégocier une adhésion à laquelle elle pourrait poser son véto, il faudrait d’abord qu’elle nous reconnaisse! Or, elle a annoncé qu’il n’en était pas question ». Surtout, « personne au sein de l’Union ne voudra se priver de l’économie catalane qui pèse 2 % de son PIB. Je suis persuadé que la realpolitik finira pas l’emporter et que nous resterons membre de l’Union ». Pour Puigdemont, « il ne s’agit pas de créer un État nation du XIXe siècle, mais du XXIe siècle: ce ne sera pas une déclaration d’indépendance, mais d’interdépendance ».

Jouer avec les frontières n’est, en tout cas, pas sans danger comme l’a montré la guerre dans l’ex-Yougoslavie: « il n’y aura pas de guerre civile en Catalogne, il n’y a pas de tradition de violence comme au Pays basque », affirme, sûr de lui, Puigdemont. « J’exclus un scénario violent : ici, nous arrivons à faire des coalitions avec des gens avec qui nous sommes en désaccord profond ». Un scénario idyllique auquel ne croit pas Chantal Moll de Alba, professeur de droit civil et membre de Ciutadanos: « il y a de la haine entre les indépendantistes et les unionistes qui ont peur de s’exprimer ». Pour Josep Lluis Rabell, député de « Catalunya si que es Pot », qui comprend notamment la branche catalane de Podemos, « nous nous croyons l’exception, mais nous n’échapperons pas à la violence »: « si nous nous déclarons indépendants, une bonne partie de la société catalane ne reconnaitra pas le référendum ». Les indépendantistes sont-ils prêts à prendre un tel risque pour la Catalogne, l’Espagne et l’Europe?

N.B.: Version longue de l’article paru dans Libération du 20 septembre.

Les journalistes français ont été invité par le gouvernement catalan qui ont pu rencontrer l’ensemble des acteurs politiques, sociaux, économiques, pro ou anti indépendance. Seul le Parti Populaire a refusé de nous rencontrer.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 22-sept.-2016 19:21

«L'esprit de Bratislava», une mascarade

Le sommet de Bratislava qui a eu lieu vendredi a été une véritable mascarade qui a montré une nouvelle fois la réalité de l’Europe des Etats. Mon analyse est ici. Mercredi, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission a pourtant tenté de repartir à l’offensive en accord avec Berlin et Paris. Mes articles sont ici et ici.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 17-sept.-2016 17:59

Jean-Claude Juncker, verre de rage

Mon portrait de Jean-Claude Juncker est ici. Objet d’une campagne de dénigrement virulente de la presse anglaise, américaine et allemande sur le thème de son alcoolisme, de son absentéisme, de ses maladies, et j’en passe, le président de la Commission a accepté de me rencontrer pour répondre à ces attaques très personnelles.

Il en ressort ce portrait qui a fortement déplu (on peut dire ça comme ça) à ses portes-paroles qui auraient voulu que je n’écrive pas, en particulier, qu’il avait bu quatre coupes de champagne pendant le déjeuner, montrant ainsi qu’ils n’ont pas vraiment compris ce qu’était le journalisme... Le mérite de Juncker est justement qu’il ne dissimule pas et refuse de rentrer dans le cadre technocratique dont rêve pour lui un entourage pas toujours très inspiré ou plutôt un peu trop centré sur ce que pense une presse anglo-saxons hygiéniste et politiquement correcte (et d’une rare hypocrisie quand on connait le rapport des Britanniques à l’alcool...).


bruxelles.blogs.liberation.fr | 16-sept.-2016 11:59

Barroso, droit dans ses « Texas boots »

Photo Yves Herman. Reuters

L’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, n’a décidément pas changé : arrogant, dominateur et sûr de lui, voici l’ancien premier ministre portugais tel qu’en lui-même. Dans un courrier glacé adressé à son successeur, Jean-Claude Juncker, et révélé par l’AFP, il estime « sans fondement et complètement imméritées » les critiques qui ont suivi son recrutement par la sulfureuse banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

Pour lui, les décisions de la Commission de le traiter comme un simple lobbyiste, et non comme un ancien président, ainsi que de saisir le comité d’éthique « sont discriminatoires à mon égard et contre Goldman Sachs ». Pas moins. Au passage, on apprend qu’il n’a pas été embauché (à quel plantureux salaire ? Mystère) pour s’occuper du Brexit, mais pour donner «des conseils liés aux affaires de la banque avec ses clients», une fonction qui est donc bien plus large et donc potentiellement génératrice de nombreux conflits d’intérêts.

L’occasion de lire mon éditorial paru dans Libération de ce matin: «Barroso, la Commission de l’émotion».


bruxelles.blogs.liberation.fr | 13-sept.-2016 19:49

Amende européenne pour Apple : Fruits interdits
Trouw, Amsterdam – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 12-sept.-2016 21:26

Les leçons pour l’Europe

Blog

La décision prise par la Commission européenne d’exiger d’Apple le versement de 13 milliards d'euros à l’Irlande au motif que l’exonération d’impôts dont la société a bénéficié constitue une "aide d’Etat" illégale faussant la concurrence, ainsi que celle de Caterpillar de fermer son usine de Gosselies en Belgique, impliquant des licenciements de quelques 6000 travailleurs, ont largement dominé les actualités économiques récentes.

Si on pouvait s’attendre à ce qu’Apple manifeste son intention de contester la décision de "Bruxelles", l’opposition du Gouvernement irlandais à cette mesure porte, elle, un nouveau coup de canif à l’autorité des institutions de l’Union.

De même, la brutalité de l’annonce de Caterpillar souligne le déséquilibre entre le pouvoir de décision d’une importante « société multinationale » et les moyens dont disposent les gouvernements nationaux de l’UE pour s’y opposer.

Ces deux exemples, fondamentalement différents, soulignent les faiblesses de l’architecture institutionnelle de l’Union. Ils font ressortir de manière criante la nécessité de plus d’Europe (et non seulement de mieux d’Europe) si l’on veut, à la fois, créer un « marché unique » équitable où se déploie une saine compétition fiscale sur un socle commun (mettant fin à la sacrosainte souveraineté absolue des Etats en matière de taxation) et imposer des règles de conduite applicables à ceux qui veulent bénéficier d’un accès à ce marché (limitant la capacité des acteurs économiques à faire du shopping réglementaire).

Si le maintien du principe de "libre choix de l’option la moins taxée" doit être vigoureusement défendu, il faut cependant qu’un cadre général, applicable à l’ensemble du marché unique (règles sur l’assiette de l’impôt et son lieu de perception et/ou clef de répartition), empêche d’éluder l’impôt dans le respect de la lettre sinon de l’esprit des codes nationaux, comme c’est actuellement le cas.

Au-delà des modifications nécessaires pour éliminer les excès de l’ingénierie fiscale au sein de l’Union, il sera opportun d’aborder ce problème sur le plan global (au sein du G20). Il est en effet choquant que les Etats-Unis aient la prétention de censurer la Commission dans le cas Apple, invoquant des retombées fiscales négatives sur le trésor américain lors d’un rapatriement éventuel des profits réalisés à l’étranger par des sociétés américaines ! Si, dans l’attente d’un TTIP de plus en plus illusoire, on doit admettre des règles différentes en Europe et aux USA, il y a cependant lieu de veiller à tout le moins à une "réciprocité" de traitement entre juridictions autonomes.

Le cas Caterpillar est d’une toute autre nature. Il fait peu de doutes que si, en prenant cette décision, la direction devait tenir compte de sa capacité d’opérer sans entraves dans l’ensemble du marché unique, sa position de négociation serait considérablement moins avantageuse que dans ce cas précis où elle n’a comme principaux interlocuteurs étatiques que le gouvernement belge ou même wallon.

Il faudrait exiger, comme c’est le cas pour les fusions/acquisitions, une procédure de notification préalable à la Commission lorsqu’une entreprise d’une certaine taille (engobant toutes les multinationales) envisage la fermeture ou la restructuration d’une de ses implantations importantes, où que ce soit dans l’UE, accompagnée obligatoirement par le dépôt d’un plan détaillé de l’opération projetée.

Il devient de plus en plus évident que les pays membres de l’UE sont face à un choix difficile: soit ils privilégient le principe de souveraineté nationale et donc du "chacun pour soi" et la possibilité d’être soumis à un certain chantage ; soit ils sont prêts à mettre en commun certains attributs supplémentaires de cette souveraineté pour renforcer d’autant leur capacité de négociation face aux décisions unilatérales des multinationales. Il est malheureux que ce soit uniquement lorsqu’une partie se retrouve directement affectée et impuissante à réagir efficacement qu’elle fasse appel à la solidarité de l’Union.

Les partis politiques de tous bords, y compris les plus eurosceptiques, les gouvernements, les directions locales des entreprises et les syndicats représentant les travailleurs doivent tous reconnaître la valeur ajoutée que l’UE peut apporter dans la défense des intérêts des citoyens européens. Le débat autour du Brexit constitue une illustration supplémentaire de ce débat fondamental où le Royaume-Uni sera en situation de faiblesse relative dans ses négociations non seulement avec l’Union mais aussi vis-à-vis de pays tiers comme les USA, la Chine ou l’Inde.

Si on veut éviter les affres du protectionnisme qui serait désastreux dans un monde où la prospérité à tous niveaux est tributaire de la fluidité des échanges de marchandises, de services, de capitaux et de cerveaux, il faut promouvoir une réglementation permettant de trouver un équilibre entre les divers intérêts légitimes en présence. C’est seulement à ce prix qu’on pourra espérer mettre fin au pouvoir exorbitant des multinationales et à leur capacité de mettre en œuvre leur credo : "diviser pour régner" !


presseurop.eu | 10-sept.-2016 12:44

L’Euro et la crise : Pourquoi Joseph Stiglitz se trompe
Alternatives économiques, Paris – En plaidant pour une "sortie en douceur" de l'euro tel qu'il le fait dans son dernier livre, l'économiste américain Joseph Stiglitz fait preuve d'une profonde méconnaissance des réalités du vieux continent, note le rédacteur en chef d'Alternatives Economiques. Voir en entier .
presseurop.eu | 10-sept.-2016 12:15

Angela Merkel affaiblie, l'Europe paralysée

Vincenzo Pinto (AFP

Angela Merkel est-elle toujours la «Queen of Europe», comme la presse britannique aime à l’appeler ? Faute de successeur crédible sans doute, mais c’est une reine dont la splendeur semble appartenir au passé. Affaiblie sur la scène allemande à cause de sa politique d’ouverture aux réfugiés, la chancelière, à un an d’élections générales à haut risque, n’a plus vraiment les moyens de peser sur l’avenir de l’Europe, et ce, au pire moment : non seulement la Grande-Bretagne a décidé de quitter l’Union, mais les crises qui ont secoué l’Europe ces dernières années couvent toujours. Déjà prudente en temps normal, Angela Merkel va sans doute temporiser comme jamais afin de ne pas fournir d’arguments de campagne à ses opposants - les europhobes de l’AFD au premier chef, après sa victoire dans son Land d’origine, dimanche dernier - mais aussi à ses partenaires de la grande coalition, les sociaux-démocrates du SPD, qui ont commencé à prendre leurs distances, notamment sur la politique européenne. Avec une chancelière absorbée par ses rendez-vous de politique intérieure, il est donc plus que probable qu’il ne se passera rien sur la scène communautaire avant fin 2017 : l’UE semble condamnée à naviguer encore quelque temps à la godille…

Personne en Europe ne peut prétendre occuper la place de Merkel, d’autant que, même fragilisée, elle demeure un roc de stabilité comparé à ses partenaires. Ainsi le président du Conseil italien, Matteo Renzi, affronte en octobre un référendum qui pourrait bien lui être fatal, tandis que François Hollande est totalement démonétisé sur le plan intérieur comme sur la scène européenne à force d’inexistence. Pis : les Allemands ne lui font plus guère de crédit, d’autant qu’ils savent lire une courbe de popularité. L’Europe politique est donc, pour l’instant, un champ de ruines entre un couple franco-allemand aux abonnés absents et des dirigeants nationaux plus fragiles les uns que les autres… Le Conseil européen de Bratislava, qui réunira le 16 septembre les chefs d’Etat et de gouvernement (à l’exclusion des Britanniques) pour préparer l’après-Brexit, devrait accoucher d’une souris.

«La page du futur».

En dehors de la tarte à la crème de l’Europe «concrète» ou «proche des citoyens», les Etats savent qu’une relance de l’UE passe obligatoirement par une remise à plat des traités européens, notamment pour renforcer et démocratiser la zone euro, mais aussi pour créer une véritable défense européenne qui semble rallier de plus en plus de suffrages, y compris dans l’est de l’Union. L’Italie espérait profiter du soixantième anniversaire du traité de Rome, le 25 mars 2017, pour lancer ce chantier d’envergure, mais la «page du futur» que Matteo Renzi souhaite écrire - comme il l’a proclamé le 22 août lors du sommet de Ventotene, au cours duquel il a rencontré Angela Merkel et François Hollande - risque de rester blanche. Guy Verhofstadt, le président du groupe libéral du Parlement européen, n’est pas de cet avis : «Lancer le chantier est au contraire sans risque. Il n’y a aucune chance qu’on parvienne à un accord avant les élections allemandes ou même que l’on produise des propositions qui pourraient être utilisées dans les débats nationaux. Il faut juste lancer la mécanique : les Vingt-Sept montreront ainsi leur engagement européen.» Mais, à l’heure actuelle, on n’en est absolument pas là.

Cette paralysie annoncée fait au moins le bonheur d’un dirigeant : la Première ministre britannique, Theresa May. Déjà peu disposée à déclencher rapidement le processus de sortie de son pays de l’Union afin de se donner le temps de se mettre en ordre de bataille, son entourage évoque de plus en plus ouvertement non plus le début de l’année 2017 pour demander l’application de l’article 50 (qui ouvrira une période maximale de deux ans pour négocier le départ), comme il en était question jusqu’à présent, mais la fin de l’année prochaine, une fois les élections françaises et allemandes passées.«Il n’y a plus de leadership européen, il y a donc une certaine logique à attendre qu’il se reconstitue pour négocier la sortie», estime Denis McShane, l’ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair.

A bras-le-corps.

Si aujourd’hui Angela Merkel est plutôt encline à se montrer compréhensive à l’égard de Londres, à la différence de François Hollande, qu’en sera-t-il de leurs éventuels successeurs ? Mais la perspective d’un Brexit rapide s’éloignant, cela ne pousse pas non plus les dirigeants européens à se saisir à bras-le-corps de l’avenir de l’Union : pourquoi ouvrir dès maintenant un front européen périlleux, alors que les batailles de politique intérieure s’annoncent déjà rudes ? Au fond, l’affaiblissement d’Angela Merkel tombe à pic.

N.B.: article paru dans Libération du 5 septembre


bruxelles.blogs.liberation.fr | 09-sept.-2016 16:54

Burkini, voile : les racines religieuses des leçons de « tolérance » anglo-saxonne

La presse britannique et américaine n’a pas ménagé ses critiques à l’égard du débat estival français sur le burkini, comme elle l’avait fait dans le passé lors de l’interdiction du voile dans les services publics puis de la burka. Le Daily Telegraph de Londres résume parfaitement le ton des médias anglo-saxons : il voit dans l’interdiction décidée par une poignée de communes du littoral un « acte d’un fanatisme insensé » et juge que « les vrais ennemis de la liberté ne sont pas les porteuses de burkini, mais les politiciens qui veulent les interdire ». Le New York Times a donné la parole à des femmes musulmanes « persécutées » en France, dont l’une estime même que « les chiens ont plus de droits que les femmes voilées » (ce qui n’a pas plu à Manuel Valls, le Premier ministre). Pour bien enfoncer le clou, le journal a traduit l’article en français… Bref, la France serait quasiment une dictature qui aurait instauré un régime d’apartheid à l’égard des musulmans, une sorte d’Alabama des années 60. Ne nous y trompons pas : le débat va bien au-delà de la place de la religion musulmane (dans sa version islamiste) en France, les critiques étant tout aussi virulentes à l’égard de la politique française à l’égard des sectes, aucun Anglo-saxon ne comprenant pourquoi l’Église de scientologie, pour ne citer qu’elle, n’est pas reconnue comme une Église comme une autre.

En France, les défenseurs du droit des femmes musulmanes intégristes à couvrir leur corps à la plage ou ailleurs, soit une partie de la gauche (y compris féministe) et les libéraux, y ont vu un soutien inespéré à leur thèse, la « modernité » étant forcément anglo-saxonne. C’est moins le débat sur le burkini ou le voile qui m’intéresse ici que les raisons sous-jacentes aux critiques de la presse anglo-américaine : mis à part The Economist, qui a fait traiter le sujet par sa correspondante à Paris, elle a manifesté là une gigantesque incompréhension de ce qu’est le modèle français et les Français qui se sont réjoui de ces critiques n’ont pas mesuré à quel point le modèle britannique et américain est différent du notre, un système dont ils ne voudraient par ailleurs à aucun prix : place de la religion, liberté d’expression, relativisme culturel, autant d’éléments qu’il faut prendre en compte si l’on veut comprendre la nature profondément différente du débat en France, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.

In god, we trust

D’abord, la place qu’occupe la religion dans le monde anglo-saxon est particulière : la laïcité à la française n’y existe tout simplement pas. Il ne faut pas oublier que les États-Unis ont été fondés par des sectes religieuses chrétiennes chassées d’Europe à cause de leur nocivité supposée et que le pays reste fortement marqué par ses origines religieuses. Certes, l’État est séparé de l’Église, mais en ce sens qu’il est neutre à l’égard des religions, qu’il n’en favorise aucune en particulier. Mais, la religion est partout. Toutes les religions sont autorisées en vertu du premier amendement de 1791 : « le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion ». Depuis 1956, la devise officielle est « in god we trust » et elle figure même sur la monnaie américaine. Mieux, le président américain prête dans la quasi-totalité des cas serment sur la Bible (mais c’est une pratique non obligatoire).

Résultat, même les sectes les plus extrémistes y ont droit de cité (des Mormons de l’Utah aux Amishs, en passant par les Témoins de Jéhovah, les Scientologues, etc). On compte aux États-Unis plus de 450.000 églises et ce n’est pas demain la veille qu’un président officiellement athée pourra se faire élire. À cela s’ajoute le respect absolu de la liberté d’expression, pendant de la liberté religieuse totale : on peut proférer toutes les opinions même les plus extrémistes, qu’elles soient racistes, antisémites, négationnistes, etc. L’existence officielle du KKK et d’autres groupes suprémacistes blancs sont là pour le montrer.

C’est aussi vrai, mais dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne où l’anglicanisme (une communauté d’églises autocéphales en réalité, à mi-chemin du protestantisme et du catholicisme), religion d’État (la reine est le gouverneur suprême de l’église d’Angleterre), s’est parfaitement accommodé du communautarisme, en particulier religieux : ainsi 85 tribunaux islamiques rendent des jugements dans les domaines civils et commerciaux, jugements qui doivent cependant être confirmés par la High Court pour avoir force obligatoire (en réalité s’ils sont contestés). En outre, la société britannique reste une société de classe strictement hiérarchisée où chacun fait ce qui lui plait dans sa classe sociale tant que l’ordre social n’est pas perturbé. Enfin, outre-Manche, tout comme outre-Atlantique, la liberté d’expression y est quasi absolue, héritage de la rupture avec Rome et ses dogmes.

Fellation interdite

Cette liberté a néanmoins ses limites, des limites marquées au coin de la religion : pendant longtemps, l’homosexualité a été durement réprimée (alors que la polygamie des sectes était admise), et, comme dans une banale théocratie, les États américains n’hésitent pas à s’inviter dans le lit de leurs citoyens (à ma connaissance, ce n’est pas le cas en Grande-Bretagne). Ainsi l’Alabama a interdit, jusqu’en 2014, la fellation et la sodomie, même au sein des couples hétérosexuels, la Virginie interdit de faire l’amour en pleine lumière ou encore le Dakota du Sud impose que les hôtels aient des chambres à lits jumeaux séparés de 60 centimètres si le couple réserve pour une seule nuit. Il est même précisé qu’il est formellement interdit de faire l’amour au sol, entre les deux lits… Les lois et pratiques de la plupart des États américains sur les atteintes à la pudeur n’ont rien à envier aux pays musulmans (rappelons le scandale du Nipplegate). Et que dire de l’abrogation des lois sur la mixité décidée sous l’administration Georges W. Bush qui autorise les écoles réservées aux enfants de même sexe ?

Allons un peu plus loin et rappelons à nos amis américains que la ségrégation à l’égard des Noirs, peuple fondateur des États-Unis d’Amérique, n’est pas si lointaine -en considérant même qu’elle ait vraiment cessé- et que les États-Unis n’ont pas hésité, il y a 70 ans à enfermer dans des camps tous les Américano-japonais parce que soupçonnés d’être génétiquement des ennemis... Si une femme musulmane française voilée affirme sans rire qu’elle est moins bien traitée qu’un chien alors qu’une autre se demande si on ne va l’obliger à « porter une lune pour être reconnue » (heu, ça n’est justement pas le but du voile ?), que pourraient dire les Afro-américains, eux, qui peuplent les geôles américaines et qui n’ont pas intérêt à avoir affaire à la police blanche s’ils ne veulent pas être abattus…

Un modèle religieux

Enfin, rappelons que ce sont les Anglo-américains qui se sont jetés à corps perdu dans des guerres contre des pays musulmans avec les résultats que l’on voit, ce qui accroit le sentiment d’une guerre entre le monde occidental et le monde musulman. Les leçons de tolérance des Américains sont assez étonnantes à l’heure où le candidat républicain, Donald Trump, veut interdire l’accès du territoire aux Musulmans, ce qui est autrement plus grave que quelques interdictions municipales du burkini. Faut-il aussi rappeler que la ville de New York s’est opposée à la construction d’une mosquée à proximité du mémorial du 11 septembre ? Et on n’a guère entendu les Anglo-saxons lorsque tous les pays d’Europe de l’Est ont refusé d’accueillir des réfugiés parce que musulmans. Mais le burkini, voilà une atteinte intolérable aux droits des femmes musulmanes…

Il ne s’agit pas de dire que le modèle français est parfait, ce qui n’est manifestement pas le cas, mais qu’il est différent : la liberté d’expression n’est pas totale (diffamation, lois mémorielles, répression du racisme et de l’antisémitisme), l’espace public est étroitement réglementé, la séparation de l’Église et de l’État est absolue (sauf en Alsace-Moselle), l’Église catholique ayant été renvoyée dans ses églises avec une violence dont on n’a pas idée aujourd’hui. Même la langue française a un statut incompréhensible pour le reste du monde (c’est la seule langue admise par la Constitution et une Académie veille à sa pureté) si on ignore qu’elle a été imposée par la force aux dizaines de peuples qui vivaient dans l’espace français afin de cimenter le pays.

Bref, invoquer l’exemple de « tolérance » anglo-américain est donc un non-sens puisqu’il ne se découpe pas en tranche et qu’elle est religieuse. Est-ce de ce modèle dont nous voulons ?

N.B.: Il y a 7,5 % de musulmans en France, le pays occidental qui en compte le plus, 4,6 % en Grande-Bretagne et 0,8 % aux Etats-Unis. Même s’ils sont à prendre avec d’infinis précautions, ces chiffres de 2011 restent intéressants, car ils montrent aussi la spécificité de la France qui accueille forte communauté non chrétienne.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 06-sept.-2016 21:53

Apple: le chemin de Damas de Juncker

REUTERS/Dado Ruvic/Illustration

«Ne doutez pas de mon ardeur» à lutter contre l’évasion fiscale, lançait à des députés européens dubitatifs, le 12 novembre 2014, un Jean-Claude Juncker sonné par la révélation, une semaine plus tôt, du scandale LuxLeaks. Le nouveau président de la Commission européenne, cueilli à froid quelques jours après sa prise de fonction, avait dû expliquer qu’il n’était ni «l’ami du grand capital» ni celui de l’évasion fiscale et qu’au contraire, il était déterminé à lutter contre celle-ci et la fraude. Bref, l’homme qui avait si bien promu la place fiscale luxembourgeoise pendant vingt-cinq ans comme ministre des Finances puis comme Premier ministre du grand-duché allait être le Vidocq de la fiscalité, ce truand devenu le père de la police judiciaire moderne.

Deux ans plus tard, il a tenu parole, comme l’affaire Apple vient une nouvelle fois de l’illustrer. Jamais avant sa présidence un exécutif européen, pourtant dominé par les conservateurs et les libéraux, n’avait montré une telle détermination à en finir avec une concurrence fiscale particulièrement dommageable pour des budgets nationaux de plus en plus contraints. Son action s’est déroulée sur deux fronts. D’un côté, une série de textes législatifs ont profondément changé le paysage fiscal communautaire : directive sur la transparence des rescrits fiscaux, plan de lutte contre la fraude à la TVA, fin du secret bancaire, proposition de directive imposant aux multinationales la transparence fiscale pays par pays (CBCR, Country by Country Report) afin qu’elles ne puissent plus profiter des différences de législation et de l’opacité pour échapper à l’impôt, etc. De l’autre, la Commission a attaqué l’évasion fiscale par le biais de la politique de concurrence. Selon elle, les entreprises qui bénéficient d’une fiscalité arrangeante et dérogatoire à la règle commune sont aidées par les Etats européens au détriment de leurs compétiteurs : c’est ainsi une aide d’Etat illégale, non pas en soi puisque la plupart de ces aides sont légales, mais parce qu’elle n’est ni justifiée ni équitable.

Apple vient d’en faire les frais, tout comme avant lui Starbucks, Fiat, Celio, BP, AB Invest, BASF, Belgacom, British American Tobacco… McDonald’s ou Amazon devraient suivre. Une interprétation juridiquement osée puisqu’en réalité, c’est moins une aide d’Etat destinée à une entreprise particulière qui est visée que des dispositions fiscales iniques. Mais, faute de compétence dans le domaine fiscal, les Etats ayant toujours refusé de partager leur souveraineté dans ce domaine, c’est là le seul moyen d’attaquer ces dispositifs destinés à attirer les entreprises. Surtout, la concurrence étant une compétence fédérale, les gouvernements n’ont aucun moyen de bloquer la Commission, comme ils peuvent le faire dans le domaine législatif, ce dont ils ne se privent pas.

Le seul moyen pour les Etats de freiner ces ardeurs nouvelles de la Commission est de la poursuivre devant la Cour de justice européenne, comme le font les entreprises obligées de payer les impôts éludés. Ainsi, le gouvernement irlandais vient d’annoncer son intention de contester la décision de l’exécutif européen dans l’affaire Apple,ce qui suscite de forts remous internes, alors que les 13 milliards d’euros qu’il lui doit combleraient son déficit public. La Belgique et le Luxembourg l’avaient déjà fait pour éviter aux entreprises de payer un impôt pourtant dû. Les Irlandais, qui viennent de subir une cure d’austérité après le sauvetage massif des banques décidé par Dublin, apprécieront. Si les Etats voulaient fournir une ultime preuve que ce n’est pas l’Union européenne qui souhaite la concurrence fiscale, comme le clament les europhobes, mais bel et bien les gouvernements nationaux, ils ne s’y prendraient pas autrement. C’était d’ailleurs la défense de Juncker au moment du LuxLeaks : en tant que chef de gouvernement, il n’a pas fait plus que ses partenaires européens. Autant dire que l’évasion et la fraude fiscales ne cesseront pas en pariant sur une supposée bonne volonté des Etats, mais seulement si la fiscalité des entreprises devient une compétence communautaire.

N.B.: article paru dans Libération du 31 août


bruxelles.blogs.liberation.fr | 02-sept.-2016 14:09

Citoyenneté : Le bon lobby
Wake Up Europe!, – Les citoyens européens se sentent déconnectés des institutions européennes, tandis que les ONG et la société civile ne peuvent rivaliser avec l’organisation bien huilée des lobbies de l'industrie. L’un des fondateurs de The Good Lobby explique qu’un nouveau mouvement était en train d’émerger pour combler ce manque. Voir en entier .
presseurop.eu | 01-sept.-2016 15:34

France : Sous l’emprise du Burkini
Cartoon movement, Amsterdam – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 27-août-2016 11:25

Nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas

Blog

Par Richard Laub et Olivier Boruchowitch

Que l’on soit choqué ou non par l’issue du référendum britannique sur le Brexit, force est de reconnaître que la voix du peuple a été entendue et que la classe politique s’est rangée derrière son opinion publique. Rapidement en effet, le Premier ministre sortant David Cameron a pris acte de la position majoritaire et a cédé la place à Theresa May.

Ce dernier porte une responsabilité accablante dans le processus consultatif aberrant qu’il avait mis en place, non pas pour régler le statut définitif du Royaume-Uni vis-à-vis de l’Union européenne, qu’il imaginait remporter, mais pour asseoir son autorité au sein du Parti conservateur, dont il pensait pouvoir faire taire les oppositions intestines grâce à la victoire du ” Remain “.

Si la Grande-Bretagne illustre une fois de plus la tradition dont elle s’honore en respectant le vote qui s’est exprimé, il faut toutefois se demander si la démocratie du Royaume-Uni en est sortie grandie. On objectera l’argument classique selon lequel toute démocratie qui n’écoute pas le peuple ou qui rechigne à le consulter n’en est pas vraiment une. C’est non seulement une remarque que brandissent systématiquement les partis populistes hostiles à l’Europe, mais c’est également une vieille croyance populaire fermement ancrée dans notre inconscient collectif.

Quel mérite aurait une démocratie qui mépriserait la parole du peuple ?

Quel mérite, en effet, aurait une démocratie qui mépriserait la parole du peuple ? Contrairement aux idées reçues, elle en aurait plus d’un. Non pas en raison, bien évidemment, de sa surdité, mais pour la détermination dont auraient fait preuve la majorité parlementaire et le gouvernement qu’elle soutient, à conduire la nation dans une direction impopulaire, mal comprise, qui leur aurait peut-être coûté une hypothétique réélection, mais qui aurait été bénéfique au pays.

Au demeurant, on peut légitimement s’interroger sur le recours au référendum dans ce cas précis. Du point de vue du principe, d’abord. En effet, qu’est-ce qui légitimait le gouvernement britannique à passer par la consultation populaire ? Y avait-il une nécessité impérieuse de poser la question du maintien dans l’Union à l’électeur ? Ne revient-il pas simplement au responsable public de mener une politique qu’il croit utile et de se représenter ensuite devant l’électeur en s’appuyant sur son bilan ? Les Britanniques avaient-ils d’ailleurs consulté le peuple lorsqu’ils avaient introduit à plusieurs reprises depuis 1961, leur demande d’adhésion à l’Europe ? Non, bien évidemment.

Le seul recours au référendum eut lieu en 1975, deux ans après l’entrée de la Grande-Bretagne, pour s’assurer que la décision qui avait été prise était confortée par le soutien des citoyens. La consultation déboucha sur une réponse favorable au maintien du Royaume-Uni, formulée par une forte majorité de plus de 67%. Il n’y avait donc aucune raison de soumettre à nouveau cette année la question par voie référendaire puisqu’elle avait déjà été tranchée.

Les sirènes du populisme

En subordonnant la décision politique à une logique de consultation à répétition, on dévoie l’intégrité et la crédibilité de la politique car plus rien n’interdirait alors d’organiser un troisième tour de scrutin pour défaire le précédent et recommencer l’opération indéfiniment en raison des intérêts du moment… De plus, l’expérience du 23 juin a démontré qu’une démocratie ne se grandit jamais lorsque ses élites cèdent aux sirènes alarmistes du populisme et, pire encore, que la classe politique se discrédite tout entière quand des responsables politiques intelligents et sérieux puisent leurs arguments dans le même réservoir infécond que les démagogues, quand ils s’emploient à ”raisonner” comme eux, à coup de slogans.

Voilà pour le principe. Quant à son application et aux vues des résultats, il convient là encore de s’interroger sur la validité de la réponse référendaire. On remarque ainsi que les personnes âgées, beaucoup plus hostiles à l’Europe que leurs cadets, se sont massivement exprimées alors que les jeunes, acquis à l’Europe, se sont moins mobilisés que leurs ainés, en particulier en raison du choix de la date – le 23 juin – à laquelle nombre d’entre eux sont en vacances.

De plus, dans quelle mesure peut-on accorder aux aînés le droit de décider de l’avenir des jeunes que ces derniers devront subir alors que les personnes plus âgées auront, elles, disparu ? On peut également se demander si une décision qui engage toute la société britannique n’aurait pas dû recueillir un résultat supérieur ou égal à 67% pour être valide. En effet, sur un sujet aussi décisif, comportant des conséquences à très long terme, une majorité des deux tiers aurait semblé plus logique. D’autant que les lignes de clivage ne manquaient pas : ville/campagne, jeunes/vieux, Londres/périphérie, Angleterre/Ecosse et Irlande du Nord, etc. Ce type de majorité qualifiée est d’ailleurs fréquemment utilisé dans les droits internes, comme en Belgique ou en France, lorsque des modifications fondamentales, constitutionnelles par exemple, sont engagées.

La démagogie est le raccourci ravageur que certains politiques choisissent pour combler, ce qui est le vrai problème, le déficit démocratique et le manque de vision politique dans nos pays.

On le voit, le Brexit met en perspective des questions bien plus vastes que la sortie britannique de l’Union car il reflète l’état actuel de nos systèmes démocratiques qui, sous la poussée conjointe des populismes d’extrême gauche et d’extrême droite, commencent à céder dangereusement du terrain à la démagogie, ce fléau politique du XXIe siècle. Et la démagogie est une mauvaise réponse à une vraie question. Elle est le raccourci ravageur que certains politiques choisissent pour combler, ce qui est le vrai problème, le déficit démocratique et le manque de vision politique dans nos pays.

La démocratie cherche de nouvelles voies d’expression, des modalités modernes liant la société civile au gouvernement des affaires publiques. Il existe de nombreuses solutions, bien plus heureuses que celles explorées par le populisme, susceptibles de réinventer nos sociétés, comme la démocratie participative ou la responsabilité citoyenne. Pour qu’ils soient efficients, ces projets visant à retisser du lien entre les acteurs politiques et les Européens ne peuvent faire l’économie de la complexité et des évolutions récentes de notre monde.

Qu’on le veuille ou non, la démocratie ne se confond pas avec la démagogie, la politique n’est pas affaire de posture, ni de complaisance. Si la qualité du gouvernement d’un Etat se mesurait à l’aune de la popularité, nous ne serions plus en démocratie. Dans un pays démocratique, un parti politique soumet à l’opinion publique un programme dont le soutien s’exprime à l’occasion des élections et non entre deux échéances. C’est cela la puissance d’un engagement politique qui repose sur des convictions et des démonstrations rationnelles.

La cupidité de certains

Certes, l’habillage du jeu politique comporte inévitablement des effets rhétoriques. Mais ils ont pour fonction de diffuser dans l’opinion des projets de société réfléchis, argumentés, articulés, et non, de les remplacer. Ils ont pour vocation de faire approuver un programme reposant sur un vrai contenu socio-économique, de réelles ambitions politiques, une authentique vision pour l’avenir. Et non de se substituer à eux. Or, le Brexit a non seulement mis en évidence le danger de l’instrumentalisation du référendum, mis au service de la cupidité de certains plutôt que de l’ambition pour tous, mais il a également sanctionné la victoire de l’émotion sur la raison, de l’impression sur le fait, du fantasme sur le réel, tant les débats qui ont déchiré le Royaume-Uni durant la campagne étaient décentrés en regard des véritables enjeux européens.

Est-ce cela la démocratie ? Est-ce là la représentation que nous nous faisons de la classe politique ? Est-ce conforme à la qualité de la tradition démocratique qui fit naître en 1689 la Bill of Rights et, à sa suite, le parlementarisme ? Bien au contraire. Car les positions défendues par les europhobes ont été tellement mensongères que le Brexit conduira exactement aux effets opposés à ceux qui ont été vantés par les défenseurs du ”Leave” : la société britannique sera demain moins régulée, beaucoup plus libérale sur le plan économique, beaucoup plus flexible sur le plan du droit du travail, et ce sont précisément les citoyens britanniques les plus fragilisés, à qui les opposants à l’Europe ont fait croire que le départ de l’Union améliorerait leur situation, qui souffriront le plus lourdement du Brexit.

La Grande-Bretagne n’est pas étrangère à l’Europe

Cette campagne aura montré, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, que contrairement à ce que l’issue du scrutin laisse entendre, la Grande-Bretagne n’est pas étrangère à l’Europe. Elle est au contraire traversée par les mêmes tendances populistes que celles des pays européens continentaux, elle compte nombre d’élus de premier plan qui, comme dans les autres pays de l’Union, font globalement porter à l’Europe le poids des contraintes, des frustrations, des problèmes internationaux, pesant sur la politique intérieure et la vie quotidienne.

Comme au sein des 27, l’enthousiasme de la construction européenne jadis fièrement portée par les chefs d’Etat et de gouvernement, n’est plus qu’un écho sourd et lointain, un bruit de fond que l’on n’entend plus distinctement, étouffé par les atermoiements de basse politique, les calculs à court terme, les vociférations populistes et, ce qui est plus triste encore, par la désespérance populaire. Car c’est bien là que le Brexit doit donner à réfléchir aux élus européens : pourquoi l’Europe a-t-elle été désertée par ses défenseurs politiques qui la critiquent sans avoir le courage de la réformer alors qu’elle est simultanément investie par ses détracteurs qui ne cessent de l’attaquer en portant un projet alternatif ?

D’heureux lendemains

Il ne suffit pas de dénigrer d’un revers de la main les programmes populistes qui nous promettent d’heureux lendemains, repliés derrière nos frontières et notre mélancolie, pour défendre l’Europe. Il faut, de plus – ce qui est infiniment plus difficile – élaborer un projet crédible qui redonne du sens à l’action européenne et la réenchante. Il faut montrer en quoi l’Europe est une chance extraordinaire pour notre avenir, il faut défendre, et pas du bout des lèvres !, le dynamisme et les synergies que seule la poursuite du projet européen peut générer. En dernière analyse, c’est l’inertie des pays continentaux que souligne le Brexit, bien plus que la sortie des Britanniques. C’est l’affadissement de l’engagement européen et la déliquescence auquel celui-ci risque de conduire qui marqueront nos consciences pour un fort long temps.

Et après le Brexit, nous ne pourrons plus dire, une fois de plus, une fois de trop : ”Nous ne savions pas“.

Cartoon de Tjeerd Rojaards/CartoonMovement.


presseurop.eu | 27-août-2016 11:19

Jeux olympiques d’été : Le classement des pays de l’UE qui ont remporté le plus de médailles

Lors des Jeux olympiques d’été de Rio, qui viennent d’avoir lieu, nombreux sont ceux qui ont remarqué que si les Etats membres de l'Union européenne avaient participé ensemble sous la bannière de l’UE, ils auraient largement dominé le classement des médailles. Cela ne tient pas compte du fait que, dans la plupart des disciplines individuelles, chaque pays ne peut concourir qu’avec deux athlètes au maximum.

En revanche, les pays qui font aujourd’hui partie de l’Union ont participé à la plupart des Jeux olympiques d’été, et ce, depuis leur création, en 1896. Seuls sept des dix pays participant à cette édition font aujourd’hui partie de l’Union.

Alors que la carte représente les pays de l’UE sur la base du nombre de médailles d’or obtenues – le classement habituellement repris dans la presse – depuis 1896, le tableau ci-dessous, basé sur les données collectées par Wikipedia et mis à jour après les Jeux de Rio de cet été, indique le nombre de médailles d’or, d’argent et de bronze remportées par chaque pays de l’UE actuelle depuis les premiers JO d’été. L’Allemagne domine nettement le classement, alors que Malte n’a jamais remporté de médaille aux JO et que Chypre n’a remporté qu’une médaille d’argent (en 2012, à Londres).

Le classement est affecté par les vicissitudes – annexions, partitions, séparations – qu’ont traversé certains pays. Ainsi, le score de l’Allemagne est également dû au fait que nous avons pris en compte toutes les dénominations avec lesquelles ce pays a concouru – quelque cinq, dont la Sarre (1952), Equipe unifiée d’Allemagne (1958-64), République démocratique d’Allemagne (1968-88) et Allemagne fédérale (1968-88). Pour les pays ayant appartenu à l’Union soviétique (les pays Baltes), nous avons pris en compte les médailles obtenues avant l’annexion à l’URSS et celles obtenues après l’indépendance, en 1991. Pour les anciennes républiques yougoslaves de Slovénie et de Croatie, nous n’avons pris en compte que les médailles obtenues depuis leur participation aux JO en tant que pays indépendants, en 1992. Pour la République Tchèque et la Slovaquie, nous n’avons pris en compte que les médailles obtenues depuis la partition, en 1993.


presseurop.eu | 24-août-2016 14:55

Crise des réfugiés : Quel avenir pour les “bébés Quechua” ?
, – Pour les enfants nés dans des tentes dans des camps de réfugiés, l'enregistrement auprès de l'Etat civil est essentiel pour établir leur nationalité et entamer les procédures de demande d'asile. Voir en entier .
presseurop.eu | 08-août-2016 12:16

Vacances

Et voilà, le temps des vacances arrive. Enfin, loin des brumes bruxelloises. Je serai de retour, avec tout plein de nouveaux projets en tête, le 23 août.

En attendant, je souhaite de bonnes vacances à ceux qui en prennent et bon courage à ceux qui sont déjà revenus ou qui ne partiront pas.

Une année passionnante sur le plan européen nous attend: le pire comme le meilleur peut émerger de cette année de tous les dangers.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 07-août-2016 23:31

L’Europe face au terrorisme : Daesh veut que l’Europe parte en guerre contre l’islam
Internazionale, Rome – Les dernières attaques en France et en Allemagne font partie de la stratégie de l'organisation Etat islamique visant à susciter un soulèvement islamophobe en Europe, afin de radicaliser les Musulmans européens. Et le discours belliqueux des dirigeants européens lui donne un coup de main. Voir en entier .
presseurop.eu | 01-août-2016 19:57

UE-Turquie: bras d'honneur, bras ballant

REUTERS/Murad Sezer

Aujourd’hui, Libération consacre sa «une» au «traquenard turc». Mon analyse sur la modération européenne face à la répression menée tambour battant par Erdogan est ici. Bonne lecture !


bruxelles.blogs.liberation.fr | 01-août-2016 17:54

Michel Barnier, docteur Brexit ou mister anglophobe?

Magic Juncker ! Il n’y avait que le président de la Commission européenne, un Luxembourgeois madré et roi de l’understatement, pour nommer un Français peu suspect d’anglophilie galopante comme « négociateur en chef » du Brexit, en l’occurrence Michel Barnier. Trait d’humour supplémentaire : le Français n’est pas un virtuose de la langue anglaise (même s’il a fait des progrès lors de ses séjours à Bruxelles), à la différence, par exemple, d’un Pascal Lamy ou d’un Pierre Moscovici. Ce qui va contraindre les Britanniques à faire de sérieux efforts pour s’assurer qu’ils ont bien été compris de l’autre côté du Channel… La presse populaire anglaise n’a d’ailleurs guère apprécié, le Sun voyant dans cette nomination une « déclaration de guerre »…

Jean-Claude Juncker, qui a fait cette annonce hier, aurait pu choisir un ressortissant d’un pays réputé plus sensible aux intérêts britanniques (Allemand, Néerlandais, Italien) ou d’un petit pays neutre. Mais en nommant l’ancien commissaire européen au marché intérieur et aux services financiers (2009-2014), bête noire de la City et de la presse anglaise qui n’appréciaient pas ce régulateur « à la française », il envoie un message de fermeté à Londres : le temps des concessions par anticipation et de l’autocensure est terminé, les négociations seront à couteaux tirés. Il est vrai qu’en face, Theresa May, la nouvelle première ministre britannique (qui se débrouille en français), a nommé des « Brexiters » purs et durs pour négocier la sortie de son pays : le secrétaire au Foreign Office, Boris Johnson, l’ancien maire de Londres et ex-journaliste du Daily Telegraph (qui parle bien français), David Davis, chargé du portefeuille du Brexit, et Liam Fox, chargé du commerce international. Un trio de choc qui montre que la Grande-Bretagne n’est pas là pour aller vers un « divorce de velours », comme l’a souhaité le Polonais et anglophile Donald Tusk, le président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement.

Leur opposer Barnier, qui aura rang de directeur général et dépendra directement du président de la Commission (sa nomination sera effective le 1er octobre), est donc une la réponse du berger à la bergère. Ce Savoyard de 64 ans, très sous-estimé sur la scène politique française, sans doute à cause de son peu de goût pour la petite phrase et de son sens de l’humour limité, est un homme de conviction : gaulliste social, qui n’est jamais tombé dans le chiraquisme, même s’il a été ministre de Chirac à deux reprises (aux affaires européennes, 1995-1997, et au ministère des Affaires étrangères, 2004-2005), c’est un Européen convaincu et assumé, une espèce rare dans l’Hexagone, qui a montré qu’il savait être tenace, même s’il est ouvert au compromis.

Ainsi, entre 2009 et 2014, il a mené à bien une régulation sans précédent des services financiers et mis en œuvre l’Union bancaire, le tout en réussissant le tour de force d’obtenir à chaque fois l’aval du gouvernement britannique : sur 42 textes, aime-t-il raconter, seuls deux ont suscité un vote négatif de Londres, ceux sur les bonus et les ventes à découvert. Pas mal pour celui qui, lors de sa désignation à Bruxelles, en 2004, par Nicolas Sarkozy, avait dû essuyer un tir de barrage sans précédent du gouvernement et des médias britanniques qu’il n’obtienne pas les services financiers en plus du marché intérieur. Pour une fois, José Manuel Durao Barroso, le président de la Commission de l’époque depuis passé chez Goldman Sachs, avait tenu bon, il est vrai impressionné par le soutien sans faille de Paris à son poulain.

C’est donc un homme rompu aux arcanes européens, et surtout aux pourparlers avec les Britanniques, qui va négocier le Brexit. D’autant qu’il connaît de l’intérieur chacun des gros dossiers qu’il devra traiter: les aides régionales (il a été commissaire chargé des fonds structurels de 1999 à 2004), les affaires institutionnelles (ministre des Affaires étrangères), l’agriculture (ministre de l’Agriculture de Sarkozy de 2007 à 2009) et bien sûr le gros morceau du marché intérieur. Celui qui est pour l’instant conseiller d’État est, en outre, toujours dans les circuits européens, puisqu’il est « conseiller spécial » de Juncker pour les affaires de défense européenne, un sujet qui hérisse les Britanniques. Pour Barnier, selon mes informations, il n’est pas question de brader les intérêts de l’UE pour faire plaisir à un pays qui s’est lui-même tiré une balle dans le pied. Il estime qu’il y aura deux négociations successives à mener : d’abord, dans les deux ans, la rupture des liens entre Londres et l’Union, puis ensuite seulement la négociation d’un nouveau statut.

Barnier dispose de quelques mois pour se mettre en ordre de bataille, puisque Theresa May n’a pas l’intention d’activer l’article 50 du traité sur l’Union européenne qui organise le processus de retrait avant l’année prochaine, comme elle l’a expliqué d’abord à Jean-Claude Juncker, par téléphone, puis à Berlin et à Paris. Faute de s’être préparé à une victoire du Brexit, le gouvernement de sa gracieuse majesté est totalement démuni et n’a toujours pas une idée claire des conséquences de ce retrait, notamment pour sa propre législation et pour son commerce international. Surtout, il ne sait toujours pas quel statut il entend obtenir, si l’on en juge par les premières déclarations de Boris Johnson (la Grande-Bretagne n’abandonnera son « rôle dirigeant en Europe ») ou de David Davis. Les deux hommes espèrent manifestement pouvoir choisir les éléments du marché intérieur qui les intéresse : l’accès au marché intérieur (notamment pour leurs banques et services financiers), mais pas la libre circulation, ce que les 27 ont écarté d’emblée. Une impréparation qualifiée, le 20 juillet, de « négligence grave » par la Commission des affaires étrangères de la Chambre des communes.

Quoi qu’il en soit, le temps joue contre la Grande-Bretagne : à compter de l’activation de l’article 50, si aucun accord n’est trouvé, tous les liens seront purement et simplement rompus au bout de deux ans. Pour une fois, ce sont les continentaux qui ont les moyens de faire chanter Londres et non plus Londres qui a les moyens de bloquer les Européens en agitant son droit de véto…

N.B.: version longue de mon article paru dans Libération du 28 juillet


bruxelles.blogs.liberation.fr | 30-juil.-2016 20:46

L’Europe et les réfugiés : Pour les Européens, les réfugiés font augmenter le risque terroriste, pas la criminalité en général

Parmi les dix pays qui ont participé à l’étude du Pew Research Center, dans huit d’entre eux, plus de la moitié des personnes qui se sont exprimées pensent que les réfugiés entrants augmenteront le risque de terrorisme dans leur pays.

Ces chiffres, qui sont issus d’une enquête menée au printemps 2016, montrent bien le lien que beaucoup d’Européens ont fait entre la crise des réfugiés et les attentats terroristes, comme ceux de Paris, Bruxelles et Nice, où 84 personnes ont été tuées le 14 juillet par un homme qui s’est lancé sur la foule avec son camion.

Ce lien de cause à effet est le plus présent dans les mentalités en Hongrie (76 %), en Pologne (71 %), aux Pays Bas et en Allemagne (61 % dans les deux pays). En France, 46 % pensent que l’afflux de réfugiés augmente le risque de terrorisme. Au Royaume-Uni, ce chiffre est de 52 %.

D’après le Pew Research Center,

la perception que les Européens se font de réfugiés est fortement influencée par l’animosité ambiante envers les musulmans qui vivent déjà en Europe. En Hongrie, en Italie, en Pologne et en Grèce, plus de six personnes sur dix déclarent avoir une mauvaise opinion des musulmans de leur pays ; cette opinion est d’ailleurs partagée par au moins une personne sur quatre pour tous les pays sondés.

Mais, d’après cette étude, “l’idée selon laquelle les musulmans vivant déjà sur le continent puissent sympathiser avec les extrémistes est beaucoup moins prégnante”.

La plupart des terroristes impliqués dans les attentats de Paris et Bruxelles étaient de nationalité française ou belge.

Le Pew Research Center souligne aussi l’existence de divergences idéologiques profondes en ce qui concerne les réfugiés : l’étude montre que

en Grèce, 81 % des personnes de droite ont une opinion défavorable des musulmans, alors que ce chiffre est de seulement 50 % chez les personnes de gauche.

Le Centre ajoute que

cette divergence gauche-droite majeure sur la question des musulmans est aussi à l’œuvre en Allemagne, en Italie, aux Pays Bas, en Suède, en Espagne, en France et au Royaume-Uni.

Si l’idéologie est l’un des facteurs déterminants dans ce positionnement, le niveau d’éducation en est un autre : l’étude montre que

les personnes âgées et les personnes les moins instruites expriment plus souvent des opinions négatives à l’encontre des réfugiés et des minorités.

La diversité suscite aussi l’animosité : plus de la moitié des Grecs et des Italiens et environ 40 % des Hongrois et des Polonais pensent que la diversité croissante ne fait qu’empirer la situation. Au contraire, la Suède comptabilise le pourcentage le plus élevé de personnes qui sont d’avis que la diversité fait de leur pays un lieu où il fait bon vivre (36 %).

L’étude a été menée dans 10 pays de l’Union Européenne ainsi que sur quelque 11 494 personnes aux Etats-Unis du 4 avril au 12 mai 2016.


presseurop.eu | 27-juil.-2016 00:44

L’Europe et les réfugiés : Pour les Européens, les réfugiés font augmenter le risque d’attaques terroristes, mais pas la criminalité

Parmi les dix pays qui ont participé à l’étude du Pew Research Center, dans huit d’entre eux, plus de la moitié des personnes qui se sont exprimées pensent que les réfugiés entrants augmenteront le risque de terrorisme dans leur pays.

Ces chiffres, qui sont issus d’une enquête menée au printemps 2016, montrent bien le lien que beaucoup d’Européens ont fait entre la crise des réfugiés et les attentats terroristes, comme ceux de Paris, Bruxelles et Nice, où 84 personnes ont été tuées le 14 juillet par un homme qui s’est lancé sur la foule avec son camion.

Ce lien de cause à effet est le plus présent dans les mentalités en Hongrie (76 %), en Pologne (71 %), aux Pays Bas et en Allemagne (61 % dans les deux pays). En France, 46 % pensent que l’afflux de réfugiés augmente le risque de terrorisme. Au Royaume-Uni, ce chiffre est de 52 %.

D’après le Pew Research Center,

la perception que les Européens se font de réfugiés est fortement influencée par l’animosité ambiante envers les musulmans qui vivent déjà en Europe. En Hongrie, en Italie, en Pologne et en Grèce, plus de six personnes sur dix déclarent avoir une mauvaise opinion des musulmans de leur pays ; cette opinion est d’ailleurs partagée par au moins une personne sur quatre pour tous les pays sondés.

Mais, d’après cette étude, “l’idée selon laquelle les musulmans vivant déjà sur le continent puissent sympathiser avec les extrémistes est beaucoup moins prégnante”.

La plupart des terroristes impliqués dans les attentats de Paris et Bruxelles étaient de nationalité française ou belge.

Le Pew Research Center souligne aussi l’existence de divergences idéologiques profondes en ce qui concerne les réfugiés : l’étude montre que

en Grèce, 81 % des personnes de droite ont une opinion défavorable des musulmans, alors que ce chiffre est de seulement 50 % chez les personnes de gauche.

Le Centre ajoute que

cette divergence gauche-droite majeure sur la question des musulmans est aussi à l’œuvre en Allemagne, en Italie, aux Pays Bas, en Suède, en Espagne, en France et au Royaume-Uni.

Si l’idéologie est l’un des facteurs déterminants dans ce positionnement, le niveau d’éducation en est un autre : l’étude montre que

les personnes âgées et les personnes les moins instruites expriment plus souvent des opinions négatives à l’encontre des réfugiés et des minorités.

La diversité suscite aussi l’animosité : plus de la moitié des Grecs et des Italiens et environ 40 % des Hongrois et des Polonais pensent que la diversité croissante ne fait qu’empirer la situation. Au contraire, la Suède comptabilise le pourcentage le plus élevé de personnes qui sont d’avis que la diversité fait de leur pays un lieu où il fait bon vivre (36 %).

L’étude a été menée dans 10 pays de l’Union Européenne ainsi que sur quelque 11 494 personnes aux Etats-Unis du 4 avril au 12 mai 2016.


presseurop.eu | 27-juil.-2016 00:17

Juncker condamne (enfin) Barroso

Mieux vaut tard que jamais. Ce matin, sur France 2, dans les« 4 vérités », Jean-Claude Juncker a enfin condamné le recrutement de son prédécesseur, José Manuel Durao Barroso, par Goldman Sachs. À la question de Gilles Bornstein: « est-ce que ça vous choque », le président de la Commission a sobrement répondu : « je ne l’aurais pas fait », même si « Monsieur Barroso a respecté toutes les procédures qui sont prévues ».

Il aura donc fallu plus de deux semaines pour qu’enfin Jean-Claude Juncker cesse de se dissimuler derrière la langue de bois de son porte-parole, Margaritis Schinas, qui a certes laissé entendre que l’institution n’approuvait pas le comportement éthique de Barroso, mais sans le dire franchement. On a du mal à comprendre les raisons d’une telle réserve, alors même qu’en interne une grande partie des fonctionnaires européens sont furieux de voir une nouvelle fois abimée, en plein Brexit, l’image de la Commission, qui plus est par celui qui l’a dirigée durant dix ans (2004-2014).

Une condamnation franche et immédiate, comme celle de François Hollande, le 14 juillet, qui a qualifié ce pantouflage de «moralement inacceptable», aurait pourtant été tout bénéfice et surtout sans aucun risque politique, Barroso ne jouissant plus d’aucun soutien en interne (cette pétition demandant des sanctions a déjà été signée par 3000 fonctionnaires) ou en externe, comme l’ont montré les réactions indignées dans son propre pays d’origine, le Portugal. Juncker aurait, au contraire, tout gagné en se montrant éthiquement irréprochable, lui à qui une partie de l’opinion publique européenne reproche le « Luxleaks ». Manifestement, certains, dans son entourage, ont clairement sous-estimé l’impact désastreux de cette affaire Barroso, notamment en France, sans doute pour ne pas insulter leur propre avenir. Dommage.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 25-juil.-2016 20:53

Présidence slovaque de l’UE : “Le favoritisme est avant tout un problème moral”
, – Comme l’indique un récent rapport sur la corruption en Europe, les emplois publics sont accordés de préférence à des personnes liées au parti au pouvoir à Bratislava. Une caractéristique que la Slovaquie partage avec d’autres pays ex-communistes, explique l’expert slovaque Filip Kostelka. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-juil.-2016 20:06

Coup d’état manqué en Turquie : Les putchistes ont offert à Erdoğan le régime dont il rêve
Le Monde, Paris – Dès le lendemain du coup d’état manqué, des purges ont commencé dans les corps militaire et judiciaire de même qu’au sein des enseignants et de la presse. L'auto-proclamé “héros de la démocratie” a ainsi saisi l’occasion pour mettre le pays à sa botte, explique le politologue et journaliste Cengiz Aktar. Voir en entier .
presseurop.eu | 22-juil.-2016 00:10

Brexit: un divorce programmé depuis l'origine

Brexit, acte I: Londres a renoncé hier à exercer la présidence semestrielle tournante du Conseil des ministres qui aurait dû lui revenir au second semestre 2017. C’est l’Estonie qui la remplacera, en dépit des offres de service de la Belgique: Tallinn avancera simplement sa présidence de six mois. Il est aussi acquis que Londres n’activera pas l’article 50 du traité sur l’UE cette année, le gouvernement ayant omis de se préparer à cette éventualité... Une «négligence grave » selon la commission des Affaires étrangères du Parlement britannique.

L’Hebdo, un hebdomadaire suisse francophone, m’a commandé cet article (paru le 30 juin) pour éclairer le référendum du 23 juin qui a abouti au Brexit. Une plongée dans l’histoire qui permet de comprendre à quel point ce divorce était inéluctable, quasiment inscrit dans les gênes du Royaume-Uni. Bonne lecture !

1973-2016 : ci-gît le Royaume-Uni, membre rétif de l’Union européenne. Après avoir boudé le lancement du projet communautaire en 1950, il a décidé, le 23 juin, de se retirer d’une aventure humaine sans équivalent dans le monde et dans l’histoire, un partage volontaire de souverainetés entre des pays qui n’ont cessé de se faire la guerre depuis qu’ils existent. Un échec européen ? Non, un échec britannique, une incapacité ontologique à se penser dans un ensemble qui la dépasse, un refus profond de se voir pour ce qu’elle est, une puissance moyenne et, peut-être bientôt un Royaume désuni, si l’Écosse et l’Irlande du Nord font sécession. Ce référendum en dit plus sur les failles de la Grande-Bretagne que sur celle de l’Union. Car le mariage avec l’Europe n’a jamais été un mariage d’amour, loin de là, au mieux une simple union d’intérêts. C’est l’histoire qui éclaire le mieux les raisons et l’inéluctabilité du vote « leave ».

On a souvent fait de Winston Churchill l’un des pères de la construction européenne, celui-ci ayant souhaité, en septembre 1946, à Zürich, puis en mai 1948, à La Haye, l’avènement des « États-Unis d’Europe » autour d’une France et d’une Allemagne enfin réconciliée. Mais il ne faut pas s’y tromper : il n’était absolument pas question dans son esprit que le Royaume-Uni y participe ! La vocation de son pays, alors à la tête d’un groupement d’Etats, le Commonwealth, et d’un Empire, était, en toute simplicité, d’être l’une des puissances tutélaires de ce nouvel ensemble continental. Il le dit très clairement à Zürich dans une partie, souvent passée sous silence, de son célèbre discours : « la Grande-Bretagne, la famille des peuples britanniques, la puissante Amérique, et, j’en ai confiance, la Russie aussi – tout serait alors pour le mieux - doivent être les amis et les soutiens de la nouvelle Europe ». En clair, il s’agit d’empêcher une nouvelle guerre sur le continent qui impliquerait forcément les Britanniques, mais pas de se fondre dans ces fameux « États unis d’Europe ». Tout simplement parce que le cœur de la Grande-Bretagne n’est pas en Europe, comme l’avait résumé Churchill à De Gaulle en juin 1944 : « chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large ». De fait, pour comprendre la schizophrénie profonde que la Grande-Bretagne entretient à l’égard de la construction communautaire, il ne faut pas oublier que l’axe central de sa politique étrangère, et ce, au moins depuis le XVIIe siècle, est d’empêcher l’émergence d’une puissance continentale qui pourrait menacer ses intérêts commerciaux, Napoléon, en particulier, l’a appris à ses dépens, auquel s’est ajouté, depuis 1945, le souci de maintenir la paix sur le vieux continent.

Mais, entre ces deux objectifs, son cœur ne cessera jamais de balancer. Une fois Churchill renvoyé à ses chères études, c’est la méfiance qui l’emporte à nouveau. Une scène révélatrice se déroule en novembre 1955, au château de Val Duchesse à Bruxelles. Les six pays fondateurs de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) s’y réunissent régulièrement depuis le mois de juillet pour relancer l’intégration européenne après l’échec, en 1954, de la Communauté européenne de défense. La Grande-Bretagne, qui n’a pas voulu participer à la CECA, a néanmoins été invitée à participer aux travaux. Elle y envoie son sous-secrétaire d’État au commerce, tout un symbole. Mais lorsque les Six dessinent les contours des futurs traités CEE et Euratom, Londres décide de se retirer. Les mots d’adieu de son « délégué » sont un modèle d’aveuglement : « le futur traité dont vous êtes en train de discuter n’a aucune chance d’être accepté ; s’il était accepté, il n’aurait aucune chance d’être ratifié ; et s’il était ratifié, il n’aurait aucune chance d’être appliqué ; et s’il était appliqué, il serait totalement inacceptable par la Grande-Bretagne (…) Monsieur le président, messieurs, au revoir et bonne chance ». Le traité de Rome fut bien signé en 1957 et entra en vigueur en 1958. Dépitée, Londres lança en 1960 l’Association européenne de libre échange (AELE), afin d’essayer de faire contrepoids à une CEE qui s’avéra vite un succès économique.

Toute honte bue, empêtrée dans des difficultés économiques de plus en plus profondes et consciente qu’un bloc continental était en train de se constituer sans qu’elle puisse l’influencer et encore moins le contrôler, le gouvernement conservateur de sa gracieuse majesté déposa, en juillet 1961, une demande d’adhésion qui se heurta, à sa grande surprise, en janvier 1963, à un véto du général de Gaulle. Pour le chef de l’État français la Grande-Bretagne n’était que le porte-avions des intérêts américains : « si la Grande-Bretagne entrait dans la Communauté avec une foule d’autres Etats, la cohésion de tous ses membres n’y résisterait pas et en définitive il apparaitrait une communauté atlantique colossale, sous dépendance et direction américaine, et qui aurait tôt fait d’absorber la Communauté européenne ».

En 1966, le gouvernement travailliste d’Harold Wilson, revient à la charge, afin d’obtenir l’accès à ce marché commun qui est bel et bien un succès. Mais, tenace, le général de Gaulle pose une seconde fois son véto en novembre 1967, estimant qu’il valait mieux proposer à Londres un accord d’association. Ses mots ont une curieuse résonnance aujourd’hui : « faire entrer l’Angleterre, ce serait pour les Six donner d’avance leur consentement à tous les artifices, délais et faux-semblants qui tendraient à dissimuler la destruction d’un édifice qui a été bâti au prix de tant de peine et au milieu de tant d’espoir »

La troisième tentative a été la bonne. Sous la pression de ses partenaires, la France de Georges Pompidou accepte l’adhésion de Londres, cette fois demandée par les conservateurs. Effective en janvier 1973, elle est remise en cause par le travailliste… Harold Wilson, revenu au pouvoir en février 1974 qui exige une « renégociation » des termes de l’adhésion, notamment sur le montant de la contribution de la Grande-Bretagne au budget communautaire et sur la Politique agricole commune. Mieux, un référendum est convoqué sur la question (hé oui, celui du 23 juin n’était pas le premier) et, le 5 juin 1975, les Britanniques confirment l’adhésion de leur pays par 67,2 % de oui, la campagne –enthousiaste- des conservateurs en faveur du « remain » étant notamment menée par une certaine Margaret Thatcher…

On aurait pu croire que la relation à l’Europe serait réglée une bonne fois pour toutes par cette consultation. Il n’en a rien été. À peine devenue Première ministre, en 1979, Thatcher lança son fameux « I want my money back », exigeant une diminution de la contribution britannique au budget communautaire : de fait, le pays paye plus que sa part dans la richesse de la CEE, celui-ci bénéficiant moins que ses partenaires des retours de la PAC. Et la Grande-Bretagne de l’époque est un pays pauvre : empêtrée dans une crise économique qui dure en fait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le FMI a même du intervenir en 1976 pour lui éviter la faillite. C’est le début d’une longue crise européenne (l’eurosclérose) qui ne trouve sa solution, le fameux « chèque britannique », que lors du sommet de Fontainebleau en juin 1984, le sommet de la relance de l’Europe, au cours duquel Jacques Delors est nommé président de la Commission.

Pour autant, Londres ne désarme pas : l’Europe, oui, mais uniquement celle du commerce et du libre échange. Ainsi, si elle accepte l’achèvement rapide du marché intérieur des biens, des services et des capitaux, et, pour ce faire, une réforme des traités (Acte Unique de 1986), ce sera sans aucune harmonisation sociale et fiscale. Mais la Grande-Bretagne ne peut rien contre la volonté franco-allemande de s’intégrer davantage après la chute du mur. Le traité de Maastricht de 1991 inaugurera donc le statut spécial du Royaume-Uni : il obtient de ne participer ni à la future monnaie unique (même s’il est persuadé qu’elle ne verra jamais le jour), ni au peu d’harmonisation sociale que contient ce texte. Un statut qu’elle consolidera au fil des traités suivants (Amsterdam en 1997, Nice en 2000, Lisbonne en 2007) : la Grande-Bretagne reste donc en dehors de Schengen, de la politique d’asile et d’immigration, de la sécurité intérieure, de la défense, parvient à bloquer la création d’une vraie politique étrangère européenne et last but not least obtient un traitement spécial en matière de régulation financière et bancaire.

Son influence n’a aucunement souffert de ce statut spécial. L’Union, non seulement a adopté la langue anglaise pour se gouverner, mais a fait quasiment sienne l’idéologie héritée du thatchérisme : une politique de concurrence libérale, un libre échangisme qui fait de l’Union la zone la plus ouverte du monde (sauf en matière agricole), un abandon de tout ce qui ressemble à une politique industrielle, etc.. Néanmoins, aucune des concessions de ses partenaires n’a jamais réglé son mal-être et ce quel que soit le parti au pouvoir outre-Manche : quoique l’Union fasse, elle est toujours jugée trop réglementaire, trop interventionniste, trop ceci, trop cela. Le Brexit n’est donc que l’acmé de ce mal-être, de cette incapacité à trouver sa place : Londres ne peut tout simplement pas accepter d’être une simple partie d’un ensemble qui la dépasse, car elle cultive à la fois une notion de souveraineté qui remonte au XIXe siècle et la nostalgie d’en Empire depuis longtemps perdu. Le drame britannique est sans doute de ne jamais avoir été occupé depuis l’invasion de Guillaume le Conquérant en 1066, ce qui la prive de la compréhension intime du projet européen qui est d’éviter drames et humiliations. Le Brexit ne pouvait pas être évité, tout simplement.

Et aucune réforme de l’Union n’aurait trouvé grâce à ses yeux, si ce n’est un acte d’autodissolution ou, éventuellement, une adhésion de l’Union au Royaume-Uni. Les Européens ne doivent donc pas se tromper dans la réponse qu’ils apporteront au Brexit : c’est le moment pour eux de retrouver leurs fondamentaux, ceux des pères fondateurs, afin de réconcilier leurs citoyens avec une Europe devenue trop britannique à leur goût. La réponse, en résumé, c’est s’éloigner davantage de la Grande-Bretagne. On n’échappe pas à l’histoire.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 21-juil.-2016 10:01

Le chemin du Brexit a été pavé par les «Euromyths» de Boris Johnson

The Guardian m’a commandé, jeudi, un article sur Boris Johnson, le nouveau chef de la diplomatie britannique, que j’ai bien connu entre 1992 et 1994, lorsqu’il était correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles. L’article, en anglais, est ici, et a été publié vendredi. Sur le site du journal, 14.000 partages, 2300 commentaires... Voici sa version française.

La nomination de Boris Johnson au poste de ministre des Affaires étrangères est sans aucun doute de l’humour anglais, l’ancien maire de Londres étant à la diplomatie ce que Staline est à la démocratie. Ce n’est pas tous les jours qu’un pays désigne pour le représenter sur la scène internationale un menteur assumé, un personnage que l’exagération grossière, l’insulte et le sous-entendu raciste n’effraient pas, un homme sans conviction profonde si ce n’est celle de sa propre importance. « Cela ne m’étonnerait pas si la Grande-Bretagne nommait Dracula au ministère de la santé », s’est esclaffé l’Allemand Rolf Mützenich, chargé des questions diplomatiques au SPD. Mais cet humour « so british » a un prix, celui de la parole britannique dont la valeur vient de connaître une dévaluation encore plus brutale que celle de la livre sterling. La réaction du ministre des affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, résume bien l’état d’esprit des partenaires de Londres : « vous savez quel est son style, sa méthode », lui qui a « beaucoup menti », a-t-il déclaré. Et d’ajouter qu’il espère un partenaire « clair, crédible et fiable », ce qu’à l’évidence Johnson n’est pas. Ambiance.

Car, à l’étranger, la réputation de menteur de l’ancien maire de Londres ne date pas de la campagne référendaire. Personne n’a oublié ses activités de journaliste à Bruxelles où il a officié comme correspondant du Daily Telegraph entre 1989 et 1994. Loin du mythe très français du journalisme à l’anglo-saxonne fait d’éthique et de rigueur, Johnson était l’incarnation de la presse de caniveau où « jamais les faits ne doivent arrêter une bonne histoire », comme il le disait à ses confrères étranger en riant. J’ai pu observer ses méthodes, lorsque j’ai été nommé à Bruxelles en 1992. Un jour, il avait affirmé dans son journal que le porte-parole de Jacques Delors, le Français Bruno Dethomas, était tellement bien payé, comme tous ces eurocrates forcément incompétents, qu’il habitait un château dans la périphérie bruxelloise. Celui-ci avait démenti avec véhémence lors d’un point de presse, sous l’œil hilare de Johnson. L’histoire n’était pas totalement fausse, si l’on peut dire : Dethomas habitait une grosse maison bourgeoise du XIXe siècle dotée d’une petite tourelle extérieure dans laquelle était logée un escalier, l’une de ces folies architecturales alors en vogue : « ben, tu vois, c’est quand même un château », s’était marré Boris Johnson lorsque je lui avais fait remarquer que son papier était tout simplement faux… Boris n’était pas dupe de ce qu’il écrivait : il assumait ses mensonges en riant, d’autant que son journal, farouchement europhobe, en raffolait et en redemandait. Sur le fond, en dépit de nos conversations, je n’ai jamais su ce que ce fils d’eurocrate pensait réellement du projet européen : était-il aussi europhobe que le laissaient penser ses papiers, était-il un simple opportuniste qui cherchait juste à se vendre, réglait-il des comptes avec son père, un fonctionnaire européen brillant et estimé ?

Le journalisme n’y trouvait certes pas son compte, mais qu’importe ! Johnson a réussi à inventer un genre journalistique, les « Euromyths », ces histoires reposant sur un élément de vérité, mais grossies au-delà de toute réalité et au final totalement fausses. Il avait compris qu’une partie de ses concitoyens avaient un goût prononcé pour le complotisme et qu’il leur fournissait un bouc émissaire bien incapable de se défendre : l’Union, à la différence des États, n’est représentée par aucune autorité politique incontestable et toute réaction trop virulente de la Commission est immédiatement qualifiée « d’ingérence » dans les affaires intérieures du pays. Surtout, les rectifications de « Bruxelles » étaient jugées peu crédibles (comme on dit en français, « il n’y a pas de fumée sans feu ») et systématiquement passées sous silence par les médias. Le pire est que Johnson a fait école : toute la presse britannique, à des degrés divers, a versé dans les Euromyths, alimentant l’europhobie local à laquelle aucun politique n’a osé résister, ce qui a fini par déboucher sur le Brexit.

Johnson, devenu politicien, n’a pas changé ses méthodes : ainsi, après s’être longtemps opposé au Brexit, il a pris la tête de la campagne du « leave », n’hésitant pas à mentir ou à insulter les partenaires européens du Royaume-Uni… Et, comme lorsqu’il était journaliste, il a reconnu sans problème ses mensonges dès le jour de la victoire du Brexit, ce qui ne l’a pas empêché de se retrouver à la tête de la diplomatie britannique. La vitrine de la Grande-Bretagne, c’est désormais ce « bouffon », comme on le qualifie à Bruxelles, à la parole aussi fiable que celle d’un vendeur de voitures d’occasion. Mais, au moins, Theresa May joue franc-jeu à sa façon : on sait désormais que les négociations du Brexit seront au couteau et que les coups bas vont pleuvoir. Charmant.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 18-juil.-2016 08:52

Parano "made in US"

Scanpix Denmark/Henning Bagger/via REUTERS

Décidément, chaque visite d’un officiel américain dans la capitale de l’Union européenne donne lieu à son lot d’incidents liés à la paranoïa des services de sécurité US. Lundi, John Kerry, le secrétaire d’État de Barack Obama, va, en effet, assister au Conseil des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles. Pas gênés, les services américains ont exigé que le bâtiment du Conseil des ministres soit totalement interdit d’accès dès jeudi soir et que les vingt-huit chefs de la diplomatie soient présents dans la salle dix minutes avant l’arrivée de Kerry…

Les Européens ont évidemment refusé de paralyser le Conseil des ministres 72 heures à l’avance… Quant à l’arrivée précoce des ministres, chacun fera comme il l’entend. « En tous les cas, la France arrivera quand elle le voudra », se marre un diplomate hexagonal : « C’est curieux cette tendance des Américains à se croire chez eux partout ».

Personne n’a oublié qu’en février 2005, le « Secret service » avait tenté de s’opposer à la visite de Georges W. Bush au Conseil des ministres et à la Commission européenne lorsqu’il avait découvert, atterré (et on le comprend), qu’un tunnel autoroutier passait entre les deux bâtiments pour surgir rue de la Loi, une pénétrante majeure vers le centre de la ville. Un camion piégé et hop, les deux bâtiments se seraient effondrés, au moins en partie. Un compromis avait finalement été trouvé avec les autorités belges : fermeture totale dudit tunnel et donc de la rue de la Loi le temps de l’auguste visite présidentielle… En avril 2009, lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg, j’avais directement assisté à une altercation entre le « Secret service » et la cheffe de la sécurité élyséenne, celui-ci voulant décider des procédures que devaient suivre les journalistes avant une conférence de presse Obama-Sarkozy au palais de Rohan. Celle-ci, fatiguée de parlementer, avait finalement hurlé, en anglais : « ici, vous êtes en France et ce n’est pas vous qui décidez ». L’Amérique avait cédé devant sa détermination…


bruxelles.blogs.liberation.fr | 15-juil.-2016 19:42

Barroso pris la main dans le Sachs

Lundi, Libération a consacré sa «une» au recrutement de l’ancien président de la Commission européenne par Goldman Sachs. Mon article est ici.

Par ailleurs, l’affaire fait du bruit parmi les fonctionnaires européens. Les syndicats protestent (comme ici) et une pétition a même été lancée afin que José Manuel Durao Barroso soit sanctionné.

Aux dernières nouvelles, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, n’a toujours pas condamné ce recrutement.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 13-juil.-2016 16:26

Protestations dans les ex-Républiques Yougoslaves : Les indignés des Balkans
Ahora Semanal, Madrid – Ces derniers mois, plusieurs mouvements de protestation citoyens contre les élites politiques sont apparus dans les Etats qui jadis faisaient partie de la Yougoslavie. Reportage. Voir en entier .
presseurop.eu | 11-juil.-2016 15:46

Le Royaume-Uni, futur paradis fiscal?

La Grande-Bretagne a-t-elle l’intention de se lancer dans la flibuste fiscale contre une Union européenne dont elle s’apprête à divorcer ? L’annonce, lundi, d’une prochaine baisse du taux d’impôt sur les sociétés (à 15 %) par George Osborne, le chancelier de l’échiquier, a réveillé les craintes de ceux qui redoutent que Londres ne se transforme en un nouveau Singapour à quelques encablures de la zone euro, alors que l’Union, après les Offshoreleaks, Luxleaks et autre Panama papers, s’est enfin lancé dans la lutte contre les paradis fiscaux et l’éradication de toutes les formes de concurrence fiscale déloyale.

« Le Royaume-Uni ne peut pas se transformer en paradis fiscal », tranche le Français Alain Lamassoure (PPE, LR) qui préside la commission d’enquête parlementaire sur les « rescrits fiscaux » qui, par un hasard de calendrier, a adopté hier (par 514 voix contre 68) une série de recommandations particulièrement strictes afin d’empêcher les entreprises d’échapper au fisc. « La baisse du taux d’imposition des sociétés, c’est juste un effet d’annonce d’Osborne qui veut rassurer les entreprises », estime un haut fonctionnaire de la Commission. « Il n’y a plus personne au pouvoir à Londres et c’est juste la panique », renchérit Alain Lamassoure qui considère qu’il ne faut pas induire de la déclaration d’Osborne un projet économique totalement inexistant pour l’instant.

« D’autant qu’il y a aujourd’hui un consensus mondial pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, tant au niveau du G20 que de l’OCDE », poursuit l’eurodéputé. Une analyse que partage la Commission : « le paradigme a changé et la Grande-Bretagne ne peut pas l’ignorer d’autant que cela serait désastreux pour son image ». Ce que les Caraïbes peuvent encore se permettre, et pas pour longtemps, un pays de la taille du Royaume-Uni, dont les intérêts sont multiples, ne le peut tout simplement pas. D’autant qu’on rappelle à la Commission que Londres a totalement changée d’attitude depuis cinq ans : « après avoir bloqué toute harmonisation fiscale au nom d’une seine concurrence, David Cameron réclame désormais une convergence. Les affaires Google ou Starbuck’s, qui ont défrayé la chronique outre-Manche, ont montré les dommages que causaient ces entreprises au budget des États. Désormais, on adopte les réglementations fiscales en quelques mois au niveau européen ».

Cela étant, comme on le souligne à Bruxelles, il n’existe aucune règle européenne ou mondiale qui empêche un pays de baisser ses impôts : « d’où le problème irlandais avec son taux de 12 %. Il n’existe qu’une simple recommandation européenne qui préconise un taux « proche de la moyenne » », explique un haut fonctionnaire. « Nous ne sommes pas opposés à la concurrence fiscale », a d’ailleurs rappelé hier Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, en présentant un projet de budget 2017 en excédent pour la seconde année consécutive… De fait, le taux d’imposition est le reflet de choix de société et d’une gestion plus ou moins stricte des dépenses publiques qui relève de la souveraineté nationale. Schäuble a néanmoins tenu à écarter toute tentation « d’une course au taux d’imposition le plus bas » qui ne pourrait se faire qu’au détriment des travailleurs peu mobiles…

Reste qu’une fois hors de l’Union, la Grande-Bretagne ne sera plus tenue par les directives fiscales européennes déjà adoptées ou en cours de discussion : fin du secret bancaire, échange automatique d’informations sur les rescrits fiscaux, transparence fiscale pays par pays des multinationales, définition commune de l’assiette fiscale de l’impôt sur les sociétés, etc. « Si Londres décidait de ne plus déclarer les rescrits fiscaux, ce serait une déclaration de guerre à l’Union », tranche, martial, Alain Lamassoure : « c’est une ligne rouge et je ne vois pas comment on pourrait alors lui donner accès au marché unique qui comprend en particulier les services financiers. La City sera exclue de la zone euro et elle se rétrécira au niveau de la Grande-Bretagne, voire de l’Angleterre ». À la Commission, on est plus prudent : « on ne sait pas encore quel statut on va négocier avec elle si elle se décide finalement à sortir. Mais déjà, dans les accords de libre-échange que nous signons avec les pays tiers, nous exigeons au minimum que les standards fiscaux de l’OCDE soient respectés ». Et si Londres opte pour le « statut norvégien » pour avoir accès à l’ensemble du marché unique, elle devra appliquer la totalité de l’acquis communautaire.

N.B.: version longue de l’article paru dans Libération du 7 juillet


bruxelles.blogs.liberation.fr | 10-juil.-2016 17:26

Barroso chez Goldman Sachs, un bras d'honneur à l'Europe

REUTERS/Christian Hartmann

Mon billet sur le scandaleux recrutement de José Manuel Durao Barroso par Goldman Sachs est ici. Un cri de colère à l’égard de quelqu’un qui a fait plus de mal à l’Union européenne que personne avant lui. Et il continue.

Pour ne rien arranger, la réaction de la Commission à cette affaire est désespérante de nullité et montre à quel point certains fonctionnaires sont coupés du monde réel: «Les anciens commissaires ont évidemment le droit de poursuivre leur carrière professionnelle ou politique», a déclaré à l’AFP un porte-parole de la Commission. «C’est légitime que des personnes dotées d’une grande expérience et de qualifications continuent à jouer des rôles de premier plan dans le secteur public ou privé.» Ben voyons. L’éthique, ça leur dit encore quelque chose?


bruxelles.blogs.liberation.fr | 09-juil.-2016 14:10

Brexit: non, le référendum n'est pas le summum de la démocratie

Mon analyse sur les référendums se trouve ici. Bonne lecture!


bruxelles.blogs.liberation.fr | 08-juil.-2016 21:58

Un magazine pour les fans de l’Europe

Blog

Aujourd’hui, un nouvel hebdomadaire a fait son apparition dans les kiosques à journaux britanniques : The New European. S’il porte le même nom qu’un certain nombre de journaux et de think-tanks basés à Bruxelles, il vise néanmoins spécifiquement les 48 % d’électeurs qui se sont exprimés pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE lors du référendum qui s’est tenu le 23 juin dernier.

The New European est publié par Archant, l’éditeur de presse basé dans le comté de Norfolk, qui prévoit de commencer par sortir quatre tirages. On peut lire dans The Guardian que “l’avenir du journal au-delà de ce premier mois dépendra de l’intérêt que portera le lectorat à ce journal. Il sera principalement diffusé dans les régions où le vote pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE a prévalu, comme la région de Londres, au sud-est de l’Angleterre, et celle de Liverpool et Manchester”.

Sur le site du journal, il est écrit : “The New European offrira au lecteur une analyse approfondie de l’évolution du Brexit, de ses conséquences et des progrès accomplis, ainsi qu’une célébration de la vie européenne et de sa culture. Il se fera avec la contribution de journalistes et de faiseurs d’opinion parmi les plus respectés au Royaume-Uni et en Europe”.

The New European ne se situe pas dans la lignée des clivages politiques traditionnels et témoigne d’un véritable enthousiasme et amour pour l’Europe” : cet enthousiasme est plutôt inhabituel au Royaume-Uni, même si la grande manifestation qui s’est tenue à Londres le 30 juin dernier a montré qu’un certain nombre de personnes attachent encore de l’importance à l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE.

Matt Kelly, le rédacteur en chef de The New European et chef du contenu d’Archant, a déclaré que la vague d’enthousiasme et de colère des “Remainers” ainsi que la critique qu’ils ont exprimée à l’encontre du traitement médiatique de la campagne du référendum, et de l’UE en général, sont les éléments décisifs qui ont fait germer chez l’éditeur l’idée d’un “produit imprimé qui partagerait les mêmes valeurs que les 48 %”. Pour lui, il n’existait que “deux journaux traditionnellement perçus comme étant à gauche de l’échiquier politique britannique, mais aucun de ces deux journaux ne s’était vraiment engagé pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE avant la toute fin de la campagne ; il est désormais clair que cet engagement a été trop tardif.”

Matt Kelly a ajouté que

le sentiment de désarroi et de désenchantement n’a fait que grandir et n’est pas parti pour faiblir. Le fait que le camp du Leave n’a clairement aucun plan préparant la sortie de l’UE ne fait que renforcer l’impression que le Brexit revient à se tirer une balle dans le pied.

Aussi inhabituel que cela puisse être, le lancement de ce journal en format papier, sans qu’aucune étude de marché n’ait été préalablement menée, est due à la durée de vie relativement courte de The New European, puisqu’elle n’excédera probablement pas plus d’un mois, et au fait que son lectorat existe déjà : il s’agit des 48 %.


presseurop.eu | 08-juil.-2016 19:22

Migration et démographie : La carte de l’augmentation de la population née à l’étranger

Cette carte, basée sur une analyse des données des Nations Unies et d’Eurostat par le Pew Research Center, montre les évolutions qu’a connu la proportion d’immigrés parmi la population européenne depuis un an et demi. Pendant cette période, plus d’un million de personnes ont déposé une demande d’asile en Europe.

C’est en Suède, en Hongrie et en Autriche que le nombre d’immigrés a le plus augmenté ; dans le rapport du Pew, il est précisé que “chacun de ces pays a connu une hausse de plus d’un point de pourcentage”. Cette évolution peut paraître infime, mais le Pew Research Center signale qu’une “hausse d’un point de pourcentage en une année seulement est peu commune, surtout dans les pays occidentaux” et rappelle qu’il a fallu attendre “une décennie” pour que la proportion d’immigrés “augmente d’environ un point dans la population des Etats-Unis (elle est passée de 13 à 14 % sur la période 2005-2015)”.

La proportion des personnes nées à l’étranger en Suède, en Norvège et en Autriche est déjà “considérable”, note le rapport : plus de 15 % de la population de ces pays est née à l’étranger, alors que des pays comme la Hongrie ou la Finlande sont bien loin de ces chiffres. La hausse qu’ont connu ces derniers a néanmoins été importante (elle s’élève à 1,3 % en Hongrie) et a entraîné une réaction hostile de la part des autorités. D’autres pays, comme la Pologne, la Slovaquie ou encore la République Tchèque, qui ont refusé d’appliquer les quotas de réfugiés prévus par la Commission européenne, n’ont connu qu’une très faible hausse du nombre de migrants sur leur territoire, voire pas de hausse du tout.

Au cours des deux dernières années, certains pays à forte population née à l’étranger, comme la France et le Royaume-Uni, “n’ont accueilli que très peu de demandeurs d’asile par rapport à la taille de leur population”, alors que l’Allemagne “a accueilli plus de demandeurs d’asile que n’importe quel autre État européen”. En raison de la taille importante de la population allemande, l’augmentation du pourcentage de personnes nées à l’étranger a été négligeable.

A l’opposé, le Pew Research Center ajoute que

sur la même période, des pays comme la Lituanie, l’Espagne, la Slovénie, l’Estonie et la Lettonie ont vu leur pourcentage d’immigrés baisser. Cette tendance est due au fait que ces pays n’ont pas accueilli beaucoup de demandeurs d’asile au cours de l’année passée. D’autre part, la proportion actuelle de personnes nées à l’étranger dans ces pays est en baisse, car de nombreux immigrés font le choix de retourner dans leur pays d’origine (les Latinos-Américains connaissent la même situation en Espagne) et car cette population est vieillissante (c’est notamment le cas en Lettonie).

Le rapport conclut qu’il est probable que

la proportion de la population immigrée va changer à mesure que les migrations évoluent en Europe. Tous les demandeurs d’asile ne recevront pas le statut de réfugié en Europe, ce qui signifie que certains seront amenés à retourner dans leur pays d’origine. En Grèce, l’entrée est désormais interdite à une grande partie des migrants, suite à un accord qui prévoit de les renvoyer vers la Turquie et autres pays de l’UE. Néanmoins, des demandeurs d’asile continuent d’entrer en Europe, le dernier exemple en date étant celui d’Africains subsahariens qui ont traversé la mer Méditerranée pour rejoindre l’Italie.

La carte ci-dessous montre la proportion des personnes nées à l’étranger au sein des populations européennes.


presseurop.eu | 07-juil.-2016 11:54

Michel Rocard, l'homme que les socialistes ont humilié

`REUTERS/Charles Platiau CP/dh

En juillet 1994, je croise Michel Rocard, qui est mort samedi dernier, dans les couloirs du Parlement européen, à Strasbourg. C’est la première fois que je le vois en chair et en os. Il a l’air totalement abattu, usé, fatigué. Il erre seul, totalement seul. Je m’aperçois rapidement que cette solitude n’a rien d’exceptionnel. Elle se confirme tout au long de la session, puis en septembre. Ses « camarades » socialistes français l’évitent, l’ignorent ou, au mieux, le saluent de loin, comme s’il était porteur d’un virus mortel. Je trouve cela poignant, car c’est l’un des rares politiques pour qui j’ai une réelle admiration : représentant d’une gauche sociale-démocrate assumée, il a été un excellent Premier ministre (1988-1991) avant d’être proprement viré par François Mitterrand parce qu’il lui faisait de l’ombre.

Rocard vient d’être élu député européen, en juin, à la suite d’une campagne désastreuse pour le PS. Tête de liste (à l’époque, la France était une circonscription unique) en tant que premier secrétaire du PS, il s’est sévèrement ramassé avec moins de 15 % des voix. François Mitterrand, toujours prodigue en mauvais coups, lui a balancé dans les pattes Bernard Tapie et sa liste « MRG » (radicaux de gauche) qu’il a soutenue quasiment ouvertement. Avec un score mirifique de 10 %, Tapie a siphonné une partie des voix socialistes. Rocard est à terre. Définitivement. Il ne le sait pas encore et, surtout, ne veut pas l’admettre.

Je propose donc au journal de faire un portrait de l’homme brisé. J’appelle, en septembre, l’ancien Premier ministre qui me reçoit mal : avec son débit si particulier, il m’explique froidement qu’il ne veut plus parler aux journalistes et n’a aucune intention de me rencontrer. Je lui rétorque que rencontre ou pas, je ferai ce portrait. Un rendez-vous lui permettra peut-être de peser sur mon regard. À lui de voir. Il s’indigne : c’est du chantage. Non, c’est mon travail. Il raccroche. Et me rappelle vingt minutes plus tard : d’accord pour un déjeuner à Strasbourg, mais sans enregistrement et sans carnet de notes et avec l’interdiction absolue d’utiliser ce qu’il me dira.

Le déjeuner a lieu le 28 septembre. Il dure trois heures étourdissantes (le débit de Rocard n’est pas une légende) et alcoolisées. Rocard aime boire et je suis trop jeune journaliste pour oser refuser les verres qu’il me verse généreusement. Je sors totalement ivre pour me précipiter dans mon hôtel afin de régurgiter au plus près ce qu’il m’a raconté. Un récit passionnant de ses rapports avec François Mitterrand, tous les mauvais coups que le Président lui a faits lorsqu’il occupait Matignon. Un « enfer ». « Le matin, en me réveillant, je découvrais souvent qu’un conseil ministériel restreint dont j’ignorais tout avait eu lieu la veille et que le gouvernement avait décidé ceci ou cela. À moi d’assumer ».

Rocard, comme toujours, s’implique consciencieusement dans ses nouvelles fonctions de député européen. Il s’occupe de dossiers techniques qu’un journal comme Libé suit peu. Il préside successivement les commissions de la coopération et du développement (1997-1999), puis de l’emploi et des affaires sociales (1999-2002) et enfin de la culture (2002-2004). Il prend sa retraite en 2009 sans jamais avoir eu l’influence qu’il méritait. Car, en 2004, les Fabiusiens, en bon héritier du mitterrandisme, lui font un dernier mauvais coup : la vengeance, en politique, est sans fin. Le PS de François Hollande (il est premier secrétaire) a explosé les compteurs aux Européennes de juin : 29 % des voix. C’est même la première délégation nationale au sein du groupe socialiste. Ils peuvent donc choisir les postes qu’ils veulent. Rocard se verrait bien président du Parlement: une candidature à laquelle peu de monde s’opposerait dans l’Hémicycle. Mais les Fabiusiens ne l’entendent pas de cette oreille, alors que se profile la bataille du Traité constitutionnel européen : pas question de permettre une renaissance d’un Rocard européen. Pervenche Berès, fabiusienne de toujours, est l’exécutrice des basses œuvres : sous sa houlette, les socialistes français renoncent à la présidence du parlement en échange, pour elle-même, de la commission des affaires économiques et monétaires… C’est un socialiste espagnol, Josep Borrel qui hérite donc du perchoir. François Hollande, alors secrétaire national du PS et député européen (pour quelques semaines), laisse son vieil ami se faire une nouvelle fois humilier. Ce n’est pas demain la veille qu’un socialiste français pourra espérer l’occuper, mais qu’importe. L’essentiel n’était-il pas de se débarrasser de Rocard ? On jugera à cette aune les hommages posthumes que viennent de lui rendre plusieurs hiérarques socialistes qui ont pris une part active dans la marginalisation d’un homme qui aurait dû être le modernisateur du socialisme français.

Voici donc le portrait de Rocard paru dans le Libé du 7 octobre 1994 et intitulé : « Strasbourg, pot au noir de Rocard » avec plein de personnages qui ont totalement disparu depuis…

«Blessé ? Il le reconnaît volontiers. Isolé ? Il feint de ne pas s’en préoccuper. Las ? Il l’admet, tant de vents contraires l’ayant usé. Il est rare que le politique laisse transparaitre l’homme, même dans les pires moments. Michel Rocard est de cette espèce-là. Il a pris des coups violents et ses blessures ne sont pas refermées. Il souffre d’avoir perdu son ultime combat, celui de toute une vie, celui qui devait le conduire à la magistrature suprême. Les résultats désastreux des élections européennes ont sonné en juin le glas de ses espérances. « Il est mort, même s’il ne le sait pas encore », dit l’un de ses rares amis. Il est sonné de voir son vieil adversaire, François Mitterrand, l’avoir emporté par sa propre faute, conscient qu’il est d’avoir accumulé les erreurs.

Mais bien que tourmenté, il ne se cache pas. Depuis qu’il a été élu au Parlement européen, on ne voit que lui, à Bruxelles ou à Strasbourg. Il effectue son travail de député lambda. Les écouteurs vissés sur les oreilles, il écoute sagement les débats. Que ce soit à la commission des affaires étrangères ou en séance plénière, il quitte la salle parmi les derniers. Ce Rocard-là se veut pétri d’humilité et affirme être là pour découvrir le Parlement européen dont il ignore tout, soucieux d’effectuer au mieux son retour à la base. Le Parlement européen l’intéresse comme forum politique international. Il est aimable avec tous, salue précautionneusement les huissiers, répond au téléphone. Mais son échec, il le vit seul. Pathétiquement seul. Ses « amis » socialistes français l’évitent comme on le fait d’un grand malade, par peur, par gêne et plus rarement par pudeur. En juillet, lors de la session plénière de rentrée, le contraste était saisissant entre un Bernard Tapie, papillonnant, entouré, fêté par Jack Lang, et Rocard, totalement ignoré.

Même les soirées, conviviales par nature à Strasbourg, semblent lui échapper. Daniel Cohn-Bendit (Vert, Allemagne), rentrant un soir à son hôtel, l’avise seul, devant un demi, accoudé au bar impersonnel de l’établissement. La conversation qui suit est surréaliste, l’ex-premier secrétaire entretenant l’ancien leader de mai 68 de ses chances à la présidentielle. Au cours d’un déjeuner entre la délégation socialiste française et la presse, en juillet encore, Rocard affirme un peu trop fort, en sortant nerveusement une cigarette brune d’un paquet chiffonné, qu’il est soulagé depuis qu’il a cessé de s’occuper du PS et qu’il bien et même de mieux en mieux. Bernard Stasi (PPE, démocrate-chrétien) se rappelle qu’en juillet, « il frôlait les murs. Personne ne s’intéressait à lui ». Un autre député centriste raconte : « c’est tragique, cette solitude ». « Dans l’avion de Paris, lors de la session de septembre, les socialistes le saluaient, mais personne ne s’est assis à côté de lui ». « Rocard, il me fait de la peine, de la vraie », dit Yves Verwaerde (PPE).

Pierre Moscovici, qui se range parmi les amis de Rocard, juge que l’ambiance au sein de la délégation socialiste française peut difficilement être différente : « elle subit beaucoup le poids des clivages nationaux ». Et, de fait, « les amis de Michel sont rares ». En revanche, un « clan solide de fabiusiens, cultivant la fidélité à François Mitterrand » rend, selon Moscovici, l’atmosphère difficilement respirable. « N’oubliez pas que le meurtre rituel de Rocard est l’une des composantes importantes du mitterrandisme », ajoute-t-il. Un autre eurodéputé PS observe que « ses camarades ne font pas de cadeaux à l’ancien premier ministre. Ils lui font payer ses succès passés, son brillant ». Michel Rocard se console de la bouderie des socialistes français en rencontrant ses « amis internationaux ». Il ne cache pas son plaisir d’avoir retrouvé son « vieux complice » de 68, Dany Cohn-Bendit. Ou encore John Hume, secrétaire général du parti travailliste nord-irlandais et artisan du processus de paix. Il rappelle que, pour les travaillistes anglais, il est le dernier à avoir rencontré en tête-à-tête l’ancien leader de leur parti, John Smith, quelques heures avant sa mort.

Depuis cet été, l’ambiance s’est un peu détendue au sein de la délégation socialiste française, grâce à l’action apaisante de Nicole Péry, vice-présidente du Parlement européen. Rocard lui-même a parcouru du chemin. Comment rebondir est la question qui l’obsède. En bon protestant, il admet les erreurs qui l’ont conduit dans ce trou noir. Mais pour lui, son échec de juin n’est pas le pire de sa carrière. Celui du PSU, « ce laboratoire d’études pour une gauche renouvelée », est, à l’en croire, plus grave puisqu’il a ouvert la voie dans les années 70 à la reconstruction du PS autour de François Mitterrand.

L’ancien Premier ministre sait que sa convalescence est fragile. Il se tient donc à l’écart de la scène parisienne. Pas question de parler aux journalistes pour l’instant. Outre qu’il cultive à leur égard une méfiance développée au fils des ans, ce silence lui permet d’effectuer son « travail de deuil », selon l’expression d’un député socialiste. Mais, pour lui, son retrait n’est pas une retraite. Ainsi a-t-il participé le 27 septembre au soir à un meeting électoral du SPD à Friburg en Allemagne. Il s’entretient aussi régulièrement avec Jacques Delors à qui il donnera un coup de main pour la présidentielle si le président de la Commission le lui demande. Pour Rocard, la société française est malade, les solidarités sont défaites et il faut reconstruire. Si on l’appelle, il aidera à cette reconstruction».


bruxelles.blogs.liberation.fr | 06-juil.-2016 23:36

Comprendre le Brexit : Une révolte démocratique contre une élite sourde et méprisante
Internazionale, Rome – Pour le chroniqueur David Randall, le vote du “Leave” exprimé lors du référendum du 23 juin, est à comprendre essentiellement comme un coup porté aux patrons de la finance qui ont pris l’économie britannique en otage et une riposte contre la politique des principaux partis vis-à-vis de l’immigration. Voir en entier .
presseurop.eu | 06-juil.-2016 01:24

CETA: la Commission veut-elle contourner le contrôle démocratique?

La Commission veut-elle faire ratifier l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et le Canada (« CETA ») en contournant les parlements nationaux ? La question sera tranchée, ce mardi, par le collège des vingt-huit commissaires, une bonne partie d’entre eux estimant qu’il suffit d’une approbation du conseil des ministres (là où siègent les États membres) et du Parlement européen. Une position juridiquement défendable, mais politiquement extrêmement risquée à l’heure où l’opposition au CETA et surtout au TTIP, le projet d’accord de libre-échange avec les États-Unis, ne cesse de s’amplifier, comme en a convenu Jean-Claude Juncker, le président de l’exécutif européen : « si les États membres pensent qu’une analyse juridique ne compte pour rien dès lors que le sujet devient trop politique, alors je serais la dernière personne à essayer de les stopper », a-t-il lancé le 29 juin, en marge du sommet de Bruxelles.

Comme toujours dans le domaine européen, l’affaire est d’une rare complexité, les Etats n’acceptant de partager leur souveraineté qu’à reculons, ce qui aboutit à des procédures byzantines. Accrochez-vous donc, le voyage commence.

Compétence exclusive

Depuis l’origine de la construction communautaire, le commerce international est une « compétence exclusive » de l’Union. Et ce, pour deux raisons. D’une part, il est difficile qu’il en soit autrement à partir du moment où il existe un marché unique et que les marchandises, les capitaux et les services qui entrent dans un pays circulent librement dans l’espace commun. D’autre part, pris ensemble, les États membres sont la première puissance commerciale du monde, ce qui leur permet d’imposer leurs priorités à leurs partenaires commerciaux soucieux d’accéder au grand marché.

Jusqu’au traité de Lisbonne, ces accords, négociés par la Commission sur mandat des États membres, étaient simplement adoptés par le Conseil des ministres à la majorité qualifiée, après une simple consultation du Parlement européen, et ce, sans aucune ratification des parlements nationaux. Sauf pour les accords dits « mixtes », c’est-à-dire qui touchent des compétences nationales, comme les services et la propriété intellectuelle, les investissements étrangers directs, les services culturels, audiovisuels sociaux, de santé et d’éducation, etc. Là, il faut en passer par la ratification nationale. Cela a été, par exemple, le cas de l’accord de Marrakech créant l’Organisation mondiale du commerce. Le Traité de Nice de 2001 a un peu modifié la règle du jeu pour les services et les aspects commerciaux de la propriété intellectuelle : un vote à l’unanimité du Conseil suffisait, sans passer par la case nationale.

Contrôle du Parlement européen

Le traité de Lisbonne, entré en vigueur en novembre 2009, a introduit le Parlement européen dans la boucle afin de démocratiser la politique commerciale (article 207 du traité sur le fonctionnement de l’UE) : le conseil des ministres ratifie toujours à la majorité qualifiée (55 % des États membres représentant 65 % de la population), mais avec l’approbation du Parlement européen. Ensuite, le conseil statue toujours à l’unanimité pour les accords « mixtes », mais cette fois avec l’approbation du Parlement européen en plus de celle des Parlements nationaux : « Lisbonne n’a pas modifié la répartition des compétences entre l’Union et les États, comme le prévoit expressément l’article 207 §6 », souligne Jean-Luc Sauron, conseiller d’État et spécialiste des questions européennes. « Il s’agissait simplement de donner plus de pouvoir au Parlement européen ».

Autrement dit, c’est la qualification de l’accord qui va déterminer le processus de ratification. S’il n’est pas « mixte », les Parlements nationaux n’ont pas leur mot à dire, seul le Parlement européen étant impliqué ; s’il est « mixte », on entre dans une procédure de ratification à rallonge puisqu’il faudra passer par le Parlement européen, les vingt-huit parlements nationaux et les parlements régionaux dans les États fédéraux (Belgique, Espagne, Allemagne). Ce qui peut prendre du temps : la ratification de l’accord de libre-échange avec la Corée du Sud a duré quatre ans…

Sentant la contestation contre le CETA monter, une partie de la Commission, emmenée par la commissaire chargée du commerce, Cécilia Malmström, est donc tentée de qualifier le CETA d’accord purement européen, afin de court-circuiter les parlements nationaux. Mais cela fait hurler ceux qui s’opposent au TTIP, le CETA étant désormais perçu comme un « cheval de Troie » des intérêts américains en Europe. Cette démarche « risque d’ouvrir un boulevard aux europhobes en empêchant les Parlements nationaux d’avoir réellement leur mot à dire sur ce type de traité. Tout est fait pour empêcher un véritable débat public et ainsi accroitre la défiance à l’égard des institutions européennes », jugent ainsi Les Amis de la Terre. Il faut dire que le moment choisi est particulièrement malheureux : en plein Brexit et après que les Parlements wallon et néerlandais aient estimé, en avril dernier, que le CETA ne pouvait être ratifié en l’état…

Un boulevard pour les europhobes

À la Commission on se défend de telles arrières pensées : « c’est un problème plus général. Il ne s’agit pas d’éviter le contrôle parlementaire puisque le Parlement européen se prononcera », explique un fonctionnaire européen. Une bonne partie des eurodéputés n’apprécient guère qu’on mette en cause la qualité de leur contrôle : « la ratification de l’accord sera démocratique puisque le Parlement européen ainsi que les États membres devront le ratifier », ce qui est loin d’être « antidémocratique » comme « certains, notamment des députés européens, osent déjà qualifier cette décision », tempête Franck Proust du PPE. Jean-Claude Juncker fait aussi remarquer que les gouvernements « peuvent demander à leur parlement comment ils doivent voter » à Bruxelles… On fait enfin remarquer au sein de l’exécutif européen que « si l’on met des années à ratifier des accords conclus à la demande et par nos États membres et que l’on prend le risque d’un rejet par un seul pays voire un seul parlement subnational, notre politique commerciale commune va devenir de moins en moins crédible ».

Surtout, la Commission fait valoir qu’elle n’hésite pas à qualifier un accord de mixte si tel est le cas : « par exemple, nous venons de conclure un accord avec les pays du sud de l’Afrique. Il comporte des aspects d’aide au développement et cela relève clairement des compétences nationales. On l’a immédiatement qualifié de mixte », souligne un fonctionnaire. Il arrive aussi que la Commission, sous la pression des Etats, change son fusil d’épaule, requalifiant de mixtes des accords qu’elle considérait comme Européen (avec le Pérou, par exemple). Reste que si la Commission estime que le CETA n’est pas mixte, il faudra que les États décident du contraire à l’unanimité, comme le prévoient les traités. Or l’Italie considère déjà que tel est le cas… Cela étant, même si le CETA est considéré comme mixte, il devra être adopté à l’unanimité des Etats et à la majorité du Parlement européen.

Reste que l’affaire est tellement complexe, comme vous venez de le lire, que le message envoyé par la Commission et les États membres risque d’être celui d’une confiscation du débat démocratique même si cela n’est absolument pas le cas. Jean-Claude Juncker, fin politique, le sait : le simplisme l’emporte toujours sur le complexe. C’est pourquoi il a lancé, le 29 juin : « Je ne suis pas prêt à mourir sur l’autel d’une question juridique ».


bruxelles.blogs.liberation.fr | 04-juil.-2016 21:56

Le clivage gauche-droite a-t-il encore un sens?

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Il était une époque, dont nous sommes naturellement tous un peu nostalgiques, où nous étions en situation de faire les événements. Mais avec l’émergence de grandes puissances économiques et la mondialisation des marchés, nous ne pouvons au mieux que les signer une fois qu’ils se sont faits sans nous.

En effet, l’influence des membres de l’Union européenne dans le reste du monde s’est effondrée. Nous chérissons l’illusion perdue d’une souveraineté nationale que notre déclin en regard des avancées économiques enregistrées dans d’autres régions du monde a rendue obsolète et qui ne nous protégera pas de leurs effets. Pas plus que les radiations en provenance de Tchernobyl ne s’étaient jadis miraculeusement arrêtées aux frontières de la France, l’onde de choc provoquée par les enjeux planétaires contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux, environnementaux ou sécuritaires, ne se fige aux portes de nos pays "souverains".

Dès lors que les marges de manœuvre sont devenues aujourd’hui beaucoup plus réduites parce que nos pays sont soumis à une pression internationale beaucoup plus forte qu’autrefois, la question du clivage gauche-droite, qui a structuré le débat et la politique de nos Etats depuis le XVIIIe siècle, se pose immanquablement puisqu’il devient impossible de défendre sérieusement une logique redistributrice – pourtant nécessaire – quand il n’y a plus rien à distribuer !

Ponctuation cosmétique

Certes, il subsiste par ailleurs des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu’ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

Une ponctuation cosmétique, pourrait-on dire, en raison de la conversion pragmatique de la social-démocratie au social-libéralisme, puisque la justice redistributive s’étiole à mesure que les caisses de l’Etat se vident et que l’endettement ou les déficits budgétaires se creusent.

Bien entendu, les partis de gauche comme de droite ont des traditions, des cultures, des approches spécifiques, mais face à la réalité des choses, celles-ci ne pèsent plus lourd. On le sait depuis le tournant mitterrandien du début des années 1980, qui a entériné la fin de toute possibilité de conduire une politique réellement de gauche. Trente ans plus tard, François Hollande a dû tirer les mêmes conclusions, comme le reste des responsables politiques européens d’ailleurs.

Il en résulte des conséquences dramatiques puisque les électeurs de gauche, du centre et de droite, sentant l’impuissance du politique, ne croient plus à l’efficacité de l’action publique tandis que les extrêmes s’emploient à faire croire qu’une autre politique, fondée sur le repli sur soi, la sortie de l’euro ou le colbertisme, serait possible alors même que le cadre étriqué de l’Etat-Nation ne permet précisément pas d’en poser les bases.

Pourtant, les sirènes souverainistes attirent de plus en plus d’électeurs, captant une frange non négligeable de citoyens déçus par la pauvreté des débats et l’asthénie à peine voilée des partis modérés pour lesquels ils sont d’ordinaire enclins à voter.

Cette incapacité d’agir sur les causes laisse peser une menace croissante sur l’avenir de nos principes issus de la démocratie libérale. On le voit bien en Hongrie, en Pologne, en Slovaquie mais aussi en Europe occidentale comme en France, où sous couvert d’un front hostile au libéralisme économique, c’est en réalité la lutte contre le déterminisme social au profit du libéralisme philosophique, garant de l’équilibre des pouvoirs, du respect des minorités et de l’égalité des chances, qui est mise en péril. Quant à l’Autriche, elle a bien failli basculer tout récemment dans le populisme, avec un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle qui a recueilli près de 50% des voix.

Tentations populistes

Il subsiste des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu'ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

Nous ne pouvons laisser les tentations populistes triompher du clivage gauche-droite, qui structure la liberté de pensée, nourrit la vitalité de la démocratie parlementaire et demeure le meilleur vecteur de pluralisme, garantissant la possibilité d’une alternance suffisamment marquée pour permettre à différents projets de société de coexister, et suffisamment adulte par ailleurs pour qu’elle ne remette jamais en cause les acquis essentiels de la liberté et de l’égalité sédimentés dans l’inconscient collectif au fil des siècles de lutte pour la démocratie.

Mais depuis quelques années, l’échelon national est devenu si peu signifiant pour faire face aux enjeux mondiaux que la ligne de démarcation entre gauche et droite a perdu sa raison d’être: les partis réformistes de gauche comme de droite, modérés comme conservateurs, sont pro-européens, même s’ils n’osent plus autant l’affirmer qu’auparavant en raison des représentations sociales anti-européennes qui circulent dans l’opinion, tandis que les autres, situés aux extrémités de l’échiquier politique, sont hostiles à l’Europe.

Même si elles divergent souvent sur leurs propositions économiques, les formations qui gravitent dans les extrêmes ont trouvé dans le refus de l’Union des points d’ancrage communs qui les rapprochent singulièrement.

Clivage concentrique

On le voit bien d’ailleurs dans la volatilité de l’électorat de la gauche radicale, dont les transferts de voix en direction de la polarité opposée sont fréquents. Nous sommes donc passés d’une ligne de fracture située au centre de l’échiquier politique à un clivage concentrique car la question de la souveraineté est aujourd’hui celle qui structure véritablement l’organisation idéologique de la vie politique. Les europhobes, d’une part, plaident en faveur du retour à la souveraineté nationale, tandis que les europhiles pensent au contraire que la souveraineté des États européens sera d’autant plus forte qu’elle sera collectivement exercée.

Si les extrêmes se rejoignent en dépit de leurs visions antinomiques de la société, on peut également se demander, à bon droit, si les formations modérées n’auraient pas, elles aussi, sur la question de la souveraineté, du moins, intérêt à prendre acte de l’évolution des lignes de fractures et à unir leurs forces autour du centre de gravité de la vie publique en créant un arc politique à travers les vieux clivages droite-gauche.

C’est ce que vient récemment d’entreprendre le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron. En se déclarant, comme Stand Up, "transcourant" (qui n’est ni de gauche, ni de droite), son tout nouveau mouvement, "En marche!", suit une tendance qu’il décèle dans la société et dans les attentes des citoyens à l’égard de leurs élus, comme l’indique par exemple l’enquête du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) de 2014, qui révèle que 73% des Français estiment que les notions de droite et de gauche ne veulent plus rien dire.

Et pour cause! Pour retrouver la vitalité du débat démocratique en permettant à différents projets de société gauche/droite d’exister, il faut d’abord reconstruire des espaces politiques qui soient en phase avec l’évolution du monde. La mutualisation de nos moyens et de nos ressources est la seule manière de peser à nouveau sur notre destin et de mieux résister aux contraintes que la mondialisation fait peser sur nos 28 pays.

1 000 milliards d’euros par an

Les économies réalisées grâce à la fédéralisation des compétences, estimées à 1 000 milliards d’euros par an, dégageront des marges de manœuvre colossales permettant de gérer enfin les flux migratoires de manière digne mais responsable, de faire entendre à nouveau la voix de l’Europe dans le concert des grandes nations, d’optimiser la sécurité du territoire, d’organiser une vraie défense européenne, de soutenir nos entreprises, de sécuriser le financement de nos systèmes de protection sociale, d’investir massivement dans l’éducation, l’innovation, l’industrie, la culture et donc de favoriser les conditions de création d’emplois, d’accroître le pouvoir d’achat, bref d’améliorer concrètement la qualité de vie de tous les citoyens par la reconquête d’une réelle souveraineté politique, économique, sociale et culturelle nous donnant un accès collectif à une maîtrise pérenne de notre destin de bien meilleure qualité.

Le préalable de la souveraineté une fois résolu, les projets de société d’inspiration de gauche ou de droite pourront reprendre leur sens puisque la fédéralisation aura permis de renforcer le politique, de récupérer des marges de manœuvre pour financer des politiques d’inspirations différentes. Et d’élaborer des projets de société multiples, pour lesquels l’électeur sera amené à se prononcer ou, mieux encore, auxquels il sera amené à prendre part.

Richard Laub et Olivier Boruchowitch, Cofondateurs de Stand Up for Europe

Dessin de Claudio Cadei/CartoonMovement


presseurop.eu | 04-juil.-2016 15:46

Brexit: Les Vingt-sept choisissent la ligne dure avec Londres

Out, c’est out. Et le plus vite sera le mieux. Les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles mardi et mercredi ont choisi sans barguiner la ligne dure vis-à-vis de la Grande-Bretagne, celle que prônait la France. Pas question d’accommodements raisonnables destinés à rendre moins douloureuse sa sortie et, pour l’avenir, pas question non plus de lui tailler un costume sur mesure en lui permettant de choisir les politiques européennes qui l’intéresse. Bref, les Britanniques -et les europhobes de tous les pays européens - vont découvrir grandeur nature ce qu’il en coûte de quitter la maison commune.

L’ambiance de ce sommet était étrange : nul drame, nulle larme. On est loin, très loin, de l’atmosphère dramatique de la crise grecque : un Grexit aurait eu des conséquences dramatiques pour lui, mais aussi pour ses partenaires qui partagent la même monnaie. Certes, tout le monde aurait préféré éviter un Brexit, mais personne n’en a fait un drame non plus, tant Londres s’est marginalisée depuis 20 ans. D’ailleurs, l’Union n’a pas perdu de temps pour lui faire comprendre qu’elle n’était déjà plus qu’à moitié dans le jeu. Ainsi, le Conseil européen s’est réuni mercredi sans David Cameron, le premier ministre britannique, qui n’a été autorisé qu’à assister à la session de travail de la veille ainsi qu’au diner. Une première dans l’histoire européenne, alors que le Royaume-Uni n’a même pas encore activé l’article 50 du traité sur l’Union qui lancera le processus de sortie. Mieux : un Sommet informel a été convoqué pour le 15 septembre à Bratislava afin de réfléchir à l’avenir de l’Union, là-aussi sans le Royaume-Uni.

Cette mise à l’écart rapide se fait sentir dans toutes les institutions. Ainsi, le commissaire britannique, Jonathan Hill, a démissionné de ses fonctions samedi. Son successeur, on n’en fait pas mystère à Bruxelles, n’héritera pas de l’important portefeuille des services financiers qu’il détenait, immédiatement confié au Letton Valdis Dombrovskis, vice-président chargé de l’euro, mais sans doute de responsabilités marginales, « comme le multilinguisme », se marre un fonctionnaire. Au Parlement européen, les députés britanniques occupant des postes de responsabilité et ceux qui sont chargés d’un rapport sur une directive ou un règlement, devraient eux-aussi laisser la place à leurs partenaires restés dans l’Union.

Certes, plusieurs pays d’Europe centrale, mais aussi l’Irlande et le Danemark, on plaidé au cours du sommet, pour que l’Union manifeste un peu de compréhension à l’égard de la Grande-Bretagne, notamment en lui laissant le temps de déclencher l’article 50 vu le désordre politique qui règne dans ce pays depuis le 24 juin. Comme l’explique un diplomate européen, « l’idée est que plus les conséquences désastreuses de la sortie seront visibles, plus il y a de chance qu’ils choisissent une voie raisonnable ». Ces pays espéraient aussi que cela pourrait peut-être permettre de renégocier avec les Britanniques afin qu’ils restent dans l’Union. Mais ils se sont finalement alignés sur la position arrêtée, lundi, à Berlin par Angela Merkel, la chancelière allemande, François Hollande, le président français, et Matteo Renzi, le président du conseil italien : l’article 50 doit être activé le plus tôt possible et, en attendant, aucune discussion de quelle que nature que ce soit n’aura lieu avec Londres, histoire qu’elle ne cherche pas à obtenir des assurances sur son futur statut avant de demander formellement le divorce.

De même, les Vingt-sept ont tout de suite voulu couper cours aux espoirs des « Brexiter », comme le conservateur Boris Johnson qui a affirmé dans le Daily Telegraph que son pays pourrait continuer à avoir accès au marché unique, mais sans la libre circulation des personnes, thème central du référendum. Ils ont donc décidé de lier les quatre libertés du marché unique : ce sera la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes ou rien. « Les quatre libertés sont indivisibles », a ainsi affirmé Angela Merkel. « Il faut éviter que des pays puissent s’imaginer qu’en sortant ils pourront choisir les politiques qui les intéressent », explique un diplomate français. Mieux : « l’accès au marché intérieur que réclame Boris Johnson, c’est aussi le respect de l’acquis communautaire, la compétence de la Cour de justice européenne pour régler les litiges et une contribution au budget communautaire à peu près équivalente à ce qu’ils payent aujourd’hui ». C’est le statut choisi par la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein qui n’ont, évidemment, aucun droit de se prononcer sur les lois européennes qu’ils doivent simplement appliquer…

A défaut, la Grande-Bretagne devra se contenter d’un simple accord de libre échange comme ceux que l’UE a signé avec Singapour, le Japon ou le Canada, ce qui ne fera pas ses affaires. Cette fermeté va compliquer la tâche des Brexiter qui espéraient que l’Union, par souci de défendre ses intérêts économiques, se montrerait plus compréhensive. C’est loupé. Une fermeté logique : les capitales européennes veulent éviter un effet domino en montrant aux partis europhobes, qu’ils soient au pouvoir ou pas, qu’une sortie sera plus que douloureuse afin de leur couper l’herbe sous le pied. « Leurs mensonges vont apparaître au grand jour », s’amuse un diplomate européen.

Sur l’avenir de l’Union, en revanche, les Vingt-sept restent prudents : priorité aux réalisations concrètes à très court terme, à la simplification et à la clarification afin de « reconquérir les cœurs des citoyens ». Une remise à plat des traités est renvoyée sine die : « On ne va pas modifier les traités, ce n’est pas la priorité », a ainsi répété à plusieurs reprises Angela Merkel. Les Vingt-sept veulent éviter d’étaler leur divergence, entre les pays, notamment d’Europe centrale, qui voudraient réduire aux acquêts l’Union, et ceux qui, au sein de la zone euro, veulent achever leur intégration, notamment en la démocratisant. « C’est la dernière ces choses à faire aujourd’hui, car ce serait bataille extrêmement clivante et les opinions publiques sont épuisées par ces crises », renchérit-on dans l’entourage du président français.

N.B: article paru dans Libération du 30 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 01-juil.-2016 17:59

Les tenants du Brexit ont perdu le contrôle de la situation

Blog

Voilà maintenant près d’une semaine que le Royaume-Uni a voté sa sortie de l’Union européenne. Et depuis ce moment, les scènes se déroulant à Westminster ont oscillé entre la tragédie et la farce, alors que les têtes tombent, que les Remainers se retournent les uns contre les autres et que les Leavers reviennent honteusement sur leurs promesses d’argent supplémentaire pour la NHS, d’intensification des échanges commerciaux et de restrictions à l’immigration. Il est de plus en plus évident que l’électorat a été la victime de ce que Brian Reade, journaliste du Daily Mirror, a appeléla plus grande escroquerie de toute l’histoire des scrutins britanniques” : elle a été orchestrée par des opportunistes et des idéologues qui n’ont élaboré aucun plan d’avenir viable.

Une crise économique se profile à l’horizon, et les journaux se sont empressés de publier des histoires d’électeurs qui regrettent d’avoir voté Leave maintenant que tout est joué. La gauche libérale s’est fait une joie de relayer l’histoire d’un ancien rédacteur en chef du Sun qui a exprimé ses remords quelques jours seulement après avoir poussé ses lecteurs à voter Leave. Le père d’un de mes amis, bien que fier d’avoir décidé de voter Leave, demande la citoyenneté irlandaise.

Ceux qui étaient pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE peuvent trouver un peu de réconfort dans les remords des Leavers, alors que la situation économique du Royaume-Uni va de mal en pis. Mais il est probable que des millions de personnes continueront de penser que ces dures épreuves en valaient la peine si il y existe une chance pour que l’immigration baisse. C’est précisémment ce noyau dur d’électeurs en colère qui est terrifiant. Boris Johnson a attisé le sentiment d’hostilité envers les immigrés sans aucun scrupule et a promis aux lecteurs du Sun que l’immigration serait au plus bas s’ils votaient Leave.

Pourtant, en lisant le récent manifeste du Brexit qu’a publié Johnson dans sa tribune hebdomadaire pour le Telegraph, on voit que ses priorités sont tout autres. Il veut assurer à “nos voisins, nos frères et nos sœurs qui ont fait ce qu’ils croyaient passionnément être juste” qu’ils pourront conserver leur liberté de circulation ainsi que leur accès au marché unique de l’UE.

Comme dans une bonne partie de ce qu’écrit Johnson, on peut aisément remplacer le “nos” par “mes”, sans que cela n’altère la compréhension. Ses voisins vivent dans un quartier aisé d’Islington, l’un des bastions du Remain, alors que ses frères et sœurs font partie de l’élite des hommes politiques et des journalistes et qu’ils ont mené campagne contre le Brexit.

Quand il évoque sa promesse d’établir une sélection des migrants basée sur un système de points, laquelle est vaguement mentionnée en fin de l’article, ce qui transparaît, c’est le manque d’enthousiasme d’un homme qui sait très bien que l’UE n’approuvera jamais :

Oui, le contrôle démocratique de la politique d’immigration sera de nouveau du ressort du gouvernement, qui pourra mettre en place un système de points équilibré et humain de façon à répondre aux besoins du marché et de l’industrie.

Même s’il s’est souvent laissé aller à des commentaires xénophobes dans la presse, Boris Johnson ne semble pas vouloir s’engager pleinement pour ce qui a été l’un des piliers de sa campagne. Son cynisme réside dans le fait de d’avoir d’abord considérer les électeurs inquiétés par l’immigration comme une force à mobiliser, pour ensuite les ignorer complètement. C’est comme ça que Boris Johnson s’est construit. Il a affirmé à tout bout de champ que 3000 ou 4000 extrémistes islamistes s’apprêtaient à s’infiltrer au Royaume-Uni : il les a courageusement insultés avant de déclarer : “Je n’ai pas peur des représailles djihadistes”.

Si on tient compte du fait qu’il a lui-même inventé cette menace, son courage n’est plus si impressionnant. En tant que l’une des figures de proue de la campagne de dénigrement menée par le Parti conservateur contre Sadiq Khan, le candidat travailliste à la mairie de Londres, Boris Johnson s’est servi de sa tribune dans le Telegraph pour laisser entendre qu’étant issu de l’immigration, Khan était peu digne de confiance :

L’Islam et le Parti travailliste sont tous les deux en proie à des luttes, et dans les deux cas, Khan, quelles que soient ses vraies opinions, plaît aux extrémistes. Je ne veux pas qu’il dirige notre capitale.

Johnson est maître dans l’art du langage politique codé. De cette façon, il peut récuser les accusations selon lesquelles il attiserait le sentiment de haine envers les immigrants, tout comme il a scrupuleusement évité de participer aux mêmes évènements que Nigel Farage, le leader ouvertement xénophobe du parti Ukip. Toutefois, il a aussi pu profiter de l’élan final qu’a donné à sa campagne la recrudescence du sentiment d’hostilité envers les immigrants.

Le problème, c’est que Johnson a mis en marche une machine qu’il ne sera pas en mesure de contrôler, puisque la peur de l’immigration semble fonctionner comme une logique mythologique qui rejetterait toute réponse pragmatique du politique. Et l’une des nombreuses erreurs de Boris Johnson est d’avoir déclaré qu’il avait l’intention d’aborder les négociations avec l’UE, en particulier celles qui concerneront l’immigration, de façon pragmatique. En même temps, il a participé à la réapparition d’une rhétorique xénophobe qui insinue que les immigrants sont des fardeaux par définition.

Si l’on s’en tient à cette logique, le taux d’immigration n’atteindra jamais un niveau suffisamment bas, et la seule présence d’étrangers sur le sol britannique constitue un affront. Aucun homme politique de parti traditionnel ne peut gagner ce jeu. En Hongrie, Viktor Orbán, qui ne correspond pas vraiment à l’idée qu’on pourrait se faire d’un modéré, subit aujourd’hui la pression grandissante du Jobbik, parti d’extrême droite ultranationaliste, et de sa rhétorique dangereuse, après avoir fait du contrôle de l’immigration l’un des fers de lance de sa campagne, dans un pays où à peine 2 % des résidents sont nés à l’étranger.

De la même façon, au Royaume-Uni, les Ukippers menés par Farage attendent en coulisses pour demander une “limitation” plus stricte encore de l’immigration, pendant que la presse à scandale continuera d’inventer ou d’exagérer des histoires. Au lendemain du vote pour la sortie de l’UE, The Sunday People a affiché en une le message “500 000 migrants se dirigent vers le Royaume-Uni”.


presseurop.eu | 30-juin-2016 21:24

Après le référendum sur le Brexit : Les Européens sont-ils correctement informés sur l’UE ?

Au lendemain du référendum du 23 juin, il s’est avéré que bon nombre d’électeurs britanniques méconnaissaient, voire ignoraient totalement, les informations de base sur l’Union européenne.

Certains leaders du camp Leave, favorables au Brexit, en ont profité et n’ont pas hésité à faire campagne en utilisant, entre autres, des arguments fallacieux ainsi que des mensonges éhontés, tout en bénéficiant de l’appui d’un grand nombre de journaux nationaux qui “ont noyé leurs lecteurs sous un flot d’histoires subjectives et trompeuses, quand elles n’étaient pas purement et simplement fallacieuses, sur Bruxelles”, comme on a pu récemment le lire dans The New York Times. Pour le “NYT”, l’image qu’ont présentée les journaux britanniques de l’Union européenne à l’approche du référendum du 23 juin a été tout aussi négative. Le Financial Times et le Guardian ont exprimé leur soutien à la campagne du Remain, mais ce sont des quotidiens à faible diffusion qui prêchent des convertis. The Times a été impartial, même s’il a fini par admettre, le 18 juin, qu’il préférait rester dans l’Union européenne. Mais le journal au plus grand tirage (The Telegraph), le journal le plus lu par la classe moyenne britannique (The Daily Mail) ainsi que le tabloïd le plus populaire (The Sun) ont affiché un soutien éhonté au camp du *Leave.

Mais quel rôle ont joué les experts ? Même si, d’après BuzzFeed, les pro-Remain accordaient plus de valeur à leur parole que ne le faisaient les pro-Brexit, les experts, qu’ils soient économistes ou scientifiques, n’ont presque pas été entendus, leur voix ayant été étouffée par les partisans du Leave, qui ont joué avec la peur et la colère des électeurs.

Sans compter qu’aucune campagne d’information sur l’Union européenne n’a été menée par le gouvernement britannique en amont du référendum : les résultats n’auraient pas dû nous surprendre. La recherche qu’ont frénétiquement entrée de nombreux Britanniques sur Google dans les heures qui ont suivi l’annonce des résultats, à savoir “qu’est-ce que l’UE, n’aurait pas non plus due nous surprendre. Et l’effet de surprise disparaît complètement si on s’intéresse au pourcentage du niveau d’information relatif à l’UE des citoyens du Royaume-Uni : ils sont tout simplement les moins bien informés, comme le montre l’Eurobaromètre que nous avons utilisé pour ce graphique.


presseurop.eu | 29-juin-2016 13:51

Brexit: l'UE en désordre de bataille

Et maintenant? Comme il fallait s’y attendre, les Etats membres et les institutions communautaires n’ont aucun plan B dans la poche, pas plus, d’ailleurs, que les partisans britanniques de la rupture avec l’Union. D’où le flottement actuel, tant à Bruxelles que dans les capitales européennes. Tout se passe comme si personne n’avait osé envisager le pire, pariant sur une vision idéalisée du fameux « pragmatisme » britannique. Faute de préparation, il ne faut donc pas s’attendre à ce que les chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunissent mardi et mercredi à Bruxelles, ou encore le Parlement européen, qui tient une session extraordinaire mardi, propose une réponse ambitieuse au séisme politique que vient de vivre l’Union. « On ne pas préparer un nouveau traité dans les 15 jours », a reconnu Emmanuel Macron, le ministre de l’économie, samedi, lors d’un débat à Sciences po.

Il est vrai que la réaction des Vingt-sept dépendra de l’analyse qu’ils feront des raisons du vote négatif des Anglais et des Gallois, mais aussi de la réaction de la classe politique britannique. Pour l’instant la poussière de la déflagration du « leave » est loin d’être retombée, à tel point qu’on ne sait pas encore si et quand Londres activera l’article 50 du traité sur l’Union qui enclenche le processus de sortie ! Outre que le référendum est consultatif, il faudra que le gouvernement de sa gracieuse majesté obtienne une majorité à la chambre des communes, où les « Bremain » sont largement majoritaires, mais aussi semble-t-il, au sein des parlements régionaux : or l’Ecosse n’a aucune intention de faciliter la tâche des « Brexiters »… Un beau casse-tête constitutionnel en perspective.

C’est pour cela qu’Angela Merkel, la chancelière allemande, appelle à répondre au Brexit « avec calme et détermination » en évitant « des solutions rapides et simples qui diviseraient encore davantage l’Europe ». Une prudence habituelle de sa part, mais qui, pour le coup, est justifiée : « c’est un échec britannique avant tout », approuve Emmanuel Macron, avant d’être un échec européen. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a renchéri de son côté dans Bild zeitung, samedi : « l’UE a des décennies d’expérience dans la gestion des crises et en est toujours sortie renforcée ».

Néanmoins, les vingt-sept capitales reconnaissent que le projet européen est en danger, l’euroscepticisme et le nationalisme ayant le vent en poupe partout en Europe. Il faut donc le remettre d’aplomb afin de répondre aux préoccupations des citoyens. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Décryptage des défis et des enjeux.

* Comment éviter que le poison du Brexit ne paralyse l’Union ?

C’est le cauchemar des Européens : que les négociations du Brexit durent plusieurs années et paralysent totalement l’Union. Car, tant que la Grande-Bretagne n’est pas sortie, elle continuera à siéger au sein des instances européennes et pourra poser son véto à toute réouverture des traités par exemple. Face aux hésitations londoniennes, David Cameron, le premier ministre britannique, laissant à son successeur le soin d’activer l’article 50, et Boris Johnson, le leader des « leave » au sein du parti conservateur considérant qu’il n’y a aucune urgence à le faire, les ministres des affaires étrangères des six pays fondateurs de l’UE (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), réunis samedi à Berlin, ont invité le Royaume-Uni à lancer « le plus vite possible » la procédure de sortie de l’UE. « Nous disons ici, ensemble, que ce processus doit commencer aussi vite que possible pour qu’on ne se retrouve pas embourbé », a martelé le ministre des affaires étrangères allemand, le social-démocrate, Frank-Walter Steinmeier. Le Parlement européen devrait adopter mardi une résolution allant dans le même sens : il faut couper les ponts au plus vite avec le Royaume-Uni pour éviter le pourrissement. A Bruxelles, on multiplie les gestes symboliques : les 27 Représentants permanents (ambassadeurs) des Etats membres se sont réunis hier sans le représentant britannique pour préparer le sommet de mardi et de mercredi et il est déjà prévu que les chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront mercredi sans David Cameron. Toujours pour accroitre la pression, le Polonais Donald Tusk, le président du Conseil européen, a désigné samedi le belge Didier Seeuws, un fonctionnaire européen, comme chef de la « Brexit task force » du Conseil, alors que la Commission mettait aussi en place un groupe équivalent pour préparer les futures négociations.

Reste à savoir si les Vingt-sept sont exactement sur la même longueur d’onde. A Paris, on reconnaît « que si le SPD ou Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, sont d’accord pour accélérer les choses, la Chancelière n’est pas encore parfaitement alignée. Comme dans le cas de la Grèce, elle veut se donner du temps ». D’autant que l’activation de l’article 50 recouvre une seconde question : comment éviter que Londres refuse de l’activer tant qu’elle n’a pas obtenu l’assurance d’un futur statut préférentiel qui ne la coupera pas du marché intérieur, un élément vital pour elle ? « L’article 50 n’a pas été conçu pour servir d’instrument de chantage. Un pays peut sortir, mais c’est seulement ensuite qu’on se mettra d’accord sur un futur statut », insiste un diplomate français. Or, plusieurs Etats membres pourraient accepter de se montrer conciliant : d’abord l’Allemagne et les Pays-Bas, qui réalisent à eux deux plus de la moitié de l’excédent commercial de l’UE avec le Royaume-Uni, mais aussi les pays d’Europe du nord dont l’anglophilie n’est plus à démontrer.

« Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, après avoir hésité, a admis que toute attitude trop conciliante serait utilisée par ses europhobes comme argument de campagne pour montrer qu’une rupture n’est pas si grave, explique-t-on à Paris. Nous avons le même problème, tout comme Matteo Renzi en Italie ». On se dit confiant qu’au final, Angela Merkel, qui n’est pas aussi menacée par les populistes de l’AfD que François Hollande par le FN, soutiendra le point de vue français. Mais l’attitude des autres pays n’est absolument pas garantie et ce sera l’un des principaux enjeux du sommet de mardi et de mercredi.

· Qui veut relancer ?

Si François Hollande a immédiatement affirmé que « l’Europe ne peut plus faire comme avant » et que Manuel Valls a appelé à « refonder, réinventer une autre Europe en écoutant les peuples », la prudence semble l’emporter dans la plupart des autres capitales, où l’appétence pour une remise à plat du projet européen est plus que limité. Surtout, Allemands et Français ne sont pas d’accord entre eux sur les contours d’une telle relance qui passerait nécessairement par une réforme des traités. Car expliquer que l’Europe ne fait pas assez pour les gens est pour le moins limité, les régions anglaises les plus aidées financièrement par l’Union européenne étant souvent celles qui ont le plus massivement voté pour le Brexit…

En fait, depuis l’élection de François Hollande, le couple franco-allemand se porte mal, en dépit des dénégations de Paris. En grande partie parce que Berlin n’a plus grande confiance en son partenaire qui s’inquiète de sa capacité à réformer son économie. Mais aussi parce que le chef de l’Etat n’a jamais formulé la moindre proposition concrète acceptable par l’Allemagne : en particulier, celle-ci refuse d’aller plus loin dans l’intégration politique sans une modification des traités qui permettrait de démocratiser la zone euro, celle-ci fonctionnant en dehors de tout contrôle parlementaire, européen ou national. De fait, Hollande craint par dessus-tout qu’une réforme des traités entraine ipso facto un référendum qu’il serait certain de perdre. Paris privilégie donc des changements « à traité constant », ce qui est inacceptable pour un gouvernement allemand soumis à la pression de sa Cour constitutionnelle : celle-ci a jugé à plusieurs reprises que l’Union est un trou noir démocratique, ce qui, selon elle, fait obstacle à tout partage de souveraineté supplémentaire, notamment dans le domaine financier. Pas question donc d’un budget de la zone euro ou d’un trésor capable de lever l’emprunt sans contrôle parlementaire. Une contradiction dans laquelle s’est empêtré le couple franco-allemand.

Cela étant, tout n’est pas de la faute de Paris : outre Rhin, la crise de la zone euro et la solidarité forcée à l’égard de la Grèce a laissé des traces profondes, tout comme la politique monétaire trop accommodante de la Banque centrale européenne qui a jeté par dessus bord tous les fondamentaux de la Bundesbank : « la Chancelière nous a dit qu’elle était épuisée par la crise grecque et qu’il ne fallait pas compter sur elle pour aller plus loin dans l’approfondissement de la zone euro », confie un responsable français.

Or, sans un couple franco-allemand en ligne, rien ne peut se faire en Europe, comme l’a rappelé dimanche le chef de l’Etat : « il est de la responsabilité de la France et de l’Allemagne de prendre l’initiative ». Matteo Renzi, le président du Conseil italien, conscient de ce blocage, a imaginé un nouveau moteur, celui que pourrait former les six Etats fondateurs. Son idée serait qu’ils accouchent d’une proposition de nouveau traité pour le soixantième anniversaire du traité de Rome, en mars 2017. Mais, là aussi, ça coince, plusieurs pays, dont l’Espagne, n’appréciant pas de se retrouver mis sur le côté… Et ce format n’a pour l’instant pas permis de surmonter les divergences franco-allemandes. Enfin, parmi les autres pays européens, aucun n’est demandeur d’un approfondissement de l’Union, et en particulier pas les pays nordiques et d’Europe centrale…

· Relancer pourquoi faire ?

Tirer les leçons du Brexit n’est pas simple, puisque la Grande-Bretagne avait un statut à part au sein de l’Union et ne participait pas aux politiques les plus intégrées : monnaie unique, union bancaire, Schengen, politique d’immigration et d’asile, police, etc. En outre, David Cameron avait obtenu de ses partenaires, en février dernier, de nouvelles clauses dérogatoires qui lui auraient notamment permis de discriminer les ressortissants européens sur le plan des prestations sociales… Mieux, les accusations de déficit démocratiques, en ce qui la concerne, tombaient totalement à plat : le marché intérieur et la politique agricole commune sont, depuis le traité de Lisbonne, totalement contrôlés par le Parlement européen et la Commission a commencé sa mue démocratique en mai 2014, son président étant désormais directement issu des élections européennes. Autrement dit, sauf à déconstruire totalement l’Union, on ne voit pas très bien l’enseignement qui pourrait être tiré de cette consultation, si ce n’est éventuellement en mettant au clair la répartition des compétences entre le niveau européen et le niveau national.

En revanche, personne ne peut nier la montée de l’euroscepticisme, notamment au sein des dix-neuf pays de la zone euro. C’est là le principal enjeu, comme l’a parfaitement compris François Hollande qui a appelé à un « renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique ». Ce qui passe par une réforme des traités afin d’instaurer un contrôle parlementaire, ce qui donnerait enfin aux citoyens leur mot à dire sur la gestion de la zone euro. A l’Elysée, on l’admet enfin, mais on renvoie cette réforme après 2017.

· Comment réformer ?

La tentation française est de négocier un nouveau traité entre Etats, comme d’habitude, à charge pour chacun de le faire ensuite ratifier. Une méthode qui échoue pourtant de plus en plus, comme le montre la succession de référendums négatifs sur l’Europe. « Il faut procéder autrement en lançant des conventions citoyennes à travers l’Europe », a donc plaidé, samedi, Emmanuel Macron : « un projet de refondation, ça doit se construire avec les gens, à partir d’un débat démocratique ». Et pour éviter 27 référendums nationaux, il plaide aussi pour « consultation transeuropéenne ». Les Etats seront-ils prêts à une telle révolution copernicienne ? De la réponse qu’ils apporteront à cette question dépend le futur de l’Union. Et les vingt dernières années n’incitent guère à l’optimisme.

N.B.: article paru dans Libération du 27 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 29-juin-2016 12:01

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