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Actualité

Jeux olympiques d’été : Le classement des pays de l’UE qui ont remporté le plus de médailles

Lors des Jeux olympiques d’été de Rio, qui viennent d’avoir lieu, nombreux sont ceux qui ont remarqué que si les Etats membres de l'Union européenne avaient participé ensemble sous la bannière de l’UE, ils auraient largement dominé le classement des médailles. Cela ne tient pas compte du fait que, dans la plupart des disciplines individuelles, chaque pays ne peut concourir qu’avec deux athlètes au maximum.

En revanche, les pays qui font aujourd’hui partie de l’Union ont participé à la plupart des Jeux olympiques d’été, et ce, depuis leur création, en 1896. Seuls sept des dix pays participant à cette édition font aujourd’hui partie de l’Union.

Alors que la carte représente les pays de l’UE sur la base du nombre de médailles d’or obtenues – le classement habituellement repris dans la presse – depuis 1896, le tableau ci-dessous, basé sur les données collectées par Wikipedia et mis à jour après les Jeux de Rio de cet été, indique le nombre de médailles d’or, d’argent et de bronze remportées par chaque pays de l’UE actuelle depuis les premiers JO d’été. L’Allemagne domine nettement le classement, alors que Malte n’a jamais remporté de médaille aux JO et que Chypre n’a remporté qu’une médaille d’argent (en 2012, à Londres).

Le classement est affecté par les vicissitudes – annexions, partitions, séparations – qu’ont traversé certains pays. Ainsi, le score de l’Allemagne est également dû au fait que nous avons pris en compte toutes les dénominations avec lesquelles ce pays a concouru – quelque cinq, dont la Sarre (1952), Equipe unifiée d’Allemagne (1958-64), République démocratique d’Allemagne (1968-88) et Allemagne fédérale (1968-88). Pour les pays ayant appartenu à l’Union soviétique (les pays Baltes), nous avons pris en compte les médailles obtenues avant l’annexion à l’URSS et celles obtenues après l’indépendance, en 1991. Pour les anciennes républiques yougoslaves de Slovénie et de Croatie, nous n’avons pris en compte que les médailles obtenues depuis leur participation aux JO en tant que pays indépendants, en 1992. Pour la République Tchèque et la Slovaquie, nous n’avons pris en compte que les médailles obtenues depuis la partition, en 1993.


presseurop.eu | 24-août-2016 14:55

Crise des réfugiés : Quel avenir pour les “bébés Quechua” ?
, – Pour les enfants nés dans des tentes dans des camps de réfugiés, l'enregistrement auprès de l'Etat civil est essentiel pour établir leur nationalité et entamer les procédures de demande d'asile. Voir en entier .
presseurop.eu | 08-août-2016 12:16

Vacances

Et voilà, le temps des vacances arrive. Enfin, loin des brumes bruxelloises. Je serai de retour, avec tout plein de nouveaux projets en tête, le 23 août.

En attendant, je souhaite de bonnes vacances à ceux qui en prennent et bon courage à ceux qui sont déjà revenus ou qui ne partiront pas.

Une année passionnante sur le plan européen nous attend: le pire comme le meilleur peut émerger de cette année de tous les dangers.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 07-août-2016 23:31

L’Europe face au terrorisme : Daesh veut que l’Europe parte en guerre contre l’islam
Internazionale, Rome – Les dernières attaques en France et en Allemagne font partie de la stratégie de l'organisation Etat islamique visant à susciter un soulèvement islamophobe en Europe, afin de radicaliser les Musulmans européens. Et le discours belliqueux des dirigeants européens lui donne un coup de main. Voir en entier .
presseurop.eu | 01-août-2016 19:57

UE-Turquie: bras d'honneur, bras ballant

REUTERS/Murad Sezer

Aujourd’hui, Libération consacre sa «une» au «traquenard turc». Mon analyse sur la modération européenne face à la répression menée tambour battant par Erdogan est ici. Bonne lecture !


bruxelles.blogs.liberation.fr | 01-août-2016 17:54

Michel Barnier, docteur Brexit ou mister anglophobe?

Magic Juncker ! Il n’y avait que le président de la Commission européenne, un Luxembourgeois madré et roi de l’understatement, pour nommer un Français peu suspect d’anglophilie galopante comme « négociateur en chef » du Brexit, en l’occurrence Michel Barnier. Trait d’humour supplémentaire : le Français n’est pas un virtuose de la langue anglaise (même s’il a fait des progrès lors de ses séjours à Bruxelles), à la différence, par exemple, d’un Pascal Lamy ou d’un Pierre Moscovici. Ce qui va contraindre les Britanniques à faire de sérieux efforts pour s’assurer qu’ils ont bien été compris de l’autre côté du Channel… La presse populaire anglaise n’a d’ailleurs guère apprécié, le Sun voyant dans cette nomination une « déclaration de guerre »…

Jean-Claude Juncker, qui a fait cette annonce hier, aurait pu choisir un ressortissant d’un pays réputé plus sensible aux intérêts britanniques (Allemand, Néerlandais, Italien) ou d’un petit pays neutre. Mais en nommant l’ancien commissaire européen au marché intérieur et aux services financiers (2009-2014), bête noire de la City et de la presse anglaise qui n’appréciaient pas ce régulateur « à la française », il envoie un message de fermeté à Londres : le temps des concessions par anticipation et de l’autocensure est terminé, les négociations seront à couteaux tirés. Il est vrai qu’en face, Theresa May, la nouvelle première ministre britannique (qui se débrouille en français), a nommé des « Brexiters » purs et durs pour négocier la sortie de son pays : le secrétaire au Foreign Office, Boris Johnson, l’ancien maire de Londres et ex-journaliste du Daily Telegraph (qui parle bien français), David Davis, chargé du portefeuille du Brexit, et Liam Fox, chargé du commerce international. Un trio de choc qui montre que la Grande-Bretagne n’est pas là pour aller vers un « divorce de velours », comme l’a souhaité le Polonais et anglophile Donald Tusk, le président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement.

Leur opposer Barnier, qui aura rang de directeur général et dépendra directement du président de la Commission (sa nomination sera effective le 1er octobre), est donc une la réponse du berger à la bergère. Ce Savoyard de 64 ans, très sous-estimé sur la scène politique française, sans doute à cause de son peu de goût pour la petite phrase et de son sens de l’humour limité, est un homme de conviction : gaulliste social, qui n’est jamais tombé dans le chiraquisme, même s’il a été ministre de Chirac à deux reprises (aux affaires européennes, 1995-1997, et au ministère des Affaires étrangères, 2004-2005), c’est un Européen convaincu et assumé, une espèce rare dans l’Hexagone, qui a montré qu’il savait être tenace, même s’il est ouvert au compromis.

Ainsi, entre 2009 et 2014, il a mené à bien une régulation sans précédent des services financiers et mis en œuvre l’Union bancaire, le tout en réussissant le tour de force d’obtenir à chaque fois l’aval du gouvernement britannique : sur 42 textes, aime-t-il raconter, seuls deux ont suscité un vote négatif de Londres, ceux sur les bonus et les ventes à découvert. Pas mal pour celui qui, lors de sa désignation à Bruxelles, en 2004, par Nicolas Sarkozy, avait dû essuyer un tir de barrage sans précédent du gouvernement et des médias britanniques qu’il n’obtienne pas les services financiers en plus du marché intérieur. Pour une fois, José Manuel Durao Barroso, le président de la Commission de l’époque depuis passé chez Goldman Sachs, avait tenu bon, il est vrai impressionné par le soutien sans faille de Paris à son poulain.

C’est donc un homme rompu aux arcanes européens, et surtout aux pourparlers avec les Britanniques, qui va négocier le Brexit. D’autant qu’il connaît de l’intérieur chacun des gros dossiers qu’il devra traiter: les aides régionales (il a été commissaire chargé des fonds structurels de 1999 à 2004), les affaires institutionnelles (ministre des Affaires étrangères), l’agriculture (ministre de l’Agriculture de Sarkozy de 2007 à 2009) et bien sûr le gros morceau du marché intérieur. Celui qui est pour l’instant conseiller d’État est, en outre, toujours dans les circuits européens, puisqu’il est « conseiller spécial » de Juncker pour les affaires de défense européenne, un sujet qui hérisse les Britanniques. Pour Barnier, selon mes informations, il n’est pas question de brader les intérêts de l’UE pour faire plaisir à un pays qui s’est lui-même tiré une balle dans le pied. Il estime qu’il y aura deux négociations successives à mener : d’abord, dans les deux ans, la rupture des liens entre Londres et l’Union, puis ensuite seulement la négociation d’un nouveau statut.

Barnier dispose de quelques mois pour se mettre en ordre de bataille, puisque Theresa May n’a pas l’intention d’activer l’article 50 du traité sur l’Union européenne qui organise le processus de retrait avant l’année prochaine, comme elle l’a expliqué d’abord à Jean-Claude Juncker, par téléphone, puis à Berlin et à Paris. Faute de s’être préparé à une victoire du Brexit, le gouvernement de sa gracieuse majesté est totalement démuni et n’a toujours pas une idée claire des conséquences de ce retrait, notamment pour sa propre législation et pour son commerce international. Surtout, il ne sait toujours pas quel statut il entend obtenir, si l’on en juge par les premières déclarations de Boris Johnson (la Grande-Bretagne n’abandonnera son « rôle dirigeant en Europe ») ou de David Davis. Les deux hommes espèrent manifestement pouvoir choisir les éléments du marché intérieur qui les intéresse : l’accès au marché intérieur (notamment pour leurs banques et services financiers), mais pas la libre circulation, ce que les 27 ont écarté d’emblée. Une impréparation qualifiée, le 20 juillet, de « négligence grave » par la Commission des affaires étrangères de la Chambre des communes.

Quoi qu’il en soit, le temps joue contre la Grande-Bretagne : à compter de l’activation de l’article 50, si aucun accord n’est trouvé, tous les liens seront purement et simplement rompus au bout de deux ans. Pour une fois, ce sont les continentaux qui ont les moyens de faire chanter Londres et non plus Londres qui a les moyens de bloquer les Européens en agitant son droit de véto…

N.B.: version longue de mon article paru dans Libération du 28 juillet


bruxelles.blogs.liberation.fr | 30-juil.-2016 20:46

L’Europe et les réfugiés : Pour les Européens, les réfugiés font augmenter le risque terroriste, pas la criminalité en général

Parmi les dix pays qui ont participé à l’étude du Pew Research Center, dans huit d’entre eux, plus de la moitié des personnes qui se sont exprimées pensent que les réfugiés entrants augmenteront le risque de terrorisme dans leur pays.

Ces chiffres, qui sont issus d’une enquête menée au printemps 2016, montrent bien le lien que beaucoup d’Européens ont fait entre la crise des réfugiés et les attentats terroristes, comme ceux de Paris, Bruxelles et Nice, où 84 personnes ont été tuées le 14 juillet par un homme qui s’est lancé sur la foule avec son camion.

Ce lien de cause à effet est le plus présent dans les mentalités en Hongrie (76 %), en Pologne (71 %), aux Pays Bas et en Allemagne (61 % dans les deux pays). En France, 46 % pensent que l’afflux de réfugiés augmente le risque de terrorisme. Au Royaume-Uni, ce chiffre est de 52 %.

D’après le Pew Research Center,

la perception que les Européens se font de réfugiés est fortement influencée par l’animosité ambiante envers les musulmans qui vivent déjà en Europe. En Hongrie, en Italie, en Pologne et en Grèce, plus de six personnes sur dix déclarent avoir une mauvaise opinion des musulmans de leur pays ; cette opinion est d’ailleurs partagée par au moins une personne sur quatre pour tous les pays sondés.

Mais, d’après cette étude, “l’idée selon laquelle les musulmans vivant déjà sur le continent puissent sympathiser avec les extrémistes est beaucoup moins prégnante”.

La plupart des terroristes impliqués dans les attentats de Paris et Bruxelles étaient de nationalité française ou belge.

Le Pew Research Center souligne aussi l’existence de divergences idéologiques profondes en ce qui concerne les réfugiés : l’étude montre que

en Grèce, 81 % des personnes de droite ont une opinion défavorable des musulmans, alors que ce chiffre est de seulement 50 % chez les personnes de gauche.

Le Centre ajoute que

cette divergence gauche-droite majeure sur la question des musulmans est aussi à l’œuvre en Allemagne, en Italie, aux Pays Bas, en Suède, en Espagne, en France et au Royaume-Uni.

Si l’idéologie est l’un des facteurs déterminants dans ce positionnement, le niveau d’éducation en est un autre : l’étude montre que

les personnes âgées et les personnes les moins instruites expriment plus souvent des opinions négatives à l’encontre des réfugiés et des minorités.

La diversité suscite aussi l’animosité : plus de la moitié des Grecs et des Italiens et environ 40 % des Hongrois et des Polonais pensent que la diversité croissante ne fait qu’empirer la situation. Au contraire, la Suède comptabilise le pourcentage le plus élevé de personnes qui sont d’avis que la diversité fait de leur pays un lieu où il fait bon vivre (36 %).

L’étude a été menée dans 10 pays de l’Union Européenne ainsi que sur quelque 11 494 personnes aux Etats-Unis du 4 avril au 12 mai 2016.


presseurop.eu | 27-juil.-2016 00:44

L’Europe et les réfugiés : Pour les Européens, les réfugiés font augmenter le risque d’attaques terroristes, mais pas la criminalité

Parmi les dix pays qui ont participé à l’étude du Pew Research Center, dans huit d’entre eux, plus de la moitié des personnes qui se sont exprimées pensent que les réfugiés entrants augmenteront le risque de terrorisme dans leur pays.

Ces chiffres, qui sont issus d’une enquête menée au printemps 2016, montrent bien le lien que beaucoup d’Européens ont fait entre la crise des réfugiés et les attentats terroristes, comme ceux de Paris, Bruxelles et Nice, où 84 personnes ont été tuées le 14 juillet par un homme qui s’est lancé sur la foule avec son camion.

Ce lien de cause à effet est le plus présent dans les mentalités en Hongrie (76 %), en Pologne (71 %), aux Pays Bas et en Allemagne (61 % dans les deux pays). En France, 46 % pensent que l’afflux de réfugiés augmente le risque de terrorisme. Au Royaume-Uni, ce chiffre est de 52 %.

D’après le Pew Research Center,

la perception que les Européens se font de réfugiés est fortement influencée par l’animosité ambiante envers les musulmans qui vivent déjà en Europe. En Hongrie, en Italie, en Pologne et en Grèce, plus de six personnes sur dix déclarent avoir une mauvaise opinion des musulmans de leur pays ; cette opinion est d’ailleurs partagée par au moins une personne sur quatre pour tous les pays sondés.

Mais, d’après cette étude, “l’idée selon laquelle les musulmans vivant déjà sur le continent puissent sympathiser avec les extrémistes est beaucoup moins prégnante”.

La plupart des terroristes impliqués dans les attentats de Paris et Bruxelles étaient de nationalité française ou belge.

Le Pew Research Center souligne aussi l’existence de divergences idéologiques profondes en ce qui concerne les réfugiés : l’étude montre que

en Grèce, 81 % des personnes de droite ont une opinion défavorable des musulmans, alors que ce chiffre est de seulement 50 % chez les personnes de gauche.

Le Centre ajoute que

cette divergence gauche-droite majeure sur la question des musulmans est aussi à l’œuvre en Allemagne, en Italie, aux Pays Bas, en Suède, en Espagne, en France et au Royaume-Uni.

Si l’idéologie est l’un des facteurs déterminants dans ce positionnement, le niveau d’éducation en est un autre : l’étude montre que

les personnes âgées et les personnes les moins instruites expriment plus souvent des opinions négatives à l’encontre des réfugiés et des minorités.

La diversité suscite aussi l’animosité : plus de la moitié des Grecs et des Italiens et environ 40 % des Hongrois et des Polonais pensent que la diversité croissante ne fait qu’empirer la situation. Au contraire, la Suède comptabilise le pourcentage le plus élevé de personnes qui sont d’avis que la diversité fait de leur pays un lieu où il fait bon vivre (36 %).

L’étude a été menée dans 10 pays de l’Union Européenne ainsi que sur quelque 11 494 personnes aux Etats-Unis du 4 avril au 12 mai 2016.


presseurop.eu | 27-juil.-2016 00:17

Juncker condamne (enfin) Barroso

Mieux vaut tard que jamais. Ce matin, sur France 2, dans les« 4 vérités », Jean-Claude Juncker a enfin condamné le recrutement de son prédécesseur, José Manuel Durao Barroso, par Goldman Sachs. À la question de Gilles Bornstein: « est-ce que ça vous choque », le président de la Commission a sobrement répondu : « je ne l’aurais pas fait », même si « Monsieur Barroso a respecté toutes les procédures qui sont prévues ».

Il aura donc fallu plus de deux semaines pour qu’enfin Jean-Claude Juncker cesse de se dissimuler derrière la langue de bois de son porte-parole, Margaritis Schinas, qui a certes laissé entendre que l’institution n’approuvait pas le comportement éthique de Barroso, mais sans le dire franchement. On a du mal à comprendre les raisons d’une telle réserve, alors même qu’en interne une grande partie des fonctionnaires européens sont furieux de voir une nouvelle fois abimée, en plein Brexit, l’image de la Commission, qui plus est par celui qui l’a dirigée durant dix ans (2004-2014).

Une condamnation franche et immédiate, comme celle de François Hollande, le 14 juillet, qui a qualifié ce pantouflage de «moralement inacceptable», aurait pourtant été tout bénéfice et surtout sans aucun risque politique, Barroso ne jouissant plus d’aucun soutien en interne (cette pétition demandant des sanctions a déjà été signée par 3000 fonctionnaires) ou en externe, comme l’ont montré les réactions indignées dans son propre pays d’origine, le Portugal. Juncker aurait, au contraire, tout gagné en se montrant éthiquement irréprochable, lui à qui une partie de l’opinion publique européenne reproche le « Luxleaks ». Manifestement, certains, dans son entourage, ont clairement sous-estimé l’impact désastreux de cette affaire Barroso, notamment en France, sans doute pour ne pas insulter leur propre avenir. Dommage.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 25-juil.-2016 20:53

Présidence slovaque de l’UE : “Le favoritisme est avant tout un problème moral”
, – Comme l’indique un récent rapport sur la corruption en Europe, les emplois publics sont accordés de préférence à des personnes liées au parti au pouvoir à Bratislava. Une caractéristique que la Slovaquie partage avec d’autres pays ex-communistes, explique l’expert slovaque Filip Kostelka. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-juil.-2016 20:06

Coup d’état manqué en Turquie : Les putchistes ont offert à Erdoğan le régime dont il rêve
Le Monde, Paris – Dès le lendemain du coup d’état manqué, des purges ont commencé dans les corps militaire et judiciaire de même qu’au sein des enseignants et de la presse. L'auto-proclamé “héros de la démocratie” a ainsi saisi l’occasion pour mettre le pays à sa botte, explique le politologue et journaliste Cengiz Aktar. Voir en entier .
presseurop.eu | 22-juil.-2016 00:10

Brexit: un divorce programmé depuis l'origine

Brexit, acte I: Londres a renoncé hier à exercer la présidence semestrielle tournante du Conseil des ministres qui aurait dû lui revenir au second semestre 2017. C’est l’Estonie qui la remplacera, en dépit des offres de service de la Belgique: Tallinn avancera simplement sa présidence de six mois. Il est aussi acquis que Londres n’activera pas l’article 50 du traité sur l’UE cette année, le gouvernement ayant omis de se préparer à cette éventualité... Une «négligence grave » selon la commission des Affaires étrangères du Parlement britannique.

L’Hebdo, un hebdomadaire suisse francophone, m’a commandé cet article (paru le 30 juin) pour éclairer le référendum du 23 juin qui a abouti au Brexit. Une plongée dans l’histoire qui permet de comprendre à quel point ce divorce était inéluctable, quasiment inscrit dans les gênes du Royaume-Uni. Bonne lecture !

1973-2016 : ci-gît le Royaume-Uni, membre rétif de l’Union européenne. Après avoir boudé le lancement du projet communautaire en 1950, il a décidé, le 23 juin, de se retirer d’une aventure humaine sans équivalent dans le monde et dans l’histoire, un partage volontaire de souverainetés entre des pays qui n’ont cessé de se faire la guerre depuis qu’ils existent. Un échec européen ? Non, un échec britannique, une incapacité ontologique à se penser dans un ensemble qui la dépasse, un refus profond de se voir pour ce qu’elle est, une puissance moyenne et, peut-être bientôt un Royaume désuni, si l’Écosse et l’Irlande du Nord font sécession. Ce référendum en dit plus sur les failles de la Grande-Bretagne que sur celle de l’Union. Car le mariage avec l’Europe n’a jamais été un mariage d’amour, loin de là, au mieux une simple union d’intérêts. C’est l’histoire qui éclaire le mieux les raisons et l’inéluctabilité du vote « leave ».

On a souvent fait de Winston Churchill l’un des pères de la construction européenne, celui-ci ayant souhaité, en septembre 1946, à Zürich, puis en mai 1948, à La Haye, l’avènement des « États-Unis d’Europe » autour d’une France et d’une Allemagne enfin réconciliée. Mais il ne faut pas s’y tromper : il n’était absolument pas question dans son esprit que le Royaume-Uni y participe ! La vocation de son pays, alors à la tête d’un groupement d’Etats, le Commonwealth, et d’un Empire, était, en toute simplicité, d’être l’une des puissances tutélaires de ce nouvel ensemble continental. Il le dit très clairement à Zürich dans une partie, souvent passée sous silence, de son célèbre discours : « la Grande-Bretagne, la famille des peuples britanniques, la puissante Amérique, et, j’en ai confiance, la Russie aussi – tout serait alors pour le mieux - doivent être les amis et les soutiens de la nouvelle Europe ». En clair, il s’agit d’empêcher une nouvelle guerre sur le continent qui impliquerait forcément les Britanniques, mais pas de se fondre dans ces fameux « États unis d’Europe ». Tout simplement parce que le cœur de la Grande-Bretagne n’est pas en Europe, comme l’avait résumé Churchill à De Gaulle en juin 1944 : « chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large ». De fait, pour comprendre la schizophrénie profonde que la Grande-Bretagne entretient à l’égard de la construction communautaire, il ne faut pas oublier que l’axe central de sa politique étrangère, et ce, au moins depuis le XVIIe siècle, est d’empêcher l’émergence d’une puissance continentale qui pourrait menacer ses intérêts commerciaux, Napoléon, en particulier, l’a appris à ses dépens, auquel s’est ajouté, depuis 1945, le souci de maintenir la paix sur le vieux continent.

Mais, entre ces deux objectifs, son cœur ne cessera jamais de balancer. Une fois Churchill renvoyé à ses chères études, c’est la méfiance qui l’emporte à nouveau. Une scène révélatrice se déroule en novembre 1955, au château de Val Duchesse à Bruxelles. Les six pays fondateurs de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) s’y réunissent régulièrement depuis le mois de juillet pour relancer l’intégration européenne après l’échec, en 1954, de la Communauté européenne de défense. La Grande-Bretagne, qui n’a pas voulu participer à la CECA, a néanmoins été invitée à participer aux travaux. Elle y envoie son sous-secrétaire d’État au commerce, tout un symbole. Mais lorsque les Six dessinent les contours des futurs traités CEE et Euratom, Londres décide de se retirer. Les mots d’adieu de son « délégué » sont un modèle d’aveuglement : « le futur traité dont vous êtes en train de discuter n’a aucune chance d’être accepté ; s’il était accepté, il n’aurait aucune chance d’être ratifié ; et s’il était ratifié, il n’aurait aucune chance d’être appliqué ; et s’il était appliqué, il serait totalement inacceptable par la Grande-Bretagne (…) Monsieur le président, messieurs, au revoir et bonne chance ». Le traité de Rome fut bien signé en 1957 et entra en vigueur en 1958. Dépitée, Londres lança en 1960 l’Association européenne de libre échange (AELE), afin d’essayer de faire contrepoids à une CEE qui s’avéra vite un succès économique.

Toute honte bue, empêtrée dans des difficultés économiques de plus en plus profondes et consciente qu’un bloc continental était en train de se constituer sans qu’elle puisse l’influencer et encore moins le contrôler, le gouvernement conservateur de sa gracieuse majesté déposa, en juillet 1961, une demande d’adhésion qui se heurta, à sa grande surprise, en janvier 1963, à un véto du général de Gaulle. Pour le chef de l’État français la Grande-Bretagne n’était que le porte-avions des intérêts américains : « si la Grande-Bretagne entrait dans la Communauté avec une foule d’autres Etats, la cohésion de tous ses membres n’y résisterait pas et en définitive il apparaitrait une communauté atlantique colossale, sous dépendance et direction américaine, et qui aurait tôt fait d’absorber la Communauté européenne ».

En 1966, le gouvernement travailliste d’Harold Wilson, revient à la charge, afin d’obtenir l’accès à ce marché commun qui est bel et bien un succès. Mais, tenace, le général de Gaulle pose une seconde fois son véto en novembre 1967, estimant qu’il valait mieux proposer à Londres un accord d’association. Ses mots ont une curieuse résonnance aujourd’hui : « faire entrer l’Angleterre, ce serait pour les Six donner d’avance leur consentement à tous les artifices, délais et faux-semblants qui tendraient à dissimuler la destruction d’un édifice qui a été bâti au prix de tant de peine et au milieu de tant d’espoir »

La troisième tentative a été la bonne. Sous la pression de ses partenaires, la France de Georges Pompidou accepte l’adhésion de Londres, cette fois demandée par les conservateurs. Effective en janvier 1973, elle est remise en cause par le travailliste… Harold Wilson, revenu au pouvoir en février 1974 qui exige une « renégociation » des termes de l’adhésion, notamment sur le montant de la contribution de la Grande-Bretagne au budget communautaire et sur la Politique agricole commune. Mieux, un référendum est convoqué sur la question (hé oui, celui du 23 juin n’était pas le premier) et, le 5 juin 1975, les Britanniques confirment l’adhésion de leur pays par 67,2 % de oui, la campagne –enthousiaste- des conservateurs en faveur du « remain » étant notamment menée par une certaine Margaret Thatcher…

On aurait pu croire que la relation à l’Europe serait réglée une bonne fois pour toutes par cette consultation. Il n’en a rien été. À peine devenue Première ministre, en 1979, Thatcher lança son fameux « I want my money back », exigeant une diminution de la contribution britannique au budget communautaire : de fait, le pays paye plus que sa part dans la richesse de la CEE, celui-ci bénéficiant moins que ses partenaires des retours de la PAC. Et la Grande-Bretagne de l’époque est un pays pauvre : empêtrée dans une crise économique qui dure en fait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le FMI a même du intervenir en 1976 pour lui éviter la faillite. C’est le début d’une longue crise européenne (l’eurosclérose) qui ne trouve sa solution, le fameux « chèque britannique », que lors du sommet de Fontainebleau en juin 1984, le sommet de la relance de l’Europe, au cours duquel Jacques Delors est nommé président de la Commission.

Pour autant, Londres ne désarme pas : l’Europe, oui, mais uniquement celle du commerce et du libre échange. Ainsi, si elle accepte l’achèvement rapide du marché intérieur des biens, des services et des capitaux, et, pour ce faire, une réforme des traités (Acte Unique de 1986), ce sera sans aucune harmonisation sociale et fiscale. Mais la Grande-Bretagne ne peut rien contre la volonté franco-allemande de s’intégrer davantage après la chute du mur. Le traité de Maastricht de 1991 inaugurera donc le statut spécial du Royaume-Uni : il obtient de ne participer ni à la future monnaie unique (même s’il est persuadé qu’elle ne verra jamais le jour), ni au peu d’harmonisation sociale que contient ce texte. Un statut qu’elle consolidera au fil des traités suivants (Amsterdam en 1997, Nice en 2000, Lisbonne en 2007) : la Grande-Bretagne reste donc en dehors de Schengen, de la politique d’asile et d’immigration, de la sécurité intérieure, de la défense, parvient à bloquer la création d’une vraie politique étrangère européenne et last but not least obtient un traitement spécial en matière de régulation financière et bancaire.

Son influence n’a aucunement souffert de ce statut spécial. L’Union, non seulement a adopté la langue anglaise pour se gouverner, mais a fait quasiment sienne l’idéologie héritée du thatchérisme : une politique de concurrence libérale, un libre échangisme qui fait de l’Union la zone la plus ouverte du monde (sauf en matière agricole), un abandon de tout ce qui ressemble à une politique industrielle, etc.. Néanmoins, aucune des concessions de ses partenaires n’a jamais réglé son mal-être et ce quel que soit le parti au pouvoir outre-Manche : quoique l’Union fasse, elle est toujours jugée trop réglementaire, trop interventionniste, trop ceci, trop cela. Le Brexit n’est donc que l’acmé de ce mal-être, de cette incapacité à trouver sa place : Londres ne peut tout simplement pas accepter d’être une simple partie d’un ensemble qui la dépasse, car elle cultive à la fois une notion de souveraineté qui remonte au XIXe siècle et la nostalgie d’en Empire depuis longtemps perdu. Le drame britannique est sans doute de ne jamais avoir été occupé depuis l’invasion de Guillaume le Conquérant en 1066, ce qui la prive de la compréhension intime du projet européen qui est d’éviter drames et humiliations. Le Brexit ne pouvait pas être évité, tout simplement.

Et aucune réforme de l’Union n’aurait trouvé grâce à ses yeux, si ce n’est un acte d’autodissolution ou, éventuellement, une adhésion de l’Union au Royaume-Uni. Les Européens ne doivent donc pas se tromper dans la réponse qu’ils apporteront au Brexit : c’est le moment pour eux de retrouver leurs fondamentaux, ceux des pères fondateurs, afin de réconcilier leurs citoyens avec une Europe devenue trop britannique à leur goût. La réponse, en résumé, c’est s’éloigner davantage de la Grande-Bretagne. On n’échappe pas à l’histoire.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 21-juil.-2016 10:01

Le chemin du Brexit a été pavé par les «Euromyths» de Boris Johnson

The Guardian m’a commandé, jeudi, un article sur Boris Johnson, le nouveau chef de la diplomatie britannique, que j’ai bien connu entre 1992 et 1994, lorsqu’il était correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles. L’article, en anglais, est ici, et a été publié vendredi. Sur le site du journal, 14.000 partages, 2300 commentaires... Voici sa version française.

La nomination de Boris Johnson au poste de ministre des Affaires étrangères est sans aucun doute de l’humour anglais, l’ancien maire de Londres étant à la diplomatie ce que Staline est à la démocratie. Ce n’est pas tous les jours qu’un pays désigne pour le représenter sur la scène internationale un menteur assumé, un personnage que l’exagération grossière, l’insulte et le sous-entendu raciste n’effraient pas, un homme sans conviction profonde si ce n’est celle de sa propre importance. « Cela ne m’étonnerait pas si la Grande-Bretagne nommait Dracula au ministère de la santé », s’est esclaffé l’Allemand Rolf Mützenich, chargé des questions diplomatiques au SPD. Mais cet humour « so british » a un prix, celui de la parole britannique dont la valeur vient de connaître une dévaluation encore plus brutale que celle de la livre sterling. La réaction du ministre des affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, résume bien l’état d’esprit des partenaires de Londres : « vous savez quel est son style, sa méthode », lui qui a « beaucoup menti », a-t-il déclaré. Et d’ajouter qu’il espère un partenaire « clair, crédible et fiable », ce qu’à l’évidence Johnson n’est pas. Ambiance.

Car, à l’étranger, la réputation de menteur de l’ancien maire de Londres ne date pas de la campagne référendaire. Personne n’a oublié ses activités de journaliste à Bruxelles où il a officié comme correspondant du Daily Telegraph entre 1989 et 1994. Loin du mythe très français du journalisme à l’anglo-saxonne fait d’éthique et de rigueur, Johnson était l’incarnation de la presse de caniveau où « jamais les faits ne doivent arrêter une bonne histoire », comme il le disait à ses confrères étranger en riant. J’ai pu observer ses méthodes, lorsque j’ai été nommé à Bruxelles en 1992. Un jour, il avait affirmé dans son journal que le porte-parole de Jacques Delors, le Français Bruno Dethomas, était tellement bien payé, comme tous ces eurocrates forcément incompétents, qu’il habitait un château dans la périphérie bruxelloise. Celui-ci avait démenti avec véhémence lors d’un point de presse, sous l’œil hilare de Johnson. L’histoire n’était pas totalement fausse, si l’on peut dire : Dethomas habitait une grosse maison bourgeoise du XIXe siècle dotée d’une petite tourelle extérieure dans laquelle était logée un escalier, l’une de ces folies architecturales alors en vogue : « ben, tu vois, c’est quand même un château », s’était marré Boris Johnson lorsque je lui avais fait remarquer que son papier était tout simplement faux… Boris n’était pas dupe de ce qu’il écrivait : il assumait ses mensonges en riant, d’autant que son journal, farouchement europhobe, en raffolait et en redemandait. Sur le fond, en dépit de nos conversations, je n’ai jamais su ce que ce fils d’eurocrate pensait réellement du projet européen : était-il aussi europhobe que le laissaient penser ses papiers, était-il un simple opportuniste qui cherchait juste à se vendre, réglait-il des comptes avec son père, un fonctionnaire européen brillant et estimé ?

Le journalisme n’y trouvait certes pas son compte, mais qu’importe ! Johnson a réussi à inventer un genre journalistique, les « Euromyths », ces histoires reposant sur un élément de vérité, mais grossies au-delà de toute réalité et au final totalement fausses. Il avait compris qu’une partie de ses concitoyens avaient un goût prononcé pour le complotisme et qu’il leur fournissait un bouc émissaire bien incapable de se défendre : l’Union, à la différence des États, n’est représentée par aucune autorité politique incontestable et toute réaction trop virulente de la Commission est immédiatement qualifiée « d’ingérence » dans les affaires intérieures du pays. Surtout, les rectifications de « Bruxelles » étaient jugées peu crédibles (comme on dit en français, « il n’y a pas de fumée sans feu ») et systématiquement passées sous silence par les médias. Le pire est que Johnson a fait école : toute la presse britannique, à des degrés divers, a versé dans les Euromyths, alimentant l’europhobie local à laquelle aucun politique n’a osé résister, ce qui a fini par déboucher sur le Brexit.

Johnson, devenu politicien, n’a pas changé ses méthodes : ainsi, après s’être longtemps opposé au Brexit, il a pris la tête de la campagne du « leave », n’hésitant pas à mentir ou à insulter les partenaires européens du Royaume-Uni… Et, comme lorsqu’il était journaliste, il a reconnu sans problème ses mensonges dès le jour de la victoire du Brexit, ce qui ne l’a pas empêché de se retrouver à la tête de la diplomatie britannique. La vitrine de la Grande-Bretagne, c’est désormais ce « bouffon », comme on le qualifie à Bruxelles, à la parole aussi fiable que celle d’un vendeur de voitures d’occasion. Mais, au moins, Theresa May joue franc-jeu à sa façon : on sait désormais que les négociations du Brexit seront au couteau et que les coups bas vont pleuvoir. Charmant.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 18-juil.-2016 08:52

Parano "made in US"

Scanpix Denmark/Henning Bagger/via REUTERS

Décidément, chaque visite d’un officiel américain dans la capitale de l’Union européenne donne lieu à son lot d’incidents liés à la paranoïa des services de sécurité US. Lundi, John Kerry, le secrétaire d’État de Barack Obama, va, en effet, assister au Conseil des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles. Pas gênés, les services américains ont exigé que le bâtiment du Conseil des ministres soit totalement interdit d’accès dès jeudi soir et que les vingt-huit chefs de la diplomatie soient présents dans la salle dix minutes avant l’arrivée de Kerry…

Les Européens ont évidemment refusé de paralyser le Conseil des ministres 72 heures à l’avance… Quant à l’arrivée précoce des ministres, chacun fera comme il l’entend. « En tous les cas, la France arrivera quand elle le voudra », se marre un diplomate hexagonal : « C’est curieux cette tendance des Américains à se croire chez eux partout ».

Personne n’a oublié qu’en février 2005, le « Secret service » avait tenté de s’opposer à la visite de Georges W. Bush au Conseil des ministres et à la Commission européenne lorsqu’il avait découvert, atterré (et on le comprend), qu’un tunnel autoroutier passait entre les deux bâtiments pour surgir rue de la Loi, une pénétrante majeure vers le centre de la ville. Un camion piégé et hop, les deux bâtiments se seraient effondrés, au moins en partie. Un compromis avait finalement été trouvé avec les autorités belges : fermeture totale dudit tunnel et donc de la rue de la Loi le temps de l’auguste visite présidentielle… En avril 2009, lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg, j’avais directement assisté à une altercation entre le « Secret service » et la cheffe de la sécurité élyséenne, celui-ci voulant décider des procédures que devaient suivre les journalistes avant une conférence de presse Obama-Sarkozy au palais de Rohan. Celle-ci, fatiguée de parlementer, avait finalement hurlé, en anglais : « ici, vous êtes en France et ce n’est pas vous qui décidez ». L’Amérique avait cédé devant sa détermination…


bruxelles.blogs.liberation.fr | 15-juil.-2016 19:42

Barroso pris la main dans le Sachs

Lundi, Libération a consacré sa «une» au recrutement de l’ancien président de la Commission européenne par Goldman Sachs. Mon article est ici.

Par ailleurs, l’affaire fait du bruit parmi les fonctionnaires européens. Les syndicats protestent (comme ici) et une pétition a même été lancée afin que José Manuel Durao Barroso soit sanctionné.

Aux dernières nouvelles, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, n’a toujours pas condamné ce recrutement.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 13-juil.-2016 16:26

Protestations dans les ex-Républiques Yougoslaves : Les indignés des Balkans
Ahora Semanal, Madrid – Ces derniers mois, plusieurs mouvements de protestation citoyens contre les élites politiques sont apparus dans les Etats qui jadis faisaient partie de la Yougoslavie. Reportage. Voir en entier .
presseurop.eu | 11-juil.-2016 15:46

Le Royaume-Uni, futur paradis fiscal?

La Grande-Bretagne a-t-elle l’intention de se lancer dans la flibuste fiscale contre une Union européenne dont elle s’apprête à divorcer ? L’annonce, lundi, d’une prochaine baisse du taux d’impôt sur les sociétés (à 15 %) par George Osborne, le chancelier de l’échiquier, a réveillé les craintes de ceux qui redoutent que Londres ne se transforme en un nouveau Singapour à quelques encablures de la zone euro, alors que l’Union, après les Offshoreleaks, Luxleaks et autre Panama papers, s’est enfin lancé dans la lutte contre les paradis fiscaux et l’éradication de toutes les formes de concurrence fiscale déloyale.

« Le Royaume-Uni ne peut pas se transformer en paradis fiscal », tranche le Français Alain Lamassoure (PPE, LR) qui préside la commission d’enquête parlementaire sur les « rescrits fiscaux » qui, par un hasard de calendrier, a adopté hier (par 514 voix contre 68) une série de recommandations particulièrement strictes afin d’empêcher les entreprises d’échapper au fisc. « La baisse du taux d’imposition des sociétés, c’est juste un effet d’annonce d’Osborne qui veut rassurer les entreprises », estime un haut fonctionnaire de la Commission. « Il n’y a plus personne au pouvoir à Londres et c’est juste la panique », renchérit Alain Lamassoure qui considère qu’il ne faut pas induire de la déclaration d’Osborne un projet économique totalement inexistant pour l’instant.

« D’autant qu’il y a aujourd’hui un consensus mondial pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, tant au niveau du G20 que de l’OCDE », poursuit l’eurodéputé. Une analyse que partage la Commission : « le paradigme a changé et la Grande-Bretagne ne peut pas l’ignorer d’autant que cela serait désastreux pour son image ». Ce que les Caraïbes peuvent encore se permettre, et pas pour longtemps, un pays de la taille du Royaume-Uni, dont les intérêts sont multiples, ne le peut tout simplement pas. D’autant qu’on rappelle à la Commission que Londres a totalement changée d’attitude depuis cinq ans : « après avoir bloqué toute harmonisation fiscale au nom d’une seine concurrence, David Cameron réclame désormais une convergence. Les affaires Google ou Starbuck’s, qui ont défrayé la chronique outre-Manche, ont montré les dommages que causaient ces entreprises au budget des États. Désormais, on adopte les réglementations fiscales en quelques mois au niveau européen ».

Cela étant, comme on le souligne à Bruxelles, il n’existe aucune règle européenne ou mondiale qui empêche un pays de baisser ses impôts : « d’où le problème irlandais avec son taux de 12 %. Il n’existe qu’une simple recommandation européenne qui préconise un taux « proche de la moyenne » », explique un haut fonctionnaire. « Nous ne sommes pas opposés à la concurrence fiscale », a d’ailleurs rappelé hier Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, en présentant un projet de budget 2017 en excédent pour la seconde année consécutive… De fait, le taux d’imposition est le reflet de choix de société et d’une gestion plus ou moins stricte des dépenses publiques qui relève de la souveraineté nationale. Schäuble a néanmoins tenu à écarter toute tentation « d’une course au taux d’imposition le plus bas » qui ne pourrait se faire qu’au détriment des travailleurs peu mobiles…

Reste qu’une fois hors de l’Union, la Grande-Bretagne ne sera plus tenue par les directives fiscales européennes déjà adoptées ou en cours de discussion : fin du secret bancaire, échange automatique d’informations sur les rescrits fiscaux, transparence fiscale pays par pays des multinationales, définition commune de l’assiette fiscale de l’impôt sur les sociétés, etc. « Si Londres décidait de ne plus déclarer les rescrits fiscaux, ce serait une déclaration de guerre à l’Union », tranche, martial, Alain Lamassoure : « c’est une ligne rouge et je ne vois pas comment on pourrait alors lui donner accès au marché unique qui comprend en particulier les services financiers. La City sera exclue de la zone euro et elle se rétrécira au niveau de la Grande-Bretagne, voire de l’Angleterre ». À la Commission, on est plus prudent : « on ne sait pas encore quel statut on va négocier avec elle si elle se décide finalement à sortir. Mais déjà, dans les accords de libre-échange que nous signons avec les pays tiers, nous exigeons au minimum que les standards fiscaux de l’OCDE soient respectés ». Et si Londres opte pour le « statut norvégien » pour avoir accès à l’ensemble du marché unique, elle devra appliquer la totalité de l’acquis communautaire.

N.B.: version longue de l’article paru dans Libération du 7 juillet


bruxelles.blogs.liberation.fr | 10-juil.-2016 17:26

Barroso chez Goldman Sachs, un bras d'honneur à l'Europe

REUTERS/Christian Hartmann

Mon billet sur le scandaleux recrutement de José Manuel Durao Barroso par Goldman Sachs est ici. Un cri de colère à l’égard de quelqu’un qui a fait plus de mal à l’Union européenne que personne avant lui. Et il continue.

Pour ne rien arranger, la réaction de la Commission à cette affaire est désespérante de nullité et montre à quel point certains fonctionnaires sont coupés du monde réel: «Les anciens commissaires ont évidemment le droit de poursuivre leur carrière professionnelle ou politique», a déclaré à l’AFP un porte-parole de la Commission. «C’est légitime que des personnes dotées d’une grande expérience et de qualifications continuent à jouer des rôles de premier plan dans le secteur public ou privé.» Ben voyons. L’éthique, ça leur dit encore quelque chose?


bruxelles.blogs.liberation.fr | 09-juil.-2016 14:10

Brexit: non, le référendum n'est pas le summum de la démocratie

Mon analyse sur les référendums se trouve ici. Bonne lecture!


bruxelles.blogs.liberation.fr | 08-juil.-2016 21:58

Un magazine pour les fans de l’Europe

Blog

Aujourd’hui, un nouvel hebdomadaire a fait son apparition dans les kiosques à journaux britanniques : The New European. S’il porte le même nom qu’un certain nombre de journaux et de think-tanks basés à Bruxelles, il vise néanmoins spécifiquement les 48 % d’électeurs qui se sont exprimés pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE lors du référendum qui s’est tenu le 23 juin dernier.

The New European est publié par Archant, l’éditeur de presse basé dans le comté de Norfolk, qui prévoit de commencer par sortir quatre tirages. On peut lire dans The Guardian que “l’avenir du journal au-delà de ce premier mois dépendra de l’intérêt que portera le lectorat à ce journal. Il sera principalement diffusé dans les régions où le vote pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE a prévalu, comme la région de Londres, au sud-est de l’Angleterre, et celle de Liverpool et Manchester”.

Sur le site du journal, il est écrit : “The New European offrira au lecteur une analyse approfondie de l’évolution du Brexit, de ses conséquences et des progrès accomplis, ainsi qu’une célébration de la vie européenne et de sa culture. Il se fera avec la contribution de journalistes et de faiseurs d’opinion parmi les plus respectés au Royaume-Uni et en Europe”.

The New European ne se situe pas dans la lignée des clivages politiques traditionnels et témoigne d’un véritable enthousiasme et amour pour l’Europe” : cet enthousiasme est plutôt inhabituel au Royaume-Uni, même si la grande manifestation qui s’est tenue à Londres le 30 juin dernier a montré qu’un certain nombre de personnes attachent encore de l’importance à l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE.

Matt Kelly, le rédacteur en chef de The New European et chef du contenu d’Archant, a déclaré que la vague d’enthousiasme et de colère des “Remainers” ainsi que la critique qu’ils ont exprimée à l’encontre du traitement médiatique de la campagne du référendum, et de l’UE en général, sont les éléments décisifs qui ont fait germer chez l’éditeur l’idée d’un “produit imprimé qui partagerait les mêmes valeurs que les 48 %”. Pour lui, il n’existait que “deux journaux traditionnellement perçus comme étant à gauche de l’échiquier politique britannique, mais aucun de ces deux journaux ne s’était vraiment engagé pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE avant la toute fin de la campagne ; il est désormais clair que cet engagement a été trop tardif.”

Matt Kelly a ajouté que

le sentiment de désarroi et de désenchantement n’a fait que grandir et n’est pas parti pour faiblir. Le fait que le camp du Leave n’a clairement aucun plan préparant la sortie de l’UE ne fait que renforcer l’impression que le Brexit revient à se tirer une balle dans le pied.

Aussi inhabituel que cela puisse être, le lancement de ce journal en format papier, sans qu’aucune étude de marché n’ait été préalablement menée, est due à la durée de vie relativement courte de The New European, puisqu’elle n’excédera probablement pas plus d’un mois, et au fait que son lectorat existe déjà : il s’agit des 48 %.


presseurop.eu | 08-juil.-2016 19:22

Migration et démographie : La carte de l’augmentation de la population née à l’étranger

Cette carte, basée sur une analyse des données des Nations Unies et d’Eurostat par le Pew Research Center, montre les évolutions qu’a connu la proportion d’immigrés parmi la population européenne depuis un an et demi. Pendant cette période, plus d’un million de personnes ont déposé une demande d’asile en Europe.

C’est en Suède, en Hongrie et en Autriche que le nombre d’immigrés a le plus augmenté ; dans le rapport du Pew, il est précisé que “chacun de ces pays a connu une hausse de plus d’un point de pourcentage”. Cette évolution peut paraître infime, mais le Pew Research Center signale qu’une “hausse d’un point de pourcentage en une année seulement est peu commune, surtout dans les pays occidentaux” et rappelle qu’il a fallu attendre “une décennie” pour que la proportion d’immigrés “augmente d’environ un point dans la population des Etats-Unis (elle est passée de 13 à 14 % sur la période 2005-2015)”.

La proportion des personnes nées à l’étranger en Suède, en Norvège et en Autriche est déjà “considérable”, note le rapport : plus de 15 % de la population de ces pays est née à l’étranger, alors que des pays comme la Hongrie ou la Finlande sont bien loin de ces chiffres. La hausse qu’ont connu ces derniers a néanmoins été importante (elle s’élève à 1,3 % en Hongrie) et a entraîné une réaction hostile de la part des autorités. D’autres pays, comme la Pologne, la Slovaquie ou encore la République Tchèque, qui ont refusé d’appliquer les quotas de réfugiés prévus par la Commission européenne, n’ont connu qu’une très faible hausse du nombre de migrants sur leur territoire, voire pas de hausse du tout.

Au cours des deux dernières années, certains pays à forte population née à l’étranger, comme la France et le Royaume-Uni, “n’ont accueilli que très peu de demandeurs d’asile par rapport à la taille de leur population”, alors que l’Allemagne “a accueilli plus de demandeurs d’asile que n’importe quel autre État européen”. En raison de la taille importante de la population allemande, l’augmentation du pourcentage de personnes nées à l’étranger a été négligeable.

A l’opposé, le Pew Research Center ajoute que

sur la même période, des pays comme la Lituanie, l’Espagne, la Slovénie, l’Estonie et la Lettonie ont vu leur pourcentage d’immigrés baisser. Cette tendance est due au fait que ces pays n’ont pas accueilli beaucoup de demandeurs d’asile au cours de l’année passée. D’autre part, la proportion actuelle de personnes nées à l’étranger dans ces pays est en baisse, car de nombreux immigrés font le choix de retourner dans leur pays d’origine (les Latinos-Américains connaissent la même situation en Espagne) et car cette population est vieillissante (c’est notamment le cas en Lettonie).

Le rapport conclut qu’il est probable que

la proportion de la population immigrée va changer à mesure que les migrations évoluent en Europe. Tous les demandeurs d’asile ne recevront pas le statut de réfugié en Europe, ce qui signifie que certains seront amenés à retourner dans leur pays d’origine. En Grèce, l’entrée est désormais interdite à une grande partie des migrants, suite à un accord qui prévoit de les renvoyer vers la Turquie et autres pays de l’UE. Néanmoins, des demandeurs d’asile continuent d’entrer en Europe, le dernier exemple en date étant celui d’Africains subsahariens qui ont traversé la mer Méditerranée pour rejoindre l’Italie.

La carte ci-dessous montre la proportion des personnes nées à l’étranger au sein des populations européennes.


presseurop.eu | 07-juil.-2016 11:54

Michel Rocard, l'homme que les socialistes ont humilié

`REUTERS/Charles Platiau CP/dh

En juillet 1994, je croise Michel Rocard, qui est mort samedi dernier, dans les couloirs du Parlement européen, à Strasbourg. C’est la première fois que je le vois en chair et en os. Il a l’air totalement abattu, usé, fatigué. Il erre seul, totalement seul. Je m’aperçois rapidement que cette solitude n’a rien d’exceptionnel. Elle se confirme tout au long de la session, puis en septembre. Ses « camarades » socialistes français l’évitent, l’ignorent ou, au mieux, le saluent de loin, comme s’il était porteur d’un virus mortel. Je trouve cela poignant, car c’est l’un des rares politiques pour qui j’ai une réelle admiration : représentant d’une gauche sociale-démocrate assumée, il a été un excellent Premier ministre (1988-1991) avant d’être proprement viré par François Mitterrand parce qu’il lui faisait de l’ombre.

Rocard vient d’être élu député européen, en juin, à la suite d’une campagne désastreuse pour le PS. Tête de liste (à l’époque, la France était une circonscription unique) en tant que premier secrétaire du PS, il s’est sévèrement ramassé avec moins de 15 % des voix. François Mitterrand, toujours prodigue en mauvais coups, lui a balancé dans les pattes Bernard Tapie et sa liste « MRG » (radicaux de gauche) qu’il a soutenue quasiment ouvertement. Avec un score mirifique de 10 %, Tapie a siphonné une partie des voix socialistes. Rocard est à terre. Définitivement. Il ne le sait pas encore et, surtout, ne veut pas l’admettre.

Je propose donc au journal de faire un portrait de l’homme brisé. J’appelle, en septembre, l’ancien Premier ministre qui me reçoit mal : avec son débit si particulier, il m’explique froidement qu’il ne veut plus parler aux journalistes et n’a aucune intention de me rencontrer. Je lui rétorque que rencontre ou pas, je ferai ce portrait. Un rendez-vous lui permettra peut-être de peser sur mon regard. À lui de voir. Il s’indigne : c’est du chantage. Non, c’est mon travail. Il raccroche. Et me rappelle vingt minutes plus tard : d’accord pour un déjeuner à Strasbourg, mais sans enregistrement et sans carnet de notes et avec l’interdiction absolue d’utiliser ce qu’il me dira.

Le déjeuner a lieu le 28 septembre. Il dure trois heures étourdissantes (le débit de Rocard n’est pas une légende) et alcoolisées. Rocard aime boire et je suis trop jeune journaliste pour oser refuser les verres qu’il me verse généreusement. Je sors totalement ivre pour me précipiter dans mon hôtel afin de régurgiter au plus près ce qu’il m’a raconté. Un récit passionnant de ses rapports avec François Mitterrand, tous les mauvais coups que le Président lui a faits lorsqu’il occupait Matignon. Un « enfer ». « Le matin, en me réveillant, je découvrais souvent qu’un conseil ministériel restreint dont j’ignorais tout avait eu lieu la veille et que le gouvernement avait décidé ceci ou cela. À moi d’assumer ».

Rocard, comme toujours, s’implique consciencieusement dans ses nouvelles fonctions de député européen. Il s’occupe de dossiers techniques qu’un journal comme Libé suit peu. Il préside successivement les commissions de la coopération et du développement (1997-1999), puis de l’emploi et des affaires sociales (1999-2002) et enfin de la culture (2002-2004). Il prend sa retraite en 2009 sans jamais avoir eu l’influence qu’il méritait. Car, en 2004, les Fabiusiens, en bon héritier du mitterrandisme, lui font un dernier mauvais coup : la vengeance, en politique, est sans fin. Le PS de François Hollande (il est premier secrétaire) a explosé les compteurs aux Européennes de juin : 29 % des voix. C’est même la première délégation nationale au sein du groupe socialiste. Ils peuvent donc choisir les postes qu’ils veulent. Rocard se verrait bien président du Parlement: une candidature à laquelle peu de monde s’opposerait dans l’Hémicycle. Mais les Fabiusiens ne l’entendent pas de cette oreille, alors que se profile la bataille du Traité constitutionnel européen : pas question de permettre une renaissance d’un Rocard européen. Pervenche Berès, fabiusienne de toujours, est l’exécutrice des basses œuvres : sous sa houlette, les socialistes français renoncent à la présidence du parlement en échange, pour elle-même, de la commission des affaires économiques et monétaires… C’est un socialiste espagnol, Josep Borrel qui hérite donc du perchoir. François Hollande, alors secrétaire national du PS et député européen (pour quelques semaines), laisse son vieil ami se faire une nouvelle fois humilier. Ce n’est pas demain la veille qu’un socialiste français pourra espérer l’occuper, mais qu’importe. L’essentiel n’était-il pas de se débarrasser de Rocard ? On jugera à cette aune les hommages posthumes que viennent de lui rendre plusieurs hiérarques socialistes qui ont pris une part active dans la marginalisation d’un homme qui aurait dû être le modernisateur du socialisme français.

Voici donc le portrait de Rocard paru dans le Libé du 7 octobre 1994 et intitulé : « Strasbourg, pot au noir de Rocard » avec plein de personnages qui ont totalement disparu depuis…

«Blessé ? Il le reconnaît volontiers. Isolé ? Il feint de ne pas s’en préoccuper. Las ? Il l’admet, tant de vents contraires l’ayant usé. Il est rare que le politique laisse transparaitre l’homme, même dans les pires moments. Michel Rocard est de cette espèce-là. Il a pris des coups violents et ses blessures ne sont pas refermées. Il souffre d’avoir perdu son ultime combat, celui de toute une vie, celui qui devait le conduire à la magistrature suprême. Les résultats désastreux des élections européennes ont sonné en juin le glas de ses espérances. « Il est mort, même s’il ne le sait pas encore », dit l’un de ses rares amis. Il est sonné de voir son vieil adversaire, François Mitterrand, l’avoir emporté par sa propre faute, conscient qu’il est d’avoir accumulé les erreurs.

Mais bien que tourmenté, il ne se cache pas. Depuis qu’il a été élu au Parlement européen, on ne voit que lui, à Bruxelles ou à Strasbourg. Il effectue son travail de député lambda. Les écouteurs vissés sur les oreilles, il écoute sagement les débats. Que ce soit à la commission des affaires étrangères ou en séance plénière, il quitte la salle parmi les derniers. Ce Rocard-là se veut pétri d’humilité et affirme être là pour découvrir le Parlement européen dont il ignore tout, soucieux d’effectuer au mieux son retour à la base. Le Parlement européen l’intéresse comme forum politique international. Il est aimable avec tous, salue précautionneusement les huissiers, répond au téléphone. Mais son échec, il le vit seul. Pathétiquement seul. Ses « amis » socialistes français l’évitent comme on le fait d’un grand malade, par peur, par gêne et plus rarement par pudeur. En juillet, lors de la session plénière de rentrée, le contraste était saisissant entre un Bernard Tapie, papillonnant, entouré, fêté par Jack Lang, et Rocard, totalement ignoré.

Même les soirées, conviviales par nature à Strasbourg, semblent lui échapper. Daniel Cohn-Bendit (Vert, Allemagne), rentrant un soir à son hôtel, l’avise seul, devant un demi, accoudé au bar impersonnel de l’établissement. La conversation qui suit est surréaliste, l’ex-premier secrétaire entretenant l’ancien leader de mai 68 de ses chances à la présidentielle. Au cours d’un déjeuner entre la délégation socialiste française et la presse, en juillet encore, Rocard affirme un peu trop fort, en sortant nerveusement une cigarette brune d’un paquet chiffonné, qu’il est soulagé depuis qu’il a cessé de s’occuper du PS et qu’il bien et même de mieux en mieux. Bernard Stasi (PPE, démocrate-chrétien) se rappelle qu’en juillet, « il frôlait les murs. Personne ne s’intéressait à lui ». Un autre député centriste raconte : « c’est tragique, cette solitude ». « Dans l’avion de Paris, lors de la session de septembre, les socialistes le saluaient, mais personne ne s’est assis à côté de lui ». « Rocard, il me fait de la peine, de la vraie », dit Yves Verwaerde (PPE).

Pierre Moscovici, qui se range parmi les amis de Rocard, juge que l’ambiance au sein de la délégation socialiste française peut difficilement être différente : « elle subit beaucoup le poids des clivages nationaux ». Et, de fait, « les amis de Michel sont rares ». En revanche, un « clan solide de fabiusiens, cultivant la fidélité à François Mitterrand » rend, selon Moscovici, l’atmosphère difficilement respirable. « N’oubliez pas que le meurtre rituel de Rocard est l’une des composantes importantes du mitterrandisme », ajoute-t-il. Un autre eurodéputé PS observe que « ses camarades ne font pas de cadeaux à l’ancien premier ministre. Ils lui font payer ses succès passés, son brillant ». Michel Rocard se console de la bouderie des socialistes français en rencontrant ses « amis internationaux ». Il ne cache pas son plaisir d’avoir retrouvé son « vieux complice » de 68, Dany Cohn-Bendit. Ou encore John Hume, secrétaire général du parti travailliste nord-irlandais et artisan du processus de paix. Il rappelle que, pour les travaillistes anglais, il est le dernier à avoir rencontré en tête-à-tête l’ancien leader de leur parti, John Smith, quelques heures avant sa mort.

Depuis cet été, l’ambiance s’est un peu détendue au sein de la délégation socialiste française, grâce à l’action apaisante de Nicole Péry, vice-présidente du Parlement européen. Rocard lui-même a parcouru du chemin. Comment rebondir est la question qui l’obsède. En bon protestant, il admet les erreurs qui l’ont conduit dans ce trou noir. Mais pour lui, son échec de juin n’est pas le pire de sa carrière. Celui du PSU, « ce laboratoire d’études pour une gauche renouvelée », est, à l’en croire, plus grave puisqu’il a ouvert la voie dans les années 70 à la reconstruction du PS autour de François Mitterrand.

L’ancien Premier ministre sait que sa convalescence est fragile. Il se tient donc à l’écart de la scène parisienne. Pas question de parler aux journalistes pour l’instant. Outre qu’il cultive à leur égard une méfiance développée au fils des ans, ce silence lui permet d’effectuer son « travail de deuil », selon l’expression d’un député socialiste. Mais, pour lui, son retrait n’est pas une retraite. Ainsi a-t-il participé le 27 septembre au soir à un meeting électoral du SPD à Friburg en Allemagne. Il s’entretient aussi régulièrement avec Jacques Delors à qui il donnera un coup de main pour la présidentielle si le président de la Commission le lui demande. Pour Rocard, la société française est malade, les solidarités sont défaites et il faut reconstruire. Si on l’appelle, il aidera à cette reconstruction».


bruxelles.blogs.liberation.fr | 06-juil.-2016 23:36

Comprendre le Brexit : Une révolte démocratique contre une élite sourde et méprisante
Internazionale, Rome – Pour le chroniqueur David Randall, le vote du “Leave” exprimé lors du référendum du 23 juin, est à comprendre essentiellement comme un coup porté aux patrons de la finance qui ont pris l’économie britannique en otage et une riposte contre la politique des principaux partis vis-à-vis de l’immigration. Voir en entier .
presseurop.eu | 06-juil.-2016 01:24

CETA: la Commission veut-elle contourner le contrôle démocratique?

La Commission veut-elle faire ratifier l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et le Canada (« CETA ») en contournant les parlements nationaux ? La question sera tranchée, ce mardi, par le collège des vingt-huit commissaires, une bonne partie d’entre eux estimant qu’il suffit d’une approbation du conseil des ministres (là où siègent les États membres) et du Parlement européen. Une position juridiquement défendable, mais politiquement extrêmement risquée à l’heure où l’opposition au CETA et surtout au TTIP, le projet d’accord de libre-échange avec les États-Unis, ne cesse de s’amplifier, comme en a convenu Jean-Claude Juncker, le président de l’exécutif européen : « si les États membres pensent qu’une analyse juridique ne compte pour rien dès lors que le sujet devient trop politique, alors je serais la dernière personne à essayer de les stopper », a-t-il lancé le 29 juin, en marge du sommet de Bruxelles.

Comme toujours dans le domaine européen, l’affaire est d’une rare complexité, les Etats n’acceptant de partager leur souveraineté qu’à reculons, ce qui aboutit à des procédures byzantines. Accrochez-vous donc, le voyage commence.

Compétence exclusive

Depuis l’origine de la construction communautaire, le commerce international est une « compétence exclusive » de l’Union. Et ce, pour deux raisons. D’une part, il est difficile qu’il en soit autrement à partir du moment où il existe un marché unique et que les marchandises, les capitaux et les services qui entrent dans un pays circulent librement dans l’espace commun. D’autre part, pris ensemble, les États membres sont la première puissance commerciale du monde, ce qui leur permet d’imposer leurs priorités à leurs partenaires commerciaux soucieux d’accéder au grand marché.

Jusqu’au traité de Lisbonne, ces accords, négociés par la Commission sur mandat des États membres, étaient simplement adoptés par le Conseil des ministres à la majorité qualifiée, après une simple consultation du Parlement européen, et ce, sans aucune ratification des parlements nationaux. Sauf pour les accords dits « mixtes », c’est-à-dire qui touchent des compétences nationales, comme les services et la propriété intellectuelle, les investissements étrangers directs, les services culturels, audiovisuels sociaux, de santé et d’éducation, etc. Là, il faut en passer par la ratification nationale. Cela a été, par exemple, le cas de l’accord de Marrakech créant l’Organisation mondiale du commerce. Le Traité de Nice de 2001 a un peu modifié la règle du jeu pour les services et les aspects commerciaux de la propriété intellectuelle : un vote à l’unanimité du Conseil suffisait, sans passer par la case nationale.

Contrôle du Parlement européen

Le traité de Lisbonne, entré en vigueur en novembre 2009, a introduit le Parlement européen dans la boucle afin de démocratiser la politique commerciale (article 207 du traité sur le fonctionnement de l’UE) : le conseil des ministres ratifie toujours à la majorité qualifiée (55 % des États membres représentant 65 % de la population), mais avec l’approbation du Parlement européen. Ensuite, le conseil statue toujours à l’unanimité pour les accords « mixtes », mais cette fois avec l’approbation du Parlement européen en plus de celle des Parlements nationaux : « Lisbonne n’a pas modifié la répartition des compétences entre l’Union et les États, comme le prévoit expressément l’article 207 §6 », souligne Jean-Luc Sauron, conseiller d’État et spécialiste des questions européennes. « Il s’agissait simplement de donner plus de pouvoir au Parlement européen ».

Autrement dit, c’est la qualification de l’accord qui va déterminer le processus de ratification. S’il n’est pas « mixte », les Parlements nationaux n’ont pas leur mot à dire, seul le Parlement européen étant impliqué ; s’il est « mixte », on entre dans une procédure de ratification à rallonge puisqu’il faudra passer par le Parlement européen, les vingt-huit parlements nationaux et les parlements régionaux dans les États fédéraux (Belgique, Espagne, Allemagne). Ce qui peut prendre du temps : la ratification de l’accord de libre-échange avec la Corée du Sud a duré quatre ans…

Sentant la contestation contre le CETA monter, une partie de la Commission, emmenée par la commissaire chargée du commerce, Cécilia Malmström, est donc tentée de qualifier le CETA d’accord purement européen, afin de court-circuiter les parlements nationaux. Mais cela fait hurler ceux qui s’opposent au TTIP, le CETA étant désormais perçu comme un « cheval de Troie » des intérêts américains en Europe. Cette démarche « risque d’ouvrir un boulevard aux europhobes en empêchant les Parlements nationaux d’avoir réellement leur mot à dire sur ce type de traité. Tout est fait pour empêcher un véritable débat public et ainsi accroitre la défiance à l’égard des institutions européennes », jugent ainsi Les Amis de la Terre. Il faut dire que le moment choisi est particulièrement malheureux : en plein Brexit et après que les Parlements wallon et néerlandais aient estimé, en avril dernier, que le CETA ne pouvait être ratifié en l’état…

Un boulevard pour les europhobes

À la Commission on se défend de telles arrières pensées : « c’est un problème plus général. Il ne s’agit pas d’éviter le contrôle parlementaire puisque le Parlement européen se prononcera », explique un fonctionnaire européen. Une bonne partie des eurodéputés n’apprécient guère qu’on mette en cause la qualité de leur contrôle : « la ratification de l’accord sera démocratique puisque le Parlement européen ainsi que les États membres devront le ratifier », ce qui est loin d’être « antidémocratique » comme « certains, notamment des députés européens, osent déjà qualifier cette décision », tempête Franck Proust du PPE. Jean-Claude Juncker fait aussi remarquer que les gouvernements « peuvent demander à leur parlement comment ils doivent voter » à Bruxelles… On fait enfin remarquer au sein de l’exécutif européen que « si l’on met des années à ratifier des accords conclus à la demande et par nos États membres et que l’on prend le risque d’un rejet par un seul pays voire un seul parlement subnational, notre politique commerciale commune va devenir de moins en moins crédible ».

Surtout, la Commission fait valoir qu’elle n’hésite pas à qualifier un accord de mixte si tel est le cas : « par exemple, nous venons de conclure un accord avec les pays du sud de l’Afrique. Il comporte des aspects d’aide au développement et cela relève clairement des compétences nationales. On l’a immédiatement qualifié de mixte », souligne un fonctionnaire. Il arrive aussi que la Commission, sous la pression des Etats, change son fusil d’épaule, requalifiant de mixtes des accords qu’elle considérait comme Européen (avec le Pérou, par exemple). Reste que si la Commission estime que le CETA n’est pas mixte, il faudra que les États décident du contraire à l’unanimité, comme le prévoient les traités. Or l’Italie considère déjà que tel est le cas… Cela étant, même si le CETA est considéré comme mixte, il devra être adopté à l’unanimité des Etats et à la majorité du Parlement européen.

Reste que l’affaire est tellement complexe, comme vous venez de le lire, que le message envoyé par la Commission et les États membres risque d’être celui d’une confiscation du débat démocratique même si cela n’est absolument pas le cas. Jean-Claude Juncker, fin politique, le sait : le simplisme l’emporte toujours sur le complexe. C’est pourquoi il a lancé, le 29 juin : « Je ne suis pas prêt à mourir sur l’autel d’une question juridique ».


bruxelles.blogs.liberation.fr | 04-juil.-2016 21:56

Le clivage gauche-droite a-t-il encore un sens?

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Il était une époque, dont nous sommes naturellement tous un peu nostalgiques, où nous étions en situation de faire les événements. Mais avec l’émergence de grandes puissances économiques et la mondialisation des marchés, nous ne pouvons au mieux que les signer une fois qu’ils se sont faits sans nous.

En effet, l’influence des membres de l’Union européenne dans le reste du monde s’est effondrée. Nous chérissons l’illusion perdue d’une souveraineté nationale que notre déclin en regard des avancées économiques enregistrées dans d’autres régions du monde a rendue obsolète et qui ne nous protégera pas de leurs effets. Pas plus que les radiations en provenance de Tchernobyl ne s’étaient jadis miraculeusement arrêtées aux frontières de la France, l’onde de choc provoquée par les enjeux planétaires contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux, environnementaux ou sécuritaires, ne se fige aux portes de nos pays "souverains".

Dès lors que les marges de manœuvre sont devenues aujourd’hui beaucoup plus réduites parce que nos pays sont soumis à une pression internationale beaucoup plus forte qu’autrefois, la question du clivage gauche-droite, qui a structuré le débat et la politique de nos Etats depuis le XVIIIe siècle, se pose immanquablement puisqu’il devient impossible de défendre sérieusement une logique redistributrice – pourtant nécessaire – quand il n’y a plus rien à distribuer !

Ponctuation cosmétique

Certes, il subsiste par ailleurs des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu’ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

Une ponctuation cosmétique, pourrait-on dire, en raison de la conversion pragmatique de la social-démocratie au social-libéralisme, puisque la justice redistributive s’étiole à mesure que les caisses de l’Etat se vident et que l’endettement ou les déficits budgétaires se creusent.

Bien entendu, les partis de gauche comme de droite ont des traditions, des cultures, des approches spécifiques, mais face à la réalité des choses, celles-ci ne pèsent plus lourd. On le sait depuis le tournant mitterrandien du début des années 1980, qui a entériné la fin de toute possibilité de conduire une politique réellement de gauche. Trente ans plus tard, François Hollande a dû tirer les mêmes conclusions, comme le reste des responsables politiques européens d’ailleurs.

Il en résulte des conséquences dramatiques puisque les électeurs de gauche, du centre et de droite, sentant l’impuissance du politique, ne croient plus à l’efficacité de l’action publique tandis que les extrêmes s’emploient à faire croire qu’une autre politique, fondée sur le repli sur soi, la sortie de l’euro ou le colbertisme, serait possible alors même que le cadre étriqué de l’Etat-Nation ne permet précisément pas d’en poser les bases.

Pourtant, les sirènes souverainistes attirent de plus en plus d’électeurs, captant une frange non négligeable de citoyens déçus par la pauvreté des débats et l’asthénie à peine voilée des partis modérés pour lesquels ils sont d’ordinaire enclins à voter.

Cette incapacité d’agir sur les causes laisse peser une menace croissante sur l’avenir de nos principes issus de la démocratie libérale. On le voit bien en Hongrie, en Pologne, en Slovaquie mais aussi en Europe occidentale comme en France, où sous couvert d’un front hostile au libéralisme économique, c’est en réalité la lutte contre le déterminisme social au profit du libéralisme philosophique, garant de l’équilibre des pouvoirs, du respect des minorités et de l’égalité des chances, qui est mise en péril. Quant à l’Autriche, elle a bien failli basculer tout récemment dans le populisme, avec un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle qui a recueilli près de 50% des voix.

Tentations populistes

Il subsiste des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu'ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

Nous ne pouvons laisser les tentations populistes triompher du clivage gauche-droite, qui structure la liberté de pensée, nourrit la vitalité de la démocratie parlementaire et demeure le meilleur vecteur de pluralisme, garantissant la possibilité d’une alternance suffisamment marquée pour permettre à différents projets de société de coexister, et suffisamment adulte par ailleurs pour qu’elle ne remette jamais en cause les acquis essentiels de la liberté et de l’égalité sédimentés dans l’inconscient collectif au fil des siècles de lutte pour la démocratie.

Mais depuis quelques années, l’échelon national est devenu si peu signifiant pour faire face aux enjeux mondiaux que la ligne de démarcation entre gauche et droite a perdu sa raison d’être: les partis réformistes de gauche comme de droite, modérés comme conservateurs, sont pro-européens, même s’ils n’osent plus autant l’affirmer qu’auparavant en raison des représentations sociales anti-européennes qui circulent dans l’opinion, tandis que les autres, situés aux extrémités de l’échiquier politique, sont hostiles à l’Europe.

Même si elles divergent souvent sur leurs propositions économiques, les formations qui gravitent dans les extrêmes ont trouvé dans le refus de l’Union des points d’ancrage communs qui les rapprochent singulièrement.

Clivage concentrique

On le voit bien d’ailleurs dans la volatilité de l’électorat de la gauche radicale, dont les transferts de voix en direction de la polarité opposée sont fréquents. Nous sommes donc passés d’une ligne de fracture située au centre de l’échiquier politique à un clivage concentrique car la question de la souveraineté est aujourd’hui celle qui structure véritablement l’organisation idéologique de la vie politique. Les europhobes, d’une part, plaident en faveur du retour à la souveraineté nationale, tandis que les europhiles pensent au contraire que la souveraineté des États européens sera d’autant plus forte qu’elle sera collectivement exercée.

Si les extrêmes se rejoignent en dépit de leurs visions antinomiques de la société, on peut également se demander, à bon droit, si les formations modérées n’auraient pas, elles aussi, sur la question de la souveraineté, du moins, intérêt à prendre acte de l’évolution des lignes de fractures et à unir leurs forces autour du centre de gravité de la vie publique en créant un arc politique à travers les vieux clivages droite-gauche.

C’est ce que vient récemment d’entreprendre le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron. En se déclarant, comme Stand Up, "transcourant" (qui n’est ni de gauche, ni de droite), son tout nouveau mouvement, "En marche!", suit une tendance qu’il décèle dans la société et dans les attentes des citoyens à l’égard de leurs élus, comme l’indique par exemple l’enquête du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) de 2014, qui révèle que 73% des Français estiment que les notions de droite et de gauche ne veulent plus rien dire.

Et pour cause! Pour retrouver la vitalité du débat démocratique en permettant à différents projets de société gauche/droite d’exister, il faut d’abord reconstruire des espaces politiques qui soient en phase avec l’évolution du monde. La mutualisation de nos moyens et de nos ressources est la seule manière de peser à nouveau sur notre destin et de mieux résister aux contraintes que la mondialisation fait peser sur nos 28 pays.

1 000 milliards d’euros par an

Les économies réalisées grâce à la fédéralisation des compétences, estimées à 1 000 milliards d’euros par an, dégageront des marges de manœuvre colossales permettant de gérer enfin les flux migratoires de manière digne mais responsable, de faire entendre à nouveau la voix de l’Europe dans le concert des grandes nations, d’optimiser la sécurité du territoire, d’organiser une vraie défense européenne, de soutenir nos entreprises, de sécuriser le financement de nos systèmes de protection sociale, d’investir massivement dans l’éducation, l’innovation, l’industrie, la culture et donc de favoriser les conditions de création d’emplois, d’accroître le pouvoir d’achat, bref d’améliorer concrètement la qualité de vie de tous les citoyens par la reconquête d’une réelle souveraineté politique, économique, sociale et culturelle nous donnant un accès collectif à une maîtrise pérenne de notre destin de bien meilleure qualité.

Le préalable de la souveraineté une fois résolu, les projets de société d’inspiration de gauche ou de droite pourront reprendre leur sens puisque la fédéralisation aura permis de renforcer le politique, de récupérer des marges de manœuvre pour financer des politiques d’inspirations différentes. Et d’élaborer des projets de société multiples, pour lesquels l’électeur sera amené à se prononcer ou, mieux encore, auxquels il sera amené à prendre part.

Richard Laub et Olivier Boruchowitch, Cofondateurs de Stand Up for Europe

Dessin de Claudio Cadei/CartoonMovement


presseurop.eu | 04-juil.-2016 15:46

Brexit: Les Vingt-sept choisissent la ligne dure avec Londres

Out, c’est out. Et le plus vite sera le mieux. Les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles mardi et mercredi ont choisi sans barguiner la ligne dure vis-à-vis de la Grande-Bretagne, celle que prônait la France. Pas question d’accommodements raisonnables destinés à rendre moins douloureuse sa sortie et, pour l’avenir, pas question non plus de lui tailler un costume sur mesure en lui permettant de choisir les politiques européennes qui l’intéresse. Bref, les Britanniques -et les europhobes de tous les pays européens - vont découvrir grandeur nature ce qu’il en coûte de quitter la maison commune.

L’ambiance de ce sommet était étrange : nul drame, nulle larme. On est loin, très loin, de l’atmosphère dramatique de la crise grecque : un Grexit aurait eu des conséquences dramatiques pour lui, mais aussi pour ses partenaires qui partagent la même monnaie. Certes, tout le monde aurait préféré éviter un Brexit, mais personne n’en a fait un drame non plus, tant Londres s’est marginalisée depuis 20 ans. D’ailleurs, l’Union n’a pas perdu de temps pour lui faire comprendre qu’elle n’était déjà plus qu’à moitié dans le jeu. Ainsi, le Conseil européen s’est réuni mercredi sans David Cameron, le premier ministre britannique, qui n’a été autorisé qu’à assister à la session de travail de la veille ainsi qu’au diner. Une première dans l’histoire européenne, alors que le Royaume-Uni n’a même pas encore activé l’article 50 du traité sur l’Union qui lancera le processus de sortie. Mieux : un Sommet informel a été convoqué pour le 15 septembre à Bratislava afin de réfléchir à l’avenir de l’Union, là-aussi sans le Royaume-Uni.

Cette mise à l’écart rapide se fait sentir dans toutes les institutions. Ainsi, le commissaire britannique, Jonathan Hill, a démissionné de ses fonctions samedi. Son successeur, on n’en fait pas mystère à Bruxelles, n’héritera pas de l’important portefeuille des services financiers qu’il détenait, immédiatement confié au Letton Valdis Dombrovskis, vice-président chargé de l’euro, mais sans doute de responsabilités marginales, « comme le multilinguisme », se marre un fonctionnaire. Au Parlement européen, les députés britanniques occupant des postes de responsabilité et ceux qui sont chargés d’un rapport sur une directive ou un règlement, devraient eux-aussi laisser la place à leurs partenaires restés dans l’Union.

Certes, plusieurs pays d’Europe centrale, mais aussi l’Irlande et le Danemark, on plaidé au cours du sommet, pour que l’Union manifeste un peu de compréhension à l’égard de la Grande-Bretagne, notamment en lui laissant le temps de déclencher l’article 50 vu le désordre politique qui règne dans ce pays depuis le 24 juin. Comme l’explique un diplomate européen, « l’idée est que plus les conséquences désastreuses de la sortie seront visibles, plus il y a de chance qu’ils choisissent une voie raisonnable ». Ces pays espéraient aussi que cela pourrait peut-être permettre de renégocier avec les Britanniques afin qu’ils restent dans l’Union. Mais ils se sont finalement alignés sur la position arrêtée, lundi, à Berlin par Angela Merkel, la chancelière allemande, François Hollande, le président français, et Matteo Renzi, le président du conseil italien : l’article 50 doit être activé le plus tôt possible et, en attendant, aucune discussion de quelle que nature que ce soit n’aura lieu avec Londres, histoire qu’elle ne cherche pas à obtenir des assurances sur son futur statut avant de demander formellement le divorce.

De même, les Vingt-sept ont tout de suite voulu couper cours aux espoirs des « Brexiter », comme le conservateur Boris Johnson qui a affirmé dans le Daily Telegraph que son pays pourrait continuer à avoir accès au marché unique, mais sans la libre circulation des personnes, thème central du référendum. Ils ont donc décidé de lier les quatre libertés du marché unique : ce sera la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes ou rien. « Les quatre libertés sont indivisibles », a ainsi affirmé Angela Merkel. « Il faut éviter que des pays puissent s’imaginer qu’en sortant ils pourront choisir les politiques qui les intéressent », explique un diplomate français. Mieux : « l’accès au marché intérieur que réclame Boris Johnson, c’est aussi le respect de l’acquis communautaire, la compétence de la Cour de justice européenne pour régler les litiges et une contribution au budget communautaire à peu près équivalente à ce qu’ils payent aujourd’hui ». C’est le statut choisi par la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein qui n’ont, évidemment, aucun droit de se prononcer sur les lois européennes qu’ils doivent simplement appliquer…

A défaut, la Grande-Bretagne devra se contenter d’un simple accord de libre échange comme ceux que l’UE a signé avec Singapour, le Japon ou le Canada, ce qui ne fera pas ses affaires. Cette fermeté va compliquer la tâche des Brexiter qui espéraient que l’Union, par souci de défendre ses intérêts économiques, se montrerait plus compréhensive. C’est loupé. Une fermeté logique : les capitales européennes veulent éviter un effet domino en montrant aux partis europhobes, qu’ils soient au pouvoir ou pas, qu’une sortie sera plus que douloureuse afin de leur couper l’herbe sous le pied. « Leurs mensonges vont apparaître au grand jour », s’amuse un diplomate européen.

Sur l’avenir de l’Union, en revanche, les Vingt-sept restent prudents : priorité aux réalisations concrètes à très court terme, à la simplification et à la clarification afin de « reconquérir les cœurs des citoyens ». Une remise à plat des traités est renvoyée sine die : « On ne va pas modifier les traités, ce n’est pas la priorité », a ainsi répété à plusieurs reprises Angela Merkel. Les Vingt-sept veulent éviter d’étaler leur divergence, entre les pays, notamment d’Europe centrale, qui voudraient réduire aux acquêts l’Union, et ceux qui, au sein de la zone euro, veulent achever leur intégration, notamment en la démocratisant. « C’est la dernière ces choses à faire aujourd’hui, car ce serait bataille extrêmement clivante et les opinions publiques sont épuisées par ces crises », renchérit-on dans l’entourage du président français.

N.B: article paru dans Libération du 30 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 01-juil.-2016 17:59

Les tenants du Brexit ont perdu le contrôle de la situation

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Voilà maintenant près d’une semaine que le Royaume-Uni a voté sa sortie de l’Union européenne. Et depuis ce moment, les scènes se déroulant à Westminster ont oscillé entre la tragédie et la farce, alors que les têtes tombent, que les Remainers se retournent les uns contre les autres et que les Leavers reviennent honteusement sur leurs promesses d’argent supplémentaire pour la NHS, d’intensification des échanges commerciaux et de restrictions à l’immigration. Il est de plus en plus évident que l’électorat a été la victime de ce que Brian Reade, journaliste du Daily Mirror, a appeléla plus grande escroquerie de toute l’histoire des scrutins britanniques” : elle a été orchestrée par des opportunistes et des idéologues qui n’ont élaboré aucun plan d’avenir viable.

Une crise économique se profile à l’horizon, et les journaux se sont empressés de publier des histoires d’électeurs qui regrettent d’avoir voté Leave maintenant que tout est joué. La gauche libérale s’est fait une joie de relayer l’histoire d’un ancien rédacteur en chef du Sun qui a exprimé ses remords quelques jours seulement après avoir poussé ses lecteurs à voter Leave. Le père d’un de mes amis, bien que fier d’avoir décidé de voter Leave, demande la citoyenneté irlandaise.

Ceux qui étaient pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE peuvent trouver un peu de réconfort dans les remords des Leavers, alors que la situation économique du Royaume-Uni va de mal en pis. Mais il est probable que des millions de personnes continueront de penser que ces dures épreuves en valaient la peine si il y existe une chance pour que l’immigration baisse. C’est précisémment ce noyau dur d’électeurs en colère qui est terrifiant. Boris Johnson a attisé le sentiment d’hostilité envers les immigrés sans aucun scrupule et a promis aux lecteurs du Sun que l’immigration serait au plus bas s’ils votaient Leave.

Pourtant, en lisant le récent manifeste du Brexit qu’a publié Johnson dans sa tribune hebdomadaire pour le Telegraph, on voit que ses priorités sont tout autres. Il veut assurer à “nos voisins, nos frères et nos sœurs qui ont fait ce qu’ils croyaient passionnément être juste” qu’ils pourront conserver leur liberté de circulation ainsi que leur accès au marché unique de l’UE.

Comme dans une bonne partie de ce qu’écrit Johnson, on peut aisément remplacer le “nos” par “mes”, sans que cela n’altère la compréhension. Ses voisins vivent dans un quartier aisé d’Islington, l’un des bastions du Remain, alors que ses frères et sœurs font partie de l’élite des hommes politiques et des journalistes et qu’ils ont mené campagne contre le Brexit.

Quand il évoque sa promesse d’établir une sélection des migrants basée sur un système de points, laquelle est vaguement mentionnée en fin de l’article, ce qui transparaît, c’est le manque d’enthousiasme d’un homme qui sait très bien que l’UE n’approuvera jamais :

Oui, le contrôle démocratique de la politique d’immigration sera de nouveau du ressort du gouvernement, qui pourra mettre en place un système de points équilibré et humain de façon à répondre aux besoins du marché et de l’industrie.

Même s’il s’est souvent laissé aller à des commentaires xénophobes dans la presse, Boris Johnson ne semble pas vouloir s’engager pleinement pour ce qui a été l’un des piliers de sa campagne. Son cynisme réside dans le fait de d’avoir d’abord considérer les électeurs inquiétés par l’immigration comme une force à mobiliser, pour ensuite les ignorer complètement. C’est comme ça que Boris Johnson s’est construit. Il a affirmé à tout bout de champ que 3000 ou 4000 extrémistes islamistes s’apprêtaient à s’infiltrer au Royaume-Uni : il les a courageusement insultés avant de déclarer : “Je n’ai pas peur des représailles djihadistes”.

Si on tient compte du fait qu’il a lui-même inventé cette menace, son courage n’est plus si impressionnant. En tant que l’une des figures de proue de la campagne de dénigrement menée par le Parti conservateur contre Sadiq Khan, le candidat travailliste à la mairie de Londres, Boris Johnson s’est servi de sa tribune dans le Telegraph pour laisser entendre qu’étant issu de l’immigration, Khan était peu digne de confiance :

L’Islam et le Parti travailliste sont tous les deux en proie à des luttes, et dans les deux cas, Khan, quelles que soient ses vraies opinions, plaît aux extrémistes. Je ne veux pas qu’il dirige notre capitale.

Johnson est maître dans l’art du langage politique codé. De cette façon, il peut récuser les accusations selon lesquelles il attiserait le sentiment de haine envers les immigrants, tout comme il a scrupuleusement évité de participer aux mêmes évènements que Nigel Farage, le leader ouvertement xénophobe du parti Ukip. Toutefois, il a aussi pu profiter de l’élan final qu’a donné à sa campagne la recrudescence du sentiment d’hostilité envers les immigrants.

Le problème, c’est que Johnson a mis en marche une machine qu’il ne sera pas en mesure de contrôler, puisque la peur de l’immigration semble fonctionner comme une logique mythologique qui rejetterait toute réponse pragmatique du politique. Et l’une des nombreuses erreurs de Boris Johnson est d’avoir déclaré qu’il avait l’intention d’aborder les négociations avec l’UE, en particulier celles qui concerneront l’immigration, de façon pragmatique. En même temps, il a participé à la réapparition d’une rhétorique xénophobe qui insinue que les immigrants sont des fardeaux par définition.

Si l’on s’en tient à cette logique, le taux d’immigration n’atteindra jamais un niveau suffisamment bas, et la seule présence d’étrangers sur le sol britannique constitue un affront. Aucun homme politique de parti traditionnel ne peut gagner ce jeu. En Hongrie, Viktor Orbán, qui ne correspond pas vraiment à l’idée qu’on pourrait se faire d’un modéré, subit aujourd’hui la pression grandissante du Jobbik, parti d’extrême droite ultranationaliste, et de sa rhétorique dangereuse, après avoir fait du contrôle de l’immigration l’un des fers de lance de sa campagne, dans un pays où à peine 2 % des résidents sont nés à l’étranger.

De la même façon, au Royaume-Uni, les Ukippers menés par Farage attendent en coulisses pour demander une “limitation” plus stricte encore de l’immigration, pendant que la presse à scandale continuera d’inventer ou d’exagérer des histoires. Au lendemain du vote pour la sortie de l’UE, The Sunday People a affiché en une le message “500 000 migrants se dirigent vers le Royaume-Uni”.


presseurop.eu | 30-juin-2016 21:24

Après le référendum sur le Brexit : Les Européens sont-ils correctement informés sur l’UE ?

Au lendemain du référendum du 23 juin, il s’est avéré que bon nombre d’électeurs britanniques méconnaissaient, voire ignoraient totalement, les informations de base sur l’Union européenne.

Certains leaders du camp Leave, favorables au Brexit, en ont profité et n’ont pas hésité à faire campagne en utilisant, entre autres, des arguments fallacieux ainsi que des mensonges éhontés, tout en bénéficiant de l’appui d’un grand nombre de journaux nationaux qui “ont noyé leurs lecteurs sous un flot d’histoires subjectives et trompeuses, quand elles n’étaient pas purement et simplement fallacieuses, sur Bruxelles”, comme on a pu récemment le lire dans The New York Times. Pour le “NYT”, l’image qu’ont présentée les journaux britanniques de l’Union européenne à l’approche du référendum du 23 juin a été tout aussi négative. Le Financial Times et le Guardian ont exprimé leur soutien à la campagne du Remain, mais ce sont des quotidiens à faible diffusion qui prêchent des convertis. The Times a été impartial, même s’il a fini par admettre, le 18 juin, qu’il préférait rester dans l’Union européenne. Mais le journal au plus grand tirage (The Telegraph), le journal le plus lu par la classe moyenne britannique (The Daily Mail) ainsi que le tabloïd le plus populaire (The Sun) ont affiché un soutien éhonté au camp du *Leave.

Mais quel rôle ont joué les experts ? Même si, d’après BuzzFeed, les pro-Remain accordaient plus de valeur à leur parole que ne le faisaient les pro-Brexit, les experts, qu’ils soient économistes ou scientifiques, n’ont presque pas été entendus, leur voix ayant été étouffée par les partisans du Leave, qui ont joué avec la peur et la colère des électeurs.

Sans compter qu’aucune campagne d’information sur l’Union européenne n’a été menée par le gouvernement britannique en amont du référendum : les résultats n’auraient pas dû nous surprendre. La recherche qu’ont frénétiquement entrée de nombreux Britanniques sur Google dans les heures qui ont suivi l’annonce des résultats, à savoir “qu’est-ce que l’UE, n’aurait pas non plus due nous surprendre. Et l’effet de surprise disparaît complètement si on s’intéresse au pourcentage du niveau d’information relatif à l’UE des citoyens du Royaume-Uni : ils sont tout simplement les moins bien informés, comme le montre l’Eurobaromètre que nous avons utilisé pour ce graphique.


presseurop.eu | 29-juin-2016 13:51

Brexit: l'UE en désordre de bataille

Et maintenant? Comme il fallait s’y attendre, les Etats membres et les institutions communautaires n’ont aucun plan B dans la poche, pas plus, d’ailleurs, que les partisans britanniques de la rupture avec l’Union. D’où le flottement actuel, tant à Bruxelles que dans les capitales européennes. Tout se passe comme si personne n’avait osé envisager le pire, pariant sur une vision idéalisée du fameux « pragmatisme » britannique. Faute de préparation, il ne faut donc pas s’attendre à ce que les chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunissent mardi et mercredi à Bruxelles, ou encore le Parlement européen, qui tient une session extraordinaire mardi, propose une réponse ambitieuse au séisme politique que vient de vivre l’Union. « On ne pas préparer un nouveau traité dans les 15 jours », a reconnu Emmanuel Macron, le ministre de l’économie, samedi, lors d’un débat à Sciences po.

Il est vrai que la réaction des Vingt-sept dépendra de l’analyse qu’ils feront des raisons du vote négatif des Anglais et des Gallois, mais aussi de la réaction de la classe politique britannique. Pour l’instant la poussière de la déflagration du « leave » est loin d’être retombée, à tel point qu’on ne sait pas encore si et quand Londres activera l’article 50 du traité sur l’Union qui enclenche le processus de sortie ! Outre que le référendum est consultatif, il faudra que le gouvernement de sa gracieuse majesté obtienne une majorité à la chambre des communes, où les « Bremain » sont largement majoritaires, mais aussi semble-t-il, au sein des parlements régionaux : or l’Ecosse n’a aucune intention de faciliter la tâche des « Brexiters »… Un beau casse-tête constitutionnel en perspective.

C’est pour cela qu’Angela Merkel, la chancelière allemande, appelle à répondre au Brexit « avec calme et détermination » en évitant « des solutions rapides et simples qui diviseraient encore davantage l’Europe ». Une prudence habituelle de sa part, mais qui, pour le coup, est justifiée : « c’est un échec britannique avant tout », approuve Emmanuel Macron, avant d’être un échec européen. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a renchéri de son côté dans Bild zeitung, samedi : « l’UE a des décennies d’expérience dans la gestion des crises et en est toujours sortie renforcée ».

Néanmoins, les vingt-sept capitales reconnaissent que le projet européen est en danger, l’euroscepticisme et le nationalisme ayant le vent en poupe partout en Europe. Il faut donc le remettre d’aplomb afin de répondre aux préoccupations des citoyens. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Décryptage des défis et des enjeux.

* Comment éviter que le poison du Brexit ne paralyse l’Union ?

C’est le cauchemar des Européens : que les négociations du Brexit durent plusieurs années et paralysent totalement l’Union. Car, tant que la Grande-Bretagne n’est pas sortie, elle continuera à siéger au sein des instances européennes et pourra poser son véto à toute réouverture des traités par exemple. Face aux hésitations londoniennes, David Cameron, le premier ministre britannique, laissant à son successeur le soin d’activer l’article 50, et Boris Johnson, le leader des « leave » au sein du parti conservateur considérant qu’il n’y a aucune urgence à le faire, les ministres des affaires étrangères des six pays fondateurs de l’UE (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), réunis samedi à Berlin, ont invité le Royaume-Uni à lancer « le plus vite possible » la procédure de sortie de l’UE. « Nous disons ici, ensemble, que ce processus doit commencer aussi vite que possible pour qu’on ne se retrouve pas embourbé », a martelé le ministre des affaires étrangères allemand, le social-démocrate, Frank-Walter Steinmeier. Le Parlement européen devrait adopter mardi une résolution allant dans le même sens : il faut couper les ponts au plus vite avec le Royaume-Uni pour éviter le pourrissement. A Bruxelles, on multiplie les gestes symboliques : les 27 Représentants permanents (ambassadeurs) des Etats membres se sont réunis hier sans le représentant britannique pour préparer le sommet de mardi et de mercredi et il est déjà prévu que les chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront mercredi sans David Cameron. Toujours pour accroitre la pression, le Polonais Donald Tusk, le président du Conseil européen, a désigné samedi le belge Didier Seeuws, un fonctionnaire européen, comme chef de la « Brexit task force » du Conseil, alors que la Commission mettait aussi en place un groupe équivalent pour préparer les futures négociations.

Reste à savoir si les Vingt-sept sont exactement sur la même longueur d’onde. A Paris, on reconnaît « que si le SPD ou Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, sont d’accord pour accélérer les choses, la Chancelière n’est pas encore parfaitement alignée. Comme dans le cas de la Grèce, elle veut se donner du temps ». D’autant que l’activation de l’article 50 recouvre une seconde question : comment éviter que Londres refuse de l’activer tant qu’elle n’a pas obtenu l’assurance d’un futur statut préférentiel qui ne la coupera pas du marché intérieur, un élément vital pour elle ? « L’article 50 n’a pas été conçu pour servir d’instrument de chantage. Un pays peut sortir, mais c’est seulement ensuite qu’on se mettra d’accord sur un futur statut », insiste un diplomate français. Or, plusieurs Etats membres pourraient accepter de se montrer conciliant : d’abord l’Allemagne et les Pays-Bas, qui réalisent à eux deux plus de la moitié de l’excédent commercial de l’UE avec le Royaume-Uni, mais aussi les pays d’Europe du nord dont l’anglophilie n’est plus à démontrer.

« Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, après avoir hésité, a admis que toute attitude trop conciliante serait utilisée par ses europhobes comme argument de campagne pour montrer qu’une rupture n’est pas si grave, explique-t-on à Paris. Nous avons le même problème, tout comme Matteo Renzi en Italie ». On se dit confiant qu’au final, Angela Merkel, qui n’est pas aussi menacée par les populistes de l’AfD que François Hollande par le FN, soutiendra le point de vue français. Mais l’attitude des autres pays n’est absolument pas garantie et ce sera l’un des principaux enjeux du sommet de mardi et de mercredi.

· Qui veut relancer ?

Si François Hollande a immédiatement affirmé que « l’Europe ne peut plus faire comme avant » et que Manuel Valls a appelé à « refonder, réinventer une autre Europe en écoutant les peuples », la prudence semble l’emporter dans la plupart des autres capitales, où l’appétence pour une remise à plat du projet européen est plus que limité. Surtout, Allemands et Français ne sont pas d’accord entre eux sur les contours d’une telle relance qui passerait nécessairement par une réforme des traités. Car expliquer que l’Europe ne fait pas assez pour les gens est pour le moins limité, les régions anglaises les plus aidées financièrement par l’Union européenne étant souvent celles qui ont le plus massivement voté pour le Brexit…

En fait, depuis l’élection de François Hollande, le couple franco-allemand se porte mal, en dépit des dénégations de Paris. En grande partie parce que Berlin n’a plus grande confiance en son partenaire qui s’inquiète de sa capacité à réformer son économie. Mais aussi parce que le chef de l’Etat n’a jamais formulé la moindre proposition concrète acceptable par l’Allemagne : en particulier, celle-ci refuse d’aller plus loin dans l’intégration politique sans une modification des traités qui permettrait de démocratiser la zone euro, celle-ci fonctionnant en dehors de tout contrôle parlementaire, européen ou national. De fait, Hollande craint par dessus-tout qu’une réforme des traités entraine ipso facto un référendum qu’il serait certain de perdre. Paris privilégie donc des changements « à traité constant », ce qui est inacceptable pour un gouvernement allemand soumis à la pression de sa Cour constitutionnelle : celle-ci a jugé à plusieurs reprises que l’Union est un trou noir démocratique, ce qui, selon elle, fait obstacle à tout partage de souveraineté supplémentaire, notamment dans le domaine financier. Pas question donc d’un budget de la zone euro ou d’un trésor capable de lever l’emprunt sans contrôle parlementaire. Une contradiction dans laquelle s’est empêtré le couple franco-allemand.

Cela étant, tout n’est pas de la faute de Paris : outre Rhin, la crise de la zone euro et la solidarité forcée à l’égard de la Grèce a laissé des traces profondes, tout comme la politique monétaire trop accommodante de la Banque centrale européenne qui a jeté par dessus bord tous les fondamentaux de la Bundesbank : « la Chancelière nous a dit qu’elle était épuisée par la crise grecque et qu’il ne fallait pas compter sur elle pour aller plus loin dans l’approfondissement de la zone euro », confie un responsable français.

Or, sans un couple franco-allemand en ligne, rien ne peut se faire en Europe, comme l’a rappelé dimanche le chef de l’Etat : « il est de la responsabilité de la France et de l’Allemagne de prendre l’initiative ». Matteo Renzi, le président du Conseil italien, conscient de ce blocage, a imaginé un nouveau moteur, celui que pourrait former les six Etats fondateurs. Son idée serait qu’ils accouchent d’une proposition de nouveau traité pour le soixantième anniversaire du traité de Rome, en mars 2017. Mais, là aussi, ça coince, plusieurs pays, dont l’Espagne, n’appréciant pas de se retrouver mis sur le côté… Et ce format n’a pour l’instant pas permis de surmonter les divergences franco-allemandes. Enfin, parmi les autres pays européens, aucun n’est demandeur d’un approfondissement de l’Union, et en particulier pas les pays nordiques et d’Europe centrale…

· Relancer pourquoi faire ?

Tirer les leçons du Brexit n’est pas simple, puisque la Grande-Bretagne avait un statut à part au sein de l’Union et ne participait pas aux politiques les plus intégrées : monnaie unique, union bancaire, Schengen, politique d’immigration et d’asile, police, etc. En outre, David Cameron avait obtenu de ses partenaires, en février dernier, de nouvelles clauses dérogatoires qui lui auraient notamment permis de discriminer les ressortissants européens sur le plan des prestations sociales… Mieux, les accusations de déficit démocratiques, en ce qui la concerne, tombaient totalement à plat : le marché intérieur et la politique agricole commune sont, depuis le traité de Lisbonne, totalement contrôlés par le Parlement européen et la Commission a commencé sa mue démocratique en mai 2014, son président étant désormais directement issu des élections européennes. Autrement dit, sauf à déconstruire totalement l’Union, on ne voit pas très bien l’enseignement qui pourrait être tiré de cette consultation, si ce n’est éventuellement en mettant au clair la répartition des compétences entre le niveau européen et le niveau national.

En revanche, personne ne peut nier la montée de l’euroscepticisme, notamment au sein des dix-neuf pays de la zone euro. C’est là le principal enjeu, comme l’a parfaitement compris François Hollande qui a appelé à un « renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique ». Ce qui passe par une réforme des traités afin d’instaurer un contrôle parlementaire, ce qui donnerait enfin aux citoyens leur mot à dire sur la gestion de la zone euro. A l’Elysée, on l’admet enfin, mais on renvoie cette réforme après 2017.

· Comment réformer ?

La tentation française est de négocier un nouveau traité entre Etats, comme d’habitude, à charge pour chacun de le faire ensuite ratifier. Une méthode qui échoue pourtant de plus en plus, comme le montre la succession de référendums négatifs sur l’Europe. « Il faut procéder autrement en lançant des conventions citoyennes à travers l’Europe », a donc plaidé, samedi, Emmanuel Macron : « un projet de refondation, ça doit se construire avec les gens, à partir d’un débat démocratique ». Et pour éviter 27 référendums nationaux, il plaide aussi pour « consultation transeuropéenne ». Les Etats seront-ils prêts à une telle révolution copernicienne ? De la réponse qu’ils apporteront à cette question dépend le futur de l’Union. Et les vingt dernières années n’incitent guère à l’optimisme.

N.B.: article paru dans Libération du 27 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 29-juin-2016 12:01

Après les législatives en Espagne : “Les Espagnols ont décidé de donner une autre possibilité à Rajoy”

Le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy est arrivé en tête le 26 juin, en obtenant 137 des 350 sièges de la chambre des députés. Le Parti socialiste (PSOE) est arrivé deuxième, avec 85 députés. Unidos Podemos, le mouvement mené par Pablo Iglesias, n’a pas ‘doublé’ le PSOE comme l’annonçaient les sondages et obtenu 71 sièges, alors que Ciudadanos, le mouvement de centre-droit d’Albert Rivera en a obtenu 32.

La priorité absolue, c’est de rendre possible un accord qui assure rapidement un gouvernement stable, corrigeant ainsi la pire des conséquences de la législature précédente”, récite l’éditorial d’El País. Qui poursuit :

le résultat du Parti populaire, clairement meilleur que celui de décembre, lui donne à nouveau l’initiative pour tenter de former le gouvernement. Espérons qu’il ne le refuse pas à nouveau. Son leader, Mariano Rajoy, peut se sentir raisonnablement récompensé en raison de la hausse des sièges obtenus, mais il est loin de pouvoir gouverner seul. Il doit tenter de former un gouvernement ample et pour cela, il doit entamer d’abord un dialogue responsable et sincère.

Le vrai vainqueur, c’est Mariano Rajoy, même s’il doit interpreter avec précaution les résultats, car il n’a pas la majorité nécessaire pour être certain d’obtenir l’investiture”, lit-on dans l’éditorial d’ABC. Pour le journal conservateur,

aujourd’hui commence une phase politique qui remet dans les mains du PP et de Rajoy la responsabilité de former le gouvernement au moyen d’accords et de négociations avec les autres partis. La corruption a coûté cher au PP et on ne doit pas l’oublier. Beaucoup de choses doivent changer. […] L’avenir immédiat sera complique, mais pas plus que la législature qui l’attend s’il sera à nouveau investi comme chef du gouvernement.

Mariano Rajoy est le grand vainqueur des élections”, établit l’éditorial d’El Mundo, selon lequel

les Espagnols ont décidé de donner une autre possibilité à Rajoy qui, bien qu’il soit loin d’avoir la majorité nécessaire pour gouverner, est le seul leader qui sort renforcé de ce vote. Il est évident que le PP est parvenu à attirer le vote utile, en réaction à la percée que les sondages attribuaient à Podemos, recueillant ainsi autour de lui le vote de centre-droit, au dépens de Ciudadanos. […] Ces élections n’ont pas provoqué de changement radical dans le scénario politique, mais elles ont apporté de légères différences qui permettent de penser qu’il n’y aura pas de nouveau vote et que les partis seront capables de tisser de nouveaux accords pour former un exécutif stable ou, du moins, laisser que la liste la plus votée gouverne.

Dans l’éditorial de La Razón, on peut lire que

le résultat du Brexit et de la désastreuse sortie du Royaume-Uni nous ont mis face à un miroir : nous avons besoin de dirigeants sérieux et Rajoy en est un. Il sait ce qu’il doit faire et il a un plan pour maintenir la reprise économique. […] Contrairement à il y a sept mois, nous savons à présent quels sont les temps et ce qu’il faut faire pour sortir de la situation de blocage. A partir d’aujourd’hui, les dirigeants qui placent les intérêts de l’Espagne avant ceux de leur parti doivent faire entendre leur voix. Les Espagnols le demandent et ils se doivent de répondre vite.

La répétition des élections a donné une photographie qui ressemble à celle d’il y a sept mois, avec la différence que certaines voix de Ciudadanos sont passées (ou revenues) au Pp”, écrit le directeur de La Vanguardia Màrius Carol, selon lequel

les électeurs espagnols sont partagés en deux entre droite et gauche, de sorte qu’il ne sera pas facile de former un nouveau gouvernement. […] Ces élections ont également permi à Mariano Rajoy de renforcer sa position et ont démenti le doublement du PSOE par Podemos. […] Il ne sera pas facile d’obtenir un accord de gouvernement mais personne ne veut d’une troisième élection, qui ne résoudrait rien et qui affaiblirait la démocratie. Les prochaines semaines s’annoncent intenses.

Pour Ramón Gorriarán, “la photo ressemble à celle du 20 décembre, même si elle est un peu décalée à droite.” L’éditorialiste du Correo estime en effet que

ce qui ressort le jour après le rendez-vous électoral, c’est un scénario dans lequel les accords sont à nouveaux les protagonistes, et ils sont difficiles également, car aucune coalition naturelle n’atteint la majorité au Congrès. […] La grande coalition, dans certaines variantes – avec le soutien ou l’abstention des Socialistes – se profile au loin, mais le PSOE a déjà dit non. Les options sont claires : soit l’abstention permet à Rajoy de former un gouvernement de minorité, soit on forme une alliance avec les indépendentistes, soit l’Espagne ira vers un troisième vote.

Le grand vainqueur du 26 juin est Mariano Rajoy ; le grand perdent, sans concessions, est Pablo Iglesias, qui n’a pas mis à profit l’alliance avec Izquierda unida et n’est pas parvenu à ‘doubler’ le PSOE”, écrit le directeur d’El Periódico, Enric Hernández. Qui ajoute :

le centre-droit sort renforcé de la répétition électorale ; la gauche, décimée. Le verdict des urnes met en exergue l’erreur commise par le leader de Podemos après le 20 décembre, en utilisant l’alibi de l’entente préventive entre le chef du PSOE Pedro Sánchez et celui de Ciudadanos Albert Rivera pour rejeter l’accord entre les forces politique qui s’étaient dites prêtes, malgré leurs différences, à déloger le PP du pouvoir.


presseurop.eu | 28-juin-2016 13:34

Brexit: le divorce, une autre paire de Manche

Le général de Gaulle a posé deux fois son véto à l’adhésion de la Grande-Bretagne à la CEE de l’époque, en 1963 et en 1967, en expliquant que ce pays ne parviendrait pas à renoncer à ses spécificités pour s’intégrer dans un ensemble plus grand. Il estimait qu’il fallait mieux lui proposer un « accord d’association » purement commercial. Son avertissement, lancé le 27 novembre 1967, prend, aujourd’hui, des allures prémonitoires : « Faire entrer l’Angleterre », ce serait « donner d’avance (notre) consentement à tous les artifices, délais et faux-semblants qui tendraient à dissimuler la destruction d’un édifice qui a été bâti au prix de tant de peine et au milieu de tant d’espoir ». L’Europe en est là : elle doit éviter que le départ fracassant de la Grande-Bretagne ne fasse s’effondrer l’Union et gérer sans casse le divorce entre ce pays, qui a décidé de quitter unilatéralement la maison commune, et l’Union, qui ne voulait pas le voir partir. La séparation ne se faisant pas par consentement mutuel, on risque d’assister à quelques belles bagarres entre les deux anciens conjoints. Décryptage.

· À quel moment vont commencer les négociations de rupture ?

L’article 50 du traité européen, introduit par Lisbonne entré en vigueur en décembre 2009, prévoit qu’un Etat qui veut quitter l’Union « notifie son intention » au Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. À partir de là, les États membres ont deux ans pour parvenir à « un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union ». Faute d’accord, les traités cessent purement et simplement de s’appliquer à ce pays, sauf si la période de négociation est prolongée à l’unanimité des États membres. Il ne dit absolument rien d’autre. Profitant de ce flou juridique, David Cameron, le Premier ministre britannique, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne déposera aucune demande lors du sommet de mardi et mercredi prochain. Il laissera ce soin à son successeur, sans doute Boris Johnson, lorsqu’il aura démissionné à l’automne. Mais même là, rien n’est certain : Londres pourrait même faire indéfiniment durer le plaisir afin d’essayer de négocier avec chaque capitale européenne le meilleur des arrangements possibles, partant du principe qu’il est plus facile de parler avec une Union divisée qu’unie. Pour Guy Verhofstadt, le patron du groupe libéral au Parlement européen, il faut absolument éviter de tomber dans ce piège : « il faut obliger le Royaume-Uni à déposer sa demande le plus vite possible ». « Je voudrais que pour tout le monde il soit très clair, évident, nécessaire, que le processus d’incertitudes dans lequel nous sommes entrés ne dure pas trop longtemps. Il faut accélérer les choses », a plaidé se son côté Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Avec Donald Tusk, le président du Conseil européen, et Martin Schulz, le président du Parlement européen, il a demandé « que le gouvernement du Royaume-Uni rende effective cette décision du peuple britannique dès que possible ».

· Comment vont se dérouler les négociations ?

Là aussi, l’article 50 est silencieux : seront-elles menées par le Polonais Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui craint qu’un Brexit « marque le début de la destruction de l’Union européenne, mais aussi de la civilisation occidentale », la Commission ou par des représentants des trois institutions (Parlement, Conseil, Commission) ? Le choix que feront les chefs d’État et de gouvernement ne sera évidemment pas neutre sur la façon dont les Vingt-sept (qui se réuniront mardi pendant quelques heures sans le Royaume-Uni) envisagent la suite des négociations. En effet, deux questions différentes se posent : les conditions de la rupture elle-même, et le futur statut qui liera la Grande-Bretagne à l’Union. La tentation des plus anglophiles, en réalité ceux qui réalisent une partie non négligeable de leurs échanges avec le Royaume-Uni, sera de rendre la sortie la moins douloureuse possible en évitant un vide entre la fin de l’application des traités européens et l’accès au marché unique que veulent obtenir les Britanniques pour continuer à exporter leurs biens et leurs services. Le problème est qu’un tel schéma va se heurter aux impératifs de politique intérieure de plusieurs États membres, dont l’Allemagne, la France ou encore l’Italie. Si la rupture se passe sans aucune conséquence économique pour la Grande-Bretagne, cela fournira des arguments aux populistes locaux pour réclamer à leur tour un référendum de sortie. Même si la situation de la zone euro est spécifique, puisqu’il faudrait alors abandonner la monnaie unique, le FN ou Alternativ für Deutschland (AfD) ne se gêneront pour invoquer le caractère indolore d’une séparation à l’amiable. C’est pourquoi tant Angela Merkel, la chancelière allemande, que François Hollande, le Président français, ont clamé en cœur : « dehors, c’est dehors » : « quand c’est non, c’est non, et il n’y a pas de statut intermédiaire, il y aurait donc à en tirer toutes les conclusions », a martelé le chef de l’Etat jeudi. Autrement dit, plusieurs batailles vont se dérouler en même temps : l’une vis-à-vis de la Grande-Bretagne pour l’obliger à déposer sa demande, l’autre entre les Européens pour déterminer s’ils utilisent la méthode douce au risque de donner des arguments à leurs populistes, ou la méthode brutale afin d’éviter un effet domino.

· Quelle place pour la Grande-Bretagne dans l’Union avant la rupture définitive ?

Là aussi, l’article 50 est muet. A priori, la Grande-Bretagne présidera l’Union au second semestre 2017, David Cameron et son successeur continueront à siéger au Conseil européen, les ministres britanniques à voter au Conseil des ministres, les députés européens britanniques à adopter les textes européens, le commissaire britannique à proposer des législations, les juges britanniques de la Cour de justice européenne à rendre des jugements. Ce qui est extrêmement étrange alors que toutes les décisions qui seront prises durant cette période n’auront pas vocation à s’appliquer outre-Manche. La logique voudrait que les Britanniques s’abstiennent de participer aux votes, mais on peut douter qu’ils se comportent ainsi en parfaits gentlemen… Quant aux fonctionnaires britanniques des institutions communautaires (1400 en tout), ils resteront en place au moins jusqu’au Brexit effectif. Ils devraient ensuite conserver leur job, puisqu’ils n’ont pas été recrutés en fonction de leur nationalité, mais n’occuperont plus aucun poste politique (directeurs généraux, directeurs généraux adjoints, directeurs). C’est pourquoi la plupart d’entre eux vont chercher à acquérir la nationalité d’un État membre (soit par naturalisation, ce qui profitera aux Belges, soit grâce à leur conjoint).

· Quel statut pour la Grande-Bretagne ?

En réalité, il est fort probable que le Royaume-Uni soit simplement traité comme un pays tiers, sans accès privilégié au marché unique. Non pas du fait des Européens, qui seront demandeurs d’une relation renforcée pour des raisons commerciales et financières, mais du fait de Londres qui ne pourra sans doute faire aucune concession qui s’apparentera à un abandon de souveraineté. Ainsi, il est hors de question que le pays intègre l’Espace Economique Européen comme la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein : en effet, toute la législation concernant le marché unique continuerait à lui être applicable, y compris la libre circulation, le droit de l’environnement ou la politique sociale, sans qu’elle ait son mot à dire. Pis, elle devrait contribuer au budget communautaire : sa contribution, par rapport à son niveau actuel, ne diminuerait que de 9 %. Un statut à la Suisse, qui a négocié 120 accords bilatéraux avec l’Union, se heurterait aux mêmes obstacles : outre que les services financiers en seraient exclus, cela l’obligerait à accepter la libre circulation et elle devrait contribuer au budget européen (mais avec une diminution de 55 % de sa contribution). Entrer dans l’Union douanière, comme l’a fait la Turquie, ne serait pas très intéressant pour elle, puisque, là aussi, les services financiers ne sont pas concernés. Enfin, il y aurait la possibilité de conclure un simple accord de libre-échange avec l’Union. Mais, comme dans les cas précédents, elle n’aurait qu’un accès très partiel au marché unique et elle serait obligée de respecter l’ensemble des normes européennes, celles-là mêmes que les europhobes britanniques ont dénoncées pendant la campagne. Bref, trouver un statut ad hoc va prendre du temps, énormément de temps et pendant ce temps-là, la Grande-Bretagne n’aura qu’un accès limité au marché unique. Et son commerce avec le reste du monde va souffrir : l’Union a conclu 200 accords de libre-échange que Londres va devoir renégocier pour son propre compte. Et là, elle ne sera pas en position de force.

· Comment consolider l’Union européenne ?

C’est sans doute l’enjeu le plus important : le départ de Londres souligne les insuffisances de l’intégration communautaire, son caractère inachevé, l’insatisfaction qu’elle suscite dans les opinions publiques, souvent pour des raisons opposées. Ainsi, si les Français la jugent « ultra libérale », les Anglais l’estiment trop réglementaire. Il faut donc remettre l’ouvrage sur la table et seul le couple franco-allemand, pour l’instant en coma profond, peut le faire, en s’appuyant sur les autres pays fondateurs. Jean-Claude Juncker attend Paris et de Berlin « des prises de positions très claires », comme il l’a dit vendredi, et Paris affirme y travailler d’arrache-pied depuis…4 ans. Sauf surprise, cela ne devrait pas être pour le sommet de mardi : « on va dans un premier temps essayer de limiter l’onde de choc », dit-on à Paris. Le second temps sera celui de la relance, mais sans doute pas avant les échéances électorales franco-allemandes de 2017.

N.B.: version longue de l’article paru dans Libération du 25 juin


bruxelles.blogs.liberation.fr | 28-juin-2016 10:27

Après le Brexit : Keep calm and carry on, Europe
Les Echos, Paris – Les pays qui veulent continuer le projet européen doivent se ressaisir et poursuivre l’intégration, autour d’un noyau dur qui partagerait la souveraineté fiscale, budgétaire et militaire. Voir en entier .
presseurop.eu | 28-juin-2016 10:07

Après le Brexit : Serrer les rangs et avancer
Les Echos, Paris – Les pays qui veulent continuer le projet européen doivent se ressaisir et poursuivre l’intégration, autour d’un noyau dur qui partagerait la souveraineté fiscale, budgétaire et militaire. Voir en entier .
presseurop.eu | 28-juin-2016 10:07

Elections législatives en Espagne : La victoire de l’idéologie et de la peur de l’incertitude

Le résultat de la deuxième élection législative en sept mois, organisée faute d’accord entre les principaux partis pour former un gouvernement après les élections du 20 décembre dernier, ne laisse pas de doutes estime Ramón González-Ferriz, directeur de Ahora Semanal : “C’est l’idéologie qui a fait pencher la balance en faveur du premier parti en termes de voix, le Parti populaire (PP) du chef du gouvernement sortant Mariano Rajoy.” Celui-ci, “malgré toutes ses limites apparentes”, s’est révélé comme “un stratège très talentueux” :

La stratégie du PP lors de la campagne, qui visait à obtenir la polarisation maximale, lui a réussi. Il a augmenté son nombre de sièges et a remporté les élections, en creusant l’écart par rapport au Parti socialiste (PSOE). Grâce à son efficace message basé sur la peur, le PP a obtenu le retour de nombreux électeurs . Il est possible que le Brexit et la demande de stabilité qui a suivi le chaos qu’il a provoqué y aient également contribué. Mais c’est la fidélité quasi religieuse de ses électeurs qui semble constituer par-dessus tout la clé. La peur d’un gouvernement de gauchistes menés par Podemos a été suffisante.

Le pourcentage de voix obtenues par les conservateurs (33 %) ne leur permet pas de gouverner seuls cette fois, et une nouvelle série de négociations sur la formation d’une coalition avec les libéraux de Ciudadanos (13 %) avec les socialistes (22 %) s’annonce. Faute d’accord, une nouvelle élection devra être convoquée. Mais les élections, poursuit González-Ferriz, ont révélé un double sentiment :

La première certitude qui remonte de ces élections, c’est que l’électeur de Rajoy est de marbre. Mais la seconde, c’est que le maximum des voix auquel Podemos peut aspirer est dans les environs de ce qu’il a obtenu le 20 décembre [21 %]. Même s’il s’agit d’un exploit pour un parti aussi jeune, cela apaise les craintes qu’une partie de la gauche et probablement toute la droite ont partagées ces derniers mois : que Podemos puisse non seulement dépasser le PSOE comme premier parti de la gauche, mais qu’il puisse aller au gouvernement et y appliquer des politiques proches du bolivarisme, la racine idéologique, aujourd’hui abandonnée au sein du programme de Podemos, mais encore présente dans son discours. Non, il n’y a pas aujourd’hui de menace d’une vénézuelisation de l’Espagne. [Les deux certitudes] ont une explication : elle sont le fruit de la persistante importance des idéologies, de la fracture gauche/droite. Les préférences des électeurs conservateurs continuent à avoir un caractère basiquement idéologique, et non de rejet de la corruption ou de punition pour le peu de charisme de leur leader. Et les limites de Podemos résident dans une appréciable, mais limitée, quantité d’électeurs, car son idéologie, malgré ses changements, continue à susciter la méfiance de la majorité de la gauche.


presseurop.eu | 27-juin-2016 18:24

Une "nouvelle frontière" pour l'Europe après le Brexit

In ou out, plus rien ne sera comme avant : la succession de référendums perdus sur les questions européennes, le fait qu’un pays s’interroge sur son maintien dans l’Union, montre que le rêve européen est, sinon brisé, du moins sérieusement ébréché. Comment redonner du sens à une construction qui a pourtant réussi à maintenir la paix sur le vieux continent depuis 1950 ? Deux europhiles convaincus, Sylvie Goulard, députée européenne libérale - qui vient de publier « Goodbye Europe » (Flammarion)-, et son ancien collègue écologiste, Daniel Cohn-Bendit, député européen entre 1994 et 2014, livrent leur diagnostic croisésur l’état de l’Union et sur la meilleure façon de rebondir. En résumé, « soyez réalistes, demandez l’impossible »...

Ce référendum marque-t-il un tournant dans l’histoire de l’Union européenne ?

DCB : Absolument ! Quel que soit le résultat, même si le « remain » l’emporte, l’Europe a failli sombrer et elle sombrera si l’on continue comme avant : l’Union n’est plus désirable, car elle n’est pas à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés.

SG : Ce référendum est un événement majeur qui n’a pas été traité comme il le méritait. Jusqu’à présent, le processus d’élargissement et d’approfondissement de l’Union, quoique chaotique, a été continu. Personne ne l’a jamais remis en cause au point de vouloir quitter l’Union. Si c’est un non extrêmement clair, ce sera la première dislocation de l’Union. On pourra peut-être l’endiguer car le Royaume-Uni a une relation spéciale avec l’UE. Mais on peut se retrouver dans un scénario intermédiaire avec un petit « oui » qui rencontrerait des résistances extrêmement fortes, notamment au sein du Parlement britannique ou un petit « non », incitant Londres à négocier des dérogations supplémentaires. David Cameron y sera d’autant plus enclin que nous sommes déjà tombés dans le piège du chantage : la sortie de l’Union prévue par les traités ne doit pas être un instrument de menace qui permet d’obtenir un statut privilégié. Si on sort, on sort.

Y a-t-il un risque d’effet domino ?

SG : Oui, on ne peut pas l’exclure.

DCB : Si la Hongrie veut suivre, grand bien lui fasse ! Il y a des limites au bashing européen : si on pense que l’Union, comme l’affirme Viktor Orban, c’est l’URSS, il vaut mieux en partir. Et là, pas de risque que l’Europe envoie ses chars, ce qui n’est pas mal pour un espace prétendument dictatorial…

Pourquoi assiste-t-on à une telle montée de l’euroscepticisme ?

DCB : Le projet européen est en rupture avec trois siècles d’histoire conflictuelle entre États : il ne peut donc pas se faire sans douleur et sans va-et-vient. Après les deux guerres mondiales, les élites européennes se sont demandé comment éviter que cela se reproduise. La réponse a été la construction communautaire. Mais elle ne pouvait être lancée avec l’accord des peuples. Si en 1950, on avait demandé aux Français s’ils voulaient se réconcilier avec les Allemands, le non l’aurait emporté très largement. Mais il a fallu attendre l’effondrement des empires coloniaux qui rendait impossible toute tentation hégémonique pour que le projet européen soit véritablement lancé. Trente ans après, l’Union a été confrontée à la chute du communisme et au désir des États d’Europe centrale et orientale de participer au bien-être européen. L’Union a été prise dans un piège politique exactement comme l’Allemagne après l’unification, lorsque Helmut Kohl a décidé de la parité entre le mark de l’ouest et le mark de l’est. C’était une aberration économique, mais il ne pouvait pas faire autrement sinon des millions d’Allemands de l’Est seraient passés à l’ouest. Et on n’allait pas construire un mur ! L’Europe n’a pas pu faire autrement avec l’Est et a dû accepter l’élargissement. Mais ce faisant, la nature de l’Europe a changé et les Européens ne comprennent plus pourquoi on fait l’Europe. On est resté au milieu du gué en n’achevant pas la construction communautaire ce qui la laisse démunie face aux crises que nous affrontons : certains croient donc que la souveraineté nationale nous protègera mieux contre les crises. C’est l’indécision des États qui fait le lit des populismes.

SG : En Europe, beaucoup a été promis, peu a été tenu et, dans le même temps, le monde a changé.

Les citoyens qui votent contre l’Europe ont à peu près le même profil dans tous les pays : des hommes, plutôt âgés, peu formés, vivant hors des grands centres urbains et qui se sentent oubliés du progrès économique. N’est-ce pas inquiétant pour le projet européen ?

SG : C’est surtout inquiétant pour nos sociétés Les États peinent à produire de la cohésion. Rappelons nous que ce sont eux qui restent responsables des politiques économiques, sociales, d’éducation et de formation, qu’ils soient dans la zone euro ou non. Ainsi, le Royaume-Uni dont les performances agrégées sont bonnes connaît de fortes inégalités, que ce soit en termes de revenus, de territoires, d’accès à la culture, de formation. En France, il y a infiniment trop de jeunes sans formation, livrés à eux-mêmes sans outils de compréhension du monde. Ca, c’est la faillite des États, pas de l’Europe. C’est tout le problème : le projet européen est pris en tenaille entre les niveaux nationaux et le niveau mondial. Même sans l’Europe, l’incapacité des États à assurer l’égalité des chances demeurerait et la mondialisation continuerait à produire ses effets.

N’y a-t-il pas une ambiguïté du projet européen qui a longtemps dissimulé ses objectifs politiques derrière des objectifs purement économiques.

DCB : L’idée était effectivement d’unifier le continent par l’économie, le charbon et l’acier, puis le marché unique, en évitant les grands projets politiques qui risquaient de crisper les États. D’ailleurs, l’armée européenne a échoué en 1954… Il fallait donc d’abord apprendre à vivre en commun avant toute intégration politique. C’est au moment de la création de l’euro, en 1991, qu’on est totalement passé à côté du momentum politique. C’est à ce moment-là qu’on aurait du clarifier le projet : d’un côté, un marché, de l’autre une Europe politico-économico-sociale. Car il ne faut pas s’y tromper : la justification de l’euro n’était pas du tout économique, mais politique, tout comme la parité entre le mark de l’est et de l’ouest était politique. Pour éviter l’hégémonisme d’une Allemagne unifiée au centre du continent, il fallait renforcer l’intégration européenne. Mais, à Maastricht, les chefs d’État et de gouvernement ont fait du marxisme basique : ils ont posé les bases d’une Europe économique et financière en pensant que le politique, c’est-à-dire la structure, suivrait automatiquement. C’est le type même de pensée magique. Résultat : le projet politique qui doit gouverner l’Europe économique et financière n’a jamais été mis en place. On en est resté à une addition d’États souverains qui, même avec la monnaie unique, sont toujours aussi jaloux de leur souveraineté alors même qu’ils auraient dû en transférer une bonne partie à un espace commun qui s’appelle l’Union européenne.

SG : Les Français doivent se souvenir que leur Parlement a rejeté la Communauté de défense en 1954 et que Mitterrand a refusé le projet d’union politique proposé à Maastricht par la Présidence néerlandaise, en accord avec l’Allemagne. Ceci dit, il faut regarder devant. Il pourrait y avoir dans le référendum britannique un aspect positif : inciter à mettre au clair le projet européen et à répondre aux inquiétudes et interrogations des citoyens. L’UE n’est pas une entité abstraite : elle est ce que nous en faisons. Personne n’est satisfait mais aucun État ne propose des changements. En France, où est pourtant né le projet européen, le gouvernement ne cherche pas à perfectionner la démocratie au sein de la zone euro alors même que les Européens sont avides d’avoir leur mot à dire. Nous avons besoin d’une « nouvelle frontière », d’un projet, d’un nouveau rêve, comme, en son temps, le défi américain d’aller sur la lune : un projet touchant aux nouvelles technologies, à la culture, une grande avancée scientifique, comme par exemple la création de nouveaux antibiotiques. L’Europe mérite mieux que d’être vendue par la peur ou le coût de sa dislocation.

L’Union est faite par les États : or, plus aucun responsable politique national n’est prêt à aller plus loin.

SG : De fait, le projet européen est en déshérence. Mais attention au piège ! Si l’Union s’effondrait, les États européens qui se sépareraient n’en sortiraient pas grandis. Il est illusoire croire que nous avons le choix entre d’un côté, une voie européenne et, de l’autre une voie nationale. Sur bien des sujets, la voie nationale est une escroquerie ou, au mieux, une nostalgie. Et la chute de l’UE entraînerait les Etats à sa suite car il y a une interaction entre les deux. Le comportement des générations au pouvoir rappelle celui des enfants gâtés de familles fortunées: le grand-père bâtit la maison, le fils l’entretient, le petit-fils, en se laissant vivre, dilapide le patrimoine.

DCB : On le voit notamment en France avec François Hollande qui se tient totalement en retrait du débat européen. Quand j’entends les ministres de l’Intérieur affirmer que l’Europe est un échec en matière de la lutte antiterroriste alors que les États refusent de lui donner des compétences dans le domaine de la police et du renseignement, c’est fort de café. Il faut sortir de ce cercle vicieux. Aujourd’hui, on est dans la situation de ceux qui ont lancé l’Europe dans les années 50 : ils n’étaient pas majoritaires, mais ils ont tenu le coup, ils sont partis à la conquête idéologique des sociétés. Il ne faut pas reculer, il faut briser cette armure d’illusions sur la capacité des États à agir dans un monde qui n’est plus celui des années 20.

N’est-on pas à la fin d’un cycle historique, celui de la construction communautaire, et au début d’un autre, le retour des États défendant leurs intérêts nationaux.

SG : Le repli national, comme avant 45 ? Cela mérite d’y réfléchir deux minutes. D’abord, la mondialisation, vous pouvez la nier, elle peut se rappeler à vous, à une terrasse de café du 11ème arrondissement de Paris, quand un fanatique entraîné en Syrie vient vous tirer dessus. Notre devoir est de dire que le monde actuel est inhospitalier et que nous ne répondrons pas aux défis qui se posent à nous, que ce soit dans le domaine du commerce, du changement climatique ou du terrorisme, en s’enfermant dans le pré carré national. Ensuite, « le monde d’avant » 1950 n’était pas terrible. Le nationalisme des uns exacerbait celui des autres, d’où la confrontation et la haine. Nous ne devrions pas nous croire plus malins que ceux qui, par le passé, ont payé l’illusion nationale au prix fort. Des millions d’Européens en sont morts. Enfin et surtout, pourquoi désespérer ? Pourquoi ne pas croire que la majorité des êtres humains veut vivre libre et en paix ?

DCB : Il faut prendre le risque de se projeter dans l’avenir, imaginer une renaissance du projet européen autour d’une constitution créant une fédération, ce qui ne veut absolument pas dire un super Etat, mais tout simplement une meilleure organisation des compétences et de leur contrôle démocratique. Seule une Europe forte nous permettra d’affronter la mondialisation, une mondialisation qui change complètement la donne : qui peut décemment croire que les Etats européens peuvent peser sur l’avenir du monde s’ils sont divisés ?

N.B.: Version longue de l’entretien paru dans Libération du 24 juin avant que l’on connaisse les résultats du référendum.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 27-juin-2016 15:57

Brexit : “Un immense camouflet pour le projet européen”

À l’issue du référendum, 52 % des électeurs ont voté Leave, alors que 48 % d’entre eux (majoritairement à Londres, en Écosse et en Irlande du Nord) ont voté Remain. La grande majorité des 18-44 ans ont d’ailleurs choisi la deuxième option. Le 24 juin, David Cameron a annoncé son intention de démissionner de ses fonctions de Premier ministre et de leader du Parti conservateur, alors que la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon a déclaré que la possibilité d’un “second référendum” sur l’indépendance écossaise “était remise sur la table”.

"Personne, en dehors des nationalistes de tous les pays, ne peut accueillir ce résultat avec satisfaction.", écrit Laurent Joffrin. Pour le directeur de Libération,

Les forces de l’ouverture, de l’échange, de la tolérance, ont été sévèrement battues par les partisans de la méfiance et de la souveraineté solitaire. La peur de l’étranger, qui contamine les plus démocratiques des opinions, a joué son rôle délétère dans ce résultat dirigé contre les immigrés autant que contre l’Europe.[...] Pour l’Union européenne, la défaite est cinglante. La Commission, la Banque centrale, les gouvernements, les partis de gouvernement, tout ce que le continent compte d’esprits raisonnables et ouverts ont eu beau multiplier les mises en garde, et parfois les menaces, rien n’y a fait. Il est même probable que cette unanimité bienséante ait joué pour le Brexit en exaspérant le rejet de ceux d’en haut.

L’UE rendra peut-être le processus de sortie si dur pour le Royaume-Uni qu’aucun autre pays membre ne voudra emprunter le même chemin”, écrit Patrick Bernau, chroniqueur de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il affirme que d’autres pays comme le Danemark, les Pays-Bas ou encore la Slovaquie pourraient désormais être tentés de “prendre la porte” :

Maintenant que les Britanniques, généralement favorables au marché, font défection, l’Allemagne devra donc y réfléchir à deux fois avant de prendre des positions au sein de l’UE. L’UE présente de nombreux avantages et de nombreux inconvénients : ils doivent être discutés de façon rationnelle. L’Union n’a eu de cesse d’aider à tempérer les luttes de pouvoir, assurant du même coup le maintien de la paix, et elle a permis à l’Europe de tenir tête à d’autres régions du monde, notamment en ce qui concerne les négociations commerciales. D’un autre côté, voilà bien longtemps que l’on ne s’est pas soucié de l’attractivité de l’UE. Des pays différents les uns des autres ont été regroupés et mis dans le même panier, les partisans de l’UE sont allés trop vite en voulant créer une union politique alors qu’il n’existe pas de sphère publique européenne à proprement parler. Une chose est sûre : une UE qui aurait tendance à agir selon les règles de l’Europe du Nord n’est pas forcément l’option qui serait la plus conforme aux intérêts allemands.

José Ignacio Torreblanca, le responsable de la rubrique “opinion” du journal El País, pense que “la victoire du camp du Brexit est un immense camouflet pour le projet européen” et se demande “ce qu’il va se passer maintenant” :

De façon paradoxale, l’assurance dont font preuve la majorité des Britanniques dans leur choix de quitter l’UE coïncide avec le sentiment de découragement qu’a fait naître leur décision chez les Européens, ainsi qu’avec l’enthousiasme exprimé par les partis europhobes des autres pays de l’Union qui se sont félicités de la décision des Britanniques et qui souhaitent les imiter. Depuis la tenue de ce référendum, l’UE ressemble au Royaume-Uni en 1973 : elle est perdue et désorientée, dépassée par les évènements et n’a plus aucune carte en main. Après des années passées à renflouer les caisses des pays membres frappés par la crise financière, sauver le projet européen devient urgent. Cela suppose que les leaders de l’Europe élaborent un plan auquel ils accordent un soutien politique inébranlable.

Les Britanniques ont voté leur sortie de l’Union européenne et sont ainsi allés à l’encontre de la volonté de leur propre gouvernement, du leadership politique et économique, tout en ignorant les souhaits de leurs alliés”, écrit Peter Wolodarski dans le Dagens Nyheter. Il poursuit en expliquant que l’Europe “est en proie à un véritable tremblement de terre politique dont on ne peut prévoir les conséquences.” Il ajoute :

Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que les politique britannique et européenne vont connaître un changement radical. Le Royaume-Uni va abandonner le projet qui avait été créé après la guerre pour installer la paix et la stabilité. Sa sortie de l’Union sera extrêmement compliquée et ne manquera pas de soulever des questions quant à l’avenir de l’UE. Est-ce que d’autres pays partiront ? Un coup a été porté à l’UE et elle en est fragilisée. De plus, l’avenir du Royaume-Uni est lui-même très incertain : en Écosse, où la majorité des électeurs était favorable à un maintien dans l’UE, des plans prévoyant une sortie du Royaume-Uni sont en préparation. La situation est dramatique pour tous ceux qui voulaient que l’Europe reste ouverte et démocratique et que la cohésion soit son ciment. Le pire est arrivé. Pourvu que les répercussions de cette décision sur le reste du monde soient les plus minimes possibles.

Annamari Sipilä, la correspondante à Londres du Helsingin Sanomat, écrit que “le choc des résultats vendredi matin a montré que la décision du leader du Parti conservateur, David Cameron, de tenir un référendum avait marqué le début de la fin”:

Cameron a promis le référendum dans le but de consolider son pouvoir ainsi que celui de son parti. Il savait que l’eurosceptisme est un sentiment répandu au Royaume-Uni et que le plébiscite n’était pas toujours le meilleur moyen pour prendre une telle décision. Cela ne l’a pourtant pas empêché de promettre un référendum. Il est maintenant temps d’en assumer les conséquences. [...] L’enjeu était de taille, et Cameron, tout comme le Royaume-Uni et l’Union européenne, est le grand perdant de l’histoire. However one looks at this sad affair, it is a defeat for the EU, which leaves it weakened within its borders and whose image abroad is of an actor in decline.

Dans les jours et les semaines à venir, les forces centrifuges qui s’exercent déjà dans l’UE tenteront doucement mais surement de compromettre cette dernière”, prévient Tomasz Bielecki, le correspondant à Londres de Gazeta Wyborcza, en affirmant :

L’intégration dans l’Union européenne n’est plus irréversible et tout nous pousse à croire que le Brexit produira une réaction en chaîne. Le Brexit va renforcer les partis populistes des autres pays membres. Les partis traditionnels devront tout faire pour surmonter la peur dévorante de perdre leur électorat et ainsi prendre les décisions nécessaires à la survie de l’Union. Aux yeux de la Russie, de la Chine et des États-Unis, le poids de l’Europe a considérablement diminué, de façon littérale, mais aussi économiquement et géopolitiquement parlant.


presseurop.eu | 27-juin-2016 13:40

Brexit: dearest English friends, thank you!

And now, Ladies and Gentlemen, the English version of my column!

My heartfelt thanks to you, my English and Welsh friends. You have managed to resist all argumentations - from the rational to the apocalyptic - of those who backed ‘REMAIN’. You have chosen to disregard the risks of your glorious country exploding - the Scots and the Northern Irish, two of the remaining four countries of your Empire, having voted massively – and shamefully– in favour of the Union. You have risked dividing your society in the long term between, on the one hand, the young, educated urban youth who are massively in favour of ‘REMAIN’, and on the other hand the older, less-qualified country dwellers supporting ‘LEAVE’, resulting in what amounts to a long-lasting social fracture. An incredibly brave choice because it has politically devastated and will economically weaken your country, for which Europe will be eternally grateful to you.

This demonstrates your sense of sacrifice which has already benefited the continent on several occasions, for instance when you saved it from the grasp of Napoleon, and subsequently twice from German hegemony. You have finally come to the conclusion that the place of your island is not within the Union. Even if you were already well and truly ‘outside’ (budget, euro, Schengen, security and immigration policies, banking union, etc.), the mere fact that you were there was always enough to block all attempts at further integration - not only in fear of displeasing you - but because each time we had to create extra unnecessarily complex procedures to enable you to keep your ‘special status’. The result of this is that the reforms have always ended up, thanks to you, in making this very Union more and more unreadable in the eyes of its citizens and thereby distancing them from it. Once again, despite all our efforts you continued to consider this European Union ultra dogmatic and over-controlled : we were not fortunate enough to have experienced Thatcherism and we remained for the most part attached to the welfare state, state interventionism, regulated markets – all of which horrified you. We also had to accept a watering down of the vision of the founding nations and adoption of short-term policies which, in the end, please no one : Europe has accomplished the amazing feat of inventing regulatory ultraliberalism.

You witnessed the successive crises which have shaken the Union since 2008 and you understood that it was doomed to perish beneath its contradictions, its paralyses, its compromises and the mediocrity of its national leaders who encourage ever greater scepticism of a European project held responsible for all national issues. You have therefore decided to give us a monumental kick up the backside: if the shock of the departure of one of the four largest countries in the Union does not wake us up, if we do not mobilise ourselves in order to revitalise the construction of the European Union, which has ensured peace on our continent for 70 years, then we no longer deserve to exist. Your Churchillian gesture will go down in history! So you know what awaits you : after World War II you descended into such economic depression that the IMF had to come to your aid, almost as if you were like petty Greece! When you joined in 1973 your GDP was one of the lowest in the EEC, and this is why you adhered to a project you despised. If Churchill believed in the United States of Europe, it had to be with the United Kingdom occupying the role of super power and certainly not a simple member with no more importance than France!

As always, I am amazed by your sense of sacrifice and general interest. When I think what lies ahead of you, both in cutting the links between you and us (200 commercial deals safeguarded by the Union and which you will need to renegotiate, 80,000 pages of community based laws which you will need to sort through to avoid legal loopholes, the many transactions in euros which will desert you for the Continent) and your need to maintain access to the single market, in particular for your banks and financial services, I can only salute your courage! Ahead of you are years of uncertainty, torment and heartrending moments! I salute you, my English friends ! I hope we will be seen as worthy of your sacrifice! In any case, bonne chance for the lonely journey which awaits you!

Traduction: team Vadot (Gordes-Bruxelles-Canberra). Merci à elles et eux!


bruxelles.blogs.liberation.fr | 26-juin-2016 17:14

Brexit: amis Anglais, merci pour votre sacrifice !

Amis Anglais et Gallois, merci, du fond du cœur. Vous avez su résister à tous les arguments, des plus rationnels aux plus apocalyptiques, de ceux qui militaient pour le remain. Vous avez choisi d’ignorer les risques d’explosion de votre glorieux pays, les Écossais et les Irlandais du nord, deux des quatre nations de ce qui reste de votre Empire, ayant massivement -et honteusement- voté en faveur de l’Union. Vous avez pris le risque de diviser pour longtemps votre société entre, d’une part, jeunes, diplômés et urbains, massivement remain, et, d’autre part, vieux, peu diplômés et ruraux, massivement leave, une fracture sociétale pour longtemps béante. Un vote d’un courage inouï puisqu’il a politiquement dévasté et va économiquement affaiblir votre pays dont l’Europe ne peut que vous être reconnaissante.

Car il manifeste votre sens du sacrifice dont le continent a bénéficié à plusieurs reprises, lorsque vous l’avez sauvé des griffes de Napoléon, puis de l’hégémonisme allemand à deux reprises. Vous avez enfin compris que la place de votre île n’était pas au sein de l’Union. Bien que vous ayez un grand pied en dehors (budget, euro, Schengen, politique de sécurité et d’immigration, union bancaire, etc.), votre seule présence suffit à bloquer toute tentative d’intégration supplémentaire non seulement par peur de vous déplaire, mais parce qu’il fallait à chaque fois imaginer une usine à gaz supplémentaire pour que vous conserviez votre « statut spécial ». Résultat : les réformes de l’Union ont toujours abouti, à cause de vous, à la rendre de plus en plus illisible aux yeux des citoyens et donc à les en éloigner. En dépit de tous nos efforts, vous continuiez à trouver cette Europe ultra-réglementaire et dirigiste, alors que la majorité des Européens la trouvent bien trop libérale : nous n’avons pas eu la chance de connaître Margaret Thatcher et nous sommes resté, globalement, attaché à l’État providence, à l’interventionnisme étatique, au marché régulé, toutes choses qui vous font horreur. Aussi, nous avons du accepter d’affadir le projet des pères fondateurs et pratiquer une politique du moyen terme qui, au final, déplait à tout le monde: l’Europe a réussi l’exploit d’inventer l’ultralibéralisme réglementaire !

Vous avez assisté aux chocs qui ont secoué l’Union depuis 2008 et vous avez compris que l’Union risquait de mourir sous le poids de ses contradictions, de ses paralysies, de ses compromis et de la médiocrité de ses dirigeants nationaux qui alimentent un scepticisme de plus en plus fort à l’égard d’un projet européen rendu responsable de toutes les difficultés nationales. Vous avez donc décidé de nous donner un grand coup de pied au derrière : si le choc du départ de l’un des quatre grands pays de l’Union ne nous réveille pas, si nous ne mobilisons pas pour relancer une construction qui a assuré la paix sur le continent depuis 70 ans, c’est que vraiment nous méritons de disparaître. Votre sursaut churchillien restera dans l’histoire ! Car vous savez ce qui vous attend : après la Seconde Guerre mondiale, vous vous êtes enfoncé dans la dépression économique au point que le FMI a dû voler à votre secours, comme une vulgaire Grèce. Votre PIB, lors de votre adhésion en 1973, était l’un des plus bas de la CEE, et c’est pour cela que vous avez rejoint un projet qui vous répugnait. Si Churchill était pour les États-Unis d’Europe, c’était évidemment avec un Royaume-Uni qui en serait la puissance tutélaire et non un simple membre, pas plus important que la France !

Je suis impressionné, comme toujours, par votre sens du sacrifice et de l’intérêt collectif. Quand je pense à ce qui vous attend, tant pour couper les liens entre vous et nous (200 accords commerciaux signés en votre nom par l’Union que vous allez devoir renégocier, 80000 pages de lois communautaires qu’il va falloir trier pour éviter les vides juridiques, les opérations en euros qui vont partir pour le vieux continent) que pour essayer de conserver un accès au marché unique, notamment pour vos banques et vos services financiers, je ne peux que saluer votre courage ! Ce sont des années d’incertitudes, de tourmentes, de déchirements qui vous attendent. Chapeau bas, messieurs les Anglais ! Espérons que nous serons nous montrer digne de votre sacrifice. En tous les cas, good luck pour votre aventure solitaire.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 24-juin-2016 12:08

Brexit: qui est in? Qui est out?

Aujourd’hui, un numéro spécial de Libération consacré au Brexit. Superbe mise en page. D’un côté, les arguments du «in», de l’autre, ceux du «out», le tout vu tant d’un point de vue britannique qu’européen. Mes articles sont ici: pour le remain , pour le leave.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 23-juin-2016 17:02

Référendum britannique : Je suis une fondamentaliste européenne
The Independent, Londres – La chroniqueuse Mary Dejevski explique pourquoi elle estime faire partie de cette génération d’Européens qui fait les frais de la guerre dont nos parents ont fait l’expérience. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-juin-2016 14:21

Remain !

Blog

Si les arguments du « remain » et du leave sont bien connus, il s’avère qu’un Brexit serait désastreux pour l’Union Européenne. Le choc tant annoncé, prétendant qu’un Brexit créerait une onde de choc qui relancerait la construction européenne, aura lieu en cas de Brexit. Mais les conséquences en sont tellement incertaines qu’il est plus probable qu’un Brexit entraine de réelles difficultés pour l’Europe, même si cela ne la tuera pas.

Restez ! Le Royaume-Uni, aujourd’hui, n’a aucun intérêt à quitter l’Union Européenne. D’un point de vue économique, un Brexit serait dévastateur pour l’économie britannique. Une longue récession, voire une dépression, s’en suivrait, et l’incertitude des marchés financiers ferait vaciller les institutions, accentuant la pression sur le taux de change de la livre sterling et sur les taux d’intérêts britanniques sur le marché obligataire.

Il faut bien évidemment ajouter que les pays du Sud, en cas de Brexit, ne seraient absolument pas prêts à faire des concessions aux Britanniques dans le cadre d’un traité de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’UE. Si les britanniques ne voudront pas participer au budget de l’UE (qui leur coûte actuellement bien moins que cela ne leur rapporte), l’instauration de tarifs douaniers et l’établissement de normes plus dures amoindriront la capacité de pénétration des produits britanniques dans l’espace commun européen.

Néanmoins, la force du vote leave réside dans le fait que les pro-européens n’avancent que des arguments négatifs : exposant une sortie avec des termes péjoratifs, sans montrer les bienfaits d’une Europe avec le Royaume-Uni. Exactement le type d’argument exposé ci-dessus. Ils sont nécessaires, cependant, il faut un projet pour le Royaume-Uni, et plus globalement pour l’Europe.

Les britanniques critiquent aujourd’hui une Europe qu’ils ont eux-mêmes promue. Cette Europe très libérale, voulant à tout prix s’élargir. En critiquant l’immigration « trop importante » des ressortissants européens vers le Royaume-Uni, les britanniques ne font que remettre en cause ce qu’ils ont eux-mêmes voulu mettre en place : un espace le plus large possible, pour toucher un maximum de consommateurs et faire de l’Union Européenne un espace plus économique que politique. Il est néanmoins plus simple de changer un système de l’intérieur (surtout quand on en est à l’origine) plutôt que le quitter. Restez donc et prenez vos responsabilités.

Restez ! L’Europe reste encore à inventer. L’Europe puissance pourra se faire avec vous. Le Royaume-Uni n’a jamais voulu faire partie d’un « super-Etat » européen. Soit, qu’il n’en fasse pas partie. L’avenir de l’Europe se joue avec le Royaume-Uni, parce que son avenir réside dans l’Europe à deux vitesses. Vous, britanniques, devez rester, non pas parce que ce serait désastreux pour l’économie britannique (elle s’en remettra forcément un jour) mais parce que vous avez une carte à jouer dans l’Europe. L’Europe doit pouvoir représenter tout le monde, même ceux qui refusent d’y jouer un rôle actif. Même si cela est réellement dommageable, on ne pourra jamais prendre une décision à 28 !

On accuse souvent David Cameron (et ses prédécesseurs, quelle que soit leur couleur politique) de bloquer l’Europe. Mais qui ne la bloque pas ! Je vous le demande bien, la France bloque les compromis sur les réfugiés, l’Allemagne bloque toutes les issues en matière de solidarité budgétaire. Le Royaume-Uni n’a jamais rien apporté politiquement à l’Europe, il ne l’a jamais voulu et à vrai dire, nous non plus. Le Royaume-Uni n’a jamais souhaité une intégration plus poussée. Mais il doit rester car l’Europe est une garantie face aux incertitudes de ce monde, tout comme le Royaume-Uni est une garantie face à une Europe pouvant devenir trop technocratique.

Restez ! Restez car vous ne pouvez rien faire seuls. Où voyez-vous une once de volonté d’alliance chez les américains, les chinois ? Vous n’êtes rien sans l’Europe et l’Europe mettra des années (voire des décennies dans le calendrier bureaucratique) pour se remettre de votre départ !

L’Europe doit se renouveler, et elle doit le faire avec le Royaume-Uni. Il faut de tout pour faire un monde, et le Royaume-Uni fait aussi avancer l’Europe, à sa manière. Le Royaume-Uni doit pouvoir donner son avis, être le chef de file des pays les moins europhiles, tout comme il doit se plier au vote de la majorité, c’est ça la démocratie. Si l’Europe plus intégrée doit se faire sans le Royaume-Uni, qu’elle se fasse.

Prenons un exemple : dans tout ce qu’il a de mauvais et nauséabond, l’accord entre l’UE et le Royaume-Uni apporte une (seule) évolution : la possibilité pour les parlementaires nationaux de refuser certaines dispositions règlementaires ou directives européennes (il faut que cette disposition enfreigne le principe de subsidiarité, rencontre l'opposition de plus de 55% des parlementaires nationaux et fasse l'objet d'un examen du Conseil de l'Union européenne, qui peut le modifier pour prendre en compte ces oppositions). Qui se plaindrait d’une telle disposition, même pour les fédéralistes, comme moi.

Habitants du Royaume-Uni, ne votez pas leave aujourd’hui. Non pas « parce qu’il ne faut que vous partiez » mais parce qu’il faut que vous restiez. Le Royaume-Uni peut encore apporter sa pierre à l’édifice européen, même s’il n’en est pas une pièce maîtresse. Laissons les pays les plus volontaires développer l’Europe politique. N’abandonnons pas pour autant ceux avec qui on peut construire une coopération, plus aboutie qu’un simple traité de libre-échange.

Enfin, ne nous mentons pas. Un Brexit n’arrangerait que peu l’UE. Qui a vraiment envie de se retrouver à négocier un nouveau traité avec les Britanniques pendant deux ans ? Pendant ce temps, des sujets bien plus importants que le Royaume-Uni doivent être traités. Et qui nierait l’apport économique (et potentiellement militaire) du Royaume-Uni à l’Europe ?

Restez, chers amis britanniques. Vous vous rendrez vite compte que votre départ est plus votre affaire que la nôtre. Votre présence dans l’Europe est souhaitable, voire même indispensable, n’ayez pas non plus l’orgueil de penser que l’Europe n’est rien sans vous. Elle vous est tout autant indispensable. La relation entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne sera toujours compliquée, mais elle le sera toujours moins si le Royaume-Uni reste. Si les britanniques ne veulent plus jouer un rôle actif dans l’Europe, et bien qu’on lui accorde ce rôle. Cela ne changera rien dans la construction politique de l'UE.

Avec deux cercles, l’Union Européenne pourrait développer en amont une Europe très intégrée, c’est-à-dire une fédération d’Etats-nations, et pourrait, en aval, coopérer étroitement avec un cercle moins volontaire, qui ne pourrait s’opposer à l’UE que sur des sujets qui les concernent (sans tout bloquer comme peut le faire le Royaume-Uni) et donc participer à la construction européenne selon leurs volonté, en ayant des droits et des devoirs.

Cartoon : Dr Meddy


presseurop.eu | 23-juin-2016 12:16

Référendum sur le Brexit : Punk spirit
L’Echo, Bruxelles – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-juin-2016 11:04

“Croquer l’UE”…littéralement

Blog

Demain, ce mot, croquer, sera peut être appliqué ad litteram par une poignée d’européens : le 23 juin de l’année 2016, après une campagne entachée du sang d’une députée britannique, le Royaume Uni aura croqué une partie de cette Union européenne déjà passablement fragmentée. Comme tous les sujets européens, sensibles ou pas, compliqués à souhait ou simples et positifs, ce referendum a encore été un sujet maltraité. Mal aimé aussi. Mal senti.

Au moment où nous nous préparons tous, les autres Européens, à vivre une journée fébrile, quel sera donc jeudi soir le verdict des Britanniques ?

Je me souviens que la plus belle manière de parler de ce sujet, je l’ai rencontrée au Mans. Non pas à travers la presse régionale, même pas à travers la presse tout court – qui à mon avis n’est toujours pas capable de parler sérieusement de l’Europe. Mais à travers les dessins réalisés par les étudiants mannois : ceux du lycée Saint-Charles- Sainte-Croix et ceux du lycée Sainte-Catherine. Lors de deux séances, le 28 avril, sur le processus de création d’un dessin de presse sous la direction d’un dessinateur d’un medium européen (Nicolas Vadot), et le 12 mai, sur la lecture iconographique de faits européens en présence de ce dessinateur et de journalistes de VoxEurop (Gian Paolo Accardo et moi même).

Regardez : simples, directes, disant en image tout ce que nous n’osons pas dire tout haut. Pour le Royaume-Uni, du moins pour une grande partie des Britanniques (nous n’aurons les résultats officiels que vendredi matin), ce mariage avec l’UE, tant désirée apparemment et par le passé, n’a représenté rien de plus qu’un boulet duquel on voudrait se débarrasser. Une fois partie, l’UE restera veuve. Veuve d’une de ses étoiles, d’un de ses membres importants, l’UE cherchera à se refaire une santé, digne (espérons), mais aussi occupée à préparer cette sortie qui sera peut être actée le 23 juin, au soir, mais qui ne sera pas effective avant au moins deux ans (comme tout divorce qui se respecte).

Ce fut, au Mans une occasion de comprendre que les sujets européens ne font plus partie des thèmes qui ne concernent que les adultes : l’heure est si grave que désormais le futur de l’UE concerne aussi nos enfants. Les classiques, par temps de crise, reviennent au galop, à leur manière (Albert Camus : “cette histoire nous concerne tous”, dans La Peste). Le projet a été imaginé par le professeur Luc Foucault-Gini (professeur d’histoire, chargé de mission auprès de la Maison de l’Europe/ Europe direct, du Mans), qui a proposé une collaboration entre la Maison de l’Europe du Mans, et VoxEurop.

Le “deal” était lui aussi simple et précis : montrer ou démontrer aux enfants pourquoi parler de l’Europe est plus simple (souvent) au travers des dessins ; inviter un dessinateur de presse (un vrai) qui puisse expliquer aux enfants que parler de l’UE par les dessins est une chose facile. Pari tenu : l’Européen Nicolas Vadot, membre de l’organisation Cartooning for Peace, a joué le jeu et il est venu.

J’avais invité les élèves à essayer de dessiner par eux-mêmes, suite aux conseils et aux recommandations de Nicolas Vadot, quelque chose, n’importe quoi, mais en liaison avec une réalité européenne. Ils ont joué le jeu, pour notre plus grande joie à tous. Nous avons récolté lors de notre dernière rencontre plus d’une trentaine de dessins. Mais la surprise aussi à été présente. L’Europe préoccupe et fait réfléchir. Si nos dirigeants ne semblent pas être trop attentifs aux signaux qui viennent des limites de l’UE (comme jadis les barbares) le seront-ils un jour, bientôt, aux signaux donnés par leurs enfants ?

**PROJET 2016 MAISON DE L’EUROPE/ EUROPE DIRECT DU MANS :

Le système éducatif se conçoit dans un contexte européen et international en mouvement. Ses objectifs sont de former des citoyens, de faciliter la poursuite d'études dans un autre pays et de permettre une recherche d'emploi sur un marché du travail élargi. L'ouverture des esprits à la connaissance et à la compréhension de la diversité des cultures et des sociétés est ainsi une composante des programmes d'enseignement. Décoder et participer permettent de mieux connaitre les média et les moyens de communication utilisés en tant que destinataire, usager ou producteur, de maitriser les représentations et les stéréotypes.

Thématique choisie : la représentation de l’Union européenne par le dessin de presse

Disciplines impliquées : Arts Plastiques, Economie, Histoire-géographie, Lettres.

Cadre pédagogique : Enseignement civique et moral.

Production attendue : Dessin sur une problématique européenne.**

Photo:Nolwen Le Barre, Le Mans.


presseurop.eu | 22-juin-2016 12:16

Le référendum écossais était plus digne

Blog

Un vote moins ouvert qu'en Ecosse

Le référendum sur le Brexit pose question du point de vue démocratique : les habitants britanniques et du Commonwealth peuvent voter, mais pas les Européens du continent. Ce n'était pas le cas en Ecosse où les Européens non Britanniques (vivant sur le continent) pouvaient également s'exprimer. Cette ouverture a été jusqu'à l'abaissement de l'âge légal pour voter à 16 ans. Cela n'a pas empêché les « Ecossais » de décider de rester au sein du Royaume-Uni. Il est donc très paradoxal (ou hypocrite, suivant le point de vue) que les citoyens européens aient pu voter dans un cas, mais pas dans l'autre. D'autant plus que cette fois, l'enjeu est clairement européen.

Deux référendums peu clairs sur l'avenir du pays avec l'UE

C'était une des grosses faiblesses du référendum écossais : on ne savait pas clairement si l'Ecosse et ses citoyens seraient dans l'Union européenne ou pas en cas d'indépendance. Les dirigeants nationaux européens semblaient très frileux sur le sujet. Avec le vote sur le Brexit, c'est un poil plus clair. Là, il s'agit d'un vote sur l'appartenance à l'UE... mais on ne sait pas qu'elle sera son statut futur non plus : à la norvégienne, à la suisse, à l'anglaise... Les négociations sur les deux prochaines années s'annoncent longues et tendues avec les partenaires européens. Ces derniers seront tentés de faire un exemple au cas où certains auraient l'idée de faire la même chose que les Britanniques...

De plus, les électeurs britanniques vont s'exprimer sur leur relation avec un partenaire promis à de gros changements dans les prochains mois avec la fédéralisation de la zone euro et peut-être la mise en place d'une Europe à deux vitesses. Dès lors, peut-être que les Britanniques votant pour le Brexit de cette Europe-là s'arrangeraient d'être dans un second cercle plus tourné vers l'économie que vers l'intégration politique ?

Une campagne où l'hystérie l'a emporté

L'affiche polémique et odieuse de la campagne de Nigel Farage sur les hordes de migrants du continent prêts à envahir le Royaume-Uni résume assez bien le niveau de cette campagne. Dans les deux camps, les arguments les plus gros ont été utilisés: fin du monde en cas de Brexit, fin de la culture (blanche) britannique en cas de Remain.

Pour le référendum en Ecosse aussi, la fin de la campagne a été plus dure dans les dernières semaines. Cependant, le niveau était beaucoup plus élevé, centré sur les arguments raisonnés. Il était frappant de constater qu'il y avait très peu de sentiment anti-Anglais durant la campagne écossaise. On était bien loin de l'animosité portée par des productions cinématographiques du type « Braveheart » ou « Outlander ». On était du reste sur une affirmation de sa différence, pas sur le rejet de l'autre.

La campagne du Brexit a été fortement marquée par le fantasme d'une perte d'identité. La peur n'élève pas le débat et les citoyens.


presseurop.eu | 22-juin-2016 02:59

Référendum au Royaume-Uni : Quelle Europe après le Brexit ?

En juin 1944, Winston Churchill déclarait au Général de Gaulle ‘Sachez-le ! Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large’”, rappelle Christian Chavagneux sur Alteréco Plus. Un choix qui, note-t-il, il n’est absolument pas exclu que les Britanniques fassent le 23 juin. “*Si cela devait s’avérer”, ajoute-t-il, il n’y aura ni le nirvana promis par les partisans du Leave, ni l’Armageddon craint par ceux du Remain.

Ce qui est certain, c’est qu’

un vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ouvrirait immédiatement une période d’incertitude financière, politique et commerciale pour l’économie britannique quant à ses futures relations avec l’Europe.

D’abord, “la livre sterling devrait être chahutée sur les marchés des changes et connaître une dépréciation importante”, face à laquelle “la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne ont déjà annoncé qu’elles donneront aux banques britanniques tout l’argent dont elles ont besoin, le temps que la tempête se calme”, pour pouvoir fonctionner.

Du point de vue politique, nous serions face à un “imbroglio dont il est impossible de prédire l’issue”, car il n’est pas certain que le Premier ministre David Cameron, soit encore à son poste pour faire jouer l’article 50 du traité sur l’Union européenne “qui engage le retrait d’un pays”, tandis que les tenants du Brexit

ont déclaré vouloir passer immédiatement des lois réfrénant la libre circulation des personnes et le pouvoir de la Cour de justice européenne, tout en engageant des négociations sur l’avenir des relations de commerce et d’investissement avec l’Union avant d’entamer la procédure de retrait, ce que refusent les autres pays européens.

Et même si ces aspects sont réglés, “plusieurs possibilités s’ouvrent pour les futures relations avec l’Europe : Le Royaume-Uni pourrait intégrer l’Espace économique européen”, ce qui ne provoquerait pas de grands changements :

il y aurait alors libre circulation des biens, des services et des capitaux et les institutions financières installées à Londres pourraient continuer à bénéficier du ‘passeport européen’, c’est-à-dire de la possibilité de commercialiser leurs produits financiers dans l’ensemble de la zone, avec des coûts douaniers un peu plus élevés.

Si le Royaume-Uni voulait continuer à participer à des programmes européens comme Erasmus (échanges d’étudiants), Galileo (GPS européen) ou autres, “il devrait y contribuer budgétairement”, comme le fait la Norvège, note Chavagneux, ce qui limiterait fortement la baisse de sa participation au budget européen. D’autres formules sont possibles, d’un ensemble d’accord bilatéraux (comme avec la Suisse), à un’ union douanière (comme avec la Turquie), d’un accord de libre-échange (comme avec le Canada) à l’application des règles générales de l’OMC. Dans ce dernier cas, "le business avec l’Europe serait beaucoup moins facile, ce qui se traduirait par des fuites d’entreprises et de moindres investissements." La seule à tirer son épingle du jeu serait la City, car elle dispose d’

un système juridique favorable aux créanciers, de la langue anglaise, d’un environnement réglementaire accommodant, d’une expertise forte, des infrastructures de marché capables de traiter d’importants volumes financiers et un réseau de paradis fiscaux.

Au niveau politique encore, “le Brexit mettrait en position de pouvoir la partie la plus extrême et la plus raciste de la classe politique. Nul doute que les autres partis européens du même genre en sortiraient plus forts à court terme”, met en garde Chavagneux. De plus, “si un référendum était tenu dans d’autres pays, le résultat pourrait être négatif.” En effet, estime Chavagneux,

l’Europe d’aujourd’hui, c’est une zone qui prône l’austérité permanente, qui obéit aux ordres des lobbys du privé, un désert numérique, une zone qui n’engage pas franchement sa transition écologique, qui accepte des paradis fiscaux en son sein, un nain politique, technocratique, une zone qui transforme la Méditerranée en fosse commune.

Enfin, note-t-il, “un Brexit serait le sale révélateur d’une Europe en train de mourir par la faute de ses dirigeants.” Ceux-ci,

n’ont plus rien à nous proposer pour que l’Europe attire, séduise et mobilise les énergies. Ils s’étonnent ensuite de se trouver confrontés à une montée des populismes et des nationalismes. Ils en sont responsables et même un Brexit ne semble pas devoir se traduire par un sursaut. Si cela se produisait, la France et l’Allemagne annonceraient une plus grande proximité en matière de défense et de sécurité, dit-on. Cela ne suffirait pourtant pas à définir un projet. Nous sommes la génération européenne perdue.


presseurop.eu | 22-juin-2016 02:34

On mérite mieux que ça

Éditorial

Le 23 juin, les Britanniques vont faire un des choix les plus importants de leur histoire récente. Appelés à voter pour ou contre le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, ils vont déterminer l’avenir de leur pays – et de l’UE – pendant au moins une génération.

C’est pour cela qu’ils étaient en droit de s’attendre à une campagne électorale à la hauteur de l’enjeu, avec un effort de pédagogie de la part des partisans du “Remain” – le maintien dans l’UE – comme de ceux du Brexit . Chacune de ces positions est légitime et les arguments en faveur de l’une ou l’autre ne manquent pas.

Pour notre part, nous préfèrerions que le “Remain” l’emporte, et avec une marge importante, à la fois pour des raisons symboliques (un Brexit serait un rude coup pour une construction européenne déjà passablement mise à mal et un terrible signal politique à l’extérieur) et parce que le Brexit entraînerait une série de conséquences négatives tant du point de vue économique que des libertés pour les Britanniques et les Européens.

Loin d’assister à un débat digne de ce nom, nous avons assisté à un déchaînement de passions qui a frôlé l’irrationnel, notamment dans le camp du “Leave”, dominé par la figure et l’ambition politique de l’ancien maire de Londres Boris Johnson. Les “Brexiters” n’ont pas hésité à utiliser des arguments fallacieux ou mensongers – comme la contribution du Royaume-Uni au budget de l’UE ou l’immigration intra-communautaire ou encore la promesse d’une indépendance et d’une grandeur retrouvées – pour faire prise sur une opinion publique et une presse globalement peu ou mal informées.

Face à cela, le camp du “Remain”, qui voyait le Premier ministre David Cameron – jadis grand pourfendeur de Bruxelles – et le chef de l’opposition Jeremy Corbyn réunis (un argument de plus pour ceux qui accusent l’UE d’être “au service des élites”), n’a pas été capable de dicter l’agenda de la campagne, d’insuffler un élan qui aille au-delà du pur pragmatisme, de défendre la vocation européenne du Royaume-Uni et le destin commun qui le lie à l’Europe. De là à affirmer que c’est justement la preuve du peu d’attachement des Britanniques, toutes couleurs politiques confondues, il n’y a qu’un pas.

Ce climat délétère a culminé dans l’assassinat, le 16 juin, de la députée travailliste Jo Cox, 41 ans, devant sa permanence de Birstall, dans le Yorkshire. Elle avait fait campagne activement pour le maintien de son pays dans l’Union. Son meurtrier présumé, un militant d’extrême droite, a revendiqué le caractère politique de son geste.

Après le meurtre de Jo Cox, les deux camps ont suspendu leur campagne pendant trois jours et ont semblé se ressaisir. On peut espérer qu’ils vont mettre à profit les quelques jours qui restent pour être à la hauteur de l’enjeu et des attentes. Les Britanniques et les Européens méritent en effet mieux que le spectacle indigne auquel nous avons assisté jusqu’à présent. Comme l’ont souligné certains twittos britanniques, “Come on, Britain. We’re better than that.

Dessin de Mohr (Süddeutsche Zeitung, Munich).


presseurop.eu | 21-juin-2016 09:30

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