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Actualité

Daniel Röder sur Pulse of Europe : “Il n’existe aucune alternative à une alliance européenne”
, – Le fondateur de Pulse of Europe, le mouvement citoyen qui réunit chaque dimanche dans un nombre croissant de villes européennes des citoyens venus montrer leur attachement à l’Europe et leur refus des populismes, explique l'origine de Pulse of Europe et son but dans cette interview exclusive. Voir en entier .
presseurop.eu | 25-mars-2017 17:27

Le film : L’Europe, c’est maintenant !

Soixante ans après le Traité de Rome, signé le 25 mars 1957, l'Union européenne "est la plus incroyable invention politique de l'histoire moderne". Mais elle incomplète, menacée par ses démons intérieurs et ses adversaires extérieurs. L'Europe, c'est une histoire de sang et de réconciliation, de prospérité et de rêves inachevés.

L'Europe porte en elle le souvenir tragique des dictatures et des divisions mais aussi un imaginaire commun et une culture en partage. Le cinéma et les images d'archives sont là pour nous le rappeler. L'identité européenne existe. Son incarnation aussi, portée aujourd'hui par la génération Erasmus et le peuple de citoyens européens.

Aujourd'hui, les dysfonctionnements de l'Union et les pressions souverainistes représentent un péril mais aussi une opportunité historique pour un sursaut et revendiquer plus d'Europe, maintenant !


presseurop.eu | 24-mars-2017 08:35

60e anniversaire du traité de Rome : Le rateau
Cartoon movement, Amsterdam – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-mars-2017 09:10

L'Europe, la dernière utopie pacifique

Dans le cadre du soixantième anniversaire du traité de Rome, ARTE m’a interviewé dans le cadre magnifique de la villa Médicis.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 22-mars-2017 12:09

«Les salauds de l'Europe»

Mon nouveau livre sort cette semaine, pour le soixantième anniversaire du traité de Rome. Disponible dans toutes les bonnes librairies, y compris en format électronique. 310 pages qui dépotent. J’espère que vous aimerez.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 22-mars-2017 11:56

Indépendantistes en Europe : La carte des séparatismes

Ce ne sont pas les mouvements séparatistes ou nationalistes qui manquent en Europe, mais, ces dernières années ils semblent avoir acquis une vigueur particulière, surtout dans certains pays. Ces derniers jours, la Premier ministre de écossaise Nicola Sturgeon a annoncé qu'elle veut organiser un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. Récemment, l'ex président de la Catalogne Artur Mas a été condamné pour avoir organisé une consultation populaire sur l'indépendance de sa région en 2014, contre l'avis du gouvernement espagnol.

Il y a quelques temps, le cabinet de design et d'architecture austro-néerlandais TD a imaginé pour Mark Magazine l'aspect qu'aurait l'Europe si chaque mouvement séparatiste devait avoir gain de cause. Dans ce scénario, les Etats qui ne subiraient aucun changement se comptent sur les doigts de la main, alors que tous les autres seraient divisés en deux ou plusieurs parties, dans la plupart des cas, selon des lignes de frontière linguistiques ou régionales.

Les auteurs de la carte, Theo Deutinger, Filip Cieloch et Lucia de Usera, ne détaillent pas quelles sources ils ont utilisées pour établir les possibles lignes de fracture entre les Etats existants : certaines revendications séparatistes sont bien connues (comme dans le cas de la Catalogne, de l'Ecosse ou des Flandres), d'autres sont moins visibles ou carrément absentes. Parmi tous les cas illustrés par la carte, rares sont en fait les mouvements indépendantistes qui ont de réelles possibilité de succès. Nombre d'entre eux sont très minoritaires, désorganisés ou intéressés davantage dans la revendication d'une spécificité culturelle qu'à une véritable sécession. La carte de TD est en somme un exercice stimulant, tout en ne prétendant pas donner une indication réaliste sur les futures frontières en Europe.


presseurop.eu | 21-mars-2017 21:43

Mobilisation pour l’UE : “Faisons de l’Europe une puissance politique, démocratique, économique et sociale”
Civico Europa, – Un collectif de personnalités du monde politique et culturel européen appelle, dans cette tribune diffusée dans plusieurs médias, l’Union à une relance et les Européens à une grande marche civique, à Rome, le 25 mars, 60ème anniversaire de la signature du Traité de Rome. Voir en entier .
presseurop.eu | 20-mars-2017 08:02

Elections aux Pays-Bas : Le “Nexit” n’aura pas lieu, mais le pays est plus divisé que jamais
, – Le barrage contre Geert Wilders a tenu, mais les idées du leader populiste et xénophobe peroxydé se retrouvent dans les discours des vainqueurs, à commencer par les libéraux du Premier ministre sortant Mark Rutte. Ce dernier risque d’avoir des difficultés à monter une coalition de gouvernement. Voir en entier .
presseurop.eu | 17-mars-2017 07:41

Législatives aux Pays-Bas : “Le printemps patriotique annoncé par Geert Wilders est un mirage”

Alors que les résultats sont quasiment définitifs, les principaux journaux néerlandais accueillent avec soulagement un “retour à la normale” et à la “modération” qui caractérise les Pays-Bas.

Les Néerlandais se sont réveillés dans un pays normal. Il n’y a pas eu de révolte populiste ou d’incroyables surprises électorales. Et, heureusement, la participation a été élevée.” Une tendance émerge du vote, note NRC Handelsblad :

le centre politique a remporté les élections. Les extrémistes populistes qui devaient triompher n’ont pas pris racine dans le pays. Le printemps patriotique annoncé par le chef du PVV Geert Wilders est un mirage. Les Pays-bas restent ce qu’ils sont de manière stable depuis des décennies : un pays varié et modéré. […] Un autre résultat du vote, c’est que gouverner ne paie pas. Les Pays-Bas sont un des pays qui s’en sortent le mieux au sein de l’UE. Pourtant, les électeurs ont sévèrement puni la coalition.

Pour le Premier ministre Mark Rutte, les élections du 15 mars étaient “les quarts de finale du match contre les démagogues. La demi-finale se joue en France et la finale à Berlin”, écrit Bart Wagendorp. Selon l’éditorialiste de De Volkskrant,

après le Brexit et la victoire de Trump, les Pays-Bas devaient être le troisième domino à tomber. Ça ne s’est pas passé comme ça, notamment parce que le VVD de Rutte et le CDA [chrétiens-démocrates] se sont en partie appropriés les idées de Geert Wilders. L’influence de l’oracle de Venlo est plus importante que ce que sa déception laissait entendre hier soir. Au-delà de la défaite du populisme, nous avons assisté à celle de la social-démocratie. Pour la première fois les travaillistes sont descendus sous la barre des dix sièges.

La première conclusion que l’on doit tirer du vote, c’est que gouverner ne paie pas. Pour le Premier ministre Mark Rutte, le fait que son parti reste largement le premier du pays au sein d’un paysage bouleversé n’est qu’une maigre consolation”, récite l’éditorial de Trouw, qui ajoute que

la deuxième conclusion, c’est que les Pays-Bas confirment qu’ils sont un pays où les modérés sont la majorité et ils tiennent bon. Notre société n’aime pas les extrêmes. Le PVV hostile au système progresse un peu, mais nettement moins par rapport à ce que laissaient présager les sondages.

Ces dernières années, on a beaucoup parlé de la fracture croissante entre les citoyens et les politiques, et la colère des gens vis-à-vis des intrigues politiques au sein du Binnenhof”, le siège du gouvernement néerlandais. Pourtant, écrit le Telegraaf,

l’importante participation d’hier a démontré que les citoyens hollandais sont encore très impliqués dans la vie publique. Les citoyens ne se contentent pas facilement, mais ils ne renoncent pas en masse non plus. Il n’y a pas eu d’indifférence croissante comme aux Etats-Unis, où Donald Trump a été élu avec moins de voix que le candidat battu à la présidentielle précédente. L’enthousiasme pour les élections est encore élevé dans notre pays. […] Les citoyens ont fait preuve de confiance. Il est essentiel que les politiques ne la trahissent pas.

Lorsque les premiers sondages sortie des urnes sont tombés, j’ai éprouvé un sentiment d’orgueil et de soulagement”, écrit Özcan Akyol dans Algemeen Dagblad :

le monde entier nous regardait ; tout le monde voulait savoir si les populistes allaient prendre le pouvoir, avec toutes les conséquences que cela aurait comporté. […] Les Pays-Bas sont moins hystériques que ce que nous pensions. Dans les faits, notre pays tend vers le centre. Il s’agit de toute manière d’un signal : même si les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont alimenté nos craintes, aux Pays-Bas vivent des gens plutôt civilisés, qui ne se laissent pas séduire par la rhétorique creuse des populistes. Cela me soulage et me rend fier. La conclusion devrait être que les gens normaux veulent le meilleurs pour ce pays, et cela ne passe pas par les cris – et cela, nous l’avons trop longtemps ignoré.


presseurop.eu | 16-mars-2017 11:06

Turquie: l'Europe, combien de divisions?

REUTERS/Dylan Martinez

D’un côté, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas (ainsi que la Suisse) s’opposent à la venue, parfois manu militari dans le cas d’Amsterdam, de ministres turcs voulant faire campagne auprès de leur communauté émigrée pour le « oui » au référendum constitutionnel d’avril prochain. De l’autre, la France et la Belgique n’y voient aucun problème. La tentation est donc forte de constater que l’Europe est une nouvelle fois divisée. Mais, en l’occurrence, elle n’est absolument pas compétente en la matière : « les décisions relatives à la tenue de réunions et de rassemblements relèvent de l’État membre concerné conformément aux dispositions applicables du droit international et du droit national », ont ainsi rappelé hier, dans un communiqué, Federica Mogherini, la ministre des Affaires étrangères de l’Union, et Johannes Hahn, le commissaire européen chargé de la politique de voisinage.

Surtout, ce n’est pas la première fois que des ministres turcs parcourent l’Union afin d’essayer de gagner les voix de leur diaspora fortes de 5 millions d’âmes, celle-ci disposant du droit de vote. Mais cette fois, le contexte est particulièrement tendu entre le président Recep Tayip Erdogan, qui veut transformer son pays en « démocrature » islamique, et l’Union, inquiète de cette dérive autoritaire. Pour ne rien arranger, plusieurs de ses États membres affrontent des élections difficiles sur fond de crise des réfugiés et de montée de la xénophobie. « Même s’il n’existe aucune compétence européenne dans ce domaine, on aurait peut-être pu attendre une réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères ou en discuter de façon informelle pour adopter une attitude commune », reconnaît un diplomate européen : « mais tout s’est précipité ce week-end avec la décision des autorités néerlandaises de ne pas autoriser l’atterrissage de l’avion du ministre turc des Affaires étrangères, Malvut Cavusoglu, et de refouler la ministre de la Famille, Fatma Betül Sayan Kaya, qui a essayé de forcer le passage par la route ». De fait, normalement, ce genre de visite se négocie à l’avance et s’accompagne généralement de rencontres avec le gouvernement local. Mais les Pays-Bas avaient fait savoir qu’ils ne voulaient pas accueillir de membres du gouvernement turc la veille de leurs élections, ce dont Ankara n’a pas tenu compte. De là à accuser Ankara d’avoir organisé cette crise diplomatique, il n’y a qu’un pas.

L’accueil du ministre des Affaires étrangères turc en France n’a pas posé le même problème, le principe du meeting à Metz ayant été accepté en amont par le gouvernement Cazeneuve. « En l’absence de menace avérée à l’ordre public, il n’y avait pas de raison d’interdire cette réunion qui, au demeurant, ne présentait aucune possibilité d’ingérence dans la vie politique française », s’est justifié Jean-Marc Ayrault, le chef de la diplomatie hexagonale. « On a adopté une approche juridique en dépit du contexte électoral, et non politique », décrypte un diplomate français : « sans les élections néerlandaises et allemandes, il n’y aurait eu aucun problème dans ces pays ». Et de rappeler « qu’il n’y a rien de choquant à ce qu’un gouvernement fasse campagne auprès de ses ressortissants à l’étranger : les Français le font bien, y compris Marine Le Pen » !

La virulence de la réaction d’Erdogan, taxant l’Allemagne (en réalité, ce sont quelques communes qui se sont opposées à des meetings turcs) et les Pays-Bas de « nazisme » et de « fascisme » et les menaçant de leur en faire « payer le prix », va permettre aux États de l’Union de refaire leur unité à bon compte : Federica Mogherini et Johannes Hahn on ainsi appelé Ankara « à s’abstenir de toute déclaration excessive et d’actions qui risqueraient d’exacerber encore la situation ». En écho, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a demandé à « tous les alliés de faire preuve de respect mutuel, à être calmes et à avoir une approche mesurée pour contribuer à une désescalade des tensions ».

N.B.: version longue de l’article paru dans Libération du 14 mars.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 15-mars-2017 17:50

Benoit Hamon (PS) propose de fédéraliser la zone euro

REUTERS/Christian Hartmann

Benoit Hamon, le candidat socialiste à l’élection présidentiel, a publié un projet de traité de la zone euro, le projet le plus abouti et le plus précis de l’ensemble des candidats non europhobes qui mérite donc une analyse en soi. La voici.

· Fédéraliser la zone euro

En proposant de fédéraliser la zone euro, Benoit Hamon conteste le monopole d’Emmanuel Macron sur l’engagement européen, le seul qui jusqu’à présent a réussi l’exploit de faire applaudir avec enthousiasme la construction communautaire dans ses meetings. Désormais, l’échiquier européen hexagonal se clarifie : les europhiles (Hamon et Macron), l’euro(très)tiède (François Fillon), les europhobes (Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon).

Benoit Hamon a conscience qu’une modification des traités européens pour permettre à la zone euro d’accentuer son intégration a peu de chance d’aboutir, puisqu’il faut que les Vingt-sept (on ne compte déjà plus la Grande-Bretagne) donnent leur approbation unanime. Autrement dit, les dix-neuf pays de la monnaie unique pourraient être bloqués par leurs huit partenaires qui n’ont pas adopté l’euro. Une hypothèse plus que probable, ceux-ci redoutant d’être laissés dans une Union réduite aux acquêts. Hamon propose donc d’en passer par un traité ad hoc conclu (là aussi à l’unanimité) entre les seuls membres de la zone euro.

Ce traité bouleverserait le fonctionnement actuel de la zone euro : une assemblée parlementaire composée de représentants des parlements nationaux (une idée de l’écologiste allemand Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères) aurait les pleins pouvoirs au détriment de l’Eurogroupe (l’enceinte où siègent les ministres des Finances) et de la Commission. En effet, cette Assemblée élue au second degré aurait non seulement le dernier mot en matière budgétaire et législative, mais serait dotée de pouvoirs relevant normalement de l’exécutif (par exemple la fixation des ordres du jour des sommets des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro et des Eurogroupes). De même, elle approuverait la nomination des membres du directoire de la Banque centrale européenne ou du président de l’Eurogroupe et déciderait en lieu et place de chaque parlement national l’activation du Mécanisme européen de stabilité (MES) chargé d’aider un pays attaqué par les marchés et approuverait les conditions (réformes structurelles, coupes budgétaires) mises à cette aide. Autre innovation : un budget de la zone euro serait mis en place. Il serait financé par un impôt sur les sociétés dont l’assiette et le taux minimal seraient fixés par l’Assemblée, étant entendu que chaque pays resterait libre de taxer davantage. Mais le traité ne dit rien de son niveau : 1% du PIB de la zone euro, 2 %, plus ? Pas un mot non plus sur les politiques qu’il financerait.

Si l’idée de passer par un traité propre à la zone euro paraît bonne, son articulation avec l’Union actuelle est pour le moins problématique, puisqu’une bonne partie de ses compétences impacte directement la zone euro et inversement. Il en est ainsi de l’Union bancaire qui a dû être décidée à Vingt-huit, puisque la zone euro n’a aucune compétence propre en la matière et qu’elle a un effet direct sur le marché unique : d’ailleurs, les pays non membres de la monnaie unique peuvent y participer. C’est d’ailleurs sans doute pourquoi me projet d’Hamon se garde bien d’énumérer les compétences propres de la zone euro : harmonisation des salaires, de la protection sociale, de l’indemnisation du chômage ? L’harmonisation fiscale, par exemple, est une compétence de l’Union, même si elle s’exerce à l’unanimité : dès lors, comment fixer à dix-neuf une assiette et d’un taux commun sans que cela heurte les compétences de l’Union ? Au fond, on a l’impression que Benoit Hamon n’a pas osé aller jusqu’au bout de son idée : faire de la zone euro un vrai noyau dur et renvoyer les non membres de la zone euro au seul marché unique, ce qui implique la formalisation institutionnelle de deux Europe, l’une puissance, l’autre espace.

C’est sans doute pourquoi l’architecture institutionnelle est problématique : la Commission ne joue aucun rôle dans ce nouveau traité, ce qui implique de faire jouer le rôle de l’exécutif par l’Eurogroupe et surtout l’Assemblée parlementaire. Est-il imaginable que les ministres des Finances acceptent d’être ainsi placés sous la coupe d’un parlement élu au second degré ? Un tel attelage, qui n’existe dans aucune démocratie, a-t-il une chance de fonctionner ? Quel rôle resterait-il aux parlements nationaux ? Un tel schéma est-il acceptable par les partenaires de la France ? Si l’Allemagne souhaite depuis longtemps une démocratisation de la zone euro, il n’est pas sûr qu’elle soit prête à entrer dans un tel mécano institutionnel. De même, qui sera prêt à aller à l’affrontement direct avec les États de l’Union non membre de l’euro, la Pologne au premier chef ? Un dernier point amusant : si Hamon explique dans ses entretiens que les députés européens auront une place au sein de l’Assemblée qu’il imagine, cela ne figure pas dans son projet de traité, ce qui a fait hurler la délégation socialiste française de l’europarlement.

· Mettre en commun une partie de la dette publique

Benoit Hamon abandonne son idée d’une restructuration commune des dettes publiques héritées de la crise financière et économique de 2007-2008, une idée pourtant défendue en son temps par Jean Pisani-Ferry, l’économiste qui conseille aujourd’hui Emmanuel Macron. Il propose désormais de mettre en commun les dettes publiques des États de la zone euro qui dépassent les 60 % du PIB, un clin d’œil au groupe d’économistes chargés de conseiller le gouvernement allemand qui avaient mis cette proposition sur la table au plus fort de la crise de la zone euro.

Cette « mauvaise » dette, supérieure au plafond prévu par le Pacte de stabilité budgétaire, serait rachetée par un fonds européen qui jouerait le rôle d’un organisme de défaisance, exactement comme on le fait lors d’une crise bancaire. Cela permettrait de protéger les États les plus endettés et les obligerait à purger leur économie. Cette mutualisation des dettes nationales n’est pas la seule possible : en France, l’économiste Jacques Delpla a proposé de mutualiser la « bonne » dette, celle inférieure à 60 %, et de laisser les États se débrouiller avec le reste. On peut aussi imaginer de créer un trésor européen qui émettrait des emprunts européens destinés à financer, par exemple, des grands travaux transeuropéens. Toutes ces idées sont, pour l’instant, rejetées par l’Allemagne d’Angela Merkel, celle-ci n’imaginant qu’une restructuration des dettes des États en faillite qui serait imposée aux créanciers privés par l’équivalent d’un Fonds monétaire européen. Hamon semble, en tous les cas, déterminé à relancer ce débat, ce que François Hollande a renoncé à faire dès le lendemain de son élection, même s’il est moins d’actualité depuis que la Banque centrale européenne rachète à tour de bras la dette des États dans le cadre de son « quantitative easing ».

N.B.: version longue de mon article paru le 9 mars


bruxelles.blogs.liberation.fr | 13-mars-2017 18:15

Conseil européen : UE à plusieurs vitesses
Diena, Riga – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 12-mars-2017 23:40

Un fauteuil pour deux et une Europe à plusieurs vitesses

REUTERS/Thomas Peter

J’ai consacré deux articles au Conseil européen qui s’ouvre aujourd’hui :l’un, paru dans Libération de mercredi, raconte la bataille solitaire de Varsovie contre la reconduction de Donald Tusk, ancien premier ministre polonais, à la tête du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement;l’autre analyse ce qu’il faut attendre de la déclaration de Rome dont les 27 discuteront demain. Bonne lecture.

N.B.: comme prévu, Donald Tusk a été réélu ce jeudi président du Conseil européen pour un second et dernier mandat de deux ans et demi. Seule la Pologne a voté contre et menace désormais de bloquer demain l’adoption des conclusions du sommet. Après le président de la Commission européenne (élu en dépit de l’opposition de la Grande-Bretagne et de la Hongrie), c’est donc la seconde fois qu’un dirigeant européen est élu à la majorité qualifiée.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 09-mars-2017 19:32

Europe et austérité : Donald Trump bouscule la rigueur allemande
Alternatives économiques, Paris – En s’en prenant à l’attachement des dirigeants de la zone euro – à Commencer par Angela Merkel – à la rigueur budgétaire, le président américain dénonce à juste titre une attitude qui pénalise les Européens et l’économie mondiale, estime le directeur d’Alternatives économiques. Voir en entier .
presseurop.eu | 09-mars-2017 07:56

Egalité homme-femme : La carte de la parité face au pouvoir en Europe

Cette carte et ce tableau, basés sur le Gender Equality Index 2012, montrent la représentativité des femmes et des hommes dans les positions de décision dans les pays de l'UE.

Selon les auteurs de l'Index,

Une représentativité équilibrée selon le genre dans les positions de pouvoir est fondamentale du point de vue de l'égalité homme-femme : d'abord, d'un point de vue de la justice sociale pour ce qui est de l'égalité des chances ; ensuite, d'un point de vue démocratique, afin que la société dans son ensemble soit représentée de manière équilibrée. Il est également nécessaire de prendre en considération l'effet qu'une représentativité plus importante des femmes a sur le changement du fonctionnement des institutions, lorsqu'elles accèdent à des domaines dominés auparavant par des hommes, ce qui engendre par ricochet des effets positifs sur la société dans son ensemble.

Le pouvoir politique se mesure sur la base de la présence des femmes au sein des ministères, des Parlements et des assemblées locales. Le pouvoir économique se calcule par rapport à la présence des femmes dans les conseils d'administration des principales sociétés cotées en Bourse et de la proportion de femmes et d'hommes dans les instances dirigeantes des banques centrales des pays membres.

"Par rapport aux hommes, les femmes sont largement sous-représentées dans plusieurs secteurs du pouvoir", écrivent les auteurs, qui notent toutefois que

alors qu'une légère augmentation de la représentativité des femmes a été observée entre 2005 et 2012, les hommes sont sur-représentés dans les ministères, les Parlements et les assemblées régionales. […] Le phénomène est encore plus marqué dans la sphère économique. Les hommes sont largement sur-représentés dans les conseils d'administration dans la plupart des pays membres, et les femmes arrivent à peine au cinquième des membres dans une poignée de pays. Ce phénomène est encore plus accentué au sein des banques centrales, où les femmes sont totalement absentes des instances dirigeantes dans près d'un tiers d'entre elles.

C'est pour cela, concluent les auteurs, qu'

il est crucial d'affronter ces disparités démocratiques et économiques afin d'assurer qu'une promotion effective de l'égalité des genres soit mise en place à travers des politiques des Etats membres et que les femmes et les hommes soient impliqués dans la reprise économique.


presseurop.eu | 08-mars-2017 07:00

Pas de roses ni de rouge à lèvres, mais des droits !

Blog

En lui donnant un salaire moins important, en ne lui laissant pas de place dans une profession, en faisant une blague de gros lourd dans un cabinet médical ( du légendaire humour de médecine nommé « tradition carabine »), en la touchant un peu dans le métro l’air de rien, en la sifflant gentiment (pour la quinzième fois de la journée!!!) dans la rue, en l'insultant quand elle dit non -ou pire en la contraignant, en l’utilisant dans la Pub pour vendre des yaourts, des vêtements, une voiture, un bidet, un mauvais canapé…, en lui indiquant comment s’habiller/ se déshabiller été comme hiver, et surtout quel poids elle doit faire ( selon les magazines une femme ne doit jamais dépasser la taille d une fille de 14 ans, merci la mode mais les hommes et les femmes semblent aussi aimer les formes), en ignorant ses émotions, en la blessant moralement ou même, physiquement...

Et puis en lui demandant parfois pardon pour mieux recommencer. En refusant son consentement. En la pliant à ses désirs, égoïstement. En lui indiquant quand elle doit avoir un enfant, quand et comment elle doit le faire ou ne pas le faire et en jugeant ses choix, quels qu’ils soient. À part cela la femme est libre ! Alors de quoi se plaint elle ? Et toutes ces « connasses » de féministes castratrices que veulent elles de plus ? Elles ont voulu l’égalité elles l’ont mais elles en veulent toujours plus. Bref. En France, pays civilisé s’il en est, une femme meurt encore sous les coups de son conjoint tous les trois jours. Sans compter toutes les autres femmes blessées : celles que l’on maltraite au travail par exemple. De toute façon il lui faudra dix ans pour s’en remettre et il y aura prescription bien avant qu’une femme puisse s'en relever. N'est-ce pas les Baupin, les DSK, les patrons de presse désinhibés ?

Denis Baupin vient justement de déposer une poursuite judiciaire à l’encontre des femmes qui avaient porté plainte pour harcèlement sexuel, elles qui ont été déboutées pour prescription.

Alors de grâce, Messieurs, n'offrez pas de roses et ne mettez pas de rouge à lèvres mais élevez votre voix pour défendre nos droits. La journée de la femme est une ineptie, mais une ineptie nécessaire, et ce, tant que la volonté d’une femme sera ignorée ou jugée secondaire par rapport à celle d’un homme, ou d’une société patriarcale. LA FEMME EST UN HOMME COMME LES AUTRES. Alors traitez-nous comme vos égales, en droits. Si, comme moi, vous en avez assez du 8 mars, œuvrez à changer les choses, à bouger les lignes, à faire en sorte que tous les êtres humains aient le même respect de leur dignité.

Et vous n'entendrez plus de voix s'élever le 8 mars.

À la veille de la présidentielle, pourquoi ne pas demander des lois renforçant les droits des femmes ?

  • le retrait de la prescription pour toute affaire relative aux violences sexistes/sexuelles

  • l’égalité des salaires

  • la PMA pour toutes les femmes sans conditions discriminatoires

  • la même chance professionnelle dans tous les domaines et peu importe la hiérarchie quitte à favoriser l’embauche positive (discrimination positive)

  • des sanctions strictes appliquées à l'encontre d'auteurs de violences sexistes ainsi qu’un travail d’intérêt général à la faveur de l’égalité homme-femme

  • une retraite pour les prostituées (qui paient un impôt sur le travail !)

  • proscrire les expressions sexistes pugnitives : « pute » «poufiasse » (on ne dit pas « espèce de pouffion » ni « sale puton » à un homme)

  • une formation sur l'égalité des sexes à l'école intégrée au parcours scolaire afin d'éduquer les futures générations

D'autres idées ? Profitez du 8 mars pour les lister, ce sera plus utile qu'un bouquet de fleurs ;)


presseurop.eu | 07-mars-2017 22:25

UE et visas humanitaires : Un arrêt décisif sur le droit d’asile
Internazionale, Rome – Paolo Mengozzi, Avocat général de la Cour de justice de l’UE, a démontré que les gouvernements européens ont l’obligation d’offrir aux réfugiés syriens l’accès au territoire de l’Union. Dans un arrêt attendu pour le 7 mars, la Cour doit décider si elle suit ses recommandations ou si elle donne le coup de grâce aux espoirs de nombreux Syriens qui fuient la guerre. Voir en entier .
presseurop.eu | 06-mars-2017 15:43

Livre blanc de Jean-Claude Juncker : Renaissance ?
Jyllands-Posten, Aarhus – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 06-mars-2017 13:54

La "comitologie", là où est le vrai pouvoir européen

REUTERS/Yves Herman

La « comitologie » fait partie des charmes discrets de l’Union, celui des expressions mystérieuses qui n’ont de sens que pour quelques initiés appartenant à la bulle européenne. Pourtant, c’est dans ces « comités » qui décident selon des procédures complexes, dans un entre soi opaque, que s’exerce une bonne partie du pouvoir à Bruxelles. Ainsi, alors que la plupart des médias passent leur temps à affirmer que la Commission va décider de la définition des perturbateurs endocriniens, en application d’une législation européenne déjà adoptée, c’est en réalité les États qui sont à la manœuvre. Visite guidée.

· La Comitologie, c’est quoi ?

Dans tous les Etats démocratiques, la séparation est claire entre, d’un côté, le pouvoir législatif exercé par le Parlement, et, de l’autre, le pouvoir réglementaire relevant de l’exécutif. Ainsi, en France, on distingue la loi des décrets et arrêtés, ces derniers étant adoptés par le gouvernement sans aucun contrôle parlementaire. Dans l’Union, c’est, a priori, la même chose : la Commission propose des directives et des règlements qui sont ensuite adoptés par le Conseil des ministres (où siègent les États) et le Parlement européen. Mais, pour mettre en œuvre cette législation, il faut en général adopter soit des mesures précisant (et non modifiant) tel ou tel aspect de la loi européenne (actes délégués contrôlés par le Parlement européen), soit des actes d’exécution purs, comme l’autorisation ou non d’un OGM, d’un médicament, d’un produit chimique comme le glyphosate, de vins rosés fabriqués en mélangeant du vin blanc à du vin rouge, etc.

Pour ce faire, la Commission n’est pas libre de faire ce qu’elle veut, sauf dans les domaines de sa compétence exclusive (il y en a quatre, dont la politique de concurrence) : elle doit proposer à un « Comité » composé d’un représentant par État membre (généralement un expert dans le domaine en question) la décision qu’elle souhaite prendre. Si une majorité qualifiée (55 % des États représentant 65 % de la population européenne) l’adopte, pas de problème. Même chose si une majorité qualifiée la rejette. En revanche, s’il n’y a aucune majorité dans un sens ou dans l’autre, la Commission décide seule. Dans quelques domaines (fiscalité, services financiers, santé, sécurité des personnes, des animaux ou des plantes) ou si une majorité simple d’États s’opposent à l’acte, un « comité d’appel », lui aussi composé des représentants des États, est saisi et les mêmes règles de majorité s’appliquent.

Il existe des centaines de ces comités (un par domaine) qui ont été créés ex nihilo en 1962 pour mettre en œuvre la Politique agricole commune (les fameux « comités de gestion »). Ce n’est qu’avec l’Acte unique de 1987 qu’ils ont acquis une existence légale. Depuis, leur mode de fonctionnement a été modifié à plusieurs reprises, la dernière fois par le traité de Lisbonne entrée en vigueur en 2009 (mis en œuvre par un règlement de 2011). Ce sont dans ces comités, qui siègent loin des regards, que sont produits l’essentiel des normes: en 2016, s’il y a eu 65 directives et règlements adoptés par le Parlement et le Conseil, les Comités, eux, ont pondu 137 actes délégués et 1494 actes d’exécution…

· Pourquoi une telle usine à gaz ?

Pour les Etats, il est hors de question de donner un pouvoir réglementaire autonome à la Commission : ils veulent rester maitres jusqu’au bout du processus législatif (actes délégués), mais aussi pouvoir bloquer une décision de la Commission appliquant la législation européenne (comme les glyphosates). C’est comme si en France, le gouvernement devait soumettre au Parlement tous ses décrets et arrêtés d’application, ce que la Constitution de la Ve République exclut. Certes, dans d’autres pays, comme en Grande-Bretagne et en Allemagne, les élus continuent à exercer un contrôle sur les actes d’exécution des lois qu’ils ont adoptées, mais il s’agit juste d’un droit de véto en cas de dérives. Autrement dit, la Commission n’est pas un véritable exécutif au sens national du terme : elle reste étroitement contrôlée par les gouvernements, l’Union n’étant pas une fédération, mais une simple confédération d’États.

La plupart du temps, ce contrôle se passe très bien. Ainsi, selon la Commission, sur 1726 avis émis par les comités en 2015, 2 ont été défavorables et il y a eu 36 absences d’avis, soit 2 % du total. Mais voilà : l’incapacité des Etats à trancher touche des questions « très sensibles », comme le reconnaît avec componction la Commission : en réalité, tout ce qui est lié à la santé humaine (OGM, produits chimiques, etc.), c’est-à-dire là où les intérêts industriels sont en jeu. La Commission doit donc prendre seule la décision, même si rien ne l’y oblige. Jusqu’à présent, elle a toujours tranché au détriment du principe de précaution, dès lors que les avis des comités scientifiques qui l’entourent (et dont la composition est sujette à caution) estiment que le danger n’est pas avéré. Pour le dire autrement, les intérêts de l’industrie l’ont toujours emporté sur la santé.

· Pourquoi la Commission veut-elle réformer la Comitologie ?

Lassé d’être montré du doigt, Jean-Claude Juncker, le président de l’exécutif européen, a décidé de rendre plus transparente la procédure de comitologie : il « n’est pas juste, lorsque les pays de l’UE ne peuvent se mettre d’accord sur l’interdiction ou non d’utiliser du glyphosate dans les herbicides » que la Commission soit forcée « de prendre une décision. Nous allons donc changer ces règles, car ce n’est pas cela la démocratie », a-t-il annoncé en septembre dernier. L’idée est simple : forcer les États à assumer leurs responsabilités, car ils ont une fâcheuse tendance à se défausser sur Bruxelles comme le fait Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement, qui pointe régulièrement des « comités d’experts » irresponsables tout en sachant très bien qu’ils sont l’émanation des États. La Commission a donc proposé, le 14 février, de rendre publics les votes, de pouvoir saisir, en cas de paralysie, le Conseil des ministres et, enfin, de ne plus compter les abstentions ou les absences. Ce dernier point est fondamental : jusqu’à présent, elles étaient considérées, dans le calcul de la majorité qualifiée, comme un vote contre. Désormais, ce sera de facto, un vote pour… Autant dire qu’il n’est pas du tout acquis que les Vingt-huit acceptent cette réforme.

Surtout, on se demande pourquoi Juncker veut ainsi se dessaisir de son pouvoir de trancher : une commission politique, comme il le revendique, doit aussi prendre ses responsabilités. Si elle estime que le glyphosate n’est pas dangereux tout comme les OGM, pourquoi ne l’assume-t-elle pas plutôt que de refiler la patate chaude aux gouvernements ? Au-delà, c’est toute la comitologie qui devrait être mise à bas, ce qui passe par une réforme des traités. L’application de la législation devrait revenir à des agences indépendantes dans la plupart des cas (santé, médicament, environnement, etc.), comme c’est le cas aux États-Unis. Et pour le reste, la Commission devrait être libre de trancher, sous le contrôle du Parlement européen et de la Cour de justice.

N.B.: version longue de mon article paru le 28 février


bruxelles.blogs.liberation.fr | 05-mars-2017 20:44

L’homme derrière le Brexit : Le sorcier des algorithmes qui ont fait gagner le “Leave”

The Observer a révélé cette semaine que Mercer, patron entre autres du fonds d'investissement spécialisé dans le transactions à haute fréquence et parmi les principaux bailleurs de la campagne de Donald Trump, ainsi qu'actionnaire du site d'actualité de l'ultra-droite Breitbart News Network, “a mis sa société d'analyse de données à la disposition de la campagne en faveur du Brexit afin de cibler les électeurs indécis sur la base de leur activité sur Facebook”. L'hebdomadaire ajoute que ce don en nature "n'a pas été déclaré à la commission des comptes électoraux."

Mercer est un des principaux actionnaires de Cambridge Analytica, une société qui a conduit des opérations de guerre psychologique et qui affirme utiliser "une technologie de pointe pour réaliser des profils intimes des électeurs afin de découvrir et de cibler ce qui déclenche leurs émotions". L'équipe de campagne de Donald Trump "a versé plus de 6 millions de dollars (5,7 millions d'euros) pour cibler les électeurs indécis" lors de la présidentielle américaine, et Mercer l'a mise à disposition de Nigel Farage.

Leur amitié de longue date avec l'ancien chef du UKIP (droite populiste et europhobe britannique) a conduit Mercer "à lui proposer de l'aider gratuitement dans la campagne pour le Brexit". Selon The Observer,

Sur la base des conseils de Cambridge Analytica, la campagne Leave.eu a mis sur pieds une énorme base de données des sympathisants, en créant des profils détaillés de leur vies grâce aux données collectées à travers Facebook. Leave.eu a ensuite envoyé des milliers de versions différentes de message, selon ce qu'elle avait appris sur leur personnalité.

Tout en ayant rangé Cambridge Analytica parmi ses "partenaires stratégiques", cette dernière a affirmé ne pas avoir travaillé pour Leave.eu et "a refusé de dire […] si elle a prêté ses services gratuitement", et d'expliquer "pourquoi elle n'a pas déclaré ce don en nature à la commission électorale". Cela dit, le directeur de la communication de Leave.eu, Andy Wigmore, a confié à une reporter du Guardian que "Cambridge Analytica a travaillé pour eux", même si à titre gracieux : "Ils leur ont appris comment établir des profils, comment viser les gens et comment recueillir des tonnes de données à partir des profils Facebook des gens.*"

Ni Cambridge Analytica ni Mercer, qui finance une vaste gamme d'organisations sans but lucratif, parmi lesquelles le Heartland Institute, un centre de réflexion climatosceptique, et le Media Research Center, qui clame "un engagement sans faille pour neutraliser le biais de gauche dans les informations, les médias et la culture de masse", n'ont souhaité réagir aux révélation de The Observer.


presseurop.eu | 03-mars-2017 11:11

On ne badine pas avec l’Union Européenne

Blog

Non à l’UE !” disent-ils. D’accord. Et après? Le nationalisme? L’exclusion et l’isolationnisme? Susciter la haine et fermer les frontières?

Les mouvements anti-européens ont le vent en poupe et pas seulement en Grande-Bretagne, chez nous aussi. Ils montrent clairement que l'euroscepticisme est devenu une menace pour les valeurs fondamentales de la vie commune européenne. Pourquoi 60 ans après la création de la Communauté Économique Européenne les Européens tournent-ils le dos à une de leurs plus grandes avancées?

Il est compréhensible que certains des 510 millions de citoyens de l’UE la remettent en question. En effet, notre UE, telle qu’elle existe aujourd’hui, est imparfaite et complexe. Elle avantage fortement les lobbies et tend à abandonner le simple citoyen. L’UE se veut être une unité mais n’est pas capable de mener une politique homogène et cohérente. L’absence d’une telle politique empêche de combattre l’accroissement des inégalités économiques et sociales entre les différents citoyens des différents pays.

Il est inutile de rappeler ici les conséquences d’une Europe divisée et opposée. Ou peut-être le faut-il? La première moitié du siècle dernier peut servir d’avertissement.

La Communauté Économique Européenne a été fondée il y a 60 ans avec la volonté de garantir et préserver la paix. Or, c’est précisément à une époque comme la nôtre, dans un monde incertain, où des milliers de personnes fuient la terreur et les guerres, que nous devons apprécier à sa juste valeur un si beau cadeau et le protéger à tout prix. Il serait vraiment très imprudent de sous-estimer les dangers qui la menacent.

N’oublions pas que l’UE protège la démocratie, la liberté de presse, d’expression et de religion, pour ne citer que quelques uns des droits inviolables, dont nous Européens, nous pouvons profiter. N’est-ce pas un privilège de vivre dans un pays dans lequel les principes de liberté et d’autodétermination sont ancrés dans la Constitution?

Tous les États de l’UE doivent respecter les principes démocratiques, et les États candidats à une adhésion ne peuvent échapper aux processus de réformes qui vont dans ce sens. L’UE contribue ainsi à la diffusion de ces valeurs démocratiques.

En outre, deux des aspects les plus importants sont la libre circulation des personnes et la monnaie commune. Certes, nous sommes loin d’avoir atteint la perfection dans ces domaines et l’euro est souvent sous le feu des critiques. Dans la zone euro, le change de monnaie a disparu, tout comme les coûts de conversion. Nous pouvons voyager dans chaque pays, sans contrôle de passeport, ni même de visa. L’Accord de Schengen, qui assure le passage des frontières, ne contribue donc pas seulement à la dynamique économique, mais aussi à un échange culturel et par là, à la compréhension et à la paix entre les différentes cultures.

Quand nous entendons que d’autres pays veulent dresser des murs, nous ne pouvons que nous indigner. L’Europe a vécu la division dans sa chair, avec un mur. Nous ne voulons pas revivre cela. La remise en cause de la libre circulation des personnes serait un coup dur pour une Europe si libre et si diversifiée!

L’UE n’est pas parfaite. Mais elle protège la paix en Europe.

Critiquer l’Union Européenne est légitime. La détruire ne l’est pas ! Bien sûr, des réformes et des améliorations sont nécessaires afin de préparer l’UE au futur. Mais ces réformes doivent se faire dans l’unité et la cohérence, et non pas dans le rejet et la discorde.

Il devient plus nécessaire que jamais de consolider l’UE. N’est-ce pas un privilège que de considérer ses voisins comme des amis? De pouvoir se déplacer librement et sans contrôle? De ne jamais devoir changer sa monnaie? Et surtout, de vivre en paix?

Pour nous, Européens, ces avantages sont devenus une évidence, comme tant de choses de l’UE. Mais cependant, tout pourrait disparaître si nous n’y prenons pas garde.

Chers concitoyens européens,

Nous sommes pro-européens et le proclamons haut et fort!

Nous sommes fiers de faire partie d’une Union de 510 millions de personnes de cultures diverses et variées!

Nous voulons des échanges et pas de murs! Notre Union Européenne doit être synonyme de liberté, de sécurité et de paix!

Nous voulons une Union Européenne plus démocratique, plus transparente et plus juste socialement!

Nous avons besoin de projets fédérateurs.

Dessin de Claudio Cadei/Cartoon Movement


presseurop.eu | 03-mars-2017 07:44

Avenir de l'Europe: un livre blanc pâlichon

Le 25 mars prochain, l’Union fêtera ses 60 ans à Rome : pour l’occasion, les 27 chefs d’État et de gouvernement se retrouveront sur le Capitole, là où fut signé le traité qui porte le nom de la ville éternelle. Mais c’est un triste anniversaire, puisque pour la première fois depuis sa création, l’un de ses États membres, la Grande-Bretagne, s’apprête à la quitter. Theresa May, la Première ministre, viendra même tout juste - ou s’apprêtera - à activer l’article 50 du traité sur l’Union qui enclenchera le compte à rebours avant la rupture définitive, en mars 2019 au plus tard. Pour éviter que ce départ signe le début de la fin du projet européen, les Vingt-sept ont donc décidé, dès le lendemain du référendum du 26 juin, d’approfondir les liens qui les unissent.

Le Brexit n’est en fait qu’un choc supplémentaire, et peut-être pas le plus grave, que l’Europe encaisse depuis quelques années, de la crise de l’euro à celle des réfugiés et du terrorisme, en passant par l’élection aux États-Unis d’un président qui souhaite sa disparition. Mais la relance cela ne se fera pas en quelques jours. Jean-Claude Juncker a donc publié hier son « livre blanc sur l’avenir de l’Europe » censé lancer les réflexions sur le type d’Union que souhaitent les États. Le président de la Commission se contente de proposer cinq scénarios possibles à l’horizon 2025 : ne rien changer, se recentrer sur le marché unique, mettre en place une Europe multipliant les coopérations renforcées dans tous les domaines, se concentrer sur quelques domaines jugés prioritaires et, enfin, effectuer un saut fédéral. Le renforcement de la zone euro est juste évoqué en filigrane, Juncker se gardant bien d’évoquer qu’elle pourrait devenir le noyau dur de l’Europe du futur pour ne fâcher personne. Des oublies étonnant aussi, comme la Politique agricole commune qui n’est mentionnée nulle part. On cherche désespérément la trace d’une idée neuve: ce livre blanc est à l’Europe, ce que La La Land est au cinéma, ce qui dans mon esprit n’est pas gentil du tout. Bref, pas de quoi fouetter un chat.

On a donc du mal à comprendre le secret paranoïaque qui a entouré la rédaction de filet d’eau tiède menée de bout en bout par Juncker et Martin Selmayr, son puissant chef de cabinet, si ce n’est l’inverse, car on ne sait plus trop qui dirige l’exécutif européen. Car ce n’est absolument pas le livre blanc de la Commission : les vingt-huit commissaires en ont pris connaissance mardi matin et se sont contentés de signer ce qu’avait rédigé leur président, aucun d’entre eux n’ayant osé moufter. Les chefs de cabinet des commissaires ont passé deux jours, jeudi et de vendredi, sur la côte belge pour soi-disant apporter leurs contributions alors que le texte final était en cours de traduction dans les 24 langues officielles de l’Union…Si la Commission a été tenue à l’écart, il en a été de même des capitales. Juncker et Selmayr ont certes été diner à l’Élysée il y a quelques semaines, pour expliquer comment ils imaginaient leur livre blanc. François Hollande s’est contenté de leur conseiller de réduire leurs scénarios à quelques-uns afin de frapper les esprits. Et depuis, plus rien.

La semaine dernière, lors d’une réunion des ambassadeurs des Vingt-sept auprès de l’Union, la Commission a même promis qu’elle ne publierait rien avant le sommet européen des 9 et 10 mars afin de ne pas le parasiter. Mieux : les Pays-Bas, qui affrontent de difficiles élections le 15 mars, ont demandé expressément à Juncker de ne rien révélerd’ici là afin que les démagogues du PVV n’en fassent pas un thème électoral. Juncker et Selmayr ont néanmoins décidé de passer outre. Une méthode à la hussarde pour le moins curieuse : ignorer les capitales et même leur mentir n’est pas la meilleure façon de peser sur un débat dont la clef est détenue par les États seuls…

N.B.: version longue de mon papier paru ce matin dans Libé


bruxelles.blogs.liberation.fr | 02-mars-2017 12:37

Phil Hogan: "il faut remettre la PAC sur le métier"

REUTERS/Francois Lenoir

Vous trouverez l’entretien que j’ai eu avec Phil Hogan, le commissaire à l’agriculture, ici. Elle est passionnante. Bonne lecture.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 01-mars-2017 20:06

Réforme de la PAC: comme un éléphant au milieu du Salon

REUTERS/Stephane Mahe

L’agriculture fait partie de l’ADN de l’Europe : la politique agricole commune (PAC) a été la contrepartie négociée, en 1957, par une France encore très agricole à l’ouverture des frontières douanières entre les six pays signataires du traité de Rome qui s’apprête à fêter ses soixante ans. Sur le papier, c’est un succès : grâce à la modernisation qu’elle a organisée, elle a non seulement permis à l’Europe d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, mais de devenir la première exportatrice agricole au monde, juste devant les États-Unis (129 milliards d’euros en 2015 et un excédent de 16 milliards). Pourtant, la PAC est de plus en plus décriée : la très grande majorité des paysans n’en profitant pas, ils sont devenus anti-européens, les citoyens se demandent de plus en plus pourquoi elle absorbe 38 % du budget communautaire alors que les agriculteurs ne représentent qu’une infime partie de la population active (3,6 % en France), certains, comme le Front national, l’accusent d’être « ultralibérale », un comble pour une politique publique dirigiste et bureaucratique. Bref, la PAC de 2017 souffre des mêmes maux que l’Union : incomprise, accusée de tous les vices, rejetée. « Le système ne fonctionne plus », reconnaît Michel Dantin, député européen LR (PPE). « La PAC a fait l’Europe, elle peut la défaire », met en garde son collègue socialiste, Eric Andrieu. L’Irlandais Phil Hogan, le commissaire à l’agriculture, en a conscience : il a lancé, le 2 février, une consultation publique (1) afin de proposer d’ici à la fin de l’année une nouvelle réforme. Décryptage.

· Pourquoi les réformes de la PAC se succèdent-elles ?

La PAC est, en réalité, en chantier permanent depuis son « achèvement » en 1968. Car, très rapidement, elle a atteint son but grâce aux prix garantis, c’est-à-dire détachés du marché local et mondial, et à la protection totale des frontières européennes, l’autosuffisance alimentaire. Mais, dès le départ, le vert était dans le fruit : la PAC première manière a entrainé un productivisme sans limites, une baisse de qualité des produits agricoles, une concentration des exploitations et une explosion des dépenses agricoles. À la fin des années 80, des montagnes de beurre et de viande et des lacs de lait étaient stockés dans les frigos communautaires avant d’être exportés à bas prix cassé vers les pays tiers au détriment de leur agriculture. 1971, 1984, 1988, les réformes s’enchainent, en vain, jusqu’à 1992, lorsque Jacques Delors, soucieux aussi de mettre en conformité la PAC avec ce qui allait devenir l’Organisation mondiale du commerce, parvient à convaincre les États de rompre avec le système des prix garantis pour les remplacer par des aides fixes aux revenus. Mais la rupture avec le passé se fait lentement, la France ayant bataillé pour que ses céréaliers ne soient pas pénalisés : les prix baissent en douceur et les aides tiennent compte des rendements historiques, ce qui favorise les gros aux dépens des petits. En 1999, nouvelle réforme, destinée à financer le développement rural (deuxième pilier) et surtout à préparer l’élargissement à l’Est. En 2003 puis en 2008, rebelote : cette fois, les aides au revenu peuvent être découplés des références historiques et remplacés par un paiement à l’hectare, ce qui la aussi, favorise les grandes exploitations. La France, comme la plupart des pays du sud, reste fidèle aux références historiques, tout comme elle refuse les possibilités de plafonner partiellement les aides supérieures à 150?000 euros par an et par exploitation… La dernière grande réforme remonte à 2013 (mise en place en 2015) qui a notamment introduit un « verdissement » de la PAC afin d’inciter les paysans à développer une agriculture durable et à entrer dans une logique d’aménagement du territoire : ainsi, 30 % des aides directes sont réservées aux terres respectant une série de critères environnementaux. Depuis 1992, donc, la ligne est la même : rompre avec le productivisme à tout prix, développer une agriculture de qualité (développement des AOC et des IGP) respectueuse de l’environnement et assurer un revenu minimum aux agriculteurs pour les protéger des fluctuations des prix du marché auxquelles ils sont désormais exposés de plein fouet.

· Les réformes de la PAC ont-elles été des succès ?

Le problème de cet empilement de réformes extrêmement rapides a abouti à une complexité bureaucratique sans précédent, les exigences nationales s’ajoutant à celles de l’Union pour pouvoir bénéficier de la moindre aide. « On a construit des usines à gaz », dénonce Michel Dantin. « La PAC est devenue beaucoup trop complexe, trop lourde surtout pour les petits paysans qui n’ont pas les moyens et pas envie de faire face à cette bureaucratie », reconnaît Phil Hogan qui cite les « 300 mesures législatives diverses » réglementant la PAC qui forment un maquis impénétrable et surtout oblige les agriculteurs à multiplier les investissements coûteux pour satisfaire à toutes les demandes. La détresse paysanne face à ce « doux monstre » est réelle comme le montre le taux de suicide en France. Mais, surtout, en dépit de toutes ses réformes, « 80 % des aides directes sont toujours versées à 20 % des agriculteurs », se désole Hogan, les États ayant refusé tout plafonnement des aides et toute dégressivité en fonction de la taille de l’exploitation. Certes, ces 20 % produisent 80 % des produits agricoles, mais est-il normal que « des fermes de 1000 vaches reçoivent près de 20 fois plus d’aides publiques que des exploitations familiales de taille moyenne (50 vaches) mises en péril par les bas prix du lait », s’interroge la Fondation Robert Schuman (2) ? Sans compter que les aides à l’hectare poussent à l’agrandissement des exploitations, comme le souligne Eric Andrieu : « plus on a d’hectares, plus on reçoit d’aide, et ce au détriment de la production et de l’emploi. C’est une logique de rente ». Pour donner un exemple, une exploitation de 300 hectares de céréales recevra chaque année entre 100 et 120?000 euros de subventions européennes. Surtout, le système d’aide directe, qui est fixe, n’a absolument pas servi de filet de sécurité comme l’a montré l’effondrement des prix du marché en 2015-2016 : « un tiers des agriculteurs touche moins de 375 €. Dans l’Ain, la moitié n’a eu aucun revenu en 2016 », s’indigne Michel Dantin. Enfin, la PAC, à force de favoriser la concentration dans un but productiviste, a abouti à un effondrement de la population rurale : en France, en 50 ans, le nombre d’agriculteurs est passé de 4 millions à 900?000, la surface agricole a diminué de 20 % et l’agriculture ne représente plus que 1,5 % du PIB contre 3,6 % en 1980. À terme, c’est une catastrophe qui s’annonce : « il y a un problème de renouvellement des générations : dans l’Union, il y a moins de 6 % des agriculteurs qui ont moins de 35 ans -9 % en France. À long terme, cela pose un problème de sécurité alimentaire », s’alarme-t-on à la Commission. Seule bonne nouvelle : l’agriculture bio se développe rapidement (20 % par an en surface).

· Comment améliorer la PAC ?

D’abord la simplifier et ne plus laisser les paysans seuls face à des fonctionnaires nationaux qui multiplient les obstacles à plaisir : « en Pologne, le texte sur les aides à l’agriculture de montagne fait 4 lignes. En France, 3 pages », dénonce Michel Dantin. Il faut aussi maintenir des services dans les zones rurales : « qui a envie de vivre seul avec son plus proche voisin à 4 km et l’épicerie la plus proche à 10 km ? », demande un eurocrate qui pointe l’incurie des États à assurer l’aménagement de leur territoire. Mais surtout, il faut revoir le système des aides directes. Revenir aux prix garantis et à ses dérives budgétaires et environnementales passées, tout le monde l’exclut, surtout à l’heure de la mondialisation des échanges : « budgétairement, pour maintenir les prix, cela serait monstrueux ». Hogan veut donc développer des instruments de « gestion de crise » afin que les paysans puissent faire face à la volatilité des prix, par exemple en développant un système d’assurance. Mais, comme le soulignent Michel Dantin et Eric Andrieu, il faudrait aller plus loin et mettre aussi en place un système à l’américaine, celui des « deficiency payments ». En clair, lorsque les prix mondiaux sont bons, les aides directes sont, en tout ou en partie, mises de côté et ne sont versées que lorsque les cours s’effondrent et en fonction des situations individuelles. Ainsi, les aides aux revenus joueraient un rôle contra-cyclique au lieu de permettre aux grands céréaliers de s’offrir une troisième Mercedes… « Il faudrait que ces fonds soient gérés par secteur, au plus près du terrain pour tenir compte de la diversité des territoires et des types d’agriculture », souligne Michel Dantin. Enfin, la Commission est fermement décidée à s’attaquer à la chaine alimentaire, en clair, aux intermédiaires comme l’industrie agro-alimentaire et surtout la grande distribution. « C’est un problème de concurrence plus que de PAC », précise-t-on à la Commission, mais « nous sommes déterminés à nous assurer, y compris par la loi, que le secteur primaire, c’est-à-dire les agriculteurs, ne soit plus mis en coupe réglée par la distribution ». La baisse des prix alimentaires (38 % du revenu des Français consacré à l’alimentation en 1960, 14 % aujourd’hui) a atteint un minima : il y a un prix à payer si l’on veut qu’il y ait encore à l’avenir une agriculture et une agriculture de qualité.

(1) https://ec.europa.eu/eusurvey/runner/e91ba0bf-c5d1-49ac-a71e-45441758180d?draftid=280b1e93-9415-4461-8bc4-5f65784ff973&surveylanguage=FR

(2) « Question d’Europe » du 20 février 2017 par Bernard Bourget.

N.B.: version longue de mon article paru dans Libération du 25 février pour l’ouverture du salon de l’agriculture.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 28-févr.-2017 00:47

Lætitia Mougenot et Pulse of Europe : “Les candidats à la présidentielle n’ont pas d’idées pour l’Europe”
, – Voir en entier .
presseurop.eu | 26-févr.-2017 23:08

Médias, fausses informations et propagande : Pour un audiovisuel public européen
Der Spiegel, Hambourg – Alors que la propagande suscite davantage d’attention sur les réseaux sociaux que les vraies informations, et que les politiques cèdent à la tentation de la post-réalité, l’UE devrait se doter de sa propre chaîne de télévision afin de contrer les fausses infos et les contre-vérités, rassembler l’Europe et défendre la démocratie. Voir en entier .
presseurop.eu | 24-févr.-2017 08:19

Mike Pence visits Europe : L’esprit de Munich
Jyllands-Posten, Aarhus – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 23-févr.-2017 10:11

La zone euro dans le piège de la dette grecque

REUTERS/Alkis Konstantinidis

La Grèce, ce sont « les feux de l’amour » de la zone euro : des épisodes, dont on a perdu depuis longtemps le compte, des personnages à foison, des rebondissements, des trahisons et des passions qui se répètent à l’infini, mais parviennent à tenir en haleine les peuples, les Etats, les marchés. Les mêmes questions, depuis 2010, toujours : la Grèce va-t-elle faire faillite ? Le Grexit est-il au bout du printemps ? Faut-il restructurer la dette grecque ? L’austérité est-elle le seul avenir des Grecs? Depuis sept ans, la zone euro est engluée dans cette crise dont personne ne voit l’issue et dont le coût politique, pour l’idée européenne elle-même, est de plus en plus élevé.

Autant dire que la zone euro n’a pas fini d’expier son erreur, celle d’avoir admis la Grèce en 2001 dans l’Union économique et monétaire, alors que la Commission, la Banque centrale européenne et les États savaient parfaitement que ce pays n’était absolument pas prêt : État défaillant, comptes publics truqués, corruption endémique, dépense publique financée par l’emprunt, fraude fiscale généralisée, économie digne d’un pays sortant du communisme (un secteur public non compétitif et disproportionné par rapport à la taille du pays), etc.. Mais comment dire non au pays de Platon ? En 2004, première alerte : le gouvernement reconnaît que le déficit a été divisé par deux depuis 2000, ce qui était admettre implicitement que la Grèce avait menti pour se qualifier. Si la zone euro avait réagi à l’époque, la catastrophe aurait peut-être été évitée. Mais comme en 2000, elle a préféré fermer les yeux. Jusqu’en 2009, lorsqu’à nouveau Athènes avoue que le déficit n’est pas de 6 %, mais de plus de 15 %, c’est-à-dire que ce pays de 11 millions d’habitants dépensait 36,3 milliards d’euros de plus qu’il ne gagnait. En pleine crise économique et financière mondiale, les marchés ont paniqué et le coût de la dette grecque s’est envolé.

« Pour éviter une faillite brutale à l’argentine ou à l’ukrainienne, les Européens ont prêté de l’argent à la Grèce à condition qu’elle coupe dans ses dépenses publiques pour qu’elles correspondent à son train de vie réel et fasse des réformes structurelles pour que son économie devienne fonctionnelle », explique-t-on à la Commission. Il s’agissait aussi d’éviter une contagion de la crise grecque aux banques de la zone euro, notamment allemande et française qui détenaient beaucoup de dettes grecques : si les États avaient laissé la Grèce sombrer, il aurait fallu les sauver, ce qui aurait coûté un pont aux contribuables européens.

Mais la zone euro et le FMI ont mis longtemps à comprendre la gravité de la situation grecque : réformes mal calibrées et peu appliquées, coupes brutales dans le budget de l’Etat (la Grèce va devoir faire sa quatrième réforme des retraites en sept ans), sous-estimation des effets récessifs des réformes demandées ont abouti à faire perdre à la Grèce 27 % de son PIB depuis 2010 sans que la machine redémarre. La comparaison avec l’Irlande, le Portugal, Chypre et l’Espagne (pour ses banques), tombés dans la panique générale qui s’est alors emparée des marchés, est terrible : tous sont tous sortis des programmes d’aide au bout de trois ans et vont mieux alors que la Grèce, elle, en est à son troisième programme. A Bruxelles, on se veut optimiste et on estime que son économie est désormais à peu près en ordre de marche et qu’elle pourrait connaître une forte croissance, ce que la Commission prévoit pour 2017 et 2018 : « mais les impondérables internes et externes sont tels que nos prévisions n’ont jamais été justes pour ce pays », tempère un haut fonctionnaire.

Ses partenaires croisent donc les doigts pour qu’elle réussisse son retour sur les marchés en juillet 2018, un retour qu’elle a loupé en janvier 2015 avec l’élection de Syriza qui voulait « casser la vaisselle ». Mais, en supposant qu’elle arrive à se refinancer normalement, elle ne sera pas sortie d’affaire, vu le montant de sa dette publique : 180 % du PIB, les trois quarts étant détenues par la zone euro (via des prêts bilatéraux des États et le Mécanisme européen de stabilité) ainsi que par le FMI. Soit un montant de 320 milliards d’euros prêtés par les Européens. Même si le paiement des intérêts ne commencera pas avant 2023 et que les prêts consentis par la zone euro ont une durée de 30 ans (donc jusqu’en 2042-2048), cela contraint la Grèce a dégager un excédent budgétaire intenable sur le long terme pour pouvoir rembourser (3,5 % du PIB, hors charge de la dette à partir de 2018).

Les potions amères administrées, pour l’instant en pure perte, à la Grèce alimentent l’euroscepticisme dans l’Union, la Commission en est consciente. Pierre Moscovici, le commissaire chargé des affaires économiques et financières, le 15 février à Athènes, demande donc à ce que la zone euro permette au « peuple grec de voir la lumière au bout du tunnel ». Mais comment ? Le redémarrage économique du pays ne dépend que de lui, ce qui permettra de faire baisser le ratio de la dette, ce qui enclencherait un « cercle vertueux » à condition que l’Etat grecque continue à vivre chichement.

Une autre solution serait de restructurer la dette afin de diminuer nettement l’excédent primaire budgétaire exigé des Grecs, ce qui redonnerait de l’air à l’Etat. En clair, les Etats européens prendraient leurs pertes comme les banques et assurances l’ont fait en 2011-2012, lorsqu’elles ont laissé sur le carreau 115 milliards d’euros… Après tout, ce sont eux qui ont admis la Grèce dans l’euro en 2001 alors qu’ils savaient qu’elle n’était pas prête et ont fermé les yeux sur ses dérives, notamment en 2004 lorsque le gouvernement grec a reconnu avoir truqué ses comptes publics entre 2001 et 2004… François Hollande a d’ailleurs plaidé pour « un allègement du fardeau de la dette », le 12 décembre.

Mais allègement ne veut pas dire effacement : il s’agit surtout d’étaler encore davantage les remboursements, pas d’inscrire par pertes et profits la dette grecque : « cela coûterait cher : par exemple, la France devrait éponger 22 % des prêts du MES… », souligne-t-on à Bruxelles. « En réalité, personne ne veut restructurer la dette grecque, mais tout le monde laisse l’Allemagne jouer le bad cop », poursuit cette même source. De fait, les populistes sont gagnants à tous les coups : « soit la zone euro est inhumaine, soit elle fait payer les citoyens français ou allemands pour les Grecs », soupire un haut fonctionnaire de la Commission. En Allemagne, en particulier, le sujet est explosif à la veille des élections de septembre : « même Martin Schulz, le candidat social-démocrate ne propose pas une restructuration, car il sait que sa base ne le suivrait pas », s’amuse-t-on dans l’entourage du ministère des Finances. D’où la dureté de Wolfgang Schäuble qui estime qu’une restructuration obligerait la Grèce à « quitter l’Union » puisqu’« aucun pays membre de l’Union monétaire ne peut être responsable pour les dettes d’autres pays ». Surtout, ajoute-t-on à Berlin, « qu’est-ce qui nous garantit que la Grèce ne va recommencer à s’endetter si on efface sa dette ? Et pourquoi les autres pays ne nous demanderaient-ils pas la même chose ? » Autrement dit, la zone euro est dans un piège. Quoi qu’elle fasse, elle prend un risque politique et les démagogues gagnent à tous les coups.

N.B.: version longue de mon article paru dans Libé du 20 février


bruxelles.blogs.liberation.fr | 22-févr.-2017 23:58

"Les salauds de l'Europe"

Voilà en avant première la couverture de mon nouveau bébé: «les salauds de l’Europe, guide à l’usage des euro sceptiques». C’est un bilan critique de la construction communautaire, sous forme d’essai, qui paraitra le 25 mars prochain, pour le soixantième anniversaire du traité de Rome. J’espère que vous l’aimerez.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 21-févr.-2017 19:56

60ème anniversaire du traité de Rome : Relançons l’intégration européenne !
, – A la veille de l'anniversaire de la signature des traités fondateurs de l'UE et alors que celle-ci traverse une crise sans précédent, un groupe de plus de 300 universitaires et personnalités européennes ont signé cet appel afin de relancer l'intégration européenne et d'inviter la société civile, les chercheurs, les jeunes et les citoyens à participer à une grande marche pour l'Europe, à Rome, le 25 mars. Voir en entier .
presseurop.eu | 13-févr.-2017 10:12

Feu vert pour le Brexit : A vos marques
The Times, Londres – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 10-févr.-2017 10:45

Elargissement : Dix années somme toute bien dépensées
Dilema Veche, Bucarest – Il y a dix ans, la Roumanie et la Bulgarie entraient dans l’Union européenne. Beaucoup de progrès ont été faits depuis sur la voie de l’intégration au sein de l’Ue et il reste de vastes lacunes, mais le bilan est globalement positif, note le directeur de RFI Roumanie. Voir en entier .
presseurop.eu | 06-févr.-2017 16:35

Entre l’OTAN et l’Europe, il va falloir choisir

Blog

L’OTAN a longtemps été nécessaire à notre continent. Il fut nécessaire dans les années qui ont suivi la guerre, face à l’URSS. Et si l’influence américaine était déjà contestable, elle était obligatoire dans une Europe décimée par la guerre, les nationalismes extrêmes et l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale.

Cette dépendance européenne à cette alliance transatlantique a été indispensable, notamment pour l’ensemble des pays de l’ancien bloc de l’est, qui cherchent d’ailleurs à y faire intégrer leurs voisins les plus proches (Ukraine, Géorgie….). Cette protection mutuelle, surtout aujourd’hui face aux dérives de Vladimir Poutine, a pour avantage de protéger, d’une certaine manière, notre continent de la guerre.

Néanmoins, l’OTAN a très clairement été un outil pour les Etats-Unis afin d’assurer leur puissance et a rencontré beaucoup (trop) d’échecs : les multiples interventions au Moyen-Orient (pas toujours suivies par les membres de l’alliance), le bourbier dans la guerre de Yougoslavie.

L’organisation actuelle de la coopération transatlantique est obsolète.

L’OTAN est une organisation d’un monde bipolarisé qui n’a plus lieu d’être. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis donne l’occasion à l’Europe de mettre fin à cette dépendance et d’enfin construire sa propre défense, pour enfin avoir une Europe indépendante et souveraine dans un monde toujours plus instable.

L’alliance transatlantique, telle qu’envisagée aujourd’hui, est obsolète. Car si elle nous éloigne de la guerre, elle nous rapproche des tensions. Ces tensions tiennent aux provocations que les mouvements de l’OTAN peuvent engendrer (comme les essais en Pologne ou la possible adhésion de l’Ukraine), au bon vouloir des Etats-Unis alors que c’est notre propre continent, et lui seul, qui en serait affecter si ces tensions ne sont pas apaisées.

L’élection de Trump est donc une raison (une occasion) pour l’Europe de se détacher de l’OTAN. Les dépenses inhérentes à l’OTAN étant majoritairement à la charge des Etats-Unis, un potentiel retrait ou repli oblige l’Europe à passer par d’autres canaux pour assurer sa défense. Puisque l’élection de Donald Trump annonce probablement le retour de la doctrine Monroe comme fil rouge de la diplomatie américaine et une Amérique isolationniste, une Europe isolée doit se doter d’une défense propre.

L’OTAN est une vieille institution fondée sur la peur du communisme, sur une peur de la Russie. Cette peur, légitime, n’a plus vraiment de réalité aujourd’hui. La faiblesse de la Russie, que ce soit sur la scène internationale ou quant au commerce international (au vu des difficultés économiques graves que le pays rencontre) prouve que, malgré ses tentations expansionnistes, la Russie ne peut être seule. Et elle sera forcée à la discussion si elle fait face à un bloc, qui représenterait la première puissance commerciale et une des zones les plus puissantes du monde : l’Union Européenne.

La suprématie américaine dans le commandement de l’OTAN doit nous inciter à s’en dégager. La coopération transatlantique est indispensable, mais elle doit se faire à part égale. Quelle aptitude a le pays de l’Oncle Sam à connaitre une situation géographique qui est la nôtre ? Comment peut-il déduire que ce qui est bon pour nous est d’avoir telle ou telle position sur la situation dans les Balkans ou en Lybie ? Il ne peut pas, il n’agit qu’en fonction de ses intérêts, ce qui paraît logique lorsqu’on est la première, ou deuxième, puissance du monde !

Les difficultés pour mettre en place une défense européenne

L’Europe est pourtant aujourd’hui incapable de se résoudre à enfin se doter d’une défense commune. Le Brexit et les réticences de la France, attachée à sa tradition interventionniste, sont les premières raisons de l’absence de défense européenne. Mais elles ne sont pas seules. Une défense européenne supposant une diplomatie à peu près commune et démocratique (c’est-à-dire sans remettre en cause les positions actuelles de chacun), elle est difficile à mettre en œuvre. La dépendance au gaz russe en est le premier exemple : comment compter dans ses membres un pays qui s’approvisionne majoritairement par la Russie, elle qui peut couper les vannes en cas de conflit. Comment, alors, avoir une même position sur le sujet ?

Le meilleur exemple de ces difficultés étant aussi la position sur la Syrie aujourd’hui : la France tient une position stricte sur le départ de Bachar Al Assad alors que dans le même temps F.Mogherini essaye de préserver l’influence de l’Europe en proposant un compromis axé autour d’un accord commercial.

Une défense européenne représente donc un nouveau palier d’intégration, une intégration « régalienne ». Elle aurait l’avantage de donner à l’Europe ce qu’elle n’a jamais eu : une réelle souveraineté militaire et diplomatique, indépendante.

Les chantres de la « coopération militaire » se leurrent : si une défense européenne ne peut commencer que par des coopérations, elle ne peut s’y limiter ! Si certains pays préféreraient intervenir à la place des autres tout en les faisant participer, cela n’est pas tenable. C’est impossible car cette « semi-intégration » a toujours montré ses limites. Comment interdire un droit de regard à un pays tiers qui finance vos opérations ? Et s'il a sa part de décision, de choix, comment le faire accepter par un Etat-major national et des hommes au sol qui ont une nationalité différente.

Sans faire de parallèle hasardeux, l’Europe n’a pas connu la guerre, pour les plus vieux de ses pays, depuis bien longtemps. Une coopération ne dure que peu longtemps face à une situation nouvelle et dangereuse, et la France et le Royaume-Uni étaient bien les alliés de la Tchécoslovaquie en 1937-1938. Une coopération militaire sur certains projets, même opérationnelle, n’est pas tenable sur le long terme.

La nécessité d’une Europe de la défense

Pour ce faire, il ne faut pas répéter les mêmes erreurs : il est nécessaire d’harmoniser avant d’unir, ce qui prendra du temps, sur tout en matière de politique étrangère. Trouver des compromis reste donc essentiel, même si certaines positions semblent être fédératrices chez un grand nombre de pays.

Il faut donc rendre interdépendants les pays européens et pouvoir organiser une défense commune. Evidemment une défense européenne aboutie n’interviendrait que dans plusieurs années voire plusieurs décennies. Si elle nécessite un abandon de souveraineté, une défense européenne permettrait de retrouver une souveraineté que les pays partageraient : les interventions des pays, seuls, ne sont plus tenables : manque de moyens, mauvaise organisation voire échec total de l’intervention (Lybie, la situation en Centrafrique est loin d’être stable), ainsi que des opportunités manquées (comment ne pas se désoler de l’absence d’intervention contre le régime syrien après l’utilisation d’armes chimiques, du fait des réticences américaines).

Un corps européen (EUROCORP) existe déjà, mais il est peu opérationnel et représente un nombre très peu élevé de militaires (57 militaires seulement de cette force qui regroupe aujourd'hui à peine 1000 soldats ont participé au renouvellement des forces au Mali). Une défense européenne commencerait donc par la création d’un QG regroupant et organisant les différentes coopérations européennes (réelles cette fois-ci). Il s’agirait ensuite d’entraîner et de mettre en commun des forces provenant de chaque pays, afin de les rendre opérationnelles. Un fonds stratégique, déjà proposé par la commission mais très insuffisant, mettrait en commun des fonds de recherche militaire et permettrait de faire des achats communs, cela permettrait d'éviter des situations abracadabrantesques comme pour l’armée Française : seul un blindé sur deux est aujourd’hui utilisable du fait de l’obsolescence des véhicules et du manque de moyens pour les renouveler.

Cette situation transitoire permettrait de créer une réelle dynamique, et de faire un pas de plus vers une défense européenne.

Avoir une défense européenne, c’est donc s’assurer d’avoir sa voix au chapitre des grands de ce monde. Le poids économique n’étant pas éternel (aucun des pays de l’UE ne sera dans le G8 dans les prochaines décennies) ni facteur automatique de puissance diplomatique, le choix d’une défense européenne paraît le choix le plus judicieux.

Il n’est pas non plus exclusif d’une coopération transatlantique. Remettre en cause l’OTAN sous sa forme actuelle n’est pas une tare : cela nous incite seulement à nous poser cette question, l’OTAN est-il toujours adapté aux enjeux de sécurité pesant sur l’UE ? Non, à partir de ce diagnostic, avoir une défense européenne permettrait d’avoir une réelle coopération transatlantique, côte à côte, d’égal à égal.

Et la difficulté de la tâche ne doit pas nous rebuter : toucher à l’instrument d’exercice de puissance des Etats est symbolique. Le leadership des Etats-nations s’en retrouverait affaibli. Et si on peut toujours faire jouer la petite musique du « there is no alternative », la vraie raison est qu’une défense européenne a tout lieu d’être : elle nous assure la souveraineté (et réelle cette fois-ci, où l’on ne manquera pas de missiles, comme la France, pour mener ses opérations en Irak et en Syrie) et l’indépendance, elle nous assure d’être une puissance pacifique, qui ne tombera plus jamais dans les travers de la surenchère militariste que nous avons vécu dans l’entre-deux-guerres.

Les difficultés techniques ne doivent pas non plus nous repousser, elles s’effaceront avec le temps. Le « lissage » de notre diplomatie, nécessitant des institutions fortes et démocratiques, se fera petit à petit, il faudra aussi trouver une réponse au droit de veto, français, à l’ONU, et la manière d’intégrer le Royaume-Uni si ce dernier souhaite y participer.

Il est bien temps de réagir. Fukuyama annonçait la fin de l’Histoire, mais elle n’a jamais cessé d’être modelée par nos choix, par les décisions des grandes puissances. L’Europe devrait se penser comme telle pour qu’elle puisse elle aussi façonner le sens de l’Histoire, pour qu’elle puisse y participer en mettant en avant ses valeurs.

Si tel n’est pas le cas, l’UE et ses Etats-membres seront déstabilisés par les soubresauts d’une Histoire qui reste le fruit de nos choix, et cela se fera au détriment de la paix, de la prospérité et de la sécurité de nos concitoyens.

La défense européenne, c’est l’avenir de notre continent. C’est avant tout un instrument de paix et de diplomatie, c’est aussi un instrument de protection, et c’est enfin, espérons ne pas en venir à là, un instrument de dissuasion. L’unité est notre avenir, ne manquons pas de la parachever lorsque l’Histoire nous en donne l’occasion, comme aujourd’hui.

Cartoon de Marian Kamensky, montant Jean-Claude Juncker devant Vladimir Poutine : "Ne t'inquiète pas Vladimir ! L'armée de l'Union Européenne n'est pas destinée à être envoyée tout de suite"


presseurop.eu | 06-févr.-2017 11:31

Osez l’Europe !

Blog

Des élections nationales auront lieu dans plusieurs pays européens en 2017, pour élire le futur chefs de l’Etat en France et celui du gouvernement en Allemagne, notamment. Dans le contexte des campagnes électorales qui s'annoncent, nous appelons les candidat(e)s à mettre en avant le débat concernant leurs propositions d'avenir pour l'Europe, et tout particulièrement pour la zone Euro et la zone Schengen.

Les principaux thèmes d'une campagne politique nationale d'aujourd'hui sont en effet trop étroitement liés à la coopération européenne pour pouvoir occulter le rôle central de cette dernière.

Par exemple, il n’est plus crédible de concevoir une politique économique et sociale d'envergure sans régler la question européenne.

Il est vain d'envisager notre sécurité et un maintien durable de la paix, répondants aux grandes questions géopolitiques ou migratoires du 21ème siècle, sans parler d’Europe.

De même, il est illusoire d'espérer lutter efficacement contre le changement climatique et pour la préservation de l'environnement sans pouvoir s'appuyer sur un échelon européen uni.

Enfin, il est inconcevable de bâtir la démocratie de notre avenir sans choisir entre d’un côté, un retour assumé vers des nations indépendantes similaires aux années 1930, ou au contraire une avancée résolue vers une entité fédérale européenne en lien direct avec ses citoyens.

Osons vraiment l'Europe ! Ou alors, abandonnons ce projet : exit l'Europe. Entre ces deux choix clairs, il n’y a rien qui tienne vraiment la route.

L'Europe souffre actuellement de dysfonctionnements car c'est une construction inachevée. Mais ce n'est pas une fatalité, bien au contraire ! Si l'approche intergouvernementale ayant prédominé jusqu'ici a atteint ses limites, le potentiel bénéfique et fédérateur de l'Europe reste a priori immense et sous-employé.

Dans notre contexte de mondialisation inéluctable, l’origine de la vague populisme actuelle et de la relative impuissance de diverses politiques nationales n'est pas sans lien avec le manque de cohérence, de transparence et de perspectives en ce qui concerne l'Europe. Nous nous trouvons maintenant au moment clef où il faut mettre fin à ce manque, et à ses conséquences néfastes.

Nous appelons donc les candidat(e)s à se saisir pleinement de ce sujet lors des débats publics menant aux élections prochaines. Vos concitoyens ont besoin d'un débat de premier plan alimenté par vos propositions pour avancer sur une question centrale pour notre avenir à tous : l'Europe.


presseurop.eu | 03-févr.-2017 14:52

"La seule armée européenne, c'est l'armée française"

REUTERS/Eric Gaillard

Pour Jean-Luc Sauron, la relance de l’Union ne se fera pas à vingt-sept faute de vision commune. Pour ce professeur à l’Université de Paris-Dauphine, auteur d’un décapant « Faites l’Europe, pas la guerre » (éditions Gualino, 9 €), il faut être plus pragmatique et approfondir la coopération entre quelques pays en pariant sur le fait que l’Union suivra. Il estime aussi que la seule défense européenne concevable, c’est un financement communautaire de l’effort militaire de la France, ce pays ayant la seule armée apte à combattre au moins pour quelques années.

Les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement se réunissent demain à Malte pour évoquer l’avenir de l’Union après le Brexit. Alors que le sommet de Bratislava, en septembre, n’a débouché sur rien, peut-on attendre quelque chose de cette nouvelle réunion ?

Ce sont des sommets d’attente avant les rendez-vous électoraux de mars aux Pays-Bas, de mai-juin en France et de septembre en Allemagne. Avant que le monde politique interne de l’Union ne soit à nouveau stabilisé, il ne faut pas s’attendre à décisions marquantes. C’est d’autant plus désespérant, que la présidence tournante de l’Union est exercée par Malte qui, ça n’est pas lui faire insulte, ne peut prétendre jouer un rôle sur la scène politique mondiale. L’Union est donc politiquement fragile alors qu’elle est confrontée à une donne géopolitique radicalement nouvelle, entre le libéralisme économique du président du parti communiste chinois, un pôle anglo-américain qui a toujours existé, mais qui s’affirme brutalement et la Russie qui poursuit un rêve euro-asiatique. En outre, le monde est devenu d’une instabilité époustouflante : qui aurait dit il y a trois ans que les BRICS alors vantés comme les phares de la croissance mondiale auraient aujourd’hui quasiment disparu ? Le Brésil est en pleine déconfiture, la Russie, même si elle fait très peur, n’a pas résolu ses difficultés économiques et politiques, l’Inde est instable, etc. Le monde change de trimestre en trimestre et il devient très compliqué de construire des alliances et des projets.

Dans ce monde instable, l’Union sait-elle ce qu’elle veut ?

Les rêves de refondation sont totalement aberrants, car les États membres n’ont pas de vision commune de l’avenir de leur Union. On ne relancera pas la machine européenne à Vingt-sept, il faut l’admettre une bonne fois pour toutes. Il faut reconstruire sur un socle interétatique, entre quelques pays qui acceptent de se mettre en convergence et en concertation, sans pour autant se substituer à l’UE. Cela peut se faire soit entre l’Allemagne et la France, soit entre ces deux pays et le Benelux soit, enfin, entre l’Allemagne, la France et la Pologne. Cette consolidation d’une partie de l’Union stabilisera toute la construction européenne.

Cela veut dire qu’on négocie une série de traités bilatéraux ou multilatéraux à l’intérieur de l’UE ?

Pas nécessairement. Paris et Berlin peuvent simplement décider que leurs gouvernements auront le même nombre de ministres, dotés des mêmes attributions, afin de travailler ensemble sur une série de dossiers et de législations convergentes afin de coordonner les politiques suivies dans les deux pays. Si ces deux pays qui représentent 50 % du PIB européen parviennent à harmoniser leur droit fiscal, leur droit de la consommation, leur droit social, par exemple, tout le monde suivra et cela redynamisera l’espace européen. Aujourd’hui, c’est le moins actif qui bloque tout le monde. Le grand schéma à Vingt-sept, ça ne marche plus : on n’arrive plus à exécuter les politiques annoncées. Si on n’arrive pas à relancer la machine européenne, nous serons le champ de manœuvre du reste du monde, soumis à des stratégies d’influence contradictoires. Au passage, et contrairement à ce que croient les déclinistes, l’Europe reste le centre du monde : c’est à travers nous que les puissances s’affrontent. Il faut donc que nous tirions parti de cette force pour influencer le monde.

Le fait que l’administration Trump souhaite la disparition de l’UE ne va-t-il pas aider l’Union à se renforcer ?

La brutalité du discours de Donald Trump recouvre une réalité américaine qu’on a souvent occultée : les États-Unis ont toujours voulu un peu d’Europe pour contrebalancer les Soviétiques et éviter l’émergence de régimes révolutionnaires, mais pas trop d’Europe pour qu’on ne vienne pas leur manger la laine sur le dos. Or l’euro, par exemple, est vécu comme une contestation de la suprématie du dollar, ce qui est inacceptable pour eux. Trump dit clairement que l’Union aujourd’hui ne peut être qu’un marché et non un acteur politique et économique.

Les Vingt-sept veulent faire de la défense européenne un nouveau projet mobilisateur. Est-ce sérieux ?

Je ne crois pas à une armée européenne. Pour envoyer des gens combattre et mourir, il faut un gouvernement légitime. Or aujourd’hui il n’y a pas d’autorité européenne légitime en dehors des États. En Europe, il y a deux armées et demie, la Britannique, la Française et un peu l’Allemande. Mais une vraie armée est une armée qui se bat sur le terrain, ce qui n’est pas le cas de l’armée allemande. Avec le Brexit, il n’y a en réalité plus que la France qui se bat, non pas pour mener des opérations post-coloniales comme on a pu le dire ici ou là, mais pour protéger le continent européen, que ce soit au Mali, en Centrafrique ou en Syrie. Il faut donc que les Européens financent l’effort militaire de la France et que la France accepte dans son armée des citoyens européens : la colonne vertébrale militaire de l’Europe est française, c’est la réalité.

Est-ce que l’Europe est prête à accepter que la France remplace les États-Unis comme garant de sa sécurité ?

Y a-t-il une alternative ? Qui nous protégera ? Les Russes ?

Si les Européens financent l’effort militaire français, ils voudront pouvoir participer à la décision d’envoyer des troupes…

On ne peut imaginer que ce soit le conseil des ministres de la Défense à Bruxelles qui décide d’engager l’armée française, il faut être sérieux. Et ce n’est pas parce qu’on paye qu’on a son mot à dire. Si les Allemands veulent décider, il faut qu’ils aient une armée en capacité de combattre.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 02-févr.-2017 20:02

Etats-Unis vs Union européenne: "nous serons seuls au cours des prochaines années"

Ronald Reagan serait pour le moins surpris de découvrir que le nouvel « Empire du mal » de Donald Trump, son lointain successeur, est l’Union européenne et non pas la Russie de Poutine. Après avoir pronostiqué sa disparition rapide, à la veille de son investiture, le président américain a répété devant la Première ministre Theresa May, vendredi, que le Brexit était une « chose merveilleuse » qui va permettre à la Grande-Bretagne « d’avoir sa propre identité » face au « consortium ». « Un mieux », commente ironique un diplomate français, après que son ambassadeur pressenti à Bruxelles, Ted Malloch, ait comparé, jeudi, sur la BBC, l’Union européenne à l’URSS : « J’ai déjà eu des postes diplomatiques dans le passé qui m’ont permis d’aider à abattre l’URSS. Alors, peut-être qu’une autre Union a aussi besoin d’être domptée », a froidement lâché ce proche de Trump qui a confirmé que son président « n’aimait pas cette organisation supranationale, non élue, mal dirigée par des bureaucrates et qui n’est franchement pas une vraie démocratie ». Ambiance.

Face à ces attaques d’une rare virulence, surtout de la part d’un allié de toujours, l’Union est restée sans voix, surprise par la brutalité de ce revirement. « Il faut reconnaître que c’est totalement incompréhensible, car on ne comprend pas quel est l’intérêt des Etats-Unis dans l’éclatement de l’Union et de son marché unique ou dans l’isolationnisme commercial », s’interroge ainsi Anthony Gardner, l’ambassadeur américain à Bruxelles jusqu’au 20 janvier. Les institutions communautaires espéraient donc encore la semaine dernière que l’administration et le Congrès allaient finir par faire entendre raison à ce président hors norme. « Il y a plusieurs cercles dans son entourage, il y a des gens raisonnables qui vont finir par peser sur sa politique », confiait un proche de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. « Au lendemain de l’élection de Trump, on entendait encore des commissaires comme Cecilia Malmström, la libérale suédoise chargée du commerce, nous dire qu’il ne fallait pas s’inquiéter, que les Américains ne renonceraient pas au libre échange », se moque le diplomate français déjà cité. Mais plus les jours ont passé, plus il a fallu se rendre à l’évidence : Trump est déterminé à passer par dessus bord 70 ans de diplomatie américaine. S’adaptant à la communication par tweet inaugurée par le président américain, Juncker est précautionneusement sorti de son silence dimanche : « en 2017, nous devrons choisir entre l’isolationnisme, l’inégalité et l’égoïsme nationaliste et l’ouverture, l’égalité sociale et la solidarité qui nous renforcera ». Pour Bruxelles, l’Empire du mal est manifestement à Washington…

A Paris et à Berlin, on a compris depuis longtemps que l’élection de Trump était un tsunami menaçant la stabilité du monde et de l’Europe. Le couple Angela Merkel/François Hollande n’a jamais aussi bien fonctionné qu’en ce moment. Leurs réactions, au lendemain de l’élection de novembre, ont été soigneusement coordonnées afin qu’il n’y ait pas l’épaisseur de papier à cigarette entre les deux rives du Rhin : l’Europe continuera à être l’allié des Etats-Unis, mais pas au prix de ses valeurs fondamentales. Vendredi, les deux dirigeants se sont à nouveau rencontré à Berlin pour délivrer le même message : Trump représente un « défi » pour l’Union, tant « par rapport aux règles commerciales (que) par rapport à ce que doit être notre position pour régler les conflits dans le monde », a expliqué le chef de l’Etat français. La chancelière allemande a ajouté à ces « défis », « la défense d’une société libre »… Samedi, à Lisbonne, François Hollande est monté un peu plus dans les aigües : « lorsqu’il y a des déclarations qui viennent du président des Etats-Unis sur l’Europe et lorsqu’il parle du modèle du Brexit pour d’autres pays, je crois que nous devons lui répondre ». « On doit affirmer nos positions et engager un dialogue avec fermeté sur ce que nous pensons ». Pour le président français, « l’Europe est devant l’épreuve de vérité, devant l’heure des choix ». Il est passé aux travaux pratiques lors d’un entretien téléphonique avec Trump, samedi après-midi, au cours de laquelle il lui a expliqué que « le repli sur soi est une réponse sans issue ».

Le couple franco-allemand fait le pari que les autres pays européens vont s’agréger autour de lui. C’est déjà le cas non seulement des pays d’Europe du sud, mais aussi des Pays-Bas, le pays le plus atlantiste d’Europe. Ainsi, Jeroen Dijsselbloem, le ministre des finances et président de l’Eurogroupe, a reconnu, jeudi, « que nous serons seuls au cours des prochaines années, ce qui peut être une bonne chose. Peut-être est-ce ce dont l’Europe a besoin pour véritablement travailler ensemble ». « L’avenir n’est pas écrit », met cependant en garde un diplomate français : « mais on peut très bien se diviser. Par exemple, sur la sécurité, les pays de l’Est peuvent nous dire que la défense européenne risque d’affaiblir l’Otan, car Trump peut en tirer argument pour s’en débarrasser. Sur le libre échange, il y a des gens qui vont estimer que puisque les Américains n’en veulent plus, il faut en profiter pour faire marche arrière. Sur les réfugiés et les migrants, beaucoup vont se retrouver dans sa politique, notamment à l’Est, mais pas seulement ». Les semaines qui viennent vont être déterminante pour l’avenir de l’Union.

N.B.: version longue de mon article paru le 30 janvier.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 01-févr.-2017 18:38

Elections en Allemagne : Passage de gants
Neues Deutschland, Berlin – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 01-févr.-2017 15:37

Ted Malloch, ambassadeur pressenti à Bruxelles: «l'UE, c'est l'URSS»

Le nouvel ambassadeur européen désigné à Washington a expliqué, hier, sur Fox News, qu’il pensait que Donald Trump était un « nouvel Hitler » qu’il fallait «dompter» et qu’il était là pour ça. Pour Eduardo von Durand, il est plus que probable que plusieurs États américains, notamment la Californie, feront sécession et qu’il ne parierait pas un euro sur l’avenir du dollar, conseillant même aux traders de le jouer à la baisse. Autant dire que ses propos ont fait scandale et qu’il est désormais probable que le gouvernement américain refusera ses lettres de créance. Restez calme ! Il s’agit d’une pure fiction: les Européens ont encore un minimum de sens commun.

L’UE, le nouvel «Empire du mal»

Ce n’est manifestement pas le cas de l’administration Trump. Après que le président élu se soit lâché contre l’Europe et l’Allemagne avant sa prise de fonction, c’est au tour d’un de ses proches, Ted Malloch, 64 ans, pressenti pour être le nouvel ambassadeur américain auprès de l’Union. Hier, lors de deux émissions de la BBC, Malloch a confirmé la nouvelle ligne américaine : l’Europe n’est non seulement plus un enjeu stratégique pour Washington, mais c’est un adversaire à abattre ! Un tournant stratégique qui met fin à 70 ans de diplomatie européenne des États-Unis. Ainsi, le diplomate n’hésite pas à comparer l’UE à l’URSS et estime qu’il faut en finir avec ce nouvel « Empire du mal » : « J’ai déjà eu des postes diplomatiques dans le passé qui m’ont permis d’aider à abattre l’URSS. Alors, peut-être qu’une autre Union a aussi besoin d’être domptée », a froidement lâché le « diplomate ». Il a confirmé que le président Trump « n’aime pas cette organisation supranationale, non élue, mal dirigée par des bureaucrates et qui n’est franchement pas une vraie démocratie ». Pour lui, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission et ancien premier ministre du Grand Duché, « serait plus à sa place en étant maire d’une ville au Luxembourg ». Quant à l’euro, évidemment, il « est en voie de disparition, il a un réel problème et pourrait s’effondrer d’ici un an, un an et demi ». « La seule chose que je ferais en 2017, c’est prendre une position courte sur l’euro », c’est-à-dire de parier sur les marchés sur sa baisse, a-t-il conseillé. Et d’appeler à la rescousse de ses prévisions apocalyptique l’économiste de gauche Joseph Stiglitz « qui a écrit un livre entier sur le sujet »

Insulter ses futurs partenaires, voilà qui doit être sans précédent dans l’histoire, pourtant agitée, de la diplomatie. Ces saillies sans finesse, qui font étrangement écho aux accusations des europhobes européens, FN en tête, montrent à la fois la piètre estime dans laquelle les nouveaux dirigeants américains tiennent l’Europe, pourtant leur partenaire le plus proche, et leur profonde méconnaissance de l’Union. Pour reprendre l’aphorisme de Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’État de Bill Clinton, « pour comprendre l’Europe, vous devez être un génie ou un Français ». Ted Malloch n’est ni l’un ni l’autre. De fait, on ne compte plus les prévisions apocalyptiques sur la fin de l’Europe et de l’euro qui ne se sont jamais réalisées.

«Pure folie»

Pour son prédécesseur à Bruxelles, Anthony Gadner, viré dès le 20 janvier comme l’ensemble des ambassadeurs américains, il faut voir dans cette nouvelle approche « la perception que Nigel Farage », l’ancien leader du UKIP, un parti britannique europhobe, et ami de Trump, « dissémine » à Washington : « une caricature » portée par ce « cinglé de la politique » a-t-il déclaré à la presse le 13 janvier. « Ne pensez même pas à diviser l’UE », a lancé Gadner à l’administration Trump, car cette tactique échouera, qualifiant au passage de « pure folie » son soutien au Brexit. Un soutien qui ne se dément pas. Ted Malloch a d’ailleurs affirmé à la BBC que les États-Unis et la Grande-Bretagne pourraient conclure un accord de libre-échange 3 mois après que Londres ait invoqué l’article 50 du traité activant la procédure de sortie de l’Union. Pour lui, le fait que Bruxelles veuille interdire à Londres de négocier un tel traité avant d’être sorti de l’Union, c’est comme un homme qui essaierait dire à sa femme de mettre un terme à une relation extraconjugale. « C’est absurde ».

Les Européens vont-ils réagir à ces provocations ? Malloch doit encore être officiellement nommé et, ensuite, accepté par l’Union. La procédure est la suivante : la Commission reçoit ses lettres de créance, les transmet à la ministre des Affaires étrangères de l’Union, Federica Mogherini, qui saisit ensuite les États membres. Si au bout de 30 jours, aucune des vingt-huit capitales n’a soulevé d’objection, le nouvel ambassadeur est accrédité. En clair, il suffit d’un non pour renvoyer Malloch à ses études. Un pays osera-t-il manifester sa mauvaise humeur, comme vient de le faire le président mexicain, lassé de se faire menacer par Trump ? Rien de moins de sûr, le courage n’étant pas la marque de fabrique des États européens, seuls ou en groupe. Cela étant, aujourd’hui, à Berlin, le couple franco-allemand a nettement durci le ton à l’égard de Washington en soulignant les « défis » que posaient à l’Europe Donald Trump, comme, selon Angela Merkel, « la défense d’une société libre et du libre-échange ». Grâce à Ted Malloch, on va voir jusqu’où sont prêts à aller les Européens pour défendre leurs « valeurs » à nouveau vantées par François Hollande.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 27-janv.-2017 22:41

Le monde contre l'isolationnisme de Donald Trump

Donald Trump altermondialiste ? De fait, en signant, lundi 23 janvier, trois jours après sa prestation de serment, une ordonnance retirant la signature des États-Unis du traité de libre-échange transpacifique (TPP) liant douze pays de la zone Asie-Pacifique, le nouveau président américain donne satisfaction à tous les opposants au libre-échange de la planète. D’autant que l’enterrement du TPP signifie aussi la fin de la négociation du TAFTA ou TTIP, son équivalent euro-américain, qui était en cours de –difficiles- négociations depuis 2013 entre les deux premières puissances économiques et commerciales du monde.

Trump veut aller plus loin encore en confirmant son intention de renégocier l’ALENA, l’accord de libre-échange conclu en 1994 entre son pays, le Mexique et le Canada, et d’instaurer des barrières douanières punitives afin de décourager les importations sur le sol américain qui menaceraient des emplois américains. Ce faisant, il violerait les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un autre ennemi des altermondialistes, ce qui peut laisser craindre à terme un retrait américain de cette organisation fondée en 1994 et un retour à l’unilatéralisme américain qui consistait à sanctionner les pays qui ne se plier pas à ses exigences. L’administration Trump semble donc prête à déclencher une guerre commerciale contre le reste de la planète afin de faire prévaloir ses intérêts : « America first », comme l’a clamé le président républicain lors de son discours inaugural. Même si les altermondialistes de gauche s’en défendront, ce protectionnisme nationaliste et agressif est l’enfant naturel du rejet du libre-échangisme. Trump le sait et surfe sur cette vague de défiance d’une partie de des opinions américaine et mondiale.

La fin de 70 ans de politique commerciale américaine

Ce faisant, il tourne le dos à 70 ans de politique commerciale américaine qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a consisté à promouvoir le libre-échange, non seulement parce que l’économie américaine en profitait, mais aussi parce que Washington considérait qu’il s’agissait d’un facteur de paix par la contribution qu’il apportait au développement. On peut être critique de certains effets de la mondialisation, mais il est difficile de nier qu’il a sorti la majorité de la planète de la misère absolue et a mis fin à la domination sans partage de l’occident.

Ce retour au protectionnisme d’avant-guerre, celui-là même qui a mené le monde à la guerre, est non seulement inquiétant, surtout si l’on ajoute à cela le probable retrait américain de l’accord de Paris sur le changement climatique, à la remise en cause de l’utilité de l’OTAN, à son scepticisme à l’égard de l’avenir de l’Union européenne ou à son agressivité à l’égard de la Chine, mais totalement à contretemps : les États-Unis connaissent une forte croissance qui a effacé les effets de la crise financière de 2007 et sont, désormais en situation de plein emploi, même s’il y a d’importantes poches de pauvreté dans le pays.

Surtout, le monde a profondément changé en vingt ans : les États-Unis ne sont plus la seule superpuissance du monde. La Chine a définitivement émergé, tout comme l’Inde, l’Asie, l’Océanie ou l’Amérique latine, et l’Union s’est considérablement renforcée, tant sur le plan commercial, qu’économique, politique et monétaire. Le XXIe siècle ne sera non seulement pas blanc et occidental, mais encore moins américain, même si les États-Unis demeurent une puissance qui compte. C’est d’ailleurs en tenant compte de cette nouvelle réalité géopolitique que Barack Obama s’est lancé dans la négociation de grands accords régionaux, après l’échec du multilatéralisme porté par l’OMC, afin que le capitalisme du XXIe siècle soit occidental et non chinois. Le TPP, négocié pendant huit ans avant d’être signé en 2015 avec le Canada, le Mexique, le Chili, le Pérou, le Japon, la Malaisie, le Vietnam, Singapour, le Brunei, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, soit 40 % de l’économie mondiale, était un accord dit de nouvelle génération qui visaient non seulement à baisser les droits de douane (déjà fort bas), mais aussi à harmoniser les normes entre ces pays. Le TAFTA obéissait à la même logique. Il s’agissait en fait d’une vraie stratégie de containment (endiguement) de la Chine visant à lui imposer un modèle largement occidental.

Un containment appliqué aux Etats-Unis

Si ce retrait américain pose des défis au reste du monde, notamment en termes de sécurité, il offre aussi des opportunités aux puissances rivales. Ainsi la Chine, qui s’est livrée à un vibrant plaidoyer pro-libre-échange lors du forum de Davos, va prendre le leadership en Asie. L’Australie a d’ailleurs révélé que les autres signataires du TPP allaient essayer de le sauver et de l’étendre à la Chine, à l’Indonésie voire à d’autres pays. Une perspective qui n’est pas sans danger pour les États-Unis, comme l’a immédiatement souligné le sénateur John McCain, puisque cela va lui offrir « l’opportunité de réécrire les règles économiques au détriment des travailleurs américains ».

L’Union européenne, elle aussi, a un coup à jouer dans cette nouvelle donne géopolitique. Comme vient de le dire Cecilia Malmström, la commissaire européenne au commerce, l’Europe n’a aucune intention de suivre la voie américaine du repli sur soi : « le succès de l’Union repose sur l’ouverture de nos sociétés. Ceux qui pensent qu’au XXIe siècle on peut retrouver sa puissance en reconstruisant des frontières, en réimposant des barrières douanières, en restreignant la libre circulation des frontières, sont condamnés à échouer ». Elle veut donc ratifier le plus vite possible le CETA, l’accord commercial conclu avec le Canada, qui complète toute une série de traités de même nature déjà conclus, et accélérer ceux qui sont en cours de négociation. Dès l’élection de Trump, les Japonais, inquiets de se retrouver isolés face à la Chine, se sont d’ailleurs précipités à Bruxelles pour demander une conclusion rapide de l’accord qu’ils négocient depuis deux ans avec l’Union. Celle-ci va se doter d’un arsenal de rétorsions conséquent destiné à lui permettre de riposter si un pays lui livre une guerre commerciale, en profitant du départ prochain de la Grande-Bretagne. Il était temps d’en terminer avec la « naïveté » européenne, pour reprendre l’expression de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission.

Bref, Donald Trump a pris le risque, inimaginable il y a encore quelques mois, que le reste du monde applique aux États unis une politique de containment, vu le danger qu’ils représentent désormais pour la stabilité de la planète.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 25-janv.-2017 20:27

Martin Schulz versus Merkel, l'affiche européenne

Photo Thomas Vanden Driessche

La tête d’affiche des élections législatives allemandes fait rêver: la femme la plus puissante de l’Union, Angela Merkel, une Européenne de raison, va affronter un Européen de coeur, Martin Schulz, qui a fait toute sa carrière au Parlement européen, à Bruxelles et à Strasbourg et que les lecteurs de Libération et de ce blog connaissent bien. Les deux connaissent sur le bout des doigts les rouages européens. A la différence de tous les candidats déclarés à la présidentielle française : rappelons qu’en dehors d’Emmanuel Macron, ils ont tous voté non au Traité constitutionnel européen sauf François Fillon (qui lui a voté non à Maastricht, nul n’est parfait...). Revoici l’article que j’ai publié le 24 novembre dernier dans Libé quand il a annoncé son retour sur la scène politique allemande.

Qui pouvait imaginer Martin Schulz errer, désœuvré, dans les couloirs du Parlement européen ? Lui, son président depuis juillet 2012, un record de longévité à ce poste, après avoir été président d’un groupe socialiste au faîte de sa puissance entre 2004 et 2012, réduit au rang de simple «backbencher», député de base, écrivant ses mémoires et donnant des conférences ? Cela aurait été mal connaître cet homme ambitieux. A défaut de pouvoir être reconduit pour un troisième mandat de deux ans et demi, en janvier, à la tête de la seule institution communautaire élue au suffrage universel, il préfère tirer sa révérence, à 60 ans, avant de sombrer dans la solitude de ceux que le pouvoir a abandonnés. Pour mieux rebondir en Allemagne, où il peut, entre autres (lire ci-contre), rêver au poste de vice-chancelier au sein de la grande coalition dirigée par Angela Merkel.

«Il veut continuer à être quelqu’un», s’amuse Daniel Cohn-Bendit, qui a été élu, comme lui, lors des élections européennes de 1994, l’un sur la liste Grünen, l’autre sur la liste SPD (social-démocrate). L’ancien leader du groupe Verts, qui a raccroché les gants en 2014, se réjouit de ce grand bond en avant : «C’est la première fois qu’une personnalité qui a fait toute sa carrière politique au niveau européen tente de s’installer sur la scène nationale. D’habitude, c’est l’inverse.» Et Schulz sait, vu le manque de personnalités dont souffre le SPD, qu’il a toutes les chances d’occuper le haut de l’affiche.

Le parcours de Schulz est celui d’une génération pour qui l’Europe est une évidence inscrite dans la souffrance et le sang. Né le 20 décembre 1955 à Eschweiler, à côté d’Aix-la-Chapelle, aux confins des frontières française, belge et néérlandaise, ce fils de maréchal-ferrant, cadet d’une fratrie de cinq, a été élevé dans le souvenir des deux guerres mondiales. Il rappelle que Würselen, «sa» ville, celle où il créa sa librairie en 1982, a payé un lourd tribut à la folie nationaliste, sortant de la guerre «détruite à 80 %». «Chez nous, un député européen est presque plus important qu’un député national», affirme-t-il souvent, sans que l’on sache si c’est vrai ou s’il se console de ne pas avoir fait une carrière au pays.

Ancrage

Ce qui est sûr, c’est que cet autodidacte, sans formation universitaire, s’est construit seul : entré au SPD à 19 ans, il a d’abord été élu conseiller municipal de sa bonne ville de Würselen en 1984, maire en 1987, à 32 ans. Il se présente, en vain, aux élections européennes en 1989 avant d’être élu en 1994 (il abandonnera son poste de maire en 1998). Il manie trois langues, ce qui l’aide à faire son trou à Strasbourg : outre l’anglais, il parle un français presque parfait. Malin, il accepte dès son arrivée un poste dont personne ne voulait : coordonnateur du groupe socialiste aux droits de l’homme. Il sait que c’est en travaillant dans la soute qu’on finit par atteindre la passerelle de commandement. Il ne néglige pas pour autant son ancrage en Allemagne et, en 1999, entre au bureau du SPD.

En 2004, il devient patron du groupe socialiste, alors que ce poste aurait dû revenir aux Français qui ont envoyé la plus grosse délégation nationale au Parlement. Mais, divisés entre pro et anti-européens, ils n’ont pu s’accorder sur un nom et Schulz en a profité. En 2009, réélu à la présidence du groupe, il est l’architecte d’une alliance avec le Parti populaire européen (droite) et les libéraux, ce qui lui permet à mi-mandat, en 2012, de succéder au conservateur polonais Jerzy Buzek à la présidence du Parlement européen.

Lot de consolation

Schulz a été l’un des architectes des «Spitzenkandidaten», quand le Parlement européen a réussi à imposer au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement que la tête de la liste arrivée en tête des élections de 2014 soit automatiquement désignée président de la Commission. Schulz, tête de liste socialiste, espérait en profiter pour s’installer à la présidence de la Commission, mais ce sont les conservateurs du PPE qui l’ont emporté et Jean-Claude Juncker lui a ravi la place. Il a eu du mal à s’en remettre, lui, l’homme au caractère ombrageux et à l’emportement facile. En guise de lot de consolation, Angela Merkel a soutenu sa reconduction à la tête du Parlement pour un nouveau mandat de deux ans et demi, ce que le PPE, qui ne pouvait se passer des socialistes pour atteindre la majorité au Parlement, a accepté en se pinçant le nez.

Schulz se serait bien vu poursuivre jusqu’à la fin de la législature, en 2019, soutenu en cela par Juncker et Merkel. Mais les édiles du PPE ne l’entendaient pas de cette oreille en brandissant l’accord de coalition signé en 2014 : même s’ils n’ont aucun candidat «naturel» (ils sont nombreux à se bousculer au portillon, dont le Français Alain Lamassoure), ils estiment que leur tour est venu. Face à l’impasse qui se dessinait, Schulz a donc décidé de sauter dans le grand bain de la politique nationale. Sa page européenne se tourne. Enfin, pas totalement : «Cet homme de gauche va mettre l’Europe au centre de la campagne électorale allemande, ce qui sera une bonne chose», se réjouit Daniel Cohn-Bendit.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 25-janv.-2017 17:48

Brexit: en Europe, on ne voit qu'un seul perdant, et il n'est pas sur le continent

Dessin: Vadot

The Guardian m’a demandé une réaction au discours de Theresa May prononcé le 17 janvier. Mon article est ici, en anglais. Il a encore eu un beau succès sur le site du quotidien : 11.200 partages et 1252 commentaires (et pas toujours sympathiques, mais je le cherche bien ;-)) et sur Twitter. Voici sa traduction française.

Lorsqu’une personne entretient des rêves inaccessibles, on dit, en français, qu’elle veut « le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière ». Dans le langage populaire, on est un tantinet plus vulgaire, et on ajoute « le cul de la crémière »… C’est exactement ce qu’il faut retenir du discours de Theresa May sur le « hard Brexit » qu’elle souhaite : en réalité, le Brexit qu’elle souhaite n’est « hard » que pour les Européens, mais « soft » pour les Britanniques, puisqu’elle veut garder tous les avantages de l’appartenance de son pays à l’Union sans aucune contrepartie. Cela n’est pas une surprise, puisqu’elle l’avait déjà annoncé en octobre dernier lors de son discours devant le congrès du parti conservateur. Elle estime même que tout autre accord serait inacceptable, car il reviendrait à « punir » les Britanniques pour leur choix de quitter l’Union et elle les menace même de transformer la Grande-Bretagne en paradis fiscal en mesure de rétorsion si, par malheur, les Européens refusaient de se plier aux exigences des sujets de sa glorieuse Majesté. On croit rêver, mais non : c’est soit de l’arrogance, soit de l’inconscience, soit, plus probablement, un mélange des deux.

Résumons: d’une part, bien sûr, Theresa May souhaite une rupture « claire et nette » avec l’Union, c’est-à-dire ne plus siéger dans ses institutions, contribuer au budget communautaire et bien sûr respecter sa législation. D’autre part, elle ne veut pas d’un statut de « membre partiel ou associé » quelconque qui impliquerait qu’elle doive se plier aux exigences, dans quelques domaines que ce soit. Jusque-là, on suit : le Royaume-Uni devra être traité comme un pays tiers, le Zimbabwe, par exemple, c’est « clair et net ».

C’est ensuite que ça se complique, surtout pour un esprit cartésien continental qui ne possède pas la subtilité de réflexion d’un pur produit d’Oxbridge. Car May estime possible que ses entreprises conservent l’accès le plus large possible au marché unique, notamment en négociant des accords douaniers sectoriels avec l’Union. Et c’est là que cela devient intéressant. Parce que droit de douane ou pas, importer un bien sur un marché suppose le respect des normes locales : en clair, si les Britanniques veulent exporter leurs voitures (en fait, des voitures allemandes ou japonaises…) vers le vieux continent, ils devront respecter les lois européennes, c’est-à-dire s’y soumettre (je sais, quel horrible mot). Sur ce point, il n’y a pas de moyen terme. Donc, en réalité, la rupture « claire et nette » ne pourra concerner qu’une partie de l’industrie britannique, celle qui fabrique pour le marché local. Surtout, elle ne dit rien sur les services : comment garantir l’accès des banques au vieux continent, par exemple, une nécessitée puisque la City ne sera bientôt plus la place financière de l’euro ? Qu’est-ce que Theresa May est prête à offrir en échange ?

Car la réalité est brutale, n’en déplaise au sentiment national local : c’est une puissance moyenne de 65 millions d’habitants, dont la majorité des industries est possédée par des capitaux étrangers, qui va négocier avec l’une des principales puissances commerciale, économique et monétaire du monde, une puissance dotée d’un marché de 450 millions de personnes. Quels sont les pays vers lesquels la Grande-Bretagne exporte et d’où vient une bonne partie des investissements étrangers ? Où est le pouvoir ? Qui a le plus à perdre dans l’affaire ?

Menacer les Européens de se transformer en paradis fiscal si jamais le Royaume-Uni n’obtient pas ce qu’il veut relève de l’enfantillage : une telle solution est possible, et encore, pour un micro-État sans industrie locale, pas pour un pays comme la Grande-Bretagne. Comment imaginer que les Européens laissent partir leurs entreprises ou leurs capitaux sans réagir ? Le nouvel allié américain qui menace ses entreprises qui délocalisent leurs profits laissera-t-il Theresa May transformer son pays en porte-avion de l’optimisation fiscale ?

Pire pour Theresa May, il ne faut pas compter sur une division des Européens sur ce dossier. D’une part, parce qu’ils ont politiquement énormément à perdre en actant un accord favorable aux Brexiters qui renforcerait leurs europhobes locaux. De ce point de vue, la sortie en douceur n’a seulement aucun sens techniquement, mais est politiquement absurde. D’autre part, parce qu’il faut l’unanimité des 27 pour acter un accord. Sinon, en mars 2019, la Grande-Bretagne sera tout simplement dehors. Diviser les Européens, c’est la certitude qu’il n’y aura aucun deal. Bref, on peut tordre le Brexit dans tous les sens, je ne vois qu’un perdant et il n’est pas sur le continent.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 23-janv.-2017 19:54

Donald Trump et l’Europe : Un réveil salutaire
France Inter, Paris – Avec ses positions tranchées et son attitude de défi vis-à-vis des autres puissances, le tonitruant homme d’affaire qui s’installe ce 20 janvier à la Maison-Blanche a braqué contre lui la plupart des pays européens. Il faut à présent transformer cette attitude commune en véritable politique, estime Bernard Guetta. Voir en entier .
presseurop.eu | 20-janv.-2017 08:06

L'Union européenne prise en tenaille entre Trump et Poutine

L’Union va-t-elle résister aux coups conjugués de Washington, de Londres et de Moscou ? Soixante-dix ans après la fin de la Seconde guerre Mondiale, elle est confrontée à une situation géopolitique totalement inédite et follement angoissante en se retrouvant prise en tenaille entre deux blocs qui souhaitent sa disparition. A l’Est, une Russie qui a renoué avec l’agressivité de l’ère soviétique, comme en témoigne les conflits qu’elle entretient aux marches de l’Union et les liens qu’elle tisse avec tous les partis démagogues d’extrême droite ou d’extrême gauche européens qui ont en commun leur europhobie. A l’ouest, et c’est inattendu, ceux qui ont été durant plus d’un siècle ses indéfectibles alliés, les Etats-Unis et le Royaume-Unis, parient désormais sur son éclatement, même si Theresa Mays affirme ne pas le souhaiter contrairement à Donald Trump. Logiquement, ces deux blocs sont décidés à se rapprocher, comme le souhaite le président américain élu, laissant l’Union sans protecteur. Elle qui s’est fondé sur le règlement pacifique des conflits via la norme de droit et qui s’est toujours pensée dans un monde sans ennemi, se retrouve donc dangereusement démunie et isolée pour affronter une tempête que rien ne laissait prévoir.

« Dans le monde d’avant, les Américains, les Britanniques et les Russes étaient prévisibles, même s’ils étaient capables de quelques coups imprévisibles comme la guerre en Irak », analyse un proche de François Hollande : « Désormais, les Etats-Unis sont devenus structurellement imprévisibles, les Britanniques ne savent pas ce qu’ils veulent et les Russes sont capables d’agir contre leurs intérêts ». « Il faut se rendre compte de ce qui se passe : pour la première fois depuis 1945, les Etats-Unis jouent contre l’Union, son nouveau président pariant sur son démembrement », surenchérit un diplomate européen : « Il veut même mettre fin à tous les mécanismes de coopération internationale existant et à la multilatéralisation », des mécanismes qui ont permis l’extension de la paix sur la planète. Cette nouvelle ère de tension va être inaugurée, si l’on en croit Trump, « par une guerre économique et commerciale inédite entre les Etats-Unis et l’Union », s’alarme Daniel Cohn-Bendit, ancien président du groupe vert du Parlement européen et proche d’Emmanuel Macron.

Ce changement brutal de paradigme pose un défi redoutable aux Européens : vont-ils être capable de faire bloc face à cette nouvelle donne mondiale ou chacun va-t-il tenter de sauver les meubles en solitaire, qui en jouant Washington et Londres, qui en jouant Moscou ? « Il faut espérer que les Européens ne tire pas comme conséquence de ce basculement dans un monde incertain qu’ils doivent désarmer », souhaite ce proche du chef de l’Etat français. Tant à Paris qu’à Berlin, on estime que l’avenir de l’Union se joue sur les deux rives du Rhin : « les défis sont tellement immenses, que le couple franco-allemand tiendra », assure ce proche du chef de l’Etat français. Et c’est autour de cet axe que la résistance s’organisera.

Le problème est que l’Union n’aborde pas ce tournant historique dans les meilleurs conditions : l’Allemagne et la France sont à l’orée d’une année électorale délicate, tout comme les Pays-Bas et sans doute la Grèce, sans compter que l’Espagne et l’Italie sont politiquement instables… Et partout, les partis démagogiques sont en embuscade. Les institutions communautaires ne sont pas mieux loties, entre une Commission qui ne parvient pas à faire de la politique comme le montre le désastreux silence observé depuis le Brexit et l’élection de Trump par son président, Jean-Claude Juncker, et un Parlement européen qui s’est profondément déchiré pour élire le successeur, au perchoir, du socialiste allemand Martin Schulz, les socialistes ayant dénoncé l’accord de grande coalition qui les liait aux conservateurs du PPE. Ainsi, l’Italien Antonio Tajani, un berlusconien pur jus, n’a été élu qu’au quatrième tour de scrutin, en faisant le président le plus mal élu depuis 1979. Autant dire qu’à la fin de l’année, le paysage politique européen pourrait être totalement bouleversé pour le meilleur ou pour le pire, ce qui rend l’avenir pour le moins imprévisible.

Toujours optimiste, Daniel Cohn-Bendit pense néanmoins que « Trump va ressouder l’Union ». « C’est une phase très délicate, mais nous sommes obligé de réagir », dit-on à l’Elysée : « au sommet de décembre, personne n’aurait cru qu’on arriverait à faire autant de progrès sur la défense. Avant le Brexit, un état-major militaire européen permanent était tout simplement inimaginable ». On veut aussi pour preuve de ce désir des Européens de faire bloc la visite à Paris du premier ministre danois, Lars Rasmussen, dont le pays n’est pas précisément fédéraliste, au lendemain de l’élection de Trump au cours de laquelle il a plaidé pour que les Européens arrêtent de dépendre des autres pour leur croissance et pour que l’Union n’accepte pas de traiter avec une Grande-Bretagne qui se transformerait en paradis fiscal. On ajoute, à Bruxelles, que l’Union est loin d’être diplomatiquement isolée : ainsi, dès que Trump a confirmé qu’il se retirerait du TPP (accord commercial transpacifique), les Japonais ont débarqué dans la capitale de l’Union pour demander l’accélération des négociations de l’accord de libre échange entre les deux blocs. Sécurité, croissance, commerce, les trois piliers sur lesquels l’Union veut justement se renforcer. Et si certains veulent jouer en solitaire, « il faudra qu’ils partent », tranche un diplomate de haut rang : « Mais personne n’a manifesté l’intention de le faire alors que les pessimistes avaient prédit le contraire après le Brexit.» Bref, l’Union tiendra, on veut le croire.

N.B.: version longue de mon analyse paru dans Libération du 18 janvier.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 19-janv.-2017 23:04

Theresa May sur le Brexit : La ligne dure
Trouw, Amsterdam – Cartoon. Voir en entier .
presseurop.eu | 19-janv.-2017 00:21

Donald Trump parie sur la fin de l'Union européenne

Mon analyse sur l’interview du président américain élu est ici. Bonne lecture!


bruxelles.blogs.liberation.fr | 17-janv.-2017 18:07

La danse d'amour ratée de Guy Verhofstadt autour de Beppe Grillo

REUTERS/Eric Vidal

Guy Verhofstadt a tenté un coup de poker hasardeux et a perdu. Le président du groupe libéral (ALDE) du Parlement européen risque même d’y laisser son caleçon. Il faut dire qu’il a placé la barre très haut en tentant de débaucher le sulfureux Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, un parti italien démagogique et europhobe, afin de faire de son groupe le troisième par ordre d’importance de l’hémicycle et ainsi de se placer en pôle position pour ravir, le 17 janvier, le perchoir, jusqu’ici occupé par le socialiste allemand Martin Schulz. Une opération qui a lamentablement capoté lundi soir, environ la moitié de son groupe, l’un des plus fédéralistes du Parlement, refusant de le suivre dans cette aventure difficilement compréhensible.

C’est ce week-end que Beppe Grillo, partisan d’un référendum sur la sortie de l’euro, a annoncé sur son blog qu’il voulait que ses 17 eurodéputés quittent le ghetto de l’EFDD (Europe of freedom and direct democracy), le groupe europhobe de Nigel Farage, le fondateur du UKIP et vainqueur du référendum sur le Brexit : marginal (44 députés sur 751), il ne joue pas plus de rôle au sein de l’hémicycle que celui de Marine Le Pen et Geert Wilders, l’Europe des nations et des libertés (39 membres)., l’« Les récents développements européens, comme le Brexit, nous conduisent à repenser la nature du groupe EFDD. Avec le succès extraordinaire du « leave »UKIP a atteint son objectif politique », estime Grillo : « Farage a déjà abandonné le leadership de son parti et les eurodéputés anglais abandonneront le Parlement européen » à partir de juin 2019. En clair, l’EFDD est condamné à terme et le M5S risque de se retrouver sur le banc des non-inscrits, sauf à siéger avec Marine Le Pen, ce dont il ne veut pas.

D’autant que Grillo veut s’acheter une respectabilité européenne en prévision d’élections législatives anticipées qu’il compte bien emporter à la suite de l’échec référendaire de Matteo Renzi. Quoi de mieux, dès lors, que de rejoindre les libéraux, actuel quatrième groupe du Parlement (68 membres) et d’en faire ainsi le troisième, derrière les conservateurs du PPE (217) et les socialistes (189) et devant les eurosceptiques de l’ECR (74 membres dont 26 conservateurs britanniques) ? Fidèle à sa conception toute particulière de la démocratie, Grillo a immédiatement lancé une consultation sur internet, sans débat préalable, qui s’est clôturé lundi midi par un vote positif de 78,5 % des sympathisants du M5S ayant pris part au vote.

Les libéraux européens, eux, ont été sidérés de découvrir une affaire que Verhofstadt a négociée dans le plus grand secret. Comme l’analyse un membre de l’ADLE, « il pensait amener Grillo a renoncé à son référendum sur la sortie de l’euro, ce qui n’était pas totalement idiot ». D’autant que la grande majorité des députés du M5S ne sont absolument pas europhobes et que des convergences fortes avec les libéraux se sont créées sur les questions économiques et sur les libertés publiques : « en gros, le M5S vote très souvent comme nous ». Ce qui est exact, mais pas tout à fait: en réalité, les députés du M5S votent le plus souvent comme la... gauche radicale de la GUE. Verhofstadt espérait aussi renforcer ses chances de succéder à Martin Schulz à la présidence du Parlement. En effet, le jeu s’est ouvert depuis que les socialistes et les libéraux ont annoncé qu’ils ne respecteraient pas l’accord signé en juillet 2014 avec les conservateurs qui prévoyait que le perchoir reviendrait au PPE en seconde partie de législature… Ils considèrent, en effet, qu’avec la présidence du Conseil européen et de la Commission, le PPE est déjà bien servi.

Même si les Verts ont auparavant tenté la même manœuvre, séduits par l’europhilie des élus du M5S, Verhofstadt a totalement sous-estimé l’aspect symbolique d’un tel ralliement alors que son groupe n’a de cesse de dénoncer le « populisme » en Europe… Lundi après-midi, la levée de boucliers a été telle dans son groupe (30 députés sur 68, dont le Modem français, mais aussi les Suédois, les libéraux allemands, etc., soit une minorité de blocage étaient opposés à ce deal) qu’il a dû battre en retraite. « Je suis arrivé à la conclusion qu’il n’existe pas de garanties suffisantes pour conclure un programme commun en vue de réformer l’Europe », a-t-il piteusement reconnu lundi soir. « De fait, Beppe Grillo a refusé tout net de se rallier à l’euro », raconte une source interne du groupe ADLE. Personne ne comprend comment Verhofstadt a pu se lancer dans un tel cavalier seul, surtout avec un Beppe Grillo connu pour ses foucades. D’ailleurs, ultime bras d’honneur du clown italien, celui-ci a renouvelé ses voeux de mariage avec Nigel Farage. Autant dire que les chances de l’ancien premier ministre belge d’accéder au perchoir sont désormais quasiment réduites à néant. Well done !

N.B.: version longue de mon article paru dans Libération du 10 janvier.


bruxelles.blogs.liberation.fr | 13-janv.-2017 01:04

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